Archives mensuelles : novembre 2011

XIII : LE JOUR DU MAYFLOWER

XIII Le jour du Mayflower Avec XIII, Dargaud voit tout en grand. Le Jour du Mayflower, le nouvel album de la série, a été tiré à 500 000 exemplaires. C’est le plus gros tirage pour un album chez cet éditeur cette année. Dans cette vingtième aventure, les créateurs de XIII, Jean Van Hamme et William Vance, ont laissé la place à Yves Sente au scénario et Iouri Jigounov au dessin. Pour ceux qui seraient passés à côté de cette série à très gros succès créée en 1984, XIII est un héros amnésique et accablé par les complots et les machinations. Dans l’avant-dernier album, le héros retrouve enfin son identité mais toujours pas la mémoire. Il lui reste des zones d’ombre sur son passé, élément dont s’est emparé Yves Sente pour relancer la série et développer une nouvelle conspiration.

Le scénariste est allé chercher du côté du Mayflower, un bateau qui transporta vers l’Amérique en 1610 des colons anglais. XIII se retrouve donc confronté à un des mythes fondateurs des Etats-Unis et pas vraiment celui enseigné dans les manuels scolaires… et c’est reparti en conspirations et dézingages en tous genres. Le thriller démarre sur de bonnes bases. Avec un peu de lenteur, Yves Sente plante une bonne intrigue. Le trait de Iouri Jigounov est à la hauteur, personnages et scènes d’action sont réussis.

Puisque rien n’est trop beau pour cette série culte, un des plus chers produits dérivés du monde de la BD a été inventé: 31 990 euros pour une Jeep XIII. Une série limitée en 13 exemplaires pour chacun des trois coloris proposés, noir, blanc et jaune. A ce prix là, l’acheteur se voit offrir un coffret collector des vingt albums et un tirage (pas un original) d’une planche signée par les auteurs.

Francis Forget


XIII, T 20 : Le Jour du Mayflower. Editions Dargaud. 11,95 €.
Sort également, dans la série dérivée XIII Mystery, Colonel Amos de Didier Alcante et François Boucq. Editions Dargaud. 11,95 €.

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Spirou et Fantasio : La face cachée du Z

spirou-et-fantasio-la-face-cachee-du-z-couverture-rouge Pour les auteurs de BD, faire un nouveau Spirou et Fantasio, c’est un travail d’équilibriste. D’un côté, il faut préserver l’héritage des illustres auteurs de la série comme Franquin, Tome ou Janry pour s’assurer du soutien (et de l’achat) des « vieux » lecteurs, ceux qui ont connu Spirou dans leur prime jeunesse. Et de l’autre, il faut bousculer les traditions pour séduire un nouveau et jeune public. Pas facile.

Le nouvel album, La face cachée du Z, répond-il à ces deux exigences ? L’éditeur a pris les devants. Dupuis propose, pour ménager les deux lectorats, deux couvertures : une rouge plus traditionnelle et une bleue à la composition et au graphisme sensés attirer les jeunes.

Couverture bleue pour le jeune public

Et les auteurs ? Vehlmann au scénario dépayse sur la Lune cette 52ème aventure. Spirou, Fantasio et le comte de Champignac y sont satellisés. La faute à Zorglub. Clin d’œil à l’actualité, la station lunaire sur laquelle se retrouvent les héros est financée par des capitaux privés, des traders milliardaires. Là-haut, Spirou va prendre une bonne dose de rayonnements solaires et connaître une mutation très spectaculaire. Un emprunt aux comics, puisque c’est ce qui est arrivé peu ou prou aux 4 Fantastiques qui sont devenus super-héros après une exposition dans l’espace aux rayons cosmiques.

Au dessin, pas de rupture graphique, nous sommes bien dans l’univers du Groom. Mais Yoann a su s’approprier les personnages avec une mention spéciale pour son Zorglub névrotique et mégalo. Dans un style « sixties », les décors de la station lunaire sont réussis. Le savant dosage de Yoann et Vehlmann entre l’Ancien et le Nouveau est bien réalisé. Il devrait satisfaire les Gardiens du Temple et les jeunes lecteurs.

Francis Forget.


Spirou et Fantasio. Tome 52. La face cachée du Z. Editions Dupuis. 10,45 euros.

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IL ETAIT UNE FOIS EN FRANCE

Il était une fois en France T5 Héros ou salaud ? Joseph Joanovici, immigré juif de l’Europe de l’Est, débarque à Paris en 1925. Il n’a pas un sou et ne sait pas écrire. Lui qui a commencé comme petit ferrailleur, il deviendra, sous l’occupation, milliardaire avec l’argent des nazis et la complicité de la Gestapo. Mais Joseph Joanovici a sauvé des vies, sera aussi résistant et recevra les honneurs à la Libération.

C’est de ce destin exceptionnel que Fabien Nury et Sylvain Vallée se sont inspirés dans Il était une fois en France. Les deux auteurs ont reçu le Prix 2011 de la Série au festival d’Angoulême. C’est amplement mérité. Leur travail est impeccable. Le tome 5 vient de paraitre et la saga ne s’essouffle pas. Bien au contraire. Fabien Nury, au scénario, a fait basculer le récit avec talent sur un « petit » juge qui tente, juste après guerre, de traîner devant les tribunaux le riche et « résistant » Joseph Joanovici. La psychologie des personnages est traitée avec finesse. L’ambiguité, les doutes, la haine, la fascination, la lâcheté…le dosage est juste et précis.

Au dessin, Sylvain Vallée est lui aussi magistral. Par les détails, les ambiances et les cadrages, il nous transporte à cette époque. Il s’appuie subtilement sur ces images de l’Occupation et de la Libération que nous avons tous vu au cinéma ou en photos d’archives. On jurerait que ses personnages sont sortis d’un film d’Audiard. Ses planches sont exposées en ce moment et jusqu’au 26 novembre à la galerie Daniel Maghen à Paris. C’est court, vous ne pourrez peut-être pas y aller. Alors il vous reste les albums, ils sont excellents, lisez-les !

Francis Forget


IL ETAIT UNE FOIS EN FRANCE T5 / Bande-annonce par GLENATBD

IL ETAIT UNE FOIS EN FRANCE. Fabien Nury & Sylvain Vallée. Tome 5 : Le petit juge de Melun. Editions Glénat. 14,50 euros.

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LES AIGLES DE ROME

Tu aimes les films sur les gladiateurs ? c’est une des phrases cultes prononcées dans Y-a-t-il un pilote dans l’avion? par le commandant de bord. Vous n’êtes pas obligé de répondre par l’affirmative pour lire Les Aigles de Rome d’Enrico Marini. Car des gladiateurs, il n’y en a pas tant que ça. Le récit repose sur le soulèvement des Germains contre l’Empire romain aux alentours de l’an 9 après Jésus-Christ. Alors, bien sûr, il y a des cuirasses, des légionnaires, des barbares, des glaives et du sang mais c’est un peu le genre qui veut ça.

Arminius est fils de prince germain. Il a été livré, dans sa tendre enfance, en otage aux Romains. Marcus est fils d’un instructeur romain en charge, par l’Empereur en personne, de l’éducation du jeune barbare. Arminius et Marcus grandiront ensemble, de là naîtra une amitié virile. Au fil du temps, ça va se gâter. L’un va n’avoir en tête qu’une belle et inaccessible jeune Romaine, Priscilla, et l’autre un gros appétit du pouvoir qui va l’amener à la trahison. Les éléments de la tragédie sont en place. Le destin et l’imagination d’Enrico Marini vont écrire la suite de cette série dont le troisième tome vient de sortir et qui devrait être bouclée en six albums.

Basée sur un personnage ayant réellement existé, Caius Julius Arminius, Les Aigles de Rome ne se perd pas dans un récit qui serait purement historique. Enrico Marini y met un souffle façon péplum avec une belle puissance dans le dessin et quelques scènes érotiques. Les Aigles de Rome n’a peut-être pas la finesse de l’autre série phare du moment sur l’antiquité qu’est Murena (Delaby et Dufaux, éditions Dargaud) mais Marini a réussi avec cette histoire à faire du beau comme l’antique.

Francis Forget

Les Aigles de Rome. Livre III. Editions Dargaud. 13,95 euros.

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ALTER EGO

Alter-Ego (c) Dupuis Cette série est une prouesse scénaristique. Composée de six albums, Alter Ego n’a ni fin, ni début et peut être lue dans n’importe quel ordre. Les six tomes ne sont pas une seule et même histoire vue par six personnages (comme on l’a déjà connu sur d’autres séries BD) mais bien six récits différents qui ont tous un lien entre eux. Les histoires se croisent, s’imbriquent et chacune d’elle a des conséquences sur les autres. C’est la lecture de ces six histoires qui permet, comme un puzzle qu’on assemble, de cerner l’énigme de ce thriller.

Le pitch repose sur une découverte scientifique qui va bouleverser l’histoire de l’humanité : des chercheurs ont démontré que la vie d’un individu est solidaire d’une ou de plusieurs autres vies. En clair, ce que fait « Paul » à Paris a un effet sur ce que vit « Pierre » à Sidney et réciproquement. Et si Pierre vient à mourir et bien… ça se complique sérieusement pour Paul. Une telle découverte attise évidemment beaucoup de convoitises et certains personnages en feront les frais.

Mais l’originalité d’Alter Ego repose aussi sur sa fabrication. Car il aura fallu seulement 3 ans pour réaliser les 6 albums de 60 planches, tous sortis en librairie entre avril et fin octobre de cette année. Les méthodes de travail ont été repensées. Deux scénaristes Pierre-Paul Renders et Denis Lapiere ont travaillé en tandem pour les scénarios. Un dessinateur, Mathieu Reynès, a créé les story-boards c’est à dire le découpage en dessins crayonnés des histoires. Il a dessiné aussi les personnages sur trois albums. Mais pour tenir les délais, il a fait appel à quatre autres illustrateurs pour les décors et les personnages des trois autres albums. Un maquettiste s’est occupé des couvertures et des différents logos et deux coloristes ont complété l’équipe. Au total donc, dix personnes éparpillées en France, en Belgique, en Espagne et en Italie ont travaillé sur ce projet en réseau grâce à internet. Ils ont créé ainsi l’un des tout premier studio virtuel de BD.

Résultat : la série ne souffre que peu de ce travail à plusieurs mains même si les albums n’ont pas rigoureusement tous la même qualité graphique. Le scénario « roule » très bien à la manière de certaines bonnes séries télé qui savent tenir leur public en haleine. La deuxième saison est déjà sur les rails, l’aventure continue.

Francis Forget


Alter Ego. 6 tomes : Camille, Fouad, Darius, Park, Noah, Jonas. Editions Dupuis. Chaque album : 11,95 euros.

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Résultats de la vente caritative au profit de l’Inserm

Planche du Décalogue, Béhé.

6000 euros de dessins et de planches originales. C’est le résultat de la vente caritative au profit d’un programme de recherche de l’Inserm de lutte contre les anévrismes organisée par l’association Bulle d’Encre et qui s’est achevée le mois dernier (Nous vous en avions parlé lors de l’ouverture de la vente sur Ebay). L’oeuvre qui a connu l’enchère la plus haute est une planche du Décalogue de Béhé vendue à 406 euros suivie d’un dessin de Boiscommun (402 euros). En ces temps de crise, les amateurs de BD restent généreux puisque 6000 euros, c’est plus de deux fois la somme récoltée lors de la précédente vente.

Francis Forget

Dessin original de Boiscommun

Francis Forget

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ADIOS MUCHACHOS

adoios-muchachos1 Alicia aime les ballades à bicyclette, légerement vêtue. C’est sa technique de chasse pour attraper le touriste à Cuba et obtenir quelques faveurs en échange de relations intimes. Bingo ! Elle tombe sur Juanito, jeune mexicano-canadien riche et beau. Mais l’histoire va prendre une tournure toute particulière. Une courbe descendante qui mène peu à peu la belle et l’étranger au cauchemar. Car dans ce Cuba de soleil et de moiteur, les personnages, et pas seulement les tourtereaux, sont de réels tordus.

Matz signe le scénario d’Adios Muchachos, avec Paolo Bacilieri au dessin, adapté du roman de Daniel Chevarria, auteur de polars qui vit à Cuba. Matz est aussi avec François Guérif directeur de la collection Rivages Casterman Noir dont est issue cette adaptation réussie.

A l’origine, un mariage…en noir : celui des éditions Payot-Rivages spécialisées dans le polar et de Casterman. Le contrat repose sur une idée simple : adapter en BD les meilleurs romans noirs des éditions Rivages. Les auteurs BD sont libres de choisir, pour leur adaptation, la couleur ou le noir et blanc et le nombre de planches. Seul contrainte, le récit doit se faire en un seul album.

Près d’une trentaine d’auteurs BD ont déjà collaboré comme Baru (Pauvres Zhéros), Lax (Pierre qui roule) ou Loustal (Coronado) avec de très belles adaptations comme Scarface ou Shutter Island de Christian de Metter. Avec une telle variété d’auteurs, le style graphique est à chaque fois renouvelé, le récit vif et l’adaptation inventive. Une des meilleures collections du moment.

Francis Forget

Adios Muchachos. Matz, Bacilieri et Chavarria. Rivages Casterman Noir. 18 euros.

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