Archives mensuelles : mars 2008

La critique du monde 28.3.08

Cela a duré douze ans. Depuis la révolte arabe de 1936 jusqu’à la proclamation de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1948. Douze années ponctuées de hold-up, d’assassinats, d’exécutions sommaires, d’attentats, de tueries d’innocents, de vengeances. Douze années d’un combat clandestin pour conquérir un territoire d’abord contre  » l’occupant  » britannique puis contre le peuple qui y vivait : les Palestiniens. En 1936, note Charles Enderlin,  » la population arabe compte 960 000 musulmans et 400 000 juifs « .

En 1920, lorsque le mandat britannique est instauré sur la Palestine après la chute de l’Empire ottoman, les juifs n’étaient alors que 55 000 pour 560 000 musulmans. Au fil des ans, le rêve sioniste va prendre forme et se transformer en une lutte violente et sanglante pour aboutir à la partition de la Palestine décidée par l’ONU, le 29 novembre 1947. Israël a aujourd’hui 60 ans, et la Palestine est encore un Etat en devenir toujours promis, jamais réalisé.

C’est cette naissance  » par le feu et par le sang  » que le correspondant de France 2 en Israël a choisi, cette fois, de raconter après avoir consacré trois autres ouvrages à cette quête impossible de l’indépendance de la Palestine à travers un processus de négociations toujours recommencé et jamais abouti.

 » On n’offre pas d’Etat à un peuple sur un plateau d’argent « , avait dit Chaïm Weizmann, qui fut le premier président de l’Etat d’Israël. De fait, il apparaît très vite aux membres du Yishouv, la communauté juive de Palestine, et à tous ceux qui viennent la rejoindre que les bombes et les armes sont les seuls moyens pour faire triompher les théories de Theodor Herzl, qui, avec la montée du nazisme en Allemagne puis la deuxième guerre mondiale, prennent, plus que jamais, les allures d’une nécessité pour le peuple juif.

Ceux qui pour les Britanniques apparaissent au départ comme des  » gangsters  » deviennent des militants combattants animés par une cause pour laquelle il ne faut renoncer à aucun moyen. La lecture de cet ouvrage est, à cet égard, édifiante sur les moyens utilisés par toutes ces organisations qui ont pour nom Bétar, Irgoun, Haganah, groupe Stern, Palmach, qui, avec des stratégies différentes, des rivalités féroces, des méthodes plus ou moins radicales, sont résolues à chasser l’occupant.

Charles Enderlin n’a pas fait l’addition du nombre de victimes dans un camp comme dans l’autre, mais le bilan des attentats et des actions armées est impressionnant. Victimes civiles, militaires, mais également de personnalités comme le comte Bernadotte, le médiateur de l’ONU, ou encore l’assassinat de Lord Moyne au Caire. Le terrorisme n’a pas de frontières. L’un des tueurs explique lors de son procès que  » la loi doit se fonder sur la justice. Si ce n’est pas le cas, il n’y a aucune raison de la respecter. Il n’y avait pas d’autres moyens de faire respecter nos droits spoliés « .

Le plus étonnant dans cette saga où tous les coups semblent permis est l’apparition de tous les noms qui, par la suite, ont continué à faire l’histoire d’Israël. Que ce soit Moshe Dayan ou encore Menahem Begin, commandant de l’Irgoun, et Itzhak Shamir, chef des opérations du groupe Stern, ou enfin Itzahk Rabin, officier de la Haganah, l’ancêtre de Tsahal. Trois d’entre eux sont devenus premier ministre.

Le plus célèbre des attentats reste celui de l’Hôtel King David, le 22 juillet 1946, qui fit 91 morts. Aujourd’hui, cette lutte sans merci pour la conquête d’une indépendance prend une résonance particulière lorsqu’on la compare avec celle du peuple palestinien pour la reconnaissance de ses droits et de son Etat. Terroriste pour les uns, combattant de la liberté pour les autres, l’adage n’a jamais été aussi bien approprié. C’est tout le mérite de cette enquête de nous remettre en mémoire un passé pourtant pas si éloigné.

Michel Bôle-Richard

Par le feu et par le sang,

de Charles Enderlin,

Albin Michel, 362 pages, 20,90 ¤

Partagez:

L’Express Livres

http://livres.lexpress.fr/entretien.asp/idC=13666/idR=5/idG=8

Continuer la lecture

La critique du Point

Spécial Israël – Une naissance « par le feu et par le sang »

Depuis 1920, les juifs se battent pour fonder leur Etat. Au lendemain de sa création, le 15 mai 1948, la première guerre israélo-arabe débute.

François Malye

Un coup de poignard dans le flanc du Proche-Orient. Ce 14 mai 1948 à 16 heures, à la tribune d’une salle surchauffée du musée de Tel-Aviv, David Ben Gourion proclame l’indépendance d’Israël. On danse et on chante dans les rues de la ville, mais le premier Premier ministre du tout nouvel Etat sait que, dès le lendemain, les pays arabes voisins lanceront leurs armées à l’assaut pour l’écraser. Dans quelques heures, les Britanniques, qui administraient la Palestine depuis trois décennies, seront partis avec armes et bagages, laissant Israël livré à lui-même. Mais les juifs ne peuvent plus attendre. Cinquante ans déjà se sont écoulés entre le congrès de Bâle, en 1897, où Theodor Herzl a théorisé l’ « Etat des juifs », et la résolution du 29 novembre 1947 de l’Onu préconisant le partage de la Palestine. Trente ans ont passé depuis la déclaration de James Balfour, secrétaire au Foreign Office, le 2 novembre 1917, se déclarant favorable à « la création d’un foyer national pour le peuple juif ».

 

En réalité, depuis 1920, ils n’ont pas cessé de se battre pour voir ce rêve se concrétiser : contre les Arabes, puis contre les Anglais, puissance mandataire impitoyable, enfin depuis le vote de l’Onu, à nouveau contre les Arabes palestiniens, dans une terrible guerre civile. David Ben Gourion, qui négocie depuis 1942 l’achat de matériel à l’étranger afin d’équiper l’armée juive, sait qu’Israël ne prendra sa place dans ce Proche-Orient tumultueux que « par le feu et par le sang ». C’est le titre du dernier et passionnant ouvrage de Charles Enderlin, chef du bureau de France 2 à Jérusalem (1), qui retrace la genèse de l’Etat hébreu et ces premières années de combats clandestins. Fourmillant d’anecdotes et de révélations, il rappelle ce que fut la longue marche, souvent semée d’atrocités, des juifs pour conquérir leur patrie.

 

Au lendemain de la Première Guerre mondiale et de la défaite de l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne, la Palestine passe sous mandat britannique. 560 000 musulmans et 55 000 juifs y cohabitent alors. Le rejet de la déclaration Balfour par le Congrès arabe national palestinien enclenche le premier cycle des violences entre juifs et Arabes palestiniens. Rapidement, les Britanniques freinent l’afflux de réfugiés juifs, estimant que « la Palestine n’a pas la capacité d’absorber un nombre important d’immigrants » et que « les Arabes ont été graduellement dépouillés de leurs terres par les achats du Fonds national juif » . L’Agence juive a vu le jour en 1929 et, à l’aide de fonds internationaux, elle facilite l’acquisition de terres et le départ des juifs d’Europe, de plus en plus frappés par l’antisémitisme. La position intransigeante des Britanniques s’explique par leur volonté de ne pas s’attirer l’hostilité des pays arabes et par d’évidents motifs économiques comme l’approvisionnement en pétrole. En 1939, après quatre années de révolte arabe, le livre blanc des autorités britanniques limite à 75 000 le nombre des nouveaux arrivants.

Du côté de l’Agence juive, les scissions se font rapidement jour. Opposé à l’attitude conciliante de la Haganah, son bras armé, qui se cantonne à l’autodéfense, deux groupes radicaux se constituent, l’Irgoun, puis le groupe Stern, du nom de son fondateur, Avraham Stern. Il deviendra, après l’assassinat de Stern par les Britanniques, le Lehi. Les deux chefs les plus emblématiques de ces groupes terroristes qui multiplieront les actions contre les Arabes puis les Britanniques se nomment Menahem Begin et Yitzhak Shamir. Tous deux, quelques décennies plus tard, seront Premiers ministres d’Israël, Menahem Begin obtenant même le prix Nobel de la paix avec Anouar el-Sadate en 1978, à la suite des accords de Camp David, qui consacrent la paix définitive entre l’Egypte et Israël.

« Nous aiderons les Britanniques dans la guerre comme s’il n’y avait pas de livre blanc et nous lutterons contre le livre blanc comme s’il n’y avait pas la guerre », déclare Ben Gourion dès le début du second conflit mondial. La communauté juive se range aux côtés des démocraties en guerre contre le fascisme, proposant même de créer une brigade juive au sein des forces alliées, offre qui ne sera acceptée qu’en 1944. Mais des milliers de juifs s’engagent ou se battent avec les armées alliées. C’est dans une action commando lancée le 7 juin 1941 par les Anglais contre les troupes françaises de Vichy au Liban que le jeune Moshe Dayan perd son oeil. A Bir Hakeim, en juin 1942, le général Koenig rend hommage aux survivants de la compagnie juive du major Félix Liebmann. Il plante sur sa Jeep leur drapeau blanc frappé de l’étoile de David et ordonne à ses troupes de lui rendre les honneurs. Tous ces combattants seront le fer de lance de l’armée qui, en 1948, va livrer la première guerre israélo-arabe.

 

Les organisations juives les plus radicales ont d’autres projets : devant les premiers succès de l’Allemagne, Avraham Stern envisage d’y créer un Etat juif fasciste. Comme le révèle Charles Enderlin, il va jusqu’à prendre des contacts avec l’Italie de Mussolini et même des envoyés du Reich ! L’affaire ne dure que le temps d’une rencontre car, déjà, les Alliés volent de victoire en victoire. Mais, même durant ces années où l’on extermine les juifs d’Europe, les Britanniques restent inflexibles, arraisonnant de nombreux bateaux chargés de réfugiés qu’ils parquent dans des camps à leur arrivée en Palestine, quand ils ne les déportent pas vers l’île Maurice. Pas question pour eux de créer un Etat juif susceptible de faire sauter la poudrière du Proche-Orient. En 1942, le secrétaire d’Etat aux Colonies propose ainsi à Ben Gourion de créer le futur Etat juif en… Prusse-Orientale. Ernest Bevin, secrétaire aux Affaires étrangères britannique, déclare en 1945 que « les juifs seraient bien employés à la reconstruction de la Pologne et de l’Allemagne ». Quant au représentant britannique à la commission des Nations unies, il suggère à l’Union soviétique en 1946 d’accueillir les réfugiés dans sa République autonome juive, le Birobidjan. A la fin de la guerre, les portes de la Palestine restent obstinément fermées aux survivants de la Shoah.

C’est l’Amérique de Truman qui va changer la donne. Earl Harrison, son envoyé dans les camps où sont réfugiés ceux qui ont survécu à l’Holocauste, fait ce constat : « Nous donnons l’impression de traiter les juifs de la même manière que les nazis, l’extermination en moins. » En Palestine, les actions terroristes contre l’occupant britannique se multiplient. Le 22 juillet 1946, l’Irgoun fait sauter l’hôtel King David où sont abrités les bureaux de l’administration britannique, faisant 91 morts. Dès lors, c’est une guerre sans pitié que se livrent juifs et Britanniques, ceux-ci persistant à arraisonner les bateaux d’immigrants qui déferlent sur les côtes de Palestine. Mais c’est avec l’affaire de l’« Exodus », parti en juillet 1947 de Sète avec la bénédiction d’autorités françaises prosionistes, et qui transporte 4 554 anciens déportés, hommes, femmes et enfants, que les Britanniques vont perdre la partie.

Une fois le bateau arraisonné, ses occupants sont débarqués à coups de matraque et à l’aide de lances à incendie, puis enfermés dans des bateaux-prisons. Enfin, ils sont ramenés vers Port-de-Bouc, où les réfugiés refusent l’asile de la France. Leurs navires prennent alors la route de Hambourg, où ils sont internés dans un camp que gardent des policiers allemands aux côtés de militaires britanniques. L’image fait le tour du monde et, trois mois plus tard, à l’Onu, 33 pays se prononcent pour la résolution 181, qui entérine le partage de la Palestine.

C’est aussitôt l’explosion. Durant les six mois qui vont suivre, la guerre civile entre juifs et Arabes embrase la Palestine. Parmi les dizaines de villages attaqués de part et d’autre, un nom demeure, celui de Deir Yassin, attaqué le 9 avril 1948 par les troupes de l’Irgoun et de Stern. Devant la résistance des Arabes, les Israéliens plastiquent les maisons, tuant femmes et enfants. 25 combattants sont exécutés dans une carrière. Une centaine de morts au total, dont s’empare la propagande arabe. Le massacre provoque la panique des Palestiniens et le début de leur drame, la Nakba (la Catastrophe). 700 000 d’entre eux fuient ou sont chassés de la région : leur longue errance vient de commencer.

Armées arabes humiliées. Quelques heures après avoir prononcé son discours de Tel-Aviv, Ben Gourion fait le compte des forces armées israéliennes : 30 000 hommes, principalement équipés d’armes venant de Tchécoslovaquie, mais dont les effectifs vont tripler au fil des mois, renforcés par le flot des réfugiés, des détenus des camps chypriotes et les 4 000 volontaires étrangers du Machal venus du monde entier (voir article ci-contre) . Face à eux, les armées de cinq pays, l’Egypte, la Syrie, la Transjordanie, l’Irak et le Liban. Mal coordonnées, la plupart des armées arabes-hormis les Jordaniens-n’ont pas une grande expérience du combat. La guerre va durer huit mois, entrecoupée de courtes trêves. Le monde entier ne donne guère de chances à l’armée israélienne et, pourtant, elle va repousser les assaillants, ouvrir une route vers Jérusalem, étriller les troupes de l’armée d’opérette du roi Farouk et pénétrer dans le Sinaï. Entre-temps, Ben Gourion a mis fin à la dissidence de l’Irgoun et du Lehi en les sommant, après leurs dernières actions terroristes, d’intégrer sans conditions Tsahal, la nouvelle armée d’Israël : le 22 juin, il n’hésite pas à faire tirer, au large de Kfar Vitkin, sur l’« Altalena », un cargo chargé d’armes parti de France et que l’Irgoun s’apprête à réceptionner.

Pour les armées arabes, c’est l’humiliation. Encerclé avec ses hommes dans la poche de Falouja, un jeune officier, Gamal Abdel Nasser, rumine la défaite. De janvier à avril 1949, les accords de Rhodes mettent fin à la première guerre israélo-arabe. Pour Israël, ce sera la plus meurtrière avec 6 000 morts, dont 2 000 civils. Il y en aura 15 000 du côté arabe. Et elle ne sera que la première d’une longue série. « Les millions de morts de la Shoah en Europe, les milliers de victimes arabes ou juives des guerres israélo-arabes ont inondé de sang la naissance et la reconnaissance de l’Etat d’Israël. » Grands vaincus de la naissance du nouvel Etat, les Palestiniens, qui, soixante ans après, cherchent encore à conquérir le leur.

1. « Par le feu et par le sang », de Charles Enderlin (Albin Michel).

Partagez:

La critique du Point

Spécial Israël – Une naissance « par le feu et par le sang »

Depuis 1920, les juifs se battent pour fonder leur Etat. Au lendemain de sa création, le 15 mai 1948, la première guerre israélo-arabe débute.

François Malye

Un coup de poignard dans le flanc du Proche-Orient. Ce 14 mai 1948 à 16 heures, à la tribune d’une salle surchauffée du musée de Tel-Aviv, David Ben Gourion proclame l’indépendance d’Israël. On danse et on chante dans les rues de la ville, mais le premier Premier ministre du tout nouvel Etat sait que, dès le lendemain, les pays arabes voisins lanceront leurs armées à l’assaut pour l’écraser. Dans quelques heures, les Britanniques, qui administraient la Palestine depuis trois décennies, seront partis avec armes et bagages, laissant Israël livré à lui-même. Mais les juifs ne peuvent plus attendre. Cinquante ans déjà se sont écoulés entre le congrès de Bâle, en 1897, où Theodor Herzl a théorisé l’ « Etat des juifs », et la résolution du 29 novembre 1947 de l’Onu préconisant le partage de la Palestine. Trente ans ont passé depuis la déclaration de James Balfour, secrétaire au Foreign Office, le 2 novembre 1917, se déclarant favorable à « la création d’un foyer national pour le peuple juif ».


En réalité, depuis 1920, ils n’ont pas cessé de se battre pour voir ce rêve se concrétiser : contre les Arabes, puis contre les Anglais, puissance mandataire impitoyable, enfin depuis le vote de l’Onu, à nouveau contre les Arabes palestiniens, dans une terrible guerre civile. David Ben Gourion, qui négocie depuis 1942 l’achat de matériel à l’étranger afin d’équiper l’armée juive, sait qu’Israël ne prendra sa place dans ce Proche-Orient tumultueux que « par le feu et par le sang ». C’est le titre du dernier et passionnant ouvrage de Charles Enderlin, chef du bureau de France 2 à Jérusalem (1), qui retrace la genèse de l’Etat hébreu et ces premières années de combats clandestins. Fourmillant d’anecdotes et de révélations, il rappelle ce que fut la longue marche, souvent semée d’atrocités, des juifs pour conquérir leur patrie.


Au lendemain de la Première Guerre mondiale et de la défaite de l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne, la Palestine passe sous mandat britannique. 560 000 musulmans et 55 000 juifs y cohabitent alors. Le rejet de la déclaration Balfour par le Congrès arabe national palestinien enclenche le premier cycle des violences entre juifs et Arabes palestiniens. Rapidement, les Britanniques freinent l’afflux de réfugiés juifs, estimant que « la Palestine n’a pas la capacité d’absorber un nombre important d’immigrants » et que « les Arabes ont été graduellement dépouillés de leurs terres par les achats du Fonds national juif » . L’Agence juive a vu le jour en 1929 et, à l’aide de fonds internationaux, elle facilite l’acquisition de terres et le départ des juifs d’Europe, de plus en plus frappés par l’antisémitisme. La position intransigeante des Britanniques s’explique par leur volonté de ne pas s’attirer l’hostilité des pays arabes et par d’évidents motifs économiques comme l’approvisionnement en pétrole. En 1939, après quatre années de révolte arabe, le livre blanc des autorités britanniques limite à 75 000 le nombre des nouveaux arrivants.

Du côté de l’Agence juive, les scissions se font rapidement jour. Opposé à l’attitude conciliante de la Haganah, son bras armé, qui se cantonne à l’autodéfense, deux groupes radicaux se constituent, l’Irgoun, puis le groupe Stern, du nom de son fondateur, Avraham Stern. Il deviendra, après l’assassinat de Stern par les Britanniques, le Lehi. Les deux chefs les plus emblématiques de ces groupes terroristes qui multiplieront les actions contre les Arabes puis les Britanniques se nomment Menahem Begin et Yitzhak Shamir. Tous deux, quelques décennies plus tard, seront Premiers ministres d’Israël, Menahem Begin obtenant même le prix Nobel de la paix avec Anouar el-Sadate en 1978, à la suite des accords de Camp David, qui consacrent la paix définitive entre l’Egypte et Israël.

« Nous aiderons les Britanniques dans la guerre comme s’il n’y avait pas de livre blanc et nous lutterons contre le livre blanc comme s’il n’y avait pas la guerre », déclare Ben Gourion dès le début du second conflit mondial. La communauté juive se range aux côtés des démocraties en guerre contre le fascisme, proposant même de créer une brigade juive au sein des forces alliées, offre qui ne sera acceptée qu’en 1944. Mais des milliers de juifs s’engagent ou se battent avec les armées alliées. C’est dans une action commando lancée le 7 juin 1941 par les Anglais contre les troupes françaises de Vichy au Liban que le jeune Moshe Dayan perd son oeil. A Bir Hakeim, en juin 1942, le général Koenig rend hommage aux survivants de la compagnie juive du major Félix Liebmann. Il plante sur sa Jeep leur drapeau blanc frappé de l’étoile de David et ordonne à ses troupes de lui rendre les honneurs. Tous ces combattants seront le fer de lance de l’armée qui, en 1948, va livrer la première guerre israélo-arabe.


Les organisations juives les plus radicales ont d’autres projets : devant les premiers succès de l’Allemagne, Avraham Stern envisage d’y créer un Etat juif fasciste. Comme le révèle Charles Enderlin, il va jusqu’à prendre des contacts avec l’Italie de Mussolini et même des envoyés du Reich ! L’affaire ne dure que le temps d’une rencontre car, déjà, les Alliés volent de victoire en victoire. Mais, même durant ces années où l’on extermine les juifs d’Europe, les Britanniques restent inflexibles, arraisonnant de nombreux bateaux chargés de réfugiés qu’ils parquent dans des camps à leur arrivée en Palestine, quand ils ne les déportent pas vers l’île Maurice. Pas question pour eux de créer un Etat juif susceptible de faire sauter la poudrière du Proche-Orient. En 1942, le secrétaire d’Etat aux Colonies propose ainsi à Ben Gourion de créer le futur Etat juif en… Prusse-Orientale. Ernest Bevin, secrétaire aux Affaires étrangères britannique, déclare en 1945 que « les juifs seraient bien employés à la reconstruction de la Pologne et de l’Allemagne ». Quant au représentant britannique à la commission des Nations unies, il suggère à l’Union soviétique en 1946 d’accueillir les réfugiés dans sa République autonome juive, le Birobidjan. A la fin de la guerre, les portes de la Palestine restent obstinément fermées aux survivants de la Shoah.

C’est l’Amérique de Truman qui va changer la donne. Earl Harrison, son envoyé dans les camps où sont réfugiés ceux qui ont survécu à l’Holocauste, fait ce constat : « Nous donnons l’impression de traiter les juifs de la même manière que les nazis, l’extermination en moins. » En Palestine, les actions terroristes contre l’occupant britannique se multiplient. Le 22 juillet 1946, l’Irgoun fait sauter l’hôtel King David où sont abrités les bureaux de l’administration britannique, faisant 91 morts. Dès lors, c’est une guerre sans pitié que se livrent juifs et Britanniques, ceux-ci persistant à arraisonner les bateaux d’immigrants qui déferlent sur les côtes de Palestine. Mais c’est avec l’affaire de l’« Exodus », parti en juillet 1947 de Sète avec la bénédiction d’autorités françaises prosionistes, et qui transporte 4 554 anciens déportés, hommes, femmes et enfants, que les Britanniques vont perdre la partie.

Une fois le bateau arraisonné, ses occupants sont débarqués à coups de matraque et à l’aide de lances à incendie, puis enfermés dans des bateaux-prisons. Enfin, ils sont ramenés vers Port-de-Bouc, où les réfugiés refusent l’asile de la France. Leurs navires prennent alors la route de Hambourg, où ils sont internés dans un camp que gardent des policiers allemands aux côtés de militaires britanniques. L’image fait le tour du monde et, trois mois plus tard, à l’Onu, 33 pays se prononcent pour la résolution 181, qui entérine le partage de la Palestine.

C’est aussitôt l’explosion. Durant les six mois qui vont suivre, la guerre civile entre juifs et Arabes embrase la Palestine. Parmi les dizaines de villages attaqués de part et d’autre, un nom demeure, celui de Deir Yassin, attaqué le 9 avril 1948 par les troupes de l’Irgoun et de Stern. Devant la résistance des Arabes, les Israéliens plastiquent les maisons, tuant femmes et enfants. 25 combattants sont exécutés dans une carrière. Une centaine de morts au total, dont s’empare la propagande arabe. Le massacre provoque la panique des Palestiniens et le début de leur drame, la Nakba (la Catastrophe). 700 000 d’entre eux fuient ou sont chassés de la région : leur longue errance vient de commencer.

Armées arabes humiliées. Quelques heures après avoir prononcé son discours de Tel-Aviv, Ben Gourion fait le compte des forces armées israéliennes : 30 000 hommes, principalement équipés d’armes venant de Tchécoslovaquie, mais dont les effectifs vont tripler au fil des mois, renforcés par le flot des réfugiés, des détenus des camps chypriotes et les 4 000 volontaires étrangers du Machal venus du monde entier (voir article ci-contre) . Face à eux, les armées de cinq pays, l’Egypte, la Syrie, la Transjordanie, l’Irak et le Liban. Mal coordonnées, la plupart des armées arabes-hormis les Jordaniens-n’ont pas une grande expérience du combat. La guerre va durer huit mois, entrecoupée de courtes trêves. Le monde entier ne donne guère de chances à l’armée israélienne et, pourtant, elle va repousser les assaillants, ouvrir une route vers Jérusalem, étriller les troupes de l’armée d’opérette du roi Farouk et pénétrer dans le Sinaï. Entre-temps, Ben Gourion a mis fin à la dissidence de l’Irgoun et du Lehi en les sommant, après leurs dernières actions terroristes, d’intégrer sans conditions Tsahal, la nouvelle armée d’Israël : le 22 juin, il n’hésite pas à faire tirer, au large de Kfar Vitkin, sur l’« Altalena », un cargo chargé d’armes parti de France et que l’Irgoun s’apprête à réceptionner.

Pour les armées arabes, c’est l’humiliation. Encerclé avec ses hommes dans la poche de Falouja, un jeune officier, Gamal Abdel Nasser, rumine la défaite. De janvier à avril 1949, les accords de Rhodes mettent fin à la première guerre israélo-arabe. Pour Israël, ce sera la plus meurtrière avec 6 000 morts, dont 2 000 civils. Il y en aura 15 000 du côté arabe. Et elle ne sera que la première d’une longue série. « Les millions de morts de la Shoah en Europe, les milliers de victimes arabes ou juives des guerres israélo-arabes ont inondé de sang la naissance et la reconnaissance de l’Etat d’Israël. » Grands vaincus de la naissance du nouvel Etat, les Palestiniens, qui, soixante ans après, cherchent encore à conquérir le leur.

1. « Par le feu et par le sang », de Charles Enderlin (Albin Michel).

Partagez:

Attentat du Hamas à Jérusalem le 6.3.08

Le Hamas tente de torpiller les pourparlers entre Olmert et Abbas et pousser Israël dans une aventure militaire à Gaza qui plongerait la région dans une nouvelle catastrophe. Le gouvernement israélien saura-t-il résister à la tentation d’une réaction démesurée?

Depuis la diffusion de ce reportage, la police a démenti l’information selon laquelle le terroriste avait travaillé dans la Yeshiva et le Hamas ne revendique plus cet attentat.. Voir le sujet diffusé dans le 20 heures du même jour.



Attentat du Hamas a Jerusalem – Ma-Tvideo France2
Attentat du Hamas a Jerusalem – Ma-Tvideo France2
7.3.2008 13 heures de France 2. Cameramen Hovsep Nalbandian et Mossi Armon Sondier Ariel Matok. Monteur Elie Kenner
Mots-clés : attentat jerusalem terroriste hamas yeshiva merkaz ha rav Video de charlesenderlin

Partagez:

Par le feu et par le sang. La critique de Régis Debray dans le Nouvel Obs

Le combat clandestin pour l’indépendance d’Israël. 1936-1948
Albin Michel

Note de C.E.: Le titre: « Israël: Quand les terroristes étaient juifs  » est de l’Obs.. David Ben Gourion qualifiait l’Irgoun et le Groupe Stern de « Terroristes »

Voici l’intégrale de la critique, légèrement raccourcie dans l’Obs pour des raisons de place:

Une mine de renseignements déconcertants, pour les candides comme vous et moi ; et au second degré, une source d’enseignement pour nos cours d’éducation morale et civique chapitre « fin et moyens » : Jusqu’où est-il permis d’aller pour faire triompher une juste cause ? Le récit enlevé et dru de Charles Enderlin qui traverse les années noires de la préhistoire d’Israël, son combat clandestin pour l’indépendance, depuis la révolte arabe de 1936 jusqu’à 1948, comblera l’amateur d’insolite autant que les chercheurs de vérités. « On n’offre pas d’État à un peuple sur un plateau d’argent », disait Chaïm Weizmann, le premier président de l’État d’Israël. Malraux voyait dans cette phrase « une plainte amère ». Ce n’est qu’un sobre constat, d’application universelle, et toujours contemporain, voir le Kosovo et la Palestine. Les hommes de bronze qui forgent un pays par le feu et par le sang, le leur et celui des autres, figurent rarement, après les fanfares du triomphe, sur le livre d’or des annales officielles. Ces ouvriers de la première heure, plus proches du Sartre des Mains sales que du Camus de L’Homme révolté, Charles Enderlin s’est retroussé les manches pour les tirer du clair-obscur, en interrogeant les derniers témoins, en exhumant les dossiers, en raboutant les pièces d’un sidérant puzzle.
Au Levant, où le passé ne passe pas, où les mémoires souterraines explosent en flash d’actualité, un historien du présent tant soit peu rigoureux ne peut pas ne pas se faire mi-archiviste mi-spéléologue. Journaliste conséquent et bien documenté, ce familier des coulisses à qui on doit la meilleure histoire aujourd’hui disponible des récentes négociations de paix au Proche-Orient ne se distingue de l’historien que par la facture : il raconte l’histoire passée au présent, donnant ainsi au lecteur l’effroi des romans réalistes. Noir et policier, en l’occurrence, puisqu’il s’agit de la lutte clandestine menée par ceux que les occupants Britanniques appelaient au début des « gangsters », d’un genre très particulier, il est vrai : intellectuels pour la plupart, portés par une foi messianique, et prêts à se suicider pour la Cause. L’enquête sur les organisations paramilitaires sionistes qu’étaient avant l’indépendance, l’Irgoun, le groupe Stern et les débuts de la Haganah, l’ancêtre de Tsahal, révèle quelques lourds secrets de famille, mais n’a rien d’une démystification scandaleuse, tant l’auteur montre d’empathie pour cette piétaille du sacrifice. C’est l’histoire vraie de son peuple, et il l’assume.
Begin, Juif polonais, rescapé du Goulag, Moshé Dayan en jeune volontaire à qui une balle pétainiste arrache un œil sur le front syrien, en 1942, le Paris d’après-guerre où gaullistes et socialistes, la DST aidant, offrent une base arrière à la Haganah et au Mossad, l’odyssée pathétique de l’Exodus : voilà, entre cent autres, des rappels illustres. N’oublions pas non plus l’assassinat en pleine rue de Bernadotte, le médiateur de l’ONU et le terrible attentat de l’hôtel King David. Oui, une chanson de geste se fait aussi à coups d’hold-up, de colis piégés, d’exécutions sommaires, de tueries d’innocentes, de grenades dans des boutiques et sur des bus de civils (et pas seulement sur les postes de police). Il y a eu un terrorisme juif, assumé par maints « révisionnistes » résolument pratiqué par l’Irgoun, et le Bétar, créé en 1935 par Jabotinsky, leader de la droite nationaliste et chantre de « la nation absolue, fondée sur l’unicité de la race ». Ce dernier demanda à ses hommes, après un massacre à l’aveugle, d’épargner autant que possible les femmes et les enfants arabes. « Le baratin contre le terrorisme » fut méthodiquement réfuté par un article, signé de Shamir et d’autres, en juillet 1943. Un texte très argumenté, qui expédierait aujourd’hui ses auteurs du côté de l’axe du Mal.
Cette plongée en eaux profondes, nuisible au confort intellectuel des prisonniers du noir et blanc, nous rappelle utilement quelques vérités immémoriales et dérangeantes. Mentionnons d’abord : la férocité dont peut faire preuve, dans ses colonies ou protectorats, une métropole libérale et démocratique, britannique en l’espèce. Ensuite, l’intensité des luttes inter-juives d’alors, tant il est vrai qu’une guerre de libération nationale se double toujours, à l’intérieur, d’une lutte fratricide entre mouvances rivales, où tous les coups sont permis. Ajoutons l’éternel réflexe du « l’ennemi de mon ennemi est mon ami », qui amena certains militants du judaïsme radical, avant la découverte de la Shoah, à prendre langue avec l’Axe, l’Italie fasciste et le Reich nazi (comme le feront d’ailleurs, pendant la deuxième guerre mondiale, la plupart des leaders des mouvements d’indépendance dans l’Empire britannique, depuis le mufti de Jérusalem Husseini jusqu’à Chandra Bose en Inde, en passant par Sadate en Égypte, et le père d’Aung Sui en Birmanie). Et finissons par une note plus optimiste : des gentleman terroristes, quand ils ne sont pas sommairement exécutés comme le fut Abraham Stern par l’inspecteur Morton de la police anglaise, en 1942, peuvent toujours, sur le tard, faire de respectables Premiers ministres devant qui leurs anciens geôliers dérouleront le tapis rouge. Changez les noms. Mettez ici à la place de Yitzhak Shamir et de Menahem Begin, anciens terroristes promus chefs de gouvernement, quelques noms de Palestiniens emprisonnés ou pourchassés, et vous ne perdrez pas tout espoir de voir un jour la paix.
Qu’on se rassure. Le romantisme révolutionnaire n’a pas eu, en Israël, le dernier mot. Car le singulier, le plus admirable de cette histoire un peu partout répétée, c’est la façon dont Ben Gourion et les responsables syndicaux et politiques ont, in fine, fait rentrer dans le rang tous ces groupes d’activistes, en ramenant, manu militari, en faisant couler au large des côtes un navire rebelle de l’Irgoun, l’Altalena, leurs fanatiques à la raison – d’État. Celle-ci exige le monopole de la violence légitime.
Ce retour au classicisme, heureux pour l’avenir démocratique du peuple hébreu, eut son prix : un voile pudique, parfois injustement jeté sur la mémoire tragique des immolés de l’ombre. Maintenant, et en français du moins, grâce à Charles Enderlin, justice leur est rendue.
Régis DEBRAY

Partagez:

Gaza La Crise. 27 février 3 mars 2008

Du 27 février au 3 mars, selon des sources palestiniennes, 116 Palestiniens, dont la moitié des civils parmi lesquels 22 enfants et douze femmes, ont été tués depuis le début des opérations. un civil israélien a trouvé la mort dans l’explosion d’une roquette sur un collège universitaire près de Sderot. Au cours de l’incursion dans Gaza, deux soldats israéliens on été tués.

Ce nouevau cycle de violence a débuté le 27 avec la liquidiation par l’armée de l’air de 5 militants du Hamas qui, selon Israël, avaient subit un entrainement en Iran et préparaient un attentat. Les islamistes ont immédiatement riposté par des tirs de Qassam sur Sderot et de Katiouchas sur Ashkelon. Pour Israël, c’était une ligne rouge. Cette ville 120 000 habitants est désormais sous la menace permanente du Hamas

L’armée israélienne s’est retirée du nord de Gaza le 3 mars sans avoir réussi à faire cesser les tirs de missiles sur les localités du sud ouest d’Israël. Les incursions de ce genre sont la seule solution que les stratèges du ministère de la Défense à Tel Aviv ont trouvé face au Hamas.

Il faut dire qu’un quart de siècle de politique israélienne en Cisjordanie et à Gaza a débouché sur un énorme échec. Voir mon papier publié sur ce blog : Quand Israel favorisait le Hamas.

Voici les trois sujets diffusés à france 2 sur cettte dernière crise:



Le Hamas attaque Sderot – Ma-Tvideo France2
Le Hamas attaque Sderot – Ma-Tvideo France2
Sujet 20 heures. du 29.2.08 JRI Alon Grego. son Naor Levy.



Gaza Incursion israelienne – Ma-Tvideo France2
Gaza Incursion israelienne – Ma-Tvideo France2
Sujet 20h le 1.1.2008. Cameraman Talal Abou Rahmeh. Monteur Elie Kenner Journaliste Charles Enderlin
Mots-clés : israel gaza armee israelienne incursion Video de charlesenderlin



Gaza L’incursion israelienne se termine – Ma-Tvideo France2
Gaza L’incursion israelienne se termine – Ma-Tvideo France2
Sujet 20 heures du 2.3.2008. JRI Talal Abou Rahmeh, monteur, Elie Kenner, Journaliste Charles Enderlin
Mots-clés : israel gaza armee israelienne incursion obseques Video de charlesenderlin

Partagez: