Au Moyen-Orient, si vous ne pouvez pas expliquer une chose par la théorie du complot, n'essayez pas de l'expliquer! Les gens, là-bas, ne vous croiront pas. T.Friedman. NYT
Mes « amis » Rozenzweig et consorts s’énervent pas mal sur les ondes et dans les médias communautaires… A les croire je serais à l’origine d’une combine destinée à empêcher Jamal al Dura de venir en France subir un examen médical destiné à vérifier s’il a bien été blessé à Netzarim (Gaza) le 30 septembre 2000…
En fait… Le bureau de France 2 à Jérusalem a effectivement oeuvré pendant de longs mois pour que l’autorité palestinienne à Ramallah lui fournisse un nouveau passeport… Le sien était périmé. L’affaire était plutôt compliquée… Les habitants de Gaza ont beaucoup de mal à obtenir un passeport de l’autorité palestinienne qui tient à établir si le demandeur est proche du Hamas ou non…
Entre temps, on m’a informé que Jamal n’avait aucune intention de partir en France pour des examens médicaux destinés à satisfaire le CRIF qu’il ne connait absolument pas… Contacté par des français, il a été mis en liaison avec une avocate qui a déposé plainte en son nom contre Actualités juives et les auteurs d’un article qui le diffamait… Visiblement Monsieur Rozenzweig ne réalise pas que Jamal al Dura n’écoute que son avocate… et certainement pas France Télévisions… Mais, pourquoi cet ancien rédacteur en chef au Monde ne va-t-il pas lui même à Gaza, en personne, pour rencontrer Jamal et le persuader de venir à Paris avant l’audience du procès d’Actualités juives? Les journalistes du Monde vont à Gaza…
Messieurs les Karsentystes … Il n’y a rien à faire.. Jamal est une personne indépendante…
La secte des « A Dura est vivant » a relancé sa campagne de diffamation à l’occasion de la sortie de mon nouveau livre. Philippe Karsenty a accordé une grande interview à Nekouda, l’organe idéologique des colons. Ses amis à la tête de la Première chaîne de télévision israélienne on fait diffuser le film scandaleux d’Esther Schapira… C’était prévisible.. Chaque fois que je publie un nouvel ouvrage ou diffuse un documentaire TV, la secte en remet une couche.. Une seule question: d’où vient le financement de cette opération assez couteuse.. billets d’avions, hôtels, location de salles… ?
Sur le site Causeur de ses amis Elizabeth Lévy et Barnavi … Luc Rozenzweig fait à nouveau parler de lui… et accuse France 2 de faire lanterner le CRIF… Il oublie de mentionner que Jamal a Dura n’est pas un esclave à la disposition de France 2.. C’est lui qui décide quand et comment il voyage. Le père du petit Mohammed a déposé plainte pour diffamation en France contre Actualités juives et un certain Vavinsky qui ont parait-il été mis en examen… Cette procédure étant en cours, il parait absurde qu’il vienne en France, convoqué par le CRIF et France 2… Il faut supposer qu’il viendra à ce procès… Il a répèté à des journalistes qu’il est prêt à se soumettre à tous les examens nécessaires… Monsieur Rozenzweig peut toujours se rendre à gaza et parler à jamal ce qu’il s’est bien gardé de faire jusqu’à présent
A suivre…
PS: Certaines personnes m’accusent d’être à l’origine de cette plainte de Jamal a Dura… C’est encore de la diffamation … Je ne connais pas l’avocate qui le représente en France.. je ne l’ai jamais rencontrée. Nous n’avons rien à voir dans cette procédure.
Comment Américains et Israéliens ont nourri l’islamisme
Par Jacques Attali, publié le 16/112009 à 16:00
Dans son nouveau livre, Charles Enderlin montre comment Américains et Israéliens ont, au nom de leurs intérêts, favorisé la montée de l’islamisme… avant d’en payer le prix.Après plusieurs livres, devenus désormais des références, sur l’histoire des négociations de paix au Moyen-Orient, Charles Enderlin publie aujourd’hui un livre passionnant sur les relations des Israéliens et des Américains avec l’islam.
Dès leur arrivée en Afrique du Nord, en 1942, et pendant toute la guerre froide, les Américains ont utilisé l’islam contre le communisme. Des officiers américains ont même poussé les Algériens à se révolter contre une France dont Washington craignait qu’elle ne tombât entre les mains communistes. Comme ils ont manipulé, dans le même but, en Italie, le Vatican et la mafia, l’un et l’autre en soutiens de la démocratie chrétienne. Le dirigeant pakistanais Zia Ul Hak a islamisé le pays entre 1977 et 1988 avec les dollars de la CIA
Charles Enderlin montre parfaitement comment cette stratégie a conduit, par un terrible engrenage, tant en Afghanistan qu’au Moyen-Orient, à la montée de l’islamisme. Ainsi le dirigeant pakistanais Zia Ul Hak a-t-il islamisé le pays entre 1977 et 1988 avec les dollars de la CIA. Et ainsi est-on passé de quelques centaines de madrasas (écoles religieuses) en 1977 à plus de 8 000 en 1988.
Les Israéliens font de même avec le Hamas, l’une des branches du salafisme; un mouvement entièrement religieux, et non politique comme l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), son antidote, qui parle en fait le même langage laïque que les chefs militaires israéliens.
Tsahal aveuglé par les promesses du Hamas
Dans un premier temps, l’armée israélienne ignore ceux qui ne « tirent » pas, ne vérifie pas ce qui se passe dans les mosquées et prend pour argent comptant les promesses du patron du Hamas, le cheikh Yassine: « Vous n’êtes pas nos ennemis. Nous combattons les apostats de l’OLP et les communistes. » Ce n’est qu’après la chute du communisme qu’Américains et Israéliens réalisent le danger du radicalisme religieux.
Mais il est trop tard et ils sont paralysés. Charles Enderlin montre bien que tout dialogue est alors impossible: le Hamas refuse de parlementer avec Israël, dont il veut la disparition. Et les Israéliens comprennent bien tard que ce qui compte, ce ne sont pas les belles paroles des dirigeants politiques palestiniens, installés à Damas, mais les décisions des imams et des cheikhs dans les mosquées de Gaza.
Ainsi, en dix ans, les laïques des deux camps (travaillistes israéliens et Fatah), qui avaient fini par réussir à se parler et même à s’entendre, sont discrédités par les religieux de chaque bord, qui se retrouvent dans le rejet de la rationalité et des valeurs démocratiques ; transforment un conflit territorial en une guerre de religions, rendant impossible toute négociation. On peut faire des compromis sur le tracé d’une frontière, pas sur la nature de Dieu.
Le grand Aveuglement, par Charles Enderlin. Ed. Albin Michel
Sur son blog, l’ineffable Victor Perez déverse sa bile et m’accuse de vénalité. Papier repris par un site associé intitulé « Juif » et où je suis dessiné avec un grand nez. Cela ressemble étrangement aux mails que des antisémites visiblement non juifs m’envoient régulièrement.
CHARLES ENDERLIN écrit comme il fait son métier de correspondant Permanent de France 2 à Jérusalem, depuis 1981: en énumérant les faits, sans adjectifs ni commentaires superflus. Il sait que les mots peuvent devenir des armes.
Son propos est de décrire la responsabilité d’Israël dans la montée de l’islamisme radical, c’est-à-dire dans l’émergence du Hamas. Sa méthode est celle d’un journaliste : les événements s’enchaînent, comme une en grenage, parsemés des erreurs des gouvernements israéliens successifs. On mesure à quel point l’impasse actuelle du processus de paix, et aussi la division des Palestiniens entre le Fatah et le Hamas, est la résultante d’un «grand aveuglement», du dogmatisme religieux et du sang versé. Charles Enderlin explique, documents souvent inédits à l’appui, que la Shabak, le service israélien de sécurité intérieure, s’est persuadée qu’en favorisant le renforcement de la Moujamma (organisation issue des Frères musulmans, qui a donné naissance au Hamas) et de son chef, Cheikh Ahmed Yassine, elle détenait «l’antidote à l’OLP», l’Organisation de libération de la Palestine. Il établit un parallèle saisissant avec l’attitude des Etats-Unis en Afghanistan, qui ont longtemps soutenu les groupes moudjahidines les plus radicaux,
Comme le Hezb-I-Islami de Gulbuddin Hekmatyar, aujourd’hui l’un des chefs les plus extrémistes du mouvement taliban.
Loin de limiter son sujet à «la prise de contrôle d’un territoire» (Gaza) par le Hamas, Charles Enderlin se fait le biographe minutieux de l’histoire des relations entre Israël et les administrations américaines successives: il souligne à quel point les appels répétés de Washington en faveur de l’arrêt de la colonisation juive dans les territoires palestiniens occupés, cet «acte délibéré visant à saboter la paix», disait l’ancien secrétaire d’Etat James Baker, sont restés, jusqu’à aujourd’hui, lettre morte. Il décrit «l’entreprise systématique de délégitimation de l’Autorité palestinienne», et rappelle que le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, alors chef du Likoud, avait comparé les accords d’Oslo (1993) – sans doute la meilleure chance de paix au Proche-Orient –, aux accords de Munich, et Itzhak Rabin à Chamberlain.
Cette chronique des relations israélo-palestiniennes livre quelques clés pour comprendre l’incapacité des acteurs du processus de paix à se tolérer.
La scène n’est pas tirée d’un film de politique-fiction. Le général gouverneur militaire aura bien participé à l’inauguration de l’immeuble des Frères musulmans à Gaza, aux côtés du cheikh Ahmed Yassine. Ces images ont été tournées en septembre 1973. À l’époque, Yassine n’était pas le chef du Hamas mais le protégé des Israéliens. Un seul officier, en charge des affaires religieuses, avait refusé d’aller assister à cette petite cérémonie: lui seul avait pris la peine d’aller vérifier ce que prêchait la confrérie. Une stratégie en deux temps.
D’abord le prosélytisme, prendre le contrôle des mosquées de Gaza, puis, lorsque la situation s’y prêterait, lancer le djihad, la guerre sainte contre Israël. De son côté, le Shabak (acronyme hébreu de «Sherout Bitakhon Klali». Appelé également Shin Beth), le service de sécurité intérieure, ne s’intéressait pas outre mesure à l’association dirigée par Yassine. «Il n’y avait là ni subversion ni terrorisme, donc cela ne nous concernait pas», me dira un officier responsable des renseignements militaires, puis d’ajouter: «La priorité, l’urgence, c’était de lutter contre les attentats commis par les organisations de l’OLP et sur ce point,Yassine expliquait qu’il combattait la gauche palestinienne… notre ennemi. Certains disaient qu’il était l’antidote à l’OLP. Notre erreur a été de le laisser faire.» Il faut dire aussi que les services israéliens ne disposaient, à l’époque, ni des experts nécessaires, ni des moyens d’analyser ce qui deviendrait le Djihad régional. Les gouvernements successifs s’en moquaient bien, qui n’ont jamais éprouvé le besoin de développer l’économie de Gaza. Certains, comme Menahem Begin, auront même envisagé d’annexer ce territoire en encourageant ses habitants au départ. Ce faisant, ils auront fertilisé le terrain social des Intifadas à venir.
À la même époque, les Américains contribuent à l’islamisation du Pakistan, à la multiplication des madrassas (les écoles coraniques), par le biais de l’aide aux moudjahidine afghans dans leur combat contre l’Armée rouge. De là sortiront les Talibans. Al-Qaida est issue de la guerre en Afghanistan. Zbigniew Brzezinski, le conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, à l’origine de cette politique, dira en 1998: «Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde? Les Talibans ou la chute de l’empire soviétique?» Fragile explication qui omet de rappeler qu’après le retrait de leurs troupes, des responsables russes avaient proposé à Washington d’agir de concert contre le danger commun: l’islam radical.
En 1982, la guerre d’Ariel Sharon au Liban, contre l’OLP et le nationalisme palestinien, aura eu des conséquences identiques: l’émergence du Hezbollah, à qui Israël aura offert pendant dix-huit ans une zone de conflit privilégiée en occupant le sud du pays. La milice chiite y développera ses forces combattantes en attaquant l’armée israélienne. Une fois encore, les analystes et les experts israéliens n’ont pas réalisé l’influence politique et surtout religieuse de la révolution khomeiniste iranienne sur les chiites libanais. L’urgence de l’immédiat les empêchait d’appréhender le phénomène global.
En Israël, la gauche travailliste, tiraillée entre la volonté d’annexer quelques territoires – mais pas trop – et la nécessité de conclure des accords avec les Palestiniens et le monde arabe, est largement responsable du développement de la colonisation en Cisjordanie et de son épiphénomène, l’affirmation de l’intégrisme religieux nationaliste, terreau d’où surgira l’assassin du Premier ministre Yitzhak Rabin. De son côté, Ariel Sharon, ministre ou chef de gouvernement, ne s’embarrassera pas outre mesure du mouvement messianique.
Il l’instrumentalisera même, à l’occasion, pour mener à bien sa politique d’implantation dans les zones des territoires occupés nécessaires, selon lui, à la sécurité du pays. Son ennemi prioritaire a toujours été l’OLP, la seule organisation palestinienne susceptible d’obtenir des concessions territoriales d’Israël dans le cadre d’une paix que Sharon juge impossible. Ainsi s’explique sa stratégie constante. Fin mars 2002, il ira jusqu’à détruire les institutions de l’Autorité palestinienne et assiégera le QG de Yasser Arafat après l’attentat contre l’hôtel Park à Netanya, le soir de la Pâque juive, qui avait fait trente morts et cent quarante blessés.
Pourtant, l’auteur de l’attaque n’était pas issu de l’OLP ou du Fatah, mais bien du Hamas, dont l’objectif était, ce jour là, d’empêcher la conclusion d’un cessez-le-feu et de torpiller l’initiative de paix saoudienne votée à Beyrouth par la Ligue arabe. L’organisation de Yassine a d’ailleurs très vite constaté qu’Israël réagissait souvent à ces attentats en affaiblissant son adversaire… Arafat. Selon Dov Weissglass, son principal conseiller, Ariel Sharon avait «compris que chez les Palestiniens, la majorité n’avait pas le contrôle de la minorité, que l’administration centrale palestinienne n’avait pas la capacité d’imposer sa volonté à l’ensemble de la société. Pour lui, le terrorisme palestinien n’était pas national, mais religieux». Sharon et Ehoud Olmert, son successeur, ont finalement décidé, en 2005, le retrait de l’armée et l’évacuation des colonies de Gaza en sachant que, tôt ou tard, le Hamas y prendrait le pouvoir. En 2006, ils ont autorisé l’organisation intégriste à participer aux élections palestiniennes en sachant qu’elle allait remporter le scrutin à Gaza – et très probablement en Cisjordanie. Cela revenait à pérenniser le conflit dans la mesure où le Hamas n’était susceptible d’accepter qu’une trêve de longue durée avec Israël, et à ses conditions. Pas davantage, et surtout pas un accord de paix en bonne et due forme. Cette politique a bénéficié du soutien des néoconservateurs américains pendant les huit années de la présidence de George Bush. Ce fut une période clé de l’histoire du Proche-Orient.
La religion est l’un des principaux éléments de blocage du processus de paix. Les négociations de Camp David, en juillet 2000, ont échoué en raison de l’impossibilité de parvenir à un accord sur le Haram al-Sharif, la mosquée al-Aqsa et le Dôme du Rocher, le troisième lieu saint de l’islam – qui est aussi le mont du Temple du judaïsme. Le Premier ministre Ehoud Barak, pourtant travailliste et laïc, affirma à cette occasion: «Je ne connais pas un Premier ministre qui accepterait de signer le transfert de la souveraineté sur le Premier et le Second Temple [le mont du Temple], qui est la base du sionisme.» La plupart de ses conseillers l’avaient assuré qu’Arafat ne signerait aucun accord qui ne prévoirait pas la reconnaissance de la souveraineté sur le Haram. Ce site fascine les groupuscules messianiques juifs. À plusieurs reprises, des illuminés ont envisagé sa destruction afin de déclencher une guerre avec le monde musulman, étape vers la Rédemption. Parviendront-ils un jour à tromper la surveillance des services de sécurité israéliens et à déposer des explosifs sous la mosquéeal-Aqsa? Cette menace permanente fournit un argument majeur aux intégristes musulmans dans leur combat contre Israël.
L’offensive des fondamentalistes des deux bords agit dans le même sens. Au-delà de leurs objectifs religieux et territoriaux, les uns et les autres combattent la notion même de démocratie libérale. D’un côté, on revendique la charia; de l’autre, au mieux, le maintien du statu quo, le contrôle permanent de l’état civil israélien, quand on ne s’oppose pas manu militari à tout accord de paix avec les Palestiniens. Plusieurs analystes ont bien mis en évidence la responsabilité des administrations américaines dans l’implantation des
Talibans et d’Al-Qaida, la création du Hezbollah au Liban, et publié des ouvrages de référence sur le Hamas. J’ai voulu, au moment où Barack Obama se prépare à relancer le processus de paix au Proche-Orient, apporter une contribution à cette histoire en racontant l’enchaînement des erreurs qui, du côté israélien, ont fini par conférer au Hamas un droit de veto sur l’avenir de la région. D’anciens généraux, ex-gouverneurs militaires de Gaza et de la Cisjordanie, ex-responsables du Shabak, ex-officiers de renseignement ont apporté une contribution inestimable à mon travail en me donnant accès à des documents et à des rapports secrets qu’ils m’ont autorisé à lire. Certains m’ont demandé de garder l’anonymat. Tous regrettent l’attitude des gouvernements israéliens successifs qui, trop souvent, n’ont pas voulu entendre leurs mises en garde. Il faut, disent-ils aujourd’hui, que la leçon soit tirée. Leurs témoignages complètent, sur bien des points, certains procès-verbaux issus de mes archives personnelles, que le lecteur trouvera référencés dans mes ouvrages précédents.
Roni Shaked, excellent confrère du grand quotidien Yediot Aharonot, où il couvre depuis de longues années l’affaire palestinienne, m’a apporté de précieux conseils et commentaires.
Je le remercie, ainsi que ses assistants: Mor Mitrani et Ido Kadisheviz, de l’université hébraïque de Jérusalem.
Ce livre a été rendu possible grâce à Olivier Bétourné, mon éditeur et fidèle soutien.
Mon dernier mot sera pour Danièle, ma très patiente épouse et excellente lectrice critique.