Archives de catégorie : Les billets de l’équipe

Nous ne les oublions pas

Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, journalistes dans l’émission « Pièces à conviction » de France 3, sont retenus en Afghanistan avec leurs trois accompagnateurs depuis le 29 décembre dernier. Ne les oublions pas.

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Rencontre avec Riccardo Scamarcio

L’étoile montante du cinéma italien Riccardo Scamarcio était récemment de passage à Paris, où il présentait « Le rêve italien » et « La prima linea » (en salles actuellement). Lorenzo Ciavarini et Thibault Lahanque sont allés à sa rencontre.

 
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L’objet d’Alice

Comme promis par Philippe, voici les références de la musique préférée d’Alice Belaïdi : Album « Who is Jill Scott ? » de JILL SCOTT .

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Rencontre cinéma : "La robe du soir"

Juliette, 12 ans, nourrit une compulsive fascination pour sa prof de français qui certes s’y connaît en matière de séduction. Une obsession qui va la mettre en danger. Nouvelle proposition cinématographique intéressante sur l’univers intrigant de la préadolescence.

Rencontre avec la réalisatrice, Myriam AZIZA qui signe un ici premier long-métrage.

- Est-ce que vous avez puisé dans vos propres souvenirs pour bâtir le scenario de « La robe du soir »?

- Quand j’avais 12 ans, j’ai eu un rapport singulier avec ma professeur de français. Je l’admirais et elle représentait pour moi une forme de modèle, modèle intellectuel bien sûr, modèle de féminité aussi. Dans le film, c’est ce qui se passe dans la tête de Juliette. Sa mère est débordée par son travail, son grand frère ado la charrie, elle n’a finalement personne à qui se confier. Dans son imaginaire, Madame Solenska (la prof) représente la possibilité de satisfaire son besoin d’amour, de reconnaissance au point de susciter sa jalousie. Il n’y a pas de sentiment amoureux à proprement parler, c’est un besoin global.

- Mais qui est-elle, cette Madame Solenska? Elle se dévoile beaucoup devant ses élèves, notamment en n’éludant pas ses envies de femme. Mais le spectateur du film ne sait rien sur sa vie personnelle. Elle apparait comme assez sexy, mais certains de ses regards trahissent une blessure intérieure.

- Je voulais que le film soit entièrement construit autour du point de vue de Juliette, donc forcément subjectif, surtout dans la tête d’une petite fille. Bien sûr, en écrivant le scenario avec Sophie Bredier, on a imaginé les contours de la vie personnelle de Madame Solenska. Sans doute une femme seule, donc une solitude miroir pour Juliette. C’est une belle femme, mais elle se voit vieillir seule, elle déplace son manque d’amour sur ses élèves.

- Comment s’est passé le tournage avec Lio qui est lumineuse dans « La robe du soir »?

-Très bien. Elle a accepté le rôle avec enthousiasme et je trouve qu’il y a des choses en elle, dans son charisme qui sont dans le personnage de Madame Solenska que j’avais imaginé. Lio a une forte personnalité, elle a un corps et une sensualité naturelles. La séduction, elle sait ce que c’est. On avait imaginé un personnage plus fantaisiste encore. Elle m’a conseillé d’aller vers plus de sobriété. C’est vrai qu’elle suggère naturellement déjà tellement qu’il n’était pas nécessaire d’en rajouter.

- Alba Gaia Bellugi qui joue la petite Juliette est très convaincante. Elle n’avait que 13 ans au moment du tournage et on lui sent de prometteuses capacités de comédienne. Elle était déjà formidable dans « Je m’appelle Elisabeth » de Jean-Pierre Améris.

- Quand je l’ai rencontrée pendant les castings, j’ai apprécié sa profondeur, sa capacité à apprendre et jouer un texte, à improviser. Mais j’ai eu un peu peur : elle ressemblait trop dans la réalité au personnage de Juliette, réservée, un peu triste. Après en avoir rêvé ensuite, au sens propre, je me suis convaincue que c’était elle qui devait tenir le rôle. En effet elle connaissait déjà les plateaux de tournages, Améris, François Ozon dans « Le temps qu’il reste » et aussi le théâtre avec Ariane Mnouchkine dans « Les Éphémères« . Ça n’est pas très différent de diriger des enfants plutôt que des adultes: ils font eux aussi très bien la différence entre ce qu’ils sont et ce qu’ils jouent. Pour ce rôle, elle s’est immergée dans une vraie classe, dans un vrai collège qui avait accepté d’accueillir le tournage. En échange de cette invitation, j’animais un atelier-cinéma dans la classe qui a aussi servi à la préparation du film. Son père est comédien et elle c’est déjà une vraie petite comédienne.

Propos recueillis par Rémy Roche.

« La robe du soir« , de Myriam Aziza. 1h35. Sur les écrans à partir du 24 février.

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Joël Pommerat, l’homme de l’ombre

C’est un théâtre étrange que celui des Bouffes du Nord, un espace unique, caché dans un immeuble haussmanien, y pénétrer est déjà d’habitude une belle curiosité. Plus étrange encore lorsqu’il est investi par la troupe de Joël Pommerat ; il est devenu comme un cirque, rond central, gradins autour. Un cirque où ne vont se produire que des clowns tristes, pathétiques et patibulaires. Ceux qui vont nous conter Cercles / Fictions. Un conte, une épreuve.

L’époque est située, celle de la Grande Guerre, celle des horreurs et des honneurs, l’horreur pour les sacrifiés des tranchées, l’honneur, à bon compte, des grands bourgeois, opportunément patriotes, qui les envoyaient à la boucherie pour défendre leurs privilèges. Le théâtre de Pommerat c’est celui des dominés/dominants et de la guerre, il s’en passionne depuis plus de dix ans, donc Cercles / Fictions parle moins de la Guerre de 14 que de celle qui dure toujours, plus que jamais, celle que n’ose plus livrer l’armée des ombres de nos cohortes de vies capturées face aux tyrans du CAC 40 qui ont perdu le sens du réel. Les domestiques de la patronne d’une grande maison qui imagine les nouvelles règles de l’ultra-libéralisme paternaliste, le richissime industriel qui sort son carnet de chèque pour voler un organe à des sans-papiers pour sauver son fils, à l’inverse le loufiat formaté depuis des générations qui ne saurait accepter les avances amoureuses de son maître. Fragments, séquences qui s’entrecroisent, se complètent, s’opposent, se jumellent. Camaïeu anxieux de brisures, on peut s’y perdre.

Le texte de Cercles / Fictions n’a pas la force de précédentes pièces de Pommerat, « Au monde » ou surtout « Les marchands« . Mais il dit aussi, dans ses douleurs autant que dans ses drôleries, la fin d’un monde. Donc on en revient à la formidable imagination de mise en scène de Joël Pommerat. Il a voulu cette fois-ci le cercle plutôt que le rapport frontal. Pourquoi pas ? En fait, peu importe l’origine des regards, c’est la direction qui compte.

Rarement metteur en scène n’aura autant laissé de liberté au spectateur tout en l’enjoignant de fixer son sujet : nos cicatrices intérieures. Et c’est grâce aux lumières magiques d’Eric Soyer, également scénographe, qu’il nous y plonge. Jamais les clairs-obscurs n’ont été aussi éblouissants. Ils sont dans l’ombre ces personnages, la lumière ne révèle que leurs faiblesses ou leur désespoir, dans l’ombre d’un monde qui se dérobe. Ombre et lumière, la lumière de Soyer est littéralement prodigieuse, hallucinante. A elle seule, elle vaut le voyage.

Rémy Roche.

Cercles / Fictions
Paris -Théâtre des Bouffes du Nord
jusqu’au 6 mars

Photo : Elisabeth Carecchio

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