Double effet de calendrier. Alors que La Chine et Shanghaï font d’une exposition universelle une occasion de propagande, Elodie Bernard signe un premier livre. Le récit de son voyage au Tibet à l’été 2008, quand Pékin accueillait les Jeux olympiques. « A vint quatre ans, je me décide donc à « hanter l’étrange pays de là-haut » pour tenter de comprendre de l’intérieur la situation de ce pays en pleine tourmente », après la répression dans le sang des manifestations du printemps. L’auteur qui doit à son père une pratique de la haute montagne dans les Andes ou l’Himalaya depuis l’enfance n’a ni autorisation, ni chauffeur, maîtrise mal la langue. Il lui faudra plusieurs jours de bus pour atteindre Lhassa, la capitale de cette « République autonome » verrouillée depuis 50 ans par la Chine ; où la mondialisation répand son tourisme sans âme, ses caméras de surveillance et ses portables. L’essentiel est ailleurs : dans le hasard et la poésie des rencontres, l’odeur du beurre qui accompagne le thé, la peur des contrôles, le courage de celles et ceux qui témoignent, le mystère de la spiritualité d’un peuple, l’engagement et la résistance des nonnes et des moines. Le constat de la voyageuse reste pourtant amer. « Voir les files de camions militaires bâchés sur les axes routiers, voir les godasses des soldats fouler la ronde pieuse, ce sont là des signes de la tragédie qui se joue sur leur propre territoire, tel le mauvais ressac d’un mer sale dont on ne se débarrasserait jamais. »
Le vol du paon mène à Lhassa. Elodie Bernard. Gallimard.
Philippe Lefait






