
Métro Raspail, à Paris, au cœur du Montparnasse des années 20. Pour quelques jours encore, « l’Atelier 7 » abrite quelques-unes des œuvres de Ferrante Ferranti, un photographe que Des mots de minuit suit depuis de nombreuses années. Longtemps complice de Dominique Fernandez (aujourd’hui membre de l’Académie française) dans ses révélations baroques d’Italie du Sud, promeneur infatigable de toutes les rives de la Méditerranée, explorateur des ruines dans le monde entier, Ferrante Ferranti est relativement rare près de chez nous. L’exposition à l’Atelier 7 (merveilleuse galerie installée dans un atelier où, en 1911, naquirent les premiers papiers coupés de Picasso) bientôt suivie par celle qu’organise la Médiathèque d’Enghien, offre donc une occasion d’accéder à son travail par une sélection de photographies en couleur et en noir et blanc parmi lesquelles quelques clichés assez connus. Comme celui du cheval des ruines de Santa Margherita di Belice (Sicile, 1987), apparition énigmatique et miraculeuse d’une vivante silhouette noire au milieu des restes baroques d’un village détruit par le tremblement de terre.

« Ce cheval qui franchit le seuil de l’ombre pour atteindre la lumière est pour moi le symbole de la résurrection », explique le photographe ; « au delà de la désolation, de la destruction et de la mort, la renaissance est là, avec la liberté de ce cheval au galop ». Les œuvres de Ferranti sont nourries d’histoire(s) et d’universalité. Quand, dans d’autres instances, d’aucuns songent à nourrir la réflexion sur l’identité nationale, le photographe véhicule, lui, l’esprit des lieux et des ruines aux croisées des chemins, de l’Inde à la Tunisie, du Brésil à la Sicile. Architecte de formation, Ferrante Ferranti accorde une grande importance à la construction de ses clichés qui repose autant sur le cadrage que sur son travail avec la lumière. En témoignent, dans l’exposition, les paysages, mais aussi la série sur les corps, succession de photos au cadrage serré, en noir et blanc, de silhouettes sans tête, tantôt une statue du Bernin, tantôt le corps d’un torero, éphèbes se répondant les uns aux autres, sculptures sensuelles et vivantes dans lesquelles le photographe parvient à s’approcher au plus près de la matière.
Lorenzo Ciavarini Azzi
Exposition Atelier 7, jusqu’au 17 janvier (avec possibilité de voir et acheter des œuvres encore après cette date). Contacter : Louise Brody au 0614214812 et louise@atelier-7.net
Puis : du 28 janvier au 27 mars, à la Médiathèque George Sand d’Enghien-les-Bains, tél : 0134284591.