Putvedev et Medvedin (3)
Dernier (?) Tango au Kremlin (1)
13.11.2009
A l'origine, le Tango se dansait entre hommes: ils ne s'enlaçaient pas, mais se tenaient par les avant-bras, comme dans certains sports de combat. Le Tango - pas sur le côté, pas en avant, pas en arrière, pas sur le côté - était une allégorie dansée de lutte, faites d'avancées et de reculs, de défis et de menaces simulées, d'affrontements esquissés et d'évitements: une des danses les plus codifiées qui soient, faite de jeux, de double-jeux et d'arrière-pensées, d'élans rentrés et de violences retenues, pour "civiliser" les agressivités.
Dans le tango de la "tandemocratie", à l'origine, il était prévu, bien sûr, que Poutine mène la danse. Medvedev, lui, devait tenir un discours plus libéral, plus démocratique, plus "moderne", plus séduisante, à l'adresse des Occidentaux mais aussi de son peuple, en prenant à l'opposition russe (puisqu'elle n'a pas de leader charismatique) certaines de ses critiques et de ses idées. Ce n'était pas la première fois que Poutine tentait de créer sa propre opposition en récupérant les thèmes de ses adversaires: il avait déjà essayé avec la création du parti "Patrie" (Rodina) de Dimitri Rogozine, puis avec le lancement du parti "Juste Russie" (Spravedilivaïa Rossia), de Sergueï Mironov, le président du Sénat.
La danse paraissait bien réglée, mais les danseurs manquaient de souplesse: très vite, l'écart entre le discours et les actes, entre les déclarations de Medvedev et les décisions de Poutine s'est révélée être une contradiction ingérable: plus Medvedev apparaissait comme une marionnette sans pouvoir, plus Poutine avait du mal à maintenir la fiction d'un tandem harmonieux. Poutine et Medvedev ne parvenaient pas à suivre la musique, ni à danser le même tango.
La vraie rupture s'est produite à l'automne 2008: pendant l'été, Medvedev s'était vu imposer une guerre dont il ne voulait pas, en Géorgie, où, après avoir gagné au bout de cinq jours, l'armée russe avait occupé, détruit et pillé un tiers du pays, pendant plusieurs semaines. En sa qualité de chef suprême des armées, et parce qu'il ne pouvait pas apparaitre moins patriote que Poutine, Medvedev avait dû tout endosser, à contrecœur. Mais il n'a pas oublié: on n'avait pas tenu compte de ses avis, on lui avait forcé la main.
Survient alors un évènement de portée mondiale, l'élection de Barak Obama: d'un coup, Poutine, son équipe, sa politique et sa diplomatie prennent un gros coup de vieux. "It takes two to tango", disent les Américains: parce qu'une nouvelle donne historique était sur la table, Medvedev a-t-il pensé qu'il pouvait lui-aussi avoir un destin ? En tout cas, il a décidé de ne plus faire de la figuration et il a quitté la piste de danse.
Quand il avait choisi Medvedev comme successeur, en 2007, Poutine avait un autre "dauphin" possible: Sergueï Ivanov, un général du KGB, un des chefs de file des "siloviki", le clan des officiers issus des rangs du KGB et des ministères dit "de force", donc un successeur potentiellement dangereux, parce qu'il avait les états de service, les moyens et les hommes pour devenir chef à la place du chef. Poutine avait donc choisi le plus faible, celui qui n'avait pas de troupes: Medvedev.
Ce choix de prudence se révèle avoir été une erreur de jugement, parce qu'aujourd'hui, il a clarifié le paysage politique: d'un côté, autour de Poutine, les "siloviki" de tout poil, le parti des "corrompus" (les Russes ont le sentiment qu'ils ont volé plus sous Poutine, que les oligarques sous Boris Eltsine). De l'autre côté, les autres, les "modernes", les "libéraux", qui jour après jour, montent le procès de la "mentalité KGB" (ce qu'à Moscou, on appelle "la guerre des bureaucrates").
Poutine se retrouve maintenant avec deux oppositions: l'une, classique, le parti communiste et la pléiade de petits partis de tous bords politiques regroupés depuis peu dans le nouveau mouvement "Solidarité", l'autre à l'intérieur même du parti majoritaire, une opposition restée jusqu'ici silencieuse et éparse, que Medvedev essaie aujourd'hui de se rallier. Ce n'est pas la rue, mais une révolution de palais qui pourrait provoquer le départ de Vladimir Poutine, le successeur ne pourra venir que de l'équipe en place. Or, Medvedev a constaté qu'il n'était pas le seul à désirer un changement, il a compris qu'il pouvait, le jour venu, incarner un recours.
Depuis l'été dernier, Dmitri Medvedev a changé. Les spécialistes du "body language" ont remarqué que, désormais, il parle de plus en plus souvent sans notes, alors que Poutine a toujours le nez dans les fiches qu'on lui a préparées. Medvedev a si bien intériorisé les idées et les thèmes qu'il développe dans ses discours, qu'il peut les exprimer avec une conviction qu'on ne lui connaissait pas, dans un style plus direct, plus percutant, plus personnel.
Des ralliements commencent à s'esquisser: Medvedev, qui est très pratiquant, bénéficie déjà du soutien du nouveau Patriarche de l'église orthodoxe russe, Kirill, qui dénonce lui-aussi les maux de
Le 7 novembre dernier, jour anniversaire de la grande révolution d'octobre, 150.000 militants du parti communiste ont défilé dans les grandes villes du pays sous une nouvelle bannière: "
Bien sûr, dès qu'on détaille les rapports de force actuels, l'avantage reste à Poutine. Mais la géographie politique, au sommet de l'état russe, vient d'être redessinée. Les sondages l'attestent: si Poutine reste l'homme le plus populaire de Russie (autour de 70% de satisfaits), désormais, Medvedev est à moins de 10 points derrière lui.
Vladimir Rijkov, l'un des opposants les plus clairvoyants au régime, note que Poutine vient de décider d'augmenter de 38% les pensions et les retraites, le 1er janvier prochain. Selon lui, c'est le signe que Vladimir Poutine va provoquer une élection présidentielle anticipée dans les deux ou trois mois qui suivent, sans attendre
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1/. La paternité de l'expression, "The Medvedev-Putin Tango" revient à Roman Kupchinsy, de la Jamestown Foundation: http://www.jamestown.org/
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