Mistral: avis de tempête sur l’Europe

01/03/2010

 

   Tous les clignotants sont au rouge, mais la France va vendre à la Russie un outil de « dissuasion » conventionnelle, le « Mistral » – un navire qui peut embarquer aussi bien des blindés que des hélicoptères d’attaque, les débarquer sur des côtes ennemies sans avoir besoin des infrastructures d’un port (1) - au moment où le Kremlin, dans son nouveau manuel doctrine militaire (2), fait de l’OTAN la principale menace, donc de l’Occident son principal ennemi, comme au temps de la guerre froide. Un Kremlin, qui, par ailleurs, ne respecte pas les textes qu’il a signés: la France est bien placée pour le savoir, elle qui s’est portée garante de l’armistice signés en 2008 entre la Russie et la Géorgie. Dans les provinces conquises d’Ossétie et d’Abkhazie, les troupes russes et leurs supplétifs locaux en bafouent les clauses tous les jours.

 

   Contre qui la Russie va-t-elle se servir du « Mistral »? La France semble se satisfaire de l’explication donnée par le président russe Medvedev: « Un navire comme le Mistral permettra à la Russie d’afficher sa présence sur l’océan mondial« . A près d’un demi-milliard d’euros l’unité, cela fait cher l’affichage, surtout en temps de paix, et sur un introuvable « océan mondial ». Le chef d’état-major de la marine russe, l’amiral Vladimir Vissotski (3), a été plus franc: « Ce navire aurait permis à notre flotte de la Mer Noire de faire en quarante minutes ce que nous avons fait en vingt six heures« . Il faisait allusion à la guerre de cinq jours contre la Géorgie, en août 2008: après vingt six heures de combats, la petite armée géorgienne, vaincue, était en déroute (4). L’amiral Vissotski dit ce que la France feint d’ignorer: la Russie n’a pas renoncé à contrôler la Géorgie et elle garde sur la table une option militaire. Après son demi-échec de 2008, elle cherche à acquérir le système d’armes qui lui permettra de réussir une offensive-éclair, et de mettre – « en quarante minutes » – les Etats-Unis, l’Europe et l’OTAN devant le fait accompli.

 

   Au moment où, à Moscou, Nicolas Sarkozy négociait dans l’urgence avec Dmitri Medvedev, l’état-major russe (5) était réuni pour répondre à la question: l’armée est-elle capable d’occuper la totalité du territoire géorgien ? La réponse a été « non ». La guerre de Géorgie a, en effet, dressé un long catalogue de déficiences et de disfonctionnements: communications défectueuses, matériels obsolètes, insurmontables problèmes de logistique, d’approvisionnement des chars et des blindés en carburants et armements. Un bilan accablant: la Russie n’avait pas de vraie capacité de projection. C’est, en fait, pourquoi elle a renoncé.

 

   Aujourd’hui, la Russie entend y remédier. D’une part, en transformant les provinces d’Ossétie et d’Abkhazie en bases militaires avancées en « territoire ennemi »: elle y entrepose des chars lourds et des blindés, des missiles, des stocks d’armes, de carburants et de matériels de rechange. D’autre part, en se donnant l’outil qui lui permettra d’ouvrir un troisième front, sur la côte géorgienne, pour prendre la petite république en étau. Cet outil, c’est le « Mistral ». Pour les dirigeants russes, la domination de l’ancien espace soviétique reste la priorité stratégique: c’est écrit noir sur blanc dans leur nouveau manuel de doctrine stratégique. Avant de lancer une deuxième attaque, les Russes attendent tout simplement que le coût diplomatique – le prix politique – d’une telle opération baisse: Vladimir Poutine parie sur l’affaiblissement du président américain Obama et sur un enlisement de l’OTAN en Afghanistan. Il parie aussi sur la mollesse prévisible de la diplomatie européenne, diplomatie que la France contribue à rendre encore plus illisible. Quant aux Géorgiens, aux Ukrainiens, et aux Baltes (même si – eux – sont aujourd’hui membres de l’OTAN), ils craignent de se voir à nouveau sacrifiés à une Russie nostalgique de l’empire soviétique, comme ils l’ont été plusieurs fois au siècle dernier, au nom de la « realpolitik ». Mais, aujourd’hui, au nom de quel réalisme politique ?

 

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1/.Sur le BPC (Bâtiment de projection et de commandement) Mistral:

http://bpcmistral.fr/index.php/2007/04/05/20-presentation-du-bpc-mistral  http://images.google.fr/images?hl=fr&source=hp&q=bpc+mistral&oq=&um=1&ie=UTF-8&ei=llSGS8e1EcyTjAefm_GjDw&sa=X&oi=image_result_group&ct=title&resnum=4&ved=0CBwQsAQwAw  http://www.meretmarine.com/article.cfm?id=1377 http://www.netmarine.net/bat/tcd/mistral/caracter.htm  http://periskop.livejournal.com/538154.html

 

2/.Dans son nouveau manuel de doctrine de défense, au plan international, la Russie place l’OTAN comme la principale menace stratégique. Au plan régional, la priorité stratégique russe, c’est la reconnaissance, par la communauté internationale, de zones « d’intérêts privilégiés » et d’un droit de regard sur la politique d’anciens pays satellites. Sur ce point, peut-on considérer que la Russie est différente de l’ex-Union soviétique, quand la volonté de ne laisser à d’anciens pays soviétiques qu’une « souveraineté limitée » est si clairement affichée à Moscou ?

 

3/. L’amiral Vladimir Sergueïevitch Vissotski n’a aucun lien de parenté avec le plus populaire des bardes russes contestataires du 20eme siècle, Vladimir Sémionovitch Vissotski, poète, auteur, compositeur, interprète, et l’un des plus grand acteur de son temps, au théâtre et au cinéma, mort en 1980. Sa tombe, au cimetière Vagankovskoïe, à Moscou, reste un lieu de pèlerinage. Lire le livre de son épouse, Marina Vlady: « Vladimir ou le Vol arrêté », Fayard, 1987. Pour son œuvre musicale:

http://musique.fnac.com/a464797/Vladimir-Vissotski-Le-vol-arrete-CD-album http://www.youtube.com/watch?v=EN56JEQXP0w&feature=related http://www.youtube.com/watch?v=z29y6xq_MeI&feature=related

 

4/. Chronologiquement, le 8 août 2008, c’est le président géorgien Mikhaïl Saakachvili qui a ordonné le premier tir sur l’Ossétie du Sud: il avait gravement surestimé les capacités de son armée, et pensé qu’il pouvait tenter une offensive surprise. Mais, dans les faits, il n’avait qu’un seul choix: attaquer, ou attendre d’être attaqué. Depuis plusieurs mois, la Géorgie subissait une escalade de provocations, et voyait la Russie positionner troupes, chars, blindés et missiles dans les deux provinces sécessionnistes d’Ossétie et d’Abkhazie, donc préparer une attaque. La commission d’enquête européenne n’a pas retenu cette chronologie. Pourtant, au moins une preuve de la préparation d’une attaque a été apportée par la Russie elle-même: les télévisions de Moscou ont montré ad libitum des images de chars détruits en Ossétie par les bombardements géorgiens. Que faisaient en Ossétie ces chars russes ? Avant la guerre d’août 2008, les seules troupes russes officiellement autorisées à stationner en Ossétie, comme en Abkhazie, étaient des « soldats de maintien de la paix », sous un mandat international qui ne leur permettait de disposer que d’armements défensifs, Les chars sont des armements offensifs, ils n’étaient pas autorisés.

 

5/. Conférence de Pavel Felgengauer, spécialiste russe des questions de défense, à Paris, le 12 février dernier.

 

Voir aussi les articles du philosophe André Glucksmann: « Ventes d’armes: la France envoie un signal désastreux à Vladimir Poutine » (Le Monde du 26 novembre 2009), et de l’historienne Françoise Thom: « La France doit-elle armer la Russie ? » (Le Monde du 6 octobre 2009).

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Georges Charachidzé

26.02.2010

 

 

   Le grand linguiste français est décédé la semaine dernière, à 80 ans. Spécialiste des langues du Caucase, il avait passé sa vie à transcrire des langues millénaires en voie de disparition, avant que ne meurent les derniers locuteurs de ces langues, qui ne s’écrivaient pas. Georges Charachidzé a ainsi sauvé plus d’une dizaine de langues du Caucase, qu’on appelle « la montagne des langues ».

 

   « Après que Dieu eut fini de placer les peuples sur la terre, raconte une légende locale, il a placé toutes les langues dans son char pour aller les distribuer. Emporté par son enthousiasme, il est parti à bride abattue: son char est allé se fracasser sur la montagne, et toutes les langues se sont répandues sur elle et dans les vallées« .

 

   Plus on s’élève en altitude dans ces montagnes du Caucase, plus les langues sont anciennes: à chaque invasion, les peuples déjà sédentarisés se réfugiaient plus haut, pour assurer leur survie.

 

   Georges Charachidzé était le dernier homme sur cette planète à savoir encore parler l’Oubykh, une langue caucasienne qui comportait 83 consonnes et deux voyelles seulement. Avec lui, c’est aussi une langue qui meurt, et chaque fois qu’une langue meurt, l’horizon des hommes rétrécit.

 

 

 

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La diplomatie "people"

17.02.2010

 

 

   L’épisode est révélateur d’une dérive dans ce nouveau siècle: le 10 décembre dernier, un grand journal français du matin titrait: « Rien ne va plus entre Londres et Paris ». L’article expliquait que « le fil rouge de la brouille » entre Nicolas Sarkozy et Gordon Brown, qui devaient se rencontrer à Bruxelles ce jour-là, c’était la régulation des marchés.

 

   Or, en trente minutes chrono, c’est-à-dire, avec la traduction simultanée, en quinze minutes d’entretien, Sarkozy et Brown s’étaient mis d’accord ce jour-là pour taxer à 50% les bonus des traders de leurs deux pays. Les observateurs avertis ont tout de suite compris que cette décision ultra-rapide avait été longuement préparée, et, qu’en fait de brouille, l’entente entre les deux hommes était « des plus cordiales ». C’est d’ailleurs ce que notre malheureux journal français a été obligé de titrer le lendemain, sans s’excuser auprès de ses lecteurs.

 

   Aujourd’hui, chaque jour un peu plus, les relations entre chefs d’états se « peopolisent », et pas seulement par la faute d’une presse toujours à l’affut de petites phrases et de gestes qui trahissent, comme des paparazzis traquent la photo volée. Dans une bataille planétaire d’égos, chaque président veut être « le meilleur ami » des autres dirigeants, comme s’il existait une sorte de « facebook » des grands de ce monde, où le poids géopolitique d’un pays se mesurerait au nombre d’amis affichés.

 

   Celui dont tous veulent être « le meilleur ami, le préféré d’entre tous », c’est évidemment la superstar mondiale Barack Obama. En oubliant qu’il est le président d’un pays, les Etats-Unis, qui n’a pas d’amis, mais des alliés ou des ennemis. Et qu’aucun président américain n’a jamais transigé sur les intérêts de son pays. En oubliant aussi, que contrairement à d’autres présidents américains, comme Bill Clinton par exemple, Barack Obama n’a pas la familiarité spontanée: il n’aime pas qu’on lui tape sur l’épaule (même quand il joue au basket) et il entend qu’on respecte sa « comfort zone », c’est-à-dire qu’on ne s’approche pas à moins de cinquante centimètre de lui.

 

   Autre star mondiale, Vladimir Poutine. Tous les chefs d’état européens veulent être « son ami ». A l’exception, bien sûr, de ceux d’Europe centrale et de la Baltique, qui ont vécu prisonniers pendant cinquante ans derrière le rideau de fer, sous le joug d’un empire soviétique que Poutine rêve tout haut de reconstituer. George W. Bush avait ouvert le bal en affirmant avoir vu une belle « ‘âme » au fond des yeux de Poutine, qui s’attache pourtant à rendre son regard parfaitement inexpressif la plupart du temps. Gerhardt Schroeder, Tony Blair et Jacques Chirac avaient suivi. Leurs successeurs d’aujourd’hui font de même.

 

   Il serait temps que quelqu’un explique aux dirigeants occidentaux que Poutine n’a pas d’amis, qu’il n’en a jamais eu, et qu’il est sans doute le seul dirigeant au monde à avoir fait une école spécialisée – celle du KGB – où on apprend à – surtout – ne jamais avoir d’amis. Que Vladimir Poutine ne respecte que la force, les chefs forts et les états forts: pour l’ancien « espion », faire offre d’amitié est un symptôme de faiblesse, et les faibles, il les vassalise.

 

   Dans ce monde, depuis la nuit des temps, la vie des peuples est régie par le poids de l’histoire et les contraintes de la géographie, par le choc des souverainetés et des égoïsmes nationaux, des intérêts concurrents, des peurs, des haines, des volontés de puissance et des ambitions de domination. 

 

   Selon l’air de notre temps, l’Europe de l’Union échapperait à cette fatalité et serait devenue une oasis de fraternité où il n’y a plus que des amis: on s’y tutoie, on s’y congratule, on s’y étreint, on s’y embrasse comme frères et sœurs. « Oh la la, la vie en rose », pourrait chanter Alain Souchon, « le rose qu’on (…) propose (aux) foule(s) sentimentale(s qui ont) soif d’idéal »(1). Angela Merkel, qui se montre rarement sentimentale, a horreur qu’on lui claque la bise, elle en a fait la confidence plusieurs fois. Elle subit, mais elle en profite aussi pour imposer – « amicalement » – la défense prioritaire des intérêts allemands au reste de l’Union européenne.

 

   Dans ce tableau, les Chinois font exception: d’abord, parce qu’on ne sait pas avec lequel d’entre eux il serait utile de nouer une amitié. Ensuite, parce que d’une façon générale, les dirigeants chinois pratiquent peu l’embrassade, qu’ils se méfient des fraternisations et qu’ils ne font pas vraiment « people ». Ils n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts. Aujourd’hui, ivres de leur prospérité et de leur nouvelle puissance, ils pensent que leur insolente réussite légitime leur dictature communiste. Ils voient dans la démocratie une menace mortelle, et dans les droits de l’homme un « ornement »(2) occidental. Demain – mutatis mutandis – ils se comporteront avec leurs partenaires étrangers comme ils le font aujourd’hui avec leurs dissidents et les peuples qu’ils ont asservis, Tibétains ou Ouïgours: avec brutalité.

 

   Ce bal des vanités n’a jamais rien fait gagner à personne… sauf à un chef d’état, qui a compris le parti qu’il pouvait tirer de cette diplomatie « peoplisée ». Il dirige un pays immense – un pays continent – une nation jeune et dynamique. Aujourd’hui, en plus, il a du gaz et du pétrole. Ce chef d’état, c’est Lula, le président du Brésil, un pays émergent comme la Chine, mais aussi une vraie démocratie. Lula fait « ami » avec qui le lui demande, au Nord, au Sud, à l’Est comme à l’Ouest. De ses innombrables amis, il obtient ce qu’il veut, et ne leur lâche rien, ou presque rien. Il finit son deuxième et dernier mandat en beauté, qu’il s’agisse de diplomatie, de sortie de crise économique, de football (Mundial au Brésil en 2014) ou de Jeux olympiques (en 2016)… Il fait carton plein.

 

   Reste l’ami encombrant. Celui qui, toujours tout sourire et dents blanches, embrasse, étreint, tutoie, tape sur l’épaule: Silvio Berlusconi, ses liftings, ses cheveux teints, son maquillage permanent, son manque chronique de savoir-vivre, et ses blagues douteuses. Lui, c’est l’ami obligé, l’inévitable, mais celui dont tous se passeraient bien.

 

 

 

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1/. Librement extrait de la chanson d’Alain Souchon, « Foule sentimentale ».

 

2/. Quand il présidait (après la chute du rideau de fer et la fin de l’empire soviétique) aux destinées de son pays, la République tchèque, l’ancien chartiste et dissident Vaclav Havel avait interpellé ses homologues européens en leur demandant de remettre « de la morale et de la conscience » au centre de leur action. « Les droits de l’homme, leur avait-il dit, ne sont pas un ornement de la diplomatie ». Son appel n’avait évidemment.pas vraiment été suivi d’effets.

 

 

 

 

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Destins de femmes

11/02/2010

 

« Le monde est dangereux à vivre.

Pas à cause de ceux qui font le mal,

mais à cause de ceux qui regardent

et laissent faire » (Albert Einstein)

 

   Oumida Akhmedova: elle est ouzbèke, elle vit à Tachkent, elle a 54 ans, elle est photographe et cinéaste. Une artiste admirée, reconnue et respectée dans son pays et en Asie centrale. Une artiste solitaire aussi, qui parle peu – elle considère que ses photos parlent pour elle, et mieux qu’elle – qui s’est toujours tenue à l’écart de la politique et qui fréquente le moins possible les élites locales. Le régime du dictateur ouzbek Islam Karimov, qui n’a jamais hésité à réprimer dans le sang toute tentative de contestation, a décidé de la poursuivre en justice pour « calomnies et insultes » envers son pays.

 

   Grâce à une aide financière de l’ambassade de Suisse à Tachkent, elle venait de publier, dans un album intitulé « les femmes et les hommes, de l’aube au coucher », une série d’un peu plus de cent photos, consacrées à la vie quotidienne des gens de son pays. Un « comité d’experts », nommé par le pouvoir, a jugé que les photos de Madame Akhmedova – je cite mot à mot – « n’étaient pas conformes aux normes esthétiques » et « portaient atteinte aux valeurs spirituelles de l’Ouzbékistan ». Oumida Akhmedova est désemparée. « Je me sens mal, a-t-elle dit à l’ouverture de son procès, je ne comprends pas qu’une artiste se retrouve dans un tribunal sur le banc des criminels« .

 

   Son crime ? Avoir montré, au travers de ses tableaux de vie quotidienne de simples gens, la pauvreté extrême dans laquelle la dictature ouzbèke les condamne à vivre. Et comme la photographe a du talent, certaines de ses photos sont des réquisitoires. Le dictateur n’a pas supporté l’image que son album renvoyait de son pays. Face au tribunal qui a reçu l’ordre de la condamner, Madame Akhmedova est seule: ni ses photos ni ses films n’ont jamais été montrés en Occident, où elle reste une inconnue. Seules la soutiennent quelques organisations de défense des droits de l’homme.

 

   En Asie centrale comme en Russie, la « diplomatie silencieuse » de l’Occident, Europe et Etats-Unis, n’évoque presque plus jamais la défense des droits de l’homme, et on cherche encore un représentant officiel du monde civilisé qui ait protesté et cherché à défendre Oumida Akhmedova. Comme prévu, elle a été reconnue coupable de calomnie et d’insultes au peuple ouzbek, mais amnistiée aussitôt. Elle est libre, mais chacun sait aujourd’hui que désormais, en Ouzbékistan, montrer une réalité qui dérange (1) est un délit, passible de prison ferme.

 

 

   Lioudmila Alexéïeva: elle est russe, elle vit à Moscou, elle a 82 ans, elle doit mesurer autour d’un mètre 50 et elle doit peser un peu plus de 42 kilos. Le 31 décembre dernier, cette vielle dame au physique assurément menaçant manifestait sur la place « Triomphalnaïa », à deux pas du Kremlin, déguisée en « Snegourotchka » ( la fille des neiges ) qui, dans le folklore russe, aide l’équivalent du Père Noël, « Died Moroz »( le grand père gel ) à distribuer les jouets et les cadeaux aux enfants. Cette dangereuse « terroriste » a été brutalement arrêtée par trois armoires à glace des « OMON », la police anti-émeute russe, et elle a passé une partie du réveillon de la dernière Saint Sylvestre dans une cellule du commissariat Tsverkoï, au centre de Moscou.

 

   Son crime ? Avoir manifesté sans autorisation – elles sont toujours refusées – comme chaque fois qu’un mois de l’année compte 31 jours, pour réclamer le respect de l’article 31 de la constitution russe, qui garanti le droit de manifester ( ce que l’opposition russe, tous partis confondus, appelle « la stratégie 31″ ). A chaque fois, les manifestants ne sont guère plus d’une centaine, car il faut du courage pour manifester en Russie. A chaque fois, ils ont tous arrêtés, sauf… Lioudmila Alexéïeva.

 

   Car cette toute petite femme est une très grande dame, une légende vivante, la plus ancienne dissidente au monde: elle préside toujours le Groupe Helsinki, qu’elle a fondé en 1976, sous Brejnev. Elle est entrée en dissidence à 19 ans, sous Staline, en récitant en public des poèmes interdits. Hier, sous les Soviets, elle avait été arrêtée plusieurs fois, emprisonnée, bannie de l’Union soviétique et condamnée à l’exil. Elle avait 63 ans quand elle a été autorisée à rentrer dans son pays, en 1990.

 

   Aujourd’hui, elle reste aussi dangereuse pour le régime de Poutine et Medvedev: ils n’ont pas oublié qu’au 20e siècle, la dissidence a fait tomber le mur de Berlin, le rideau de fer, le système communiste, l’empire soviétique, et qu’elle a largement contribué à redessiner la carte de l’Europe, comme le souligne le philosophe français André Glucksmann. Pour les dissidents d’aujourd’hui, la Russie de Poutine est encore plus dangereuse que l’ancienne Union soviétique: « A l’époque, explique Madame Alexéïeva, il y avait des règles, idiotes certes, mais il y avait des règles. Aujourd’hui, il y a des tueurs à gages« .

 

   Pourquoi a-t-on arrêtée Madame Alexéïeva cette fois-ci ? L’explication est révélatrice de la vie de caserne chez les OMON: en Russie, la fête la plus importante de l’année, celle qu’on ne veut rater à aucun prix, c’est le réveillon du 31 décembre. Tous les officiers intelligents (ceux qui possèdent aussi un minimum de sens politique) s’étaient évidemment débrouillés pour ne pas être de service cette nuit-là. Restait celui à qui, d’habitude, on évite de confier des missions délicates, un lieutenant-colonel qui a braillé: « Embarquez-la elle-aussi ».

 

   Une bourde, qui met aussitôt en porte à faux le Kremlin: même si la « diplomatie silencieuse » des Occidentaux réagit de plus en plus mollement aux atteintes à la démocratie en Russie, et proteste de façon convenue et sans effet contre les assassinats de défenseurs des droits de l’homme, de journalistes et d’avocats qui les défendent, la Russie de Poutine veille à ne pas dépasser certaines limites, qui obligerait l’Occident à réagir vraiment. Comme Madame Alexéïeva venait de recevoir du parlement européen le prix Sakharov pour la défense des valeurs démocratiques, une ligne rouge venait d’être franchie et les protestations sont aussitôt montées de partout. Le Kremlin a donc ordonné le soir même la libération immédiate de Madame Alexéïeva, qui a exigé – et obtenu – que les cinquante personnes arrêtées avec elle soient libérées elles-aussi.

 

 

  Aïmadi Kadyrova: elle est tchétchène, elle vit à Grozny, elle a 56 ans, et son destin est… particulier: veuve et mère de dictateurs. Son mari, Akhmad Kadyrov, un ancien chef rebelle s’était rallié aux Russes et avait « pacifié » la Tchétchénie. Le père déjà avait une réputation bien établie de cruauté, mais le fils, Ramzan, qui lui a succédé, l’a très vite surpassé. Aujourd’hui, avec la bénédiction de Vladimir Poutine, son protecteur, il dispose de véritables escadrons de la mort, les « Kadyrovtsi », qui tuent ceux qui « dérangent ».

 

   Après l’assassinat, en juillet dernier, de Natalia Estemirova, membre éminente de « Mémorial », l’organisation de défense de la démocratie fondée par Andreï Sakharov, Ramzan Kadyrov avait lancé des poursuites judiciaires pour « calomnies », contre le directeur de « Mémorial », Oleg Orlov, des défenseurs des droits de l’homme, des dissidents, dont Lioudmila Alexéïeva, et des journalistes, parce qu’ils l’avaient tous accusé publiquement d’avoir ordonné cet assassinat.

 

   Et soudain, alors qu’il a déjà obtenu gain de cause en première instance devant un tribunal moscovite, Kadyrov annonce qu’il retire toutes ses plaintes. « Ma mère Aïmadi, explique-t-il, m’a fermement demandé de me conformer aux traditions séculaires tchétchènes, qui commandent le respect absolu des aînés et des personnes âgées« .

 

   Pauvre mère ! La voila embarquée malgré elle dans l’histoire pour « habiller » politiquement une retraite peu glorieuse: en effet, si Kadyrov était certain d’obtenir des tribunaux russes, qui sont aux ordres, les condamnations qu’il demandait, il était certain aussi de voir les condamnés faire appel devant la Cour de justice européenne de Strasbourg. Ce qui leur aurait permis de produire, en audience publique, devant un cour indépendante, les preuves qu’ils ont accumulées, au fil des années, sur la dictature de Kadyrov. Un déballage incontrôlable pour le dirigeant tchétchène, comme pour son protecteur Vladimir Poutine, qui, tous deux, font le pari que les « diplomaties silencieuses » occidentales se satisferont de cet « habillage ». Ce que sans aucun doute elles feront. Sans comprendre qu’en faisant semblant de tenir pour vraisemblable ce mensonge, elles accréditent au passage l’idée que Aïmadi Kadyrova – Madame Mère – a plus de pouvoir que toutes les chancelleries occidentales réunies.

 

 

1/. Pour voir les photos de Oumida Akhmedova: </www.fergana.info/details.php?image_id=1220>. Extraites de l’album « Les femmes et les hommes, de l’aube au coucher ». Pour voir son dernier film « Le poids de la virginité »: <video.google.com/videoplay?docid=7331823776116544493# >

 

 

 

 

 

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Numbers

10/02/2010

 

 

1 sur 3: un enfant américain sur trois est en surpoids ou est obèse. Chiffre révélé par Michelle Obama, la première dame des Etats-Unis, qui lance une campagne nationale contre l’obésité infantile. Elle ajoute que son pays dépense 150 milliards de dollars par an pour traiter les maladies liées à l’obésité.

 

1 sur 2: dans le même temps, un enfant américain sur deux a été nourri, au moins une fois, grâce à des bons alimentaires. Dans les familles noires ou monoparentales, ou noires et monoparentales, ce chiffre explose: 9 enfants sur dix.

 

0,83 euro: soit 1,25 dollar. C’est le seuil international officiel de pauvreté. Sur cette planète, un milliard et demi de personnes vivent sous ce seuil de pauvreté, avec moins de 80 centimes d’euros par jour.

 

1 milliard: au moins. C’est le nombre d’habitants qui souffrent de la faim dans le monde. Il augmente chaque jour.

 

200 millions: le nombre de grossesses non désirées dans le monde, chaque année.

 

 

 

 

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L’offense faite à Jean-Paul II

25.12.2009

 

 

   En publicité comme en politique (et parfois en diplomatie), on appelle ça un « package », un mot anglais qu’on pourrait (mal) traduire en français par « paquet-cadeau »: une opération qui consiste à vendre un mauvais produit avec un bon, ou à faire passer une décision impopulaire dans l’ombre d’une mesure populaire.

 

   C’est exactement ce que vient de faire le pape Benoit XVI: on s’attendait à ce qu’il proclame « vénérables », en vue de leur béatification puis de leur canonisation, deux polonais, le pape Jean-Paul II, son prédécesseur, et le père Jerzy Popieluzko, torturé à mort en 1984 par la police secrète communiste.

 

   A la surprise générale, Benoit XVI a ajouté le nom du pape du 20e siècle qui suscite le plus de controverses, Pie XII, relançant ainsi une procédure de canonisation initiée en 1967 et bloquée depuis quarante deux ans.

 

   Qu’auraient donc en commun ces deux papes, qui, selon le quotidien de l’épiscopat italien, « l’Avenire », marchent désormais « côte à côte vers la sainteté », à part le fait  d’avoir été les contemporains des deux grands totalitarismes du 20e siècle, le nazisme allemand et le communisme soviétique ?

 

   Quand Hitler mettait à feu et à sang l’Europe, Pie XII était pape et le futur Jean-Paul II séminariste. Les deux hommes ont combattu le communisme soviétique, Pie XII au Vatican, le futur Jean-Paul II en Pologne, derrière le rideau de fer, chaque jour de sa vie de simple prêtre, puis de sa vie d’évêque de Cracovie, d’archevêque, de cardinal et de pape de Rome.

 

   Un combat qui commence bien avant l’épopée de Nova Huta, la ville jumelle de Cracovie, une « ville du futur » crée de toutes pièces  pour « l’homme nouveau » dont rêvait le régime communiste polonais athée, donc construite sans église, première ville sans Dieu sur la terre catholique de Pologne. Un combat d’une vie entière qui a valu au futur Jean-Paul II le nom de « lutteur de Dieu », et qu’il a payé d’interminables souffrances, pendant des décennies, après l’attentat qui a failli lui coûter la vie, place Saint Pierre à Rome, en 1981.

 

   De Pie XII, l’histoire a retenu jusqu’ici qu’il n’a rien dit, pendant la deuxième guerre mondiale, contre les Nazis ni contre Hitler, et qu’il n’a condamné – alors qu’il savait tout dès 1942 – ni les rafles de juifs ni les déportations ni la solution finale ni l’holocauste ni les camps de concentrations, même quand des prêtres catholiques y étaient déportés et assassinés, comme le père Maximilien Kolbe (canonisé comme martyr en 1982).

 

   Or, dénoncer les massacres, les idéologies racistes, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les génocides, pour un pape, c’est, comme on dit aujourd’hui, le « cœur de métier ».

 

   Selon Benoit XVI, les archives secrètes du Vatican prouveraient que par son silence, Pie XII a permis à l’Eglise de sauver des milliers de juifs cachés dans des monastères et des institutions religieuses. Ces archives permettraient donc de faire « une nouvelle évaluation de la portée historique » de ce que le Vatican appelle « les choix opérationnels » de Pie XII.

 

   Choix opérationnels ou choix historiques ? Pie XII a-t-il été le « complice passif » du nazisme ? Le doute vient de plusieurs notes de la Curie romaine, datées de 1943 et signées de la main du secrétaire d’Etat de Pie XII (son ministre des Affaires étrangères), le cardinal Maglione. On y trouve des analyses troublantes, comme celle-ci: « L’avenir de l’Europe dépend d’une résistance victorieuse de l’Allemagne sur le front russe. L’armée allemande est le seul rempart possible contre le bolchevisme. Si celui-ci s’écroule, le sort de la culture européenne est scellé. » Autrement dit, Pie XII aurait-t-il pactisé avec le diable nazi, pour sauver le monde chrétien de ce qui représentait, à ses yeux, le mal absolu, l’idéologie communiste athée ?

 

   Ce débat, qui divise aussi bien le monde chrétien que le monde juif (à son époque, Golda Meir avait rendu un hommage appuyé à Pie XII), les historiens le trancheront, quand ils le pourront, c’est-à-dire quand les archives secrètes du Vatican leur seront ouvertes.

 

   En attendant, chacun, croyant ou non croyant, catholique ou juif, peut se poser une question toute simple. Après la deuxième guerre mondiale, pendant les treize dernières années de son pontificat, Pie XII a continué à garder le silence: il est le seul, parmi les dirigeants de l’époque, à n’avoir pas condamné le nazisme (même si certains, comme Staline, dénonçaient les atrocités nazis pour mieux cacher leurs propres crimes).

 

   La question est: s’il avait été au Vatican, à la place de Pie XII, pendant ces treize années-là, qu’aurait fait Jean-Paul II, le pape qui a demandé pardon aux juifs « pour le rôle de l’Eglise dans la Shoah« ? 

 

   Quel que soit votre réponse, et le verdict futur des historiens, c’est faire offense à la mémoire du pape polonais, à son message, à son rôle historique et à son héritage, que de le faire marcher aujourd’hui « d’un même pas vers la sainteté » aux côtés de Pie XII.

 

 

 

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Putvedev et Medvedin (3)

Dernier (?) Tango au Kremlin (1)

13.11.2009

 

 

   A l’origine, le Tango se dansait entre hommes: ils ne s’enlaçaient pas, mais se tenaient par les avant-bras, comme dans certains sports de combat. Le Tango – pas sur le côté, pas en avant, pas en arrière, pas sur le côté – était une allégorie dansée de lutte, faites d’avancées et de reculs, de défis stylisés et de menaces simulées, d’affrontements esquissés et d’évitements: une des danses les plus codifiées qui soient, faite de jeux, de double-jeux et d’arrière-pensées, d’élans rentrés et de violences retenues, pour « civiliser » les agressivités. 

 

   Dans le tango de la « tandemocratie », à l’origine, il était prévu, bien sûr, que Poutine mène la danse. Medvedev, lui, devait tenir un discours plus libéral, plus démocratique, plus « moderne », plus séduisant, à l’adresse des Occidentaux mais aussi de son peuple, en prenant à l’opposition russe – puisqu’elle n’a pas de leader charismatique - certaines de ses critiques et de ses idées. Ce n’était pas la première fois que Poutine tentait de créer sa propre opposition en récupérant les thèmes de ses adversaires: il avait déjà essayé avec la création du parti « Patrie » (Rodina) de Dimitri Rogozine, l’actuel ambassadeur de Russie auprès de l’OTAN, puis avec le lancement du parti « Juste Russie » (Spravedilivaïa Rossia), de Sergueï Mironov, le président du Sénat.

 

   La danse paraissait bien réglée, mais les danseurs manquaient de souplesse: très vite, l’écart entre le discours et les actes, entre les déclarations de Medvedev et les décisions de Poutine s’est révélée être une contradiction ingérable: plus Medvedev apparaissait comme une marionnette sans pouvoir, plus Poutine avait du mal à maintenir la fiction d’un tandem harmonieux. Poutine et Medvedev ne parvenaient pas à suivre la musique, ni à danser le même tango.

 

   La vraie rupture s’est produite à l’automne 2008: pendant l’été – au début donc de son mandat – Medvedev s’était vu imposer une guerre dont il ne voulait pas, en Géorgie, où, après avoir gagné au bout de cinq jours, l’armée russe avait occupé, détruit et pillé un tiers du pays, pendant plusieurs semaines. En sa qualité de chef suprême des armées, et parce qu’il ne pouvait pas apparaitre moins « patriote » que Poutine, Medvedev avait dû tout endosser, à contrecœur. Mais il n’a pas oublié: on lui avait forcé la main.

 

   Survient alors, en novembre 2008, un évènement de portée mondiale, l’élection de Barak Obama: d’un coup, Poutine, son équipe, sa politique et sa diplomatie prennent un gros coup de vieux. « It takes two to tango », disent les Américains: parce qu’une nouvelle donne historique était sur la table, Medvedev a-t-il pensé qu’il pouvait lui-aussi avoir un destin ? En tout cas, il décide de ne plus faire de la figuration et il quitte la piste de danse.

 

   Quand il avait choisi Medvedev comme successeur, en 2007, Poutine avait un autre dauphin possible: Sergueï Ivanov, un général du KGB, un des chefs de file des « siloviki », le clan des officiers issus des rangs du KGB et des ministères dit « de force », donc un successeur potentiellement dangereux, parce qu’il avait les états de service, les moyens et les hommes pour devenir chef à la place du chef. Poutine avait donc choisi le plus faible, celui qui ne venait pas du KGB, un homme isolé qui n’avait pas de troupes et qui lui devait tout: Medvedev.

 

   Ce choix de prudence se révèle avoir été une erreur de jugement, parce qu’aujourd’hui, il clarifie le paysage politique: d’un côté, autour de Poutine, les « siloviki » de tout poil, le « parti des corrompus » (les Russes ont le sentiment justifié que les « siloviki » ont volé plus sous Vladimir Poutine, que les « oligarques » sous Boris Eltsine). De l’autre côté, les autres, les « modernes », les « libéraux », qui jour après jour, montent désormais le procès de la « mentalité KGB », ce qu’à Moscou, on appelle « la guerre des bureaucrates ».

 

   Poutine se retrouve maintenant avec deux oppositions: l’une, classique, le parti communiste et la pléiade de petits partis de tous bords politiques regroupés depuis peu dans le nouveau mouvement « Solidarité », l’autre à l’intérieur même du parti majoritaire, « Russie unie » (Edinaïa Rossia). Une opposition restée jusqu’ici éparse et silencieuse, que Medvedev essaie aujourd’hui de se rallier. En effet, ce n’est pas la rue, mais une révolution de palais qui pourra un jour provoquer le départ de Vladimir Poutine, et le successeur ne pourra venir que de l’équipe en place. Medvedev a constaté qu’il n’était pas le seul à désirer un changement et il a compris qu’il pouvait, le jour venu, incarner un recours.

 

   Depuis l’été dernier, Dmitri Medvedev a changé. Les spécialistes du « body language » ont remarqué que, désormais, il parle de plus en plus souvent sans notes, alors que Poutine a toujours le nez dans les fiches qu’on lui a préparées. Medvedev a si bien intériorisé les idées et les thèmes qu’il développe dans ses discours, qu’il peut les exprimer avec une conviction qu’on ne lui connaissait pas, dans un style plus direct, plus percutant, plus personnel.

 

   Des ralliements commencent à s’esquisser: Medvedev, qui est très croyant et très pratiquant, bénéficie déjà du soutien du nouveau Patriarche de l’église orthodoxe russe, Kirill, qui dénonce lui-aussi les maux de la Russie, dans un langage plus ecclésiastique. Les sondages montrent que les élites des villes - et une partie de l’intelligentsia - s’éloignent de Poutine, alors qu’elles l’ont soutenu sans états d’âme, pendant dix ans.

 

   Le 7 novembre dernier, jour anniversaire de la grande révolution d’octobre, 150.000 militants du parti communiste ont défilé dans les grandes villes du pays sous une nouvelle bannière: « la Russie sans Poutine » (« Rossia bis Poutina »), reprenant un slogan lancé au début de la décennie par des étudiants non communistes de Saint Petersbourg. Guennadi Ziouganov, le premier secrétaire du parti, a déclaré ce jour-là, que si, lors de la prochaine présidentielle, Medvedev affrontait Poutine, il appellerait à voter Medvedev. Ceux-là rêvent de retourner à Poutine la célèbre injonction de Mikhaïl Gorbatchev à Erich Honecker, en 1989, en Allemagne de l’Est, un mois avant la chute du mur de Berlin: « Ceux qui sont en retard sur l’histoire sont condamnés ».

 

   Bien sûr, dès qu’on revient aux rapports de force actuels, l’avantage reste évidemment à Poutine. Mais, au sommet de l’état russe, la géographie politique vient d’être redessinée. Là-aussi, les sondages l’attestent: si Poutine reste l’homme le plus populaire de Russie – autour de 70% de satisfaits – désormais, Medvedev est à moins de 10 points derrière lui.

 

   Vladimir Rijkov, l’un des opposants les plus clairvoyants au régime, note que Poutine vient de décider d’augmenter de 38% les pensions et les retraites, le 1er janvier prochain. Selon lui, c’est le signe que Vladimir Poutine va provoquer une élection présidentielle anticipée dans les deux ou trois mois qui suivent, sans attendre 2012, l‘échéance prévue, pour reprendre la main pendant qu’il le peut encore.

  

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1/. La paternité de l’expression, « The Medvedev-Putin Tango » revient à Roman Kupchinsy, de la Jamestown Foundation:  http://www.jamestown.org/

 

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Putvedev et Medvedin (2)

Poutine: un bilan globalement négatif

13.11.2009

 

   Il est loin le Vladimir Poutine de septembre 2008, qui, presque tous les soirs à la télévision, affirmait à son peuple qu’il saurait le protéger de la crise économique mondiale. Depuis, le pays a connu une avalanche de faillites et un tsunami de licenciements.

 

   La crise: avant qu’elle éclate, la Russie disposait d’un fond souverain de 620 milliards de dollars, et n’avait pas un kopeck de dette publique. Mais, dans le même temps, les conglomérats d’état et les « oligarques » avaient accumulé une dette privée de plus de 440 milliards auprès des banques occidentales, en donnant en garantie – en gage – une part du capital de leurs entreprises. Pour empêcher que les plus précieux bijoux industriels et financiers du pays tombent dans l’escarcelle des banques de l’Ouest, Poutine a volé au secours des empires des « oligarques » ruinés par la crise, en puisant dans les réserves d’état, milliards après milliards. La soustraction a vite mis fin aux illusions de prospérité et de puissance retrouvée de la « Grande Russie ».

 

   La guerre du gaz: quand il a lancé la deuxième guerre du gaz, en janvier 2009, en pleine crise économique, contre l’avis de ses conseillers et des patrons de Gazprom, Poutine n’imaginait pas que l’arme du gaz puisse être à double tranchant. Le bilan se révèle catastrophique: Gazprom, déjà endetté à hauteur de 31 milliards de dollars, a perdu un milliard et demi de dollars de recettes en deux semaines. La Russie a aussi perdu au passage son statut de fournisseur « fiable », et se retrouve fort mal placée pour parler de « sécurité énergétique ». L’Europe, qui hésitait encore à diversifier ses sources d’approvisionnement, relance Nabucco, un projet quasi-moribond du gazoduc qui doit contourner la Russie. La guerre des gazoducs est relancée, entre d’un côté, Northstream et Southstream, ceux de Poutine, et de l’autre Nabucco. L’homme fort de la Russie découvre alors qu’il va lui être difficile de trouver des financements à l’étranger pour ses projets.

 

   Après cette guerre du gaz perdue (l’enjeu était de mettre l’Ukraine à genoux), pour s’assurer une position de monopole en Europe, Poutine décide d’acheter, en contrats à long terme, l’essentiel de la production de gaz des pays d’Asie centrale, l’arrière-cour de la Russie. Ce gaz, il l’achète au prix du moment, 410 dollars les mille mètres-cubes. Deux mois plus tard, le prix mondial du gaz s’est effondré, autour de 210-220 dollars, la Russie vend à perte et le bénéfice net de Gazprom au premier semestre 2009 se retrouve divisé par deux. En avril dernier, le principal gazoduc entre le Turkménistan et la Russie a très opportunément explosé, interrompant les livraisons, et une partie de l’hémorragie financière pour Gazprom (les Turkmènes refusent toujours d’y voir un accident dû au hasard). Aujourd’hui, Gazprom est devenu un cas d’école: celui des dégâts infligés à une entreprise prospère quand le politique prime sur l’économique, comme aux temps des Soviets.

 

   Les BRIC: le concept était séduisant, même s’il était contestable dès le départ: réunir sous un même sigle, dans un même club, les quatre principaux pays émergents, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine. Dès l’année prochaine, la Chine et le Brésil sortiront en vainqueurs de la crise économique mondiale. L’Inde, quelques mois après eux. Mais La Russie attendra 2012, non pas pour retrouver du développement, comme les autres, mais pour revenir à son niveau d’avant la crise. Aujourd’hui, les BRIC ne sont plus que trois, les BIC, Brésil Inde, Chine. En Russie, une décennie de prospérité inespérée, due à l’envolée des prix du pétrole et du gaz, a été perdue: aucune réforme structurelle n’a jamais été engagée. Les Russes n’ont pas fini d’en payer le prix.

 

   Le Caucase: officiellement, la Tchétchénie est en paix. En fait, les accrochages et les attentats y sont quasi-quotidiens et la petite république martyre entre dans sa dixième année de guerre (de basse intensité, comme disent les militaires). L’Ingouchie voisine est ravagée elle-aussi par la guerre, les luttes de clans et les vendettas. Les autres républiques musulmanes du nord-Caucase sont « contaminées »: toutes ont désormais une « Jamat Islamïa » clandestine.

 

   La lutte contre le terrorisme: pendant des années, le pouvoir a sciemment entretenu la confusion entre les vrais terroristes islamistes, les rebelles de Tchétchénie (que Poutine n’a pas réussi à « buter jusque dans les chiottes » comme il le promettait) et les opposants de toutes sortes (que des lois taillées sur mesure permettent d’accuser de terrorisme). Ce mélange des genres a fait de la Russie un pays opérationnellement démuni dans la lutte contre le terrorisme. Pourtant, les terroristes islamistes sont déjà là, à la frontière asiatique de la Russie.

 

   Le « Proche-étranger« : c’est-à-dire, les pays de l’ancienne Union soviétique, moins les pays baltes qui, aujourd’hui, sont membres de l’Union européenne et de l’OTAN. Des territoires que Poutine voudrait de nouveau vassaliser, en les faisant reconnaître comme « zone d’intérêts privilégiés » de la Russie. Après la guerre de l’été 2008 en Géorgie, les plus fidèles partenaires de la Russie, le Turkménistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, la Kirghizie, le Kazakhstan, l’Arménie et même la Biélorussie du dictateur Loukachenko, ont pris leurs distances avec Poutine. Aucun de ces pays n’a voulu reconnaître les indépendances de l’Ossétie et de l’Abkhazie. Quand à projet de constitution d’une mini « OTAN russe », avec les ex-pays soviétiques, concrètement, il se résume toujours à un régiment de parachutistes, tous russes, financé par le seule Russie.

 

   La Chine: pendant qu’il s’épuisait à prendre le contrepied des diplomaties occidentales (« Puisqu’ils ne nous aiment pas, qu’ils nous craignent »), pour permettre, pensait-il, à son pays de reconquérir le statut de deuxième puissance mondiale, Poutine s’est vu doublé par la Chine, son « alliée », devenue le vrai N°2 mondial, et qui aurait pu lui resservir le célèbre mot de Bill Clinton: « It’s the Economy, Stupid! »: à l’heure de la mondialisation, c’est l’économie qui fait la puissance. Le nouveau « partenariat stratégique » proclamé entre les deux pays est stratégique d’abord pour la Chine, dans sa course effrénée aux matières premières, au pétrole et au gaz. C’est un partenariat déséquilibré, entre deux pays de puissances trop inégales.

 

   L’Iran, l’autre « allié » de Moscou, a humilié la Russie, quand, à Pittsburg, Obama a révélé l’existence d’un deuxième site iranien d’enrichissement d’uranium à Qom: les Russes ne savaient pas, les Iraniens le leur avaient caché, ils les avaient manipulés. Ce qui est dur à avaler pour un ancien lieutenant-colonel du KGB, qui s’est fabriqué une belle légende d’espion, et qui constate au passage que ses services de renseignement ne sont plus au niveau des services occidentaux, même en Iran.

 

   Quant à Obama, il reste une énigme – donc un danger - pour Poutine. Dans les écoles du KGB, on lui a enseigné l’art et les manières d’affaiblir les démocraties capitalistes occidentales, mais, dans les exercices de travaux pratiques, personne ne lui a jamais soumis un scénario qui verrait un noir devenir président de la première puissance mondiale.

 

   Tout oppose ces deux hommes(1). Poutine avait accueilli la diplomatie de la main tendue d’Obama avec un haussement d’épaule, et sa proposition de « reset » des relations américano-russes avec la plus grande méfiance. Quand le président des Etats-Unis a abandonné, sans le prévenir et sans demander de contrepartie, le projet américain de bouclier anti-missile - qui servait aux Russes d’alibi à tout faire pour ne rien lâcher sur aucun dossier international – Poutine s’est retrouvé démuni, sans diplomatie de rechange.

 

   Le premier voyage officiel de l’Américain à Moscou a confirmé ses craintes: contre toute vraisemblance, Obama n’a pas hésité à faire comme si Dmitri Medvedev était le vrai patron de la Russie et le vrai chef de sa diplomatie. Il a déclaré avoir vu en Medvedev un homme d’avenir, mais qui devait diriger son pays avec un Vladimir Poutine qui, lui, gardait « un pied dans le passé », retournant ainsi, contre son inventeur, le piège de la « tandemocratie » (l’un parle, l’autre décide). Le dossier du nucléaire iranien a montré qu’Obama avait eu raison: à Moscou, il n’y a plus une, mais deux approches diplomatiques sur l’Iran.

 

   Ce bilan, tous les grands commis de l’état russe (il y en a, beaucoup) l’ont fait. Certains ne se cachent pas pour souhaiter que le prix du baril de pétrole ne remonte pas trop haut, trop vite: il permettrait à Poutine d’imposer encore sa vision du monde et sa diplomatie. Le « chemin »(2), la direction imposée par Poutine leur apparait de plus en plus être une impasse dangereuse pour leur pays. Ils s’inquiètent de voir la Russie rater bientôt les nouvelles opportunités historiques qui se présentent, se mettre hors du jeu et se marginaliser pour longtemps.

 

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1/. Voir, sur ce blog: « Obamania et Putinophobia » (Février 2009)

 

2/. Le chemin, « Put » en russe, (Путь), racine du nom de VladimirPutin  (Путин).

 

 

 

 

 

 

 

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Putvedev et Medvedin (1)

 

 « Lui, c’est lui, moi, c’est moi »

13.11.2009

 

   Parce que son nom – Medvedev – est dérivé du mot russe medved (Медведь) un ours,  depuis que Dmitri Medvedev a été élu à la présidence, les Russes se demandaient de quelle couleur était le poil de ce « Medved – ev » là ? Etait-il un ours blanc, animal sauvage et solitaire, ou un ours brun, réputé plus faible de caractère et facile à domestiquer.

 

   Jusqu’ici, le « medved Medvedev » leur paraissait plutôt brun: il n’avait pas plus de pouvoirs que la Reine d’Angleterre, qui règne sans gouverner. Le patron de la Russie, c’était toujours Poutine.

 

   Mais l’été dernier, le poil de l’ours brun du Kremlin a blanchi d’un coup, depuis qu’il a posté sur l’internet russe (1) un article fracassant, « Russie en avant ! » (« Россия вперëд! »). Une première: un président russe en exercice y établit sur son pays et sur son peuple un diagnostic accablant: il dépeint une Russie « arriérée », où l’alcoolisme fait des ravages chez les adultes, la drogue chez les adolescents, la corruption chez les dirigeants.

 

   L’article se fait réquisitoire quand Medvedev fait le bilan de dix dernières années: la crise économique mondiale, écrit-il, a révélé les « faiblesses » et « l’inefficacité » de l’économie russe, sa « dépendance honteuse » aux exportations de gaz, de pétrole et de matières premières, une industrie qui n’a » jamais réussi à être compétitive », une corruption devenue systémique, à tous les étages de l’appareil d’état, un déclin démographique qui s’accélère, une gestion politique « néo-soviétique », pour qui la « préservation de la vie humaine n’est évidemment pas une priorité », une société russe qui ne connait que « la coercition, l’intimidation et la confrontation ».

 

   « Nous n’avons pas fait tout ce qu’il fallait pendant ces dernières années », conclut Medvedev. Au-delà du « nous » de fausse politesse, qui était au pouvoir ces dernières années, et, qui, donc, n’a pas fait ce qu’il fallait ? Vladimir Poutine.

 

   Quelques jours auparavant, répondant à une question sur une possible future rivalité entre Medvedev et lui, Poutine avait répondu: « Nous sommes du même sang ». Des jumeaux politiques, en quelque sorte: blanc bonnet et bonnet blanc, Poutine et Medvedev, « Putvedev et Medvedin ». Manifestement, ce n’est plus le cas.

 

   Pour bien marquer sa nouvelle différence, chaque jour qui suit la publication de son brûlot, Medvedev s’attaque à une nouvelle cible: les ventes d’alcool, qu’il réglemente, une agence gouvernementale inutile, qu’il supprime (ce qui met quelques protégés de Poutine au chômage), les grandes corporations d’état qui, dit-il, « doivent changer ou disparaître » (elles sont tenues par les hommes de confiance de Poutine), les dix ministres de la garde rapprochée de Poutine qui se sont attribués de lucratives présidences de fédérations sportives, qu’il met en demeure de démissionner sur le champ: « le sport n’a rien à faire avec la politique », déclare Medvedev, qui, les jours suivants, dénonce, en vrac, aussi bien la mauvaise qualité des armements russes que les tentatives récurrentes de réhabilitation de Staline.

 

   Medvedev renouvelle son équipe de conseillers, qui s’en donnent à cœur joie: l’une, Ella Pamfilova, dénonce les agissements des jeunesses poutiniennes, les « Nashi », un autre, Igor Yourgens, affirme qu’aucune modernisation du pays ne sera possible tant que des officiers de l’ex-KGB reconvertis en hommes politiques resteront aux commandes, et va jusqu’à suggérer qu’en s’accrochant au pouvoir, Vladimir Poutine risque de devenir un nouveau Brejnev, et la Russie de replonger dans de nouvelles années de « stagnation ».

 

   Medvedev s’attaque directement à l’homme le plus proche de Poutine, le vice-premier ministre Igor Setchin, en imposant à une justice asservie au pouvoir, l’annulation du mandat d’arrêt que Setchin avait fait lancer contre Mikhaïl Goutseriev, le patron de la toute dernière société pétrolière russe encore privée (Roussneft, à ne pas confondre avec Rosneft, société contrôlée par l’état, dont Setchin en personne est le président). Medvedev marque ainsi son rejet d’une des méthodes préférées du clan Poutine, qui consiste à jeter en prison, sous de fausses accusations, les patrons des sociétés qu’on convoite, pour les acquérir à moindre frais: « l’OPA à la russe », déjà utilisée contre Mikhaïl Khodorkovski et sa firme Ioukos.

 

   Enfin, Dmitri Medvedev avait promis que serait menée à son terme l’enquête sur les assassinats, le 19 janvier dernier, de l’avocat défenseur de droits de l’homme, Stanislav Markelov, 34 ans, et de la très jeune journaliste de Novaïa Gazeta, Anastassia Babourova, 25 ans. Cet automne, c’est chose faite, les meurtriers ont été arrêtés, et Medvedev fait savoir qu’il a suivi l’affaire de très près. Des assassins d’avocats ou de journalistes arrêtés, c’est une première depuis longtemps en Russie.

 

   Bien sûr, les conséquences de cette soudaine « hyperactivité » de Medvedev sur la « tandemocratie » en place restent pour l’essentiel encore invisibles. Mais certains effets se voient déjà, chaque soir, dans les journaux des télévisions contrôlées par l’état: parce qu’elles sont condamnées à relayer à la fois les messages de Medvedev et ceux de Poutine, elles ne savent plus désormais à quel saint se vouer, ni à quel chef se dévouer. Et elles ne parviennent pas à cacher leur désarroi: comment satisfaire l’un sans offenser l’autre ?

 

   Ce désarroi pourrait bien gagner l’un après l’autre les rouages de l’appareil d’état. A qui dois-je obéir ? C’est la question qui terrorise – et qui paralyse – tous les hauts fonctionnaires et « bureaucrates » du pays. Même si le blason russe porte un aigle à deux têtes (qui regardent dans deux directions opposées), pour eux, la Russie ne peut avoir qu’un seul Tsar, à la fois.

 

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1/. Sur le site d’information: <gazeta.ru>. Le texte peut aussi être consulté sur le site officiel de la présidence russe: <president.kremlin.ru>, en russe et en anglais.

 

  

 

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Stasi, Bassidji, même combat !

05.11.2009

 

 

 

   Une foule d’opposants qui crient « Obama, Obama » dans les rues de Téhéran: un défi impensable aux Ayatollah, et pourtant c’est arrivé ce 4 novembre 2009.

 

   En ce jour, qui était aussi le premier anniversaire de la présidence d’Obama, des Iraniens avaient décidé de saisir l’opportunité historique proposée par la main tendue du président américain, pendant que d’autres Iraniens, dans d’autres rues, brûlaient le drapeau américain, pour célébrer l’assaut de l’ambassade des Etats-Unis, il y a trente ans.

 

   Cela rappelle une manifestation d’il y a vingt ans, un autre 4 novembre, celui de 1989, en Allemagne de l’Est: pour marquer leur refus du régime communiste stalinien de RDA, un million de personnes en appelaient à Gorbatchev, en scandant « Gorby, Gorby » sur l’Alexander Platz, au centre d’une ville coupée en deux – pour cinq jours encore –  par le mur de Berlin.

 

   On doit le redire, 2009 n’est pas 1989, et l’Iran n’est pas l’Allemagne de l’Est. Mais à Téhéran comme à Berlin, la même revendication de liberté. La même réaction aussi des régimes en place, de leur police et de leurs milices: Stasi-Bassidji, Ahmadinejad-Honecker, même combat.

 

 

 

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