Archives mensuelles : juin 2008

L’énigme du scooter

A l’heure où le Chef de l’Etat s’exprimait sous les dorures du Palais de l’Elysée, son fils cadet était assis inconfortablement sur le banc des prévenus au Palais de Justice de Paris. Alors que le premier plaidait à la tribune ce qui serait à ses yeux la télévision publique idéale à partir de 2009, le second essayait de plaider sa cause dans un dossier qui nous ramène à 2005. Le 14 octobre de cette année là, place de la Concorde, un accrochage-comme il en arrive tous les jours dans la circulation parisienne-serait intervenu entre une BMW et un scooter. L’affaire aurait pu se régler à l’amiable. Elle se termine devant la X ème Chambre Correctionnelle.

Et cet accrochage devient un mystère, une énigme. D’un coté le conducteur de la BMW. Aujourd’hui sans profession, M’Hamed Bellouti évoque à la barre ce « boom » qu’il entend à l’arrière de son véhicule et l’image qu’il garde d’un scooter le doublant avant de prendre la fuite. De l’autre coté de la barre, le conducteur du 2 roues. Actuellement en 2 ème année de Droit, nouvellement élu au Conseil Général des Hauts de Seine, récemment fiancé comme il rappelle lui même au tribunal, Jean Sarkozy a non seulement aucun souvenir de cet accident mais déclare que ce jour là et qu’à cette heure là, il était probablement en cours.

Et pour pimenter le tout, un expert diligenté par le tribunal qui met en doute la réalité du choc. Ainsi la justice qui en était à sa troisième audience en moins de 8 mois est donc saisie d’un accident qui n’a pas existé, avec comme seul indice une plaque d’immatriculation qui conduit au fils de celui qui est alors Ministre de l’Intérieur.

Résultat, une audience surréaliste qui va durer quatre heures. Un président de Chambre qui, chose assez rare, laisse l’un de ses assesseurs interroger les parties, conservant seulement la police de l’audience. Un procureur qui va mettre moins de dix minutes pour dire qu’il n’y a rien dans le dossier et inviter « le tribunal à en tirer les conséquences », sans prononcer le terme de relaxe.

Insoutenable suspence. Le tribunal s’est donné trois mois pour délibérer.

Sur le banc de la presse, nous étions, il est vrai, très nombreux hier pour ce qui reste un banal accrochage. C’est aussi le procès type que les chroniqueurs judiciaires rêveraient de voir diffuser sur une chaine de télévision, publique ou pas.

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Le procès de la récidive?

Les jurés ont récidivé. Pour la seconde fois, des jurés de cours d’assises ont condamné à la perpétuité Patrick Gateau. Ce dernier avait déjà été condamné à cette peine à Lyon le 2 octobre 1990. Pour des faits similaires, un assassinat dont le seul mobile était le vol: une voiture. Hier, la cour d’assises de Seine et Marne lui a donc infligé la même peine pour l’assassinat de Nelly Cremel à qui il avait volé avec son complice Serge Mathey: 20 Euros, un baladeur et une montre. Cette fois, eu égard à cette récidive légale, compte tenu que ce nouveau crime ait été commis alors que l’individu était en libération conditionnelle, cette perpétuité est assortie d’une période de sureté de 22 ans. le maximun prévu par la loi, la peine qui avait été requise par la réprésentante de l’ accusation.

Serge Mathey, qui est celui qui avait porté les coups mortels contre la jeune femme, a bénéficié d’un geste de la part des jurés. L’avocate général avait réclamé la perpétuité. Il est condamné à 30 ans de réclusion assortie d’une période de sureté de 16 ans. Autrement dit, Serge Mathey n’est pas libérable avant 2021. Il aura alors 41 ans. Gateau lui ne peut pas formuler de demade de libération conditrionnelle avant 2027. Il aura alors 70 ans.

Lors de leurs dernières prises de parole avant que les jurés n’entrent en délibéré, les deux accusés se sont adressés à l’époux de la victime. « Quoi que je dise, cela n’atténuera pas la peine de Monsieur Crémel. J’ai agi avec lacheté. J’aurais du être plus courageux dans cette affaire ». Mais comme il l’avait fait tout au long de son procès, il renvoyait la responsabilité de l’acte sur son voisin de box. Patrick Gateau, lui, était sur un autre registre. Souhaitant distribuer sa bonne parole à toutes les parties du procès. « Si je pouvais donner ma vie pour qu’elle revienne votre épouse, je le ferais » disait-il en regardant la partie civile. Se tournant ensuite vers le Président Yves Jacob, il lui adressait ses remerciements.  » Je ne voulais pas venir, même par la force. Vous avez insisté avec mes avocats. Je suis content parce que des choses ont été dîtes ».

Mais avec un aplomb assez étonnant, Patrick Gateau s’adressait à un autre Président. S’en prenant à la presse et à Nicolas Sarkozy, qui alors qu’il était Ministre de l’Intérieur, s’était indigné que l’on remette en liberté un « monstre », l’accusé lache cette phrase: « Si, il n’y avait pas eu ce drame, il ne serait peut être pas Président de la République ».

S’il n’y avait pas eu ce drame, Patrick Gateau n’aurait pas rajouté une douzième condamnation à son casier judiciaire.

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