Archives quotidiennes : 28 janvier 2009

Quand le magistrat jure de dire toute la vérité

La semaine prochaine, plusieurs magistrats vont être invités à sortir de leur bureau pour se diriger vers une salle d’audience. Pour témoigner. Comme un simple témoin, ils devront faire face à d’autres magistrats et moment rare dans leur carrière ils devront prêter serment de « dire la vérité, rien que la vérité ».

A partir de lundi prochain, la formation disciplinaire du CSM doit juger le juge Fabrice Burgaud. Aucun avocat, aucun des acquittés, ce sont des magistrats cités principalement par la défense qui vont défiler à la barre. Ceux qui ont eu à connaitre de ce douloureux dossier vont se succéder: le procureur Lesigne, le président de la chambre d’instruction de Douai, son successeur à Boulogne, Le CSM entendra également les présidents des deux cours d’assises, Saint-Omer et Paris. Attendus aussi les témoignages des magistrats qui ont travaillé avec Fabrice Burgaud depuis l’affaire. Ce dernier a quitté le tribunal de grande instance de Boulogne sur Mer en aout 2002. Il a quitté le siège pour le parquet. Il a d’abord rejoint la section anti-terroriste. Le juge Michel Debac et la juge anti-terroriste Laurence Le Vert qui ont travaillé avec lui seront entendus comme témoins de moralité. Fabrice Burgaud a ensuite changé de service. Il est désormais chargé de l’exécution des peines. Son patron actuel, Jean Claude Marin, le procureur de la république de Paris, viendra dire qu’il considére son collaborateur comme un magistrat « rigoureux et consciencieux ».

Demander à un magistrat de venir témoigner à la barre n’est pas quelque chose de rare. Ainsi mercredi prochain, le procureur Philippe Courroye est attendu de pieds fermes par la défense des prévenus du procès dit de l’Angolagate. Avant d’arriver à la tête du parquet de Nanterre, Philippe Courroye était juge d’instruction. Le dossier de ce prétendu trafic d’armes avec l’Angola fut un des volumineux de son cabinet. Dès le début de l’instruction, les avocats de la défense ont mis en accusation les méthodes et les arrières pensées du magistrat. On se souvient de la phrase de Jean-Christophe Mitterrand, un des prévenus, qui avait parlé du « juge qui sue la haine ». Ces mêmes avocats veulent aujourd’hui mettre le juge Courroye sur la sellette en tentant de démontrer par exemple qu’il a régulierement rencontrer Yves Bertrand, à l’époque directeur des Renseignements Généraux, dans le seul but de trouver des éléments à charge contre ceux qu’ils suspectaient.

Un juge à la barre, un procureur à la barre: c’est souvent la volonté de la défense.  Rarement pour lui dresser des couronnes. Fin 93, le « petit juge » Jean Michel Lambert passe un mauvais quart d’heure dans le procès de Jean-Marie Villemin jugé pour l’assassinat de Bernard Laroche. Face à la légéreté du témoin, le président de la cour d’assises le rappelle à l’ordre: « S’il vous plait, vous voyez bien dans quelle situation nous sommes ». Même épreuve pour le procureur Paul Weisbuch accusé d’avoir pesé lourd dans l’acharnement contre Richard Roman, qui sera finalement acquitté dans l’affaire de « La Motte du Caire ».

Régulièrement la comparution du juge à la barre des témoins se retourne contre la défense. Pendant le procès OM/VA à Valenciennes, les oreilles du juge Beffy ont sifflé presque quotidiennement. « Menaces, pressions, intimidations, instruction à charge, manquement aux devoirs les plus élémentaires de la procédure pénale ». Ce fut une attaque en règle. Elle a totalement disparue les deux fois où le juge Beffy est venu au procès. En un mot, la défense s’est dégonflée.

Autre scénario. La citation qui se retourne contre vous. L’effet boomerang. La meilleure illustration remonte au premier procès d’Yvan Colonna en novembre-décembre 2007. Ses avocats avaient cités les trois juges qui ont eu à se pencher sur le dossier. Gilbert Thiel qui a instruit le dossier de l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella, ouis Laurence Le Vert et Jean-Louis Brugière, chargés du dossier de l’assassinat du préfet Claude Erignac. Les trois magistrats ont affirmés que les mises en cause du berger par les membres du commando ainsi que les dépositions de leurs épouses avaient sonné comme une libération de la part de ceux qui les prononcaient. Très à l’aise, les trois juges, assomés de questions par la défense, avaient déroulé un chapelet d’éléments à charge contre l’accusé. Les conseils d’Yvan Colonna semblent avoir retenu la leçon. Pour le procès en appel qui s’ouvre le 9 février, ils n’ont pas cités les juges comme témoins.

En faisant disparaître le juge d’instruction, le Chef de l’Etat rend peut être service à la défense….. 

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Les voeux à la vitesse grand V de Rachida Dati.

C’est une tradition républicaine. En début d’année chaque ministre présente ses vœux à la presse et aux invités de son choix. Une cérémonie qui intervient en générale au début du mois de janvier. Cette fois ci à la Chancellerie, il a fallu attendre la date du 28 janvier. Pendant longtemps, les Gardes des Sceaux réservaient cette manifestation qu’aux journalistes. La presse entourait le maître des lieux pour l’entendre faire son bilan de l’année  passée et évoquer ses projets pour la nouvelle année. C’était aussi l’occasion pour les journalistes d’avoir une rencontre informelle avec le ministre et les membres de son cabinet. Un échange cordial de bons vœux, de bonnes intentions et d’un peu d’informations. Le ministre et le président de l’Association de la presse judiciaire y allaient de son compliment.

 

Dominique Perben a été le premier à changer la donne. A la surprise générale, il a convié sous les dorures de son ministère outre la presse, les comédiens des feuilletons télévisés consacrés aux affaires policières et criminelles. Ainsi se pressaient devant le buffet les interprètes de « Avocats et Associés », « Cordier père et fils », « Madame Le Juge ». Résultat, le Garde des Sceaux semblait plus intéresser par la présence de Natacha Amal, François-René Gendron, Pierre Mondy et Michel Creton que par les chefs de juridiction. Les magistrats en prirent ce jour là un peu ombrage et quittèrent le ministère plus rapidement que prévu.

 

Ce midi, Rachida Dati a fait une courte apparition dans la grande salle du ministère de la Justice. Entre le conseil des ministres et un déjeuner. Un discours de 6 pages pour se féliciter de son action, énumérer les trois chantiers à venir et parler furtivement de son avenir européen. 3 Je vais m’y investir avec énergie, enthousiasme et passion, comme je l’ai toujours fait et comme vous avez pu le remarquer dans toutes les taches qui m’ont été confiées ». Quelques applaudissements. Quelques embrassades. Quelques poignées de main avec ses invités, puis Rachida Dati s’est éclipsée aussi rapidement qu’elle était apparue.

 

La cérémonie a tourné court. Les invités ont tourné les talons. Jean Tibéri dont le procès pour les faux électeurs du V ème arrondissement s’ouvre lundi prochain est reparti en prenant bien soin de ne pas s’entretenir avec le procureur général et le procureur de la république. La plupart des magistrats, des avocats  ne s’est pas attardé.

 

La presse, elle, est restée à l’arrière plan. Bonne année quand même.

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