Archives mensuelles : mars 2009

Le dossier Lucien Léger définitivement clos

A l’heure où les avocats d’Yvan Colonna menacent la France de se tourner vers la Cour Européenne des droits de l’Homme à propos de la tenue du procès en appel qui vient de s’achever, c’est une autre affaire judiciaire qui trouve son apogée aujourd’hui devant la juridiction de Strasbourg.

Lucien Léger, après avoir été dans les années 60 « l’ennemi public n°1″, est devenu le « plus vieux prisonnier de France ». On a le record que l’on mérite. En juillet 64, il est arrêté pour le meurtre du petit Luc Taron. Il a croisé le jeune garçon sur un trottoir près de la gare Saint Lazare. Celui-ci vient de quitter précipitemment le domicile parental après avoir essuyé une remontrance de ses parents. Pour tenter d’apaiser le jeune garçon qui est en pleurs, Lucien Léger, infirmier psychiatrique, lui  propose d’aller faire un tour dans sa 2 CV.

Le corps du petit Luc est retrouvé dans la forêt de Verrières-le-Buisson. Mort, portant des traces de strangulation. Pendant plusieurs jours, Lucien Léger a joué au chat et à la souris avec la police et la presse en leur adressant des courriers signés « l’étrangleur ». Après avoir avoué son crime, il entre dans une phase de dénégation qu’il n’abandonnera jamais. Pendant son procès devant la cour d’assises de Seine-et-Oise à Versailles, il accuse le père de la victime de connaître et de cacher l’identité du véritable auteur du crime.

L. Léger a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité à une époque où la peine de mort n’était pas abolie. Alors qu’il était libérable à partir du début des années 80, il recouvre la liberté qu’en octobre 2005. Après 15 demandes de libération conditionnelle. Après 41 ans de détention. La justice a  mis longtemps à remettre en liberté un homme qui est dans le déni de son crime et dont les experts évoquent un risque élevé de récidive. De plus, le père de la victime n’a jamais caché son désir de vengeance si le meurtrier de son fils était remis en liberté.

En 2002, Lucien Léger a saisi la CEDH pour « traitement inhumain » au regard de sa longue détention. Requête rejetée en 2006. Requête réexaminée en avril 2008. Lucien Léger est présent à l’audience aux cotés de son avocat M° Jean-Jacques de Félice. L’ex plus ancien détenu a été retrouvé mort chez lui le 18 juillet 2008. Son avocat devait disparaître à son tour 9 jours plus tard.

Un an plus tard, la CEDH donne enfin sa réponse. Si l’on peut dire puisque constatant le décès du demandeur, la cour de Strasbourg se refuse à rendre un arrêt posthume.

Monsieur Taron est décédé depuis de nombreuses années. Son épouse vît toujours. Je l’ai rencontré il y a plus de trois ans pour une interview. Une femme digne, effacée, mais agacée, indisposée par les déclarations publiques de Lucien Léger. Elle ne veut penser qu’à son fils qui repose à Bonneuil dans la région parisienne. Il aurait aujourd’hui 56 ans. Luc était son unique enfant.

Le 27 mai 64, ses parents l’ont grondé parce qu’il avait fouillé dans leur porte-monnaie. Pour faire un cadeau pour la Fête des Mères.

Partagez:

Colonna et Burgaud ne seront pas jugés le même jour

Le choc du calendrier judiciaire n’aura pas lieu. Deux décisions importantes étaient attendues pour cet après midi. Le verdict du procès d’Yvan Colonna et la décision du CSM concernant les poursuites disciplinaires à l’encontre du juge Burgaud. Allait-on condamner le premier et relaxer le second? Ou l’inverse. Ou infliger aux deux une peine en rapport avec leurs fautes.

Deux décisions qui vont engendrer des commentaires, Des journalistes, des magistrats, des avocats, des politiques et de l’homme de la rue? A-t-on jugé et condamné des coupables ou des boucs émissaires? L’un au nom de la raison d’Etat. L’autre pour purger définitivement le scandale judiciaire de cette décennie.

Le juge Burgaud devra attendre jusqu’au 24 avril. Les 11 membres du CSM ne se sont pas mis d’accord. Deux groupes, deux courants de pensées semblent s’affronter. Ceux qui considèrent que l’on ne peut pas créer un précédent en fustigant un magistrat pour son instruction. Ceux qui au contraire pensent qu’il faut envoyer un signe fort à une opinion publique convaincue que le corporatisme chez les juges est tel que la question sur la responsabilités des magistrats est une bouffonerie.

Quelque soit la décision qui sera rendue dans un mois, on peut d’ores et déjà dire qu’elle n’émane pas d’un consensus flagrant.

Le CSM, que l’on peut considérer comme étant l’organe régulateur de la profession de magistrat, se doit de montrer l’exemple. La rigueur. L’équité. Le respect du contradictoire. Il a été pris en faute cette nuit. Fabrice Burgaud et ses avocats ont appris le report de la décision cette nuit par la presse. L’information a été confirmé ensuite par un communiqué du CSM qui a indiqué la date de report. Sans être à cheval sur les principes, on peut dire que cet « oubli » est un peu cavalier.

Partagez:

Plaider face au vide

L’un ouvre le feu roulant des plaidoiries de la partie civile. L’autre le ferme. Tous les deux plaident physiquement face à la cour d’assises. Le premier s’appuie sur la barre des témoins. Le second a posé ses notes sur la vitrine des pièces à conviction. Une vitrine vide. Notons au passage que chaque jour, l’appariteur y installait les rares pièces physiques du dossier, parmi lesquelles l’arme du crime. Pendant les six semaines de procès, à aucun moment, le président n’a demandé que ces pièces soient présentées à la cour ou aux parties.

Face à la cour, nos deux avocats plaident. A leur droite , un grand vide. Pas de confrères sur le banc de la défense. Pas d’accusé dans le box. Le premier conseil, M° Benoit Chabert, représentant l’Etat, reconnait que la situation est « impressionnante », « perturbante ». Plusieurs fois au cours de sa plaidoirie, il évoquera les « fantômes de la défense ». Le second, M° Philippe Lemaire, conseil de Dominique Erignac et de ses enfants, avouera en fin de journée qu’il a « gommé cette absence, qu’il l’a chassé de son esprit ».

Tous deux reviendront sur le départ il y a quinze jours d’Yvan Colonna. « Au lieu de nous affronter, il a décidé de s’enfuir, un triste aveu de culpabilité. Est-ce qu’un innocent quitte la barre? » dira M° Chabert.  »Fuir est la plus mauvaise méthode pour convaincre » renchérira M° Lemaire.

Tous deux balayeront d’un revers de manche les incidents qui ont marqué ce procès en appel. Peu importe les témoignages de ceux qui tentent à la barre d’innocenter l’accusé. Pas plus crédibles les allégations de ceux qui sous entendent que le commando était composé d’autres membres. « Il faut avancer avec ce qu’on a » avoue M° Chabert. Pour son confrère M° Lemaire, ce ne sont que « des fausees pistes, des mensonges et des coups montés pour travestir la vérité ». Tous deux s’appuyent sur les déclarations des membres du commando lors de leur garde à vue. En choeur, ils déclarent à la cour d’assises que pour eux, « il n’y aucun doute sur la culpabilité d’Yvan Colonna ».

Demain, les deux avocats généraux vont leur emboiter le pas. On peut présager que leur démonstartion s’appuiera également sur le dossier, dans le but d’écarter au maximum les éléments que la défense a tenté de faire entrer dans le débat.

Etrange procès qui touche à sa fin. Des plaidoiries de parties civiles et un réquisitoire pour convaincre ses juges que son intime conviction est la bonne, constitue la vérité judiciaire. Plaider, requérir sans prendre le risque d’être contredit par ses adversaires puisqu’exceptionnellement la défense n’aura pas la parole en dernier.

Partagez:

Recherche juge d’instruction pour siège éjectable

Deux informations aux répercussions totalement contradictoires ont paru en moins de 24 heures.

Hier, nous apprenions que le Journal Officiel avait publié la veille un décret du ministère de la justice fixant la liste de 91 pôles d’instruction. Il s’agit là de régulariser un précédent décret qui avait été annulé en décembre dernier pour vice de forme.

Aujourd’hui, la Chancellerie nous informe qu’elle a déposé un amendement devant le Sénat afin de reporter d’un an la deuxième phase de la mise en place des pôles d’instruction.

Les pôles d’instruction sont nés de l’affaire Outreau. Pour lutter contre la solitude du juge d’instruction, le gouvernement de l’époque avait fait voter par le Parlement une loi établissant la co-saisine des magistrats instructeurs pour les dossiers les plus complexes. Votée en mars 2007, la loi est entrée en vigueur un an plus tard jour pour jour. Depuis les pôles sont mis en place sur fond d’une carte judiciaire qui a été également remodelé.

La loi prévoyait une seconde phase d’application. A partir du 1 janvier 2010, les pôles devaient être composés non plus de 2 mais de 3 juges et concernés toutes les affaires. C’est donc ce second temps qui risque de caler. Le juge d’instruction étant appelé à disparaître, le ministère de la justice a décidé de faire preuve d’une certaine logique. Difficile de concevoir que l’on mette en place une structure lourde concernant l’instruction qu’une autre loi pas encore votée ou appliquée va s’évertuer à démolir.

Autre élément de réflexion, sur 261 postes à pourvoir, l’Ecole Nationale de la Magistrature a proposé aux auditeurs de justice en fin de scolarité 8 postes de juge d’instruction rattachés à des pôles. 8 nouveaux magistrats qui savent d’ores et déjà qu’ils ont un emploi à court terme.

Partagez:

Le procès Colonna se "joue" désormais à l’extérieur

Le procès d’Yvan Colonna se poursuit désormais hors de la salle d’audience. Samedi à Ajaccio, comme ils le font désormais chaque week-end, les avocats de la défense ont tenu une conférence de presse. Comme ils l’avaient fait déjà jeudi dernier à la Maison du Barreau à Paris, ils ont mis en cause la cour d’assises, « un théâtre d’ombres » géré par des « faussaires ». Comme il en a pris l’habitude durant le procès, M° Antoine Sollacaro a également attaqué violemment l’avocat de la famille Erignac, M° Philippe Lemaire: « il nous a traité de terroristes judiciaires, je préfère être un terroriste judiciaire qu’un collabo judiciaire ». On est bien loin de la sérénité et de la cordialité habituelles du débat judiciaire.

Hier, dans un communiqué, Rachida Dati a dénoncé ses « propos inadmissibles ». « Il est intolérable de jeter d’une façon aussi outrancière le discrédit sur l’institution judiciaire et de bafouer de la sorte l’honneur des juges qui exercent leur office au nom du peuple français  » écrit la Garde des Sceaux.

Certains se sont étonnés que la ministre de la justice ne soit pas intervenue plus tôt. C’est lui faire un mauvais procès. Il lui était difficile d’intervenir directement. La tâche revenait, ce qu’il a fait dans différents médias à Laurent Le Mesle, le Procureur Général près la cour d’appel de Paris. On peut simplement regretter qu’à l’audience, les deux avocats généraux aient mis un certain temps à réagir face aux propos outranciers de la défense.

Il faut faire un distinguo entre les propos tenus à l’intérieur d’un prétoire et qui bénéficient d’une immunité, sauf si ils sont injurieux, et ceux qui sont tenus à l’extérieur de procès et qui eux sont susceptibles d’être poursuivis.

Ce matin, dans un communiqué, le comité de soutien à Yvan Colonna en appelle « aux culturels, intellectuels et aux consciences éclairées, aux forces progressistes de Corse mais aussi de France et de l’Europe, à l’Université, aux élus de toutes sensibilités, aux militants des doits de l’homme, aux syndicats et groupes socio professionnels, à toutes celles et ceux qui, épris de justice et démocratie refusent qu’une condamnation aussi lourde, perpétuité assortie d’une peine se sûreté de 22 ans, soit prononcée dans des conditions inacceptables ».

Appellée comme témoin, l’ex- femme d’un des membres du commando Pierre Alessandri a refusé cet après-midi de s’exprimer devant la cour d’assises. « En l’absence d’Yvan Colonna et de ses cinq avocats, je n’ai rien à déclarer » a affirmé Jeanne Finidori.  Elle rejoint dans cette attitude Martin Ottaviani, membre du commando, qui entendu à la barre jeudi dernier a fait pour simple et unique réponse à toutes les questions qu’on lui posait: « je n’ai rien à vous dire ».

Désormais, Yvan Colonna refuse d’être extrait de sa cellule de la prison de Fresnes. L’huissier ne doit donc plus se déplacer  deux fois par jour dans les sous-sols du palais mais dans un établissement pénitentiaire de la région parisienne. Une première fois pour la sommation et la seconde pour lui rendre compte de l’audience. Résultat, l’audience de ce matin a été annulé pour n’être reprise qu’à 13h30. Bref ce procès se poursuit désormais du mieux qu’il peut entre chaque suspension d’audience

Partagez:

Commission Léger: un bâtonnier qui ne peut pas plaider sa cause

Un déjeuner pour un enterrement de première classe. Lundi dernier, Rachida Dati recevait à la Chancellerie les membres de la commission Léger qui ont pour mission de réfléchir à la rénovation du code de procédure pénal et du code pénal. Depuis le 7 janvier, leur feuille de route a été précisé en haut lieu. Le Chef de l’Etat a officialisé devant la Cour de Cassation son souhait de voir le juge de l’instruction disparaitre au profit d’un procureur-enquêteur qui serait supervisé par un juge de l’enquête et des libertés. Comme nous l’avions annoncé ici, cette réforme, si elle est adoptée par le Parlement, entraînerait également la mort du juge des libertés et de la détention.

Dans un communiqué commun, événement assez rare pour être signalé, trois organisations syndicales s’élèvent contre les prérogatives avancées par la commission et demandent « solennellement la dissolution de ce comité qui a démontré sa partialité et ses insuffisances ».

Lors d’un autre déjeuner, celui ci devant la presse, le Bâtonnier Christian Charrière-Bournazel, a évoqué une résolution du conseil de l’Ordre des Avocats de Paris datant du 3 février. Les avocats parisiens ne sont pas hostiles à la disparition du juge d’instruction. Ils estiment simplement qu’elle n’est envisageable qu’à plusieurs conditions. Dans cette résolution, figurent 7 exigences. Parmi elles, la présence de l’avocat dès la première minute de la garde à vue.

Au cours de ce déjeuner, à une réponse que je lui pose, le Bâtonnier nous révèle qu’il n’a pas été auditionné par cette commission. Il n’a pas plus été consulté par le cabinet de la Garde des Sceaux dont on sait qu’il poursuit parallèlement des consultations.

Le Bâtonnier de Paris est à la « tête » de près de 20 000 avocats. 20 000 avocats qui n’ont donc pas pu plaidé leur cause à l’intention de leur ministre.

Partagez:

Procès Colonna: un phénomène de déjà vu

Assis sur les bancs de la presse, face au box des accusés, nous avons l’impression de revivre la même scène qu’il y a 4 mois presque jour pour jour. Le 7 novembre dernier, dans la même salle du palais de justice de Paris, Antonio Ferrara jugé pour son évasion de la maison d’arrêt de Fresnes récusait ses avocats et décidait de quitter le procès. On ne devait pas le revoir, y compris lors du verdict. Mercredi dernier, 11 mars, la cour d’assises était en état de récidive. Après s’être vu refuser une seconde fois une demande de reconstitution, Yvan Colonna et ses avocats claquaient la porte.

En soit ce n’était pas une surprise. Les avocats de la défense l’avaient laissé entendre depuis plusieurs jours. Certains diront que c’était une menace sur la cour. D’autres rétorqueront qu’ils ont au moins mis à exécution leurs promesses…

S’en suit aujourd’hui un débat qui a lieu à la fois dans le prétoire et devant la presse. Le paroxysme de cette situation s’est déroulé hier après midi. A 14 h, l’audience a repris dans la cour d’assises. Tout le monde y avait repris sa place. Sauf bien sur l’accusé et ses conseils. Yvan Colonna était dans une cellule du dépôt dans les sous-sols du palais. Désertés aussi les bancs du public réservés aux proches d’Yvan Colonna. Pendant une heure, ce fut un débat « hémiplégique ». Tous les avocats de la partie civile puis les deux avocats généraux ont dit ce qu’ils pensaient de l’attitude de ceux qui ont opté pour la politique de la chaise vide.  » C’est du terrorisme judiciaire » lachait M° Cathy Richard. « C’est inadmissible, inacceptable » moderait M° Philippe Lemaire. « C’est une prise d’otage de l’institution judiciaire » renchérissait l’avocat général Jean-Claude Kross. Pour la première fois, la défense n’avait pas la parole en dernier.

Cette parole, elle allait pourtant la prendre à quelques mètres de là. Tous les journalistes désertaient l’audience pour se rendre dans une salle de la Maison du Barreau de l’autre coté de la rue d’Harlay. Les avocats d’Yvan Colonna y tenaient une conférence de presse. Ou plus exactement une succession de plaidoieries. Celles à laquelle la cour d’assises n’aura plus droit. Leur motivation est claire. A défaut de convaincre leurs juges, il s’agit désormais de sensibiliser l’opinion publique. Ils publieront donc dans les semaines qui viennent un livre blanc qui sera le plaidoyer pro domo d’Yvan Colonna.

Ce matin, c’était au tour de Laurent Le Mesle, Procureur Général près la cour d’appel de Paris, de défendre l’institution au micro de Jean-Pierre Elkabbach.

La situation née du départ de l’accusé n’est donc pas exceptionnelle. Elle n’est pas satisfaisante pour autant. Faire porter le chapeau uniquement à la défense est faire preuve de mauvaise foi. Certes, Yvan Colonna et certains de ces avocats ont par des attaques virulentes et outrancières installés un climat comme on en a rarement vu dans un procès. Mais dans le même temps, la cour et son président ont multiplié des attitudes qui ont semé le doute sur leur partialité et leur équité. On ne peut être que troublé quand des magistrats prennent des notes et posent des questions face à des témoins à charge et restent totalement imperméables à des éléments qui peuvent être à décharge?

Le procès Colonna se poursuit donc désormais sans aucune contradiction. La cour d’assises est dans une impasse mais l’accusation se retrouve face à un boulevard pour une condamnation annoncée. Personne ne peut se satisfaire d’un procès boiteux. Ni la famille Colonna. Ni la famille Erignac. Et encore moins la Justice.

Partagez:

Dans le procès Colonna, il y a un tireur de trop

Il faut bien l’avouer. Les chroniqueurs judiciaires que nous sommes, nous nous sommes trompés. Avant le début de ce procès en appel, nous pensions que nous allions assisté à un « remake », avoir un sentiment de déjà vu par rapport aux audiences de fin 2007. Erreur.

D’abord, on l’a dit déjà, l’ambiance n’est pas du tout la même. Plus électrique, plus volcanique entre la défense et la cour parce que la première joue son va-tout. Ensuite, certains témoins créent la surprise. Didier Vinolas en tête. D’autres ne sont plus aujourd’hui dans le même registre. Les membres du commando et leurs épouses. Leurs dépositions ne sont pas de la même veine. Plus péremptoires, plus affirmatives. C’est sans détour et en allant droit au but, comme si ils avaient envie d’en finir au plus vite avec les assises, qu’ils déclarent très rapidement à la barre qu’Yvan Colonna ne fait partie du groupe et qu’ils l’ont accusé à tort parce que son nom a été soufflé par les policiers lors de la garde à vue. Aujourd’hui ce fut au tour de Pierre Alessandri de tenter de convaincre les magistrats. « Quand j’ai vu le nom d’Yvan Colonna dans le PV de Maranelli, j’y ai vu une porte de sortie. Quand on m’a dit qu’il était en fuite, cela m’a convaincu dans ma mise en cause. Je n’étais pas prêt à reconnaître et à assumer ma responsabilité ». L’argument est peut être difficile à entendre mais il est prononcé avec une certaine conviction.

Troublant, Alessandri rejoint Versini, Maranelli et Ferrandi, trois autres membres du commando déjà auditionnés ces jours derniers mais aussi Didier Vinolas, en disant que le groupe qui a agit à Pietrosella et à Ajaccio était composé de plus d’hommes que ceux qui ont été arrêtés et condamnés définitivement. le procès depuis plusieurs jours se resume à une équation assez simple. Il faut rajouter d’autres individus mais retirer Yvan Colonna. Une opération que ni l’accusation, ni la partie civile n’acceptent.

Dans ses rétractations réitérées au procès en appel chaque mot compte. Ainsi cet après-midi, Pierre Alessandri, qui a une nouvelle fois endossé le rôle du tireur, lache cette petite phrase.  » A Yvan Colonna, je lui reproche d’avoir laissé Ottaviani et Maranelli aller au charbon. Il aurait pu franchir le pas. Il ne l’a pas fait ». Enigme. Comment interpréter cette remarque?  Colonna n’a-t-il pas participé du tout à l’action ou n’a-t-il pas rempli la mission qui lui était fixée par avance? Mystère. La question ne lui sera posée par aucune des parties.

Audience en tout cas surréaliste puisqu’il y a dans le box celui que l’accusation décrit comme l’assassin du préfet Erignac et qu’à quelques mètres de lui à la barre des témoins entre deux gendarmes, se trouve Pierre Alessandri qui s’accuse de ce crime depuis que sa condamnation est définitive.

Yvan Colonna, l’accusation et la partie civile sont au moins d’accord sur un point. Aucun ne comprend pourquoi les memebres du commando, hier accusateurs ont attendu si longtemps avant de le disculper. L’accusé interpelle en fin d’audition son ami. « Cela fait 10 ans que cela dure. Je ne comprends pas pourquoi vous avez tant de temps à dire le vérité! ». La réponse revient comme un boomerang.  » Pourquoi toi aussi tu as mis du temps. Personne n’imaginait que tu fasses une cavale aussi longue. Cela a conditionné ta culpabilité ». Plus tôt dans la journée, Pierre Alessandri avait déclaré: « Moi, je n’aurais pas continué à couper des plantes dans le maquis ».

Prenant la parole Yvan Colonna affiche une nouvelle fois sa méfiance vis à vis de la cour d’assises spéciale qui le juge. « On a longtemps dit qu’il fallait sauver le soldat Colonna. Maintenant, il faut sauver l’enquête, l’institution judiciaire, les juges Thiel, Le Vert et Bruguière, les policiers de la DNAT et Sarkozy. Lui, il faut surtout pas le déjuger. Vous allez me condamner au nom de la raison d’Etat.

Ce à quoi, le Président a répondu, « la cour est seulement là pour vous juger ». Dont acte.

Partagez:

Yvan Colonna veut retourner à Ajaccio

On ne pourra pas accuser la défense d’avoir pris en traître ses contradicteurs et la cour d’assises. Elle l’avait annoncé bien avant l’ouverture de ce second procès. Elle a tenu sa promesse. Elle a demandé cet après-midi une reconstitution sur les lieux du crime. Lors du précédent procès, elle avait décroché un transport de justice. Cette fois-ci , les avocats d’Yvan Colonna souhaitent que soient présents sur les lieux tous les protagonistes du dossier. A savoir les témoins, les membres du commando et les experts.

Pour Maître Gilles Siméoni, il s’agit là « d’une mesure d’évidence, légitime, indispensable ». Pour son confrère, M° Patrick Maisonneuve, « il faut faire maintenant ce qui aurait du être fait ». « Nous sommes en phase de reconstruction, face à une carence » surenchérit M° Pascal Garbarini. Rappelons qu’il y a eu une première reconstitution à Ajaccio en mars 98, un mois après l’assassinat, avec les témoins occulaires. A l’époque, personne n’avait été arrêté. La plupart des témoins parlait de 2 hommes en embuscade dans la rue du « Kalliste ». Une nouvelle reconstitution fut organisée en juin 99 après l’arrestation des membres du commando et après que l’un d’eux Pierre Alessandri  implique en garde à vue et devant le juge Yvan Colonna. Le jour J de cette reconstitution, aucun des mis en examen n’accepta d’y participer. Yvan Colonna était lui en fuite. Après l’arrestation de ce dernier en juillet 2003, les avocats du berger de Cargèse l’ont demandé en octobre 2005. Sans l’obtenir. Une reconstitution à laquelle il n’aurait pas participé puisqu’il déclare depuis le début qu’il n’était pas là le soir des faits.

Cette reconstitution demandée aujourd’hui essuie la réprobation des parties civiles et de l’accusation. Pour les premiers, M° Lemaire et M° Chabert, c’est une demande dilatoire qui cherche à faire reculer l’examen du dossier sur le fond. Quant au parquet général qui s’exprime par la bouche de deux avocats généraux, on a droit à deux réponses qui n’éclaircissent pas le débat. Pour l’un, rien dans le procès de 2009 ne justifie cet acte judiciaire. Pour le second, il est préférable d’attendre la déposition des membres du commando avant de se prononcer.

Prenant la parole en dernier, Yvan Colonna demande cette reconstitution de tout son être.  » Pourquoi voudrais-je gagner du temps? » rappelle celui qui est en prison depuis bientôt 6 ans.  » Si Pierre Alessandri qui m’accuse ne veut pas la faire, il y a des figurants pour la faire. Je n’ai pas peur. Je n’ai peur de personne. J’attends les membres du commando et on va s’expliquer. Je suis blindé et j’attends tout le monde avec sérénité parce que je suis innocent et que je vais le prouver ».

La cour d’assises spéciale rendra sa décision demain matin. Une réponse qui peut très bien ne pas en être une. Les magistrats peuvent effectivement considérer qu’il est préférable d’attendre la déposition des autres témoins, à commencer par les membres du commando et leurs épouses, avant de trancher cette question.

La décision est en tout cas cornélienne pour la cour. Si elle accepte ce voyage en Corse, on pourra considérer qu’il s’agit là d’une façon d’apaiser les tensions avec la défense. Si au contraire, elle refuse ce retour à Ajaccio, la défense se verra conforter dans son idée de se retrouver face à une cour qu’elle juge déjà publiquement comme « déloyale, en mission et à charge ».

Jamais de mémoire de chroniqueur judiciaire, on aura assister à un procès avec une telle incertitude. Il ne s’agit pas dans le cas précis de s’interroger sur le verdict mais tout simplement de se demander si ce procès ira à son terme.

Partagez: