Quand la mise à mort a une mise à prix

Il se vend de tout dans une vente aux enchères. Les commissaires-priseurs voient passer entre leurs mains toutes sortes d’objets. Des tableaux, des sculptures, des meubles, des bouteilles de vin, des bijoux, des livres, des montres. Bref tout se vend. Tout s’achète ou presque. Il suffit d’y mettre le prix.

Ce que Pierre Cornette de Saint-Cyr mettra aux enchères le mardi 6 avril en l’Hôtel Salomon de Rothschild est pourtant d’une autre nature. Et nous ne l’évoquerions pas ici si cela n’avait pas de rapport avec la justice.

La collection de feu Fernand Meyssonnier est non seulement unique mais morbide. Les plus jeunes l’ignorent, celui-ci a été l’un des derniers bourreaux de la république. Comme son père et son parrain. L’abolition de la peine de mort en 1981 a fait un chômeur. Pas question ici de s’en plaindre. Décédé en 2008 à l’âge de 77 ans, il avait à son actif plus de 200 exécutions. Aussi bien en France qu’en Algérie. Au terme de « bourreau », il préférait celui « d’exécuteur en chef des arrêts criminels ».  L’homme avait une passion. Il collectionnait tout ce qui avait attrait à son métier. Ce sont donc 350 objets un peu particuliers qui vont être ainsi mis à pris : guillotine, écrase-mains, cordes d’exécution, malle en osier chargée de récupérer tête et corps séparés, haches, entraves de bagnards. Des objets qu’il exposait au milieu des années 90 dans un local installé dans sa maison à Fontaine-le-Vaucluse, pompeusement intitulé « musée de la justice et des châtiments ».

Des objets que les descendants du bourreau n’ont pas souhaité conserver. Conséquence, l’ensemble de la collection sera offert au plus offrant. Qui seront ceux qui vont enchérir le 3 avril ? Des nostalgiques de la guillotine ? Ou au contraire de farouches opposants qui souhaitent ainsi garder un témoignage de ces tristes exécutions ? Qui achètera la guillotine ? Qui va acquérir la « baignoire, servant à recueillir les têtes coupées ? Qu’en feront-ils ? Un nouveau musée ? Un élément de décoration ?

Les 350 objets, selon Pierre Cornette de Saint-Cyr, auraient une valeur de 200 000 euros. Comme si la mise à mort avait un prix.

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