Archives mensuelles : septembre 2007

Le tabac et les jeunes : la fumée des écrans

La Semaine du cœur organisée par la Fédération de cardiologie a décidé de s’intéresser aux jeunes et au tabac. C’est une excellente idée puisque les fabricants de cigarettes ont décidé d’en faire de même, mais depuis plus longtemps !

L’été qui vient de s’achever aura été marqué par deux événements. L’un a été une météo exécrable dans la moitié nord du pays, l’autre le retour à la télévision d’une émission de télé-réalité de type « Loft Story » diffusée par la chaine TF1, sous le nom de « Secret story ».

Si je parle d’événement dans ce dernier cas, c’est que j’avoue que je ne pensais pas pouvoir revoir un spectacle de ce genre à la télévision après ce qu’avait été le Loft et sa fameuse piscine. Mais je dois être un ringard fini ! Ce qui m’a frappé lors des deux fois où Jai jeté un œil sur ce programme ce n’est pas la portée intellectuelle des discussions des participants, ni l’étendue de leur culture générale du quotidien. C’est le nombre de fois où ces héros de l’enfermement volontaire étaient filmés en train de fumer. N’ayant pas une grande culture psychanalytique, je ne sais s’il fallait voir dans cette propension à consommer des cigarettes la recherche d’un substitut de tétine par ces grands enfants malheureux.

Ce dont je suis certain, en revanche, c’est que les manufacturiers de tabac ont dû être particulièrement heureux. En ces périodes où la protection des non-fumeurs bat enfin son plein, quel bonheur ce dut être pour les grandes compagnies de voir ces symboles vivants de la jeunesse d’aujourd’hui allumer ces « clopes » et exhaler la fumée. La cigarette à la télé et en « prime-time », c’était inespéré pour eux ! Et comme il y a un formidable impact d’identification dans ce type de programme, nul doute que certains jeunes, voire très jeunes ont foncé tête baissée chez les buralistes pour obtenir le paquet magique de leur héros ou héroïne favorite.

D’ailleurs l’industrie du tabac sait très bien quelle peut être la portée de scènes où on voit un personnage fumer. Une étude récente, publiée en septembre 2007 dans la revue Archives of pediatrics and adolescent medicine (Arch Pediatr Adolesc Med. 2007;161(9):849-856) www.archpediatrics.com a permis de suivre 6522 adolescents américains âgés de 10 à 14 ans pendant environ deux ans. Le but était de voir combien d’entre eux avaient fumé au moins cent cigarettes au terme de l’étude.

En même temps, les auteurs ont examiné les scènes de 532 films ayant connu un succès commercial au cours des cinq années précédant le début de l’enquête. Dans trois quarts de ces films, il y avait des milliers de scènes dans lesquels les personnages fumaient. Ces scènes étaient d’autant plus nombreuses que le film avait reçu une classification appelant à la vigilance des parents avant de laisser leurs enfants aller au cinéma, certains films étant même déconseillés aux moins de 13 ans. (On trouvera une explication de la classification des films américains à l’adresse suivante : http://tms.ecol.net/movies/ratings.htm)

Les auteurs de l’étude se sont aperçus que l’on trouvait deux fois plus de fumeurs chez les jeunes qui avaient vu certains films de cette liste que chez ceux qui n’en avaient pas vu. Le risque était encore plus élevé de devenir fumeur si on n’avait pas une tendance à aimer les sensations fortes mais qu’on avait vu ses héros fumer dans ces œuvres.

Tout cela n’est donc pas un hasard. Chassez les manufacturiers de tabac par la porte et ils rentrent par la fenêtre, celle de la TV ou du cinéma.

Ils disposent de moyens énormes et de stratégies commerciales bien rôdées. Pour vendre la cigarette du cowboy en Afrique, le fabricant diffusait, il y a quelques années des publicités avec un cowboy Noir !

Mais il est possible aussi de prendre cette industrie à son propre jeu. Nos voisin Belges l’ont montré brillamment. L’Œuvre belge du cancer, l’équivalent de notre Ligue nationale avait, au début des années 80 fait appel à Philippe de Dieuleveult, tragiquement disparu depuis au Zaïre.

Philippe, héros d’Antenne 2, animateur de la Chasse au Trésor, était le symbole de l’aventurier un « Indiana Jones » avant l’heure. L’organisation belge avait demandé à des élèves de primaires âgés de 9 à 10 ans sil comptaient devenir fumeurs. C’est en effet l’âge où tout se décide, notamment à cause du désir d’imiter les adultes de référence. Puis Philippe était venu parler aux enfants de sa vie, de ses aventures, du fait qu’il ne fumait pas et que la cigarette l’aurait empêché de vivre cette vie. Quelques mois après son passage, plus d’un tiers des enfants qui avaient déclarés vouloir fumer plus tard avaient renoncé à cette idée.

Je rêve de voir nos sportifs modèles se prêter à de telles campagnes. Entre des contrats pour des lunettes, des assurances, du jambon ou des biscuits, peut-être certains d’entre eux trouveront-ils le temps et l’envie d’aider nos enfants à ne pas avoir envie de fumer.

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Secret médical : Hippocrate ou hypocrites

Le 20 août dernier, lors du JT de 20 heures de France 2, Rachida Dati, Garde des sceaux estimait qu’il faudrait « que l’administration pénitentiaire puisse avoir accès au dossier médical de la même manière que les médecins puissent avoir accès au dossier pénitentiaire ».

Cette déclaration survenait après les sévices subis par un enfant de 5 ans, 0 Roubaix, dont l’agresseur présumé est un pédophile juste sorti de plusieurs années de prison pour des faits similaires.

Le lendemain, une dépêche de l’AFP citait la réaction des personnels pénitentiaires du syndicat FO :

PARIS, 21 août 2007 (AFP) – Le syndicat Force ouvrière du personnel
pénitentiaire (SNP-FO) a appelé mardi le corps médical à « s’ouvrir à plus de
clarté sans se réfugier continuellement derrière le sempiternel secret médical »
afin d’organiser un meilleur suivi des délinquants sexuels en prison.
« Il est urgent que le corps médical puisse travailler beaucoup plus en
confiance avec l’Administration pénitentiaire et ses personnels, qui au
quotidien suivent le parcours des personnes incarcérées », écrit le syndicat dans
un communiqué.

Le 22 août, le Conseil national de l’Ordre des médecins, garant de la déontologie de la profession médicale répondait ainsi :
 »
 »Soins aux détenus
Le Conseil national des médecins réaffirme
le caractère intangible du secret médical. »

Le Conseil National de l’Ordre des Médecins tient à s’associer à l’émotion suscitée par le drame du jeune E…, douloureusement ressenti par tous et notamment par la communauté médicale.

Le Conseil National de l’Ordre des médecins rappelle cependant que tout médecin, quelles que soient ses modalités d’exercice, est tenu de veiller à ce que des soins soient dispensés dans le strict respect de la déontologie (… ..)
Le Conseil National de l’Ordre des Médecins rappelle le caractère intangible du secret professionnel, dans toutes circonstances. A cet égard, il souhaite rappeler que, dans le cas d’espèce, le médecin doit disposer d’un dossier médical comprenant les antécédents médicaux qui pourraient figurer au dossier administratif et ce, sans réciprocité de la part du médecin vis-à-vis de l’Administration. »

texte intégral sur www.conseil-national.medecin.fr

Alors sempiternel ou intangible ? Profitons de cet espace pour rappeler certaines choses.
Le secret médical est une notion très ancienne remontant presque aux calendes grecques, si j’ose dire, puisqu’encore aujourd’hui, tout nouveau Docteur en médecine prête le serment d’Hippocrate qui dit entre autre : « Admis au sein des maisons, mes yeux ne verront pas ce qui s’y passe et ma langue taira les secrets qui me seront confiés ».

Plus prosaïquement, le secret médical est défini dans le code de déontologie qui régit l’exercice médical et qui est publié par décret. C’est l’un des tous premiers articles puisqu’il porte le numéro 4. C’est dire s’il est important dans ce que doit savoir le médecin des règles qui vont conduire son exercice.

Je me souviens très bien du jour où j’ai lu ce serment. C’était le 30 juin 1982 et en même temps que j’entrais dans le monde de la médecine officiellement, je découvrais là une des formes les plus concrètes des libertés individuelles et des droits de l’être humain.
Cela peut vous paraître pompeux, mais dans un certain nombre de régimes totalitaires de cette époque, des médecins risquaient la mort pour défendre ce principe pendant que d’autres collaboraient avec des régimes qui torturaient et tuaient les opposants.

Fermons cette grandiloquente parenthèse et revenons à l’aspect légal du secret.
Outre le code de déontologie, le secret professionnel est mentionné par le code de santé publique à l’article L 110-4 et, bien sûr, par le code pénal dans deux articles, le 226-13 et le 226-14.

C’est cet article qui mérite un court arrêt. Car il montre que le secret s’il est intangible n’est pas un dogme et qu’on peut, en certaines occasions, le rompre.
Ainsi, un médecin qui estime qu’un mineur est victime de sévices, notamment sexuels, doit en avertir les autorités compétentes.
Plus généralement, la constatation de sévices permet au médecin de faire un signalement.
De la même façon, si un médecin sait qu’une personne détentrice d’une arme ou qui veut en acquérir une, présente un état mental qui met en danger sa vie ou celle d’autrui, là encore, le secret médical doit être levé.

Un autre cas avait fait débat voici quelques années au plus fort de l’épidémie de sida. L’Académie de médecine avait examiné la situation des couples dits « sérodiscordants ». Ce terme s’applique aux deux membres d’un couple dont l’un est séropositif pour le virus VIH et l’autre non.
L’Académie s’inquiétait du fait que dans un tel couple, en cas de désir d’enfant, si la future mère ne savait rien de la contamination de son partenaire, elle et l’enfant qu’elle porterait pouvaient être contaminés. L’institution estimait que le médecin, connaissant la situation des deux membres du couple devait employer tous les moyens pour convaincre l’homme de dire la vérité à sa conjointe. En cas de refus, l’Académie souhaitait que le médecin puisse être délivré du secret et informer la femme.

Cette proposition souleva un tollé de la part des associations de lutte contre le sida et de certains médias, vouant l’Académie et ses membres aux gémonies. La savante Compagnie rétorqua que ne rien dire s’apparentait à une « non-assistance à personne en danger » mais face au battage médiatique, le Ministre de la santé de l’époque ne suivit pas l’avis de l’Académie.

Pour en terminer avec ces aspects légaux, la mort du patient ne délivre pas le médecin du secret. Ainsi quand Thierry Le Luron mourut en 1986, son médecin, le célèbre cancérologue Léon Schwartzenberg menaça de procès tous ceux qui diraient que l’imitateur était mort du sida car, disait-il « il est mort d’un cancer ».
Le cancérologue fut sanctionné par l’Ordre, parce qu’il n’avait pas à donner le diagnostic de son patient, fût-ce pour couper court à une rumeur.

Le secret médical est une valeur importante dans une société où assureurs, banquiers et certains employeurs ne reculent devant rien pour savoir si celle ou celui qui est face à eux va tenir le coup, s’il remboursera son prêt, si on ne pourrait pas le licencier pour embaucher quelqu’un de plus jeune.

Une personne étrangère au monde médical n’a aucune raison de connaître la nature d’un diagnostic. Un médecin du travail, par exemple, doit juste dire si le salarié est apte ou inapte à la tache qui est la sienne. Un médecin de l’Administration pénitentiaire peut dire qu’un détenu est dangereux et ne doit pas être mis en cellule avec d’autres personnes, mais il n’a pas à confier un diagnostic psychiatrique à un membre de l’administration.

Permettez-moi une confidence pour finir, que je vous demande de ne pas répéter à ma hiérarchie : rien ne me met plus mal à l’aise quand, dans mon travail de journaliste, je tente d’obtenir parfois des informations dont je sais qu’elles relèvent du secret médical.
C’est une attitude parfaitement schizophrène, mais en vous révélant cela, je ne trahis pas le secret médical, je me confesse plutôt. Bien que, le secret de la confession…

PS: on peut également consulter sur le site de l’Ordre un document de 2001 rédigé sous l’aotorité du Pr Bernard Hoerni et qui définit le cadre déontologique de l’exercice médical en milieu carcéral.

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PIQURE DE RAPPEL

L’affaire de dopage présumé du coureur français de 400 mêtres haies Naman Keita est un grand classique!
Je vous propose de vous reporter au billet du 16 juillet dernier « Dopage: pourquoi les vaches courent-elles moins vite que le TGV? « 

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