Archives quotidiennes : 16 octobre 2007

Chers Internes en grève, l’hôpital aussi est malade.

Les internes des hôpitaux sont en grève parce qu’ils estiment que, contrairement à leurs aînés, ils ne pourront pas « visser leur plaque » où bon leur semble.

Il est logique que ces futurs médecins s’inquiètent de leur avenir, mais il faudrait aussi qu’ils informent le public sur leur présent.
Et ce présent, c’est la grande difficulté et c’est un euphémisme, dans laquelle se débattent hôpitaux publics et établissements à but non lucratif

C’est un grand CHU de l’ouest de la France. On y inaugure un bâtiment flambant neuf, dans lequel un robot aidera les médecins à opérer. Dans les chambres des malades il y aura des téléviseurs à écran plat.

A deux pas de là, un service qui accueille vingt-sept malades atteints de pathologies lourdes. La nuit, pour dispenser les soins à ces malades, il y a en tout et pour tout une infirmière et une aide-soignante.

Soixante-dix pour cent des patients de ce service ont besoin de l’aide d’orthophonistes. Elles sont deux à se battre contre le temps et l’impossible.
Et des exemples comme celui-là il y en a des centaines.

Des effectifs insuffisants, des services surchargés, des professionnels épuisés.
I y a quelques mois, une aide-soignante travaillant dans un centre de réadaptation me disait sa frustration de n’être plus qu’une technicienne vivant au chronomètre.

Nous avons des malades qui ont besoin de parler. Souvent ils sont loin de chez eux, la famille ne vient pas tous les jours et nous, on nous impose de faire des toilettes en quelques minutes, standardisées,comme si nous étions en train de laver des voitures

Qu’on ne se méprenne pas sur mes propos. Remettre à plat le système de soins et s’assurer d’un bon rapport coût-efficacité n’est pas scandaleux.
L’hôpital absorbe, ne l’oublions pas, plus de cinquante pour cent des dépenses de santé, donc , en partie, de nos cotisations.

Mais aujourd’hui, cette obsession de « rester dans les clous » pousse certains gestionnaires à oublier que ce qui est allongé dans le lit est un client, certes, mais avant tout un être humain en position de souffrance et de faiblesse.

Certains gestionnaires sortis d’écoles de commerce ou de formation au management gèrent leurs établissements avec la même attitude que s’ils géraient une grande surface ou une série de salons de coiffure franchisés.
Rivés sur leurs tableurs Excel, ils emplissent des cases, fixent des temps, comblent ou pas les trous et font en sorte que tout tienne dans le budget qu’ils se sont fixés.

Face à cela, il y a une énorme souffrance des personnels infirmiers et aide-soignants. Certaines de ces femmes , avec des années d’ancienneté et un dévouement souvent exemplaires, se font parfois traiter avec la même considération que certains gérants de grandes surfaces manifestent envers leurs caissières, pardon les « hôtesses de caisse » !

Alors des téléviseurs à écran plat c’est chic, mais ça ne prend pas la température et ça ne passe pas le bassin.

Oserai-je donner un amical conseil à mes jeunes collègues, futurs généralistes et spécialistes.
Dans votre combat que vous dites mener pour le public, n’oubliez pas de lui parler de ce qu’est l’hôpital aujourd’hui. Dites lui qu’il aura sans dote du mal à trouver un médecin en ville, mais qu’il a déjà un risque de ne pas trouver des soins et un accueil adéquats dans l’hôpital pour lequel il paie très cher, rien qu’avec ses cotisations.

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