Archives mensuelles : novembre 2007

Homosexualité et don de sang : la ministre , la santé et la santé publique.

Prendre une décision en santé publique est souvent un acte politique. Mais prendre une décision politique n’est pas obligatoirement un geste en faveur de la santé publique.

La volonté, annoncée, de Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, d’autoriser le don de sang pour les homosexuels risque d’avoir un certain nombre de conséquences dont on espère que la ministre a tenu compte.

Depuis le début des années 80 un certain nombre de personnes dits « à risque » sont exclues du don de sang à l’occasion de l’entretien médical préalable au don lui-même.
Les donneurs potentiels ayant des partenaires multiples par exemple ne peuvent donner leur sang. Les homosexuels masculins non plus.
Tout cela, bien sûr, en raison du risque de transmission du virus VIH, à l’origine du Sida.

Bien sûr, il y a des tests de dépistage qui font qu’on élimine tout don contaminé, mais aussi parfait que soit le dépistage aujourd’hui, il y a toujours un risque résiduel .

Ce risque est statistiquement estimé à un sur 2,6 millions. C’est-à-dire que, théoriquement, sur 2,6 millions de poches transfusées, une d’entre elles peut encore contenir du virus VIH.

Théoriquement, dis-je, car depuis plusieurs années, il n’y a pas eu un seul cas de contamination post-transfusionnelle par ce virus alors qu’on dépasse les 3 millions de poches transfusées.

Autre problème, la « fenêtre », c’est-à-dire la période qui s’étend entre le moment de la contamination d’une personne et le moment où elle aura un test de dépistage positif. Il peut s’écouler plus de dix jours, voire des semaines, avant que n’apparaisse la trace du virus. Si la personne donne son sang dans cette période, le test de dépistage fait au moment du don sera négatif alors que le virus est déjà là.

C’est pour cette raison que l’interrogatoire préalable des donneurs est si important et si minutieux et qu’il exclut de plus en plus de monde, pas seulement, d’ailleurs pour le sida. Des séjours en Grande-Bretagne dans les années 80 vaut aussi un refus, en raison cette fois de la crainte de la transmission du prion, l’agent de l’équivalent humain de la maladie de la vache folle.

Cette mesure d’exclusion des homosexuels a été plutôt bien acceptée par les principaux intéressés qui, comme le disent nombre d’entre eux, ont beaucoup d’autres combats à mener qui leur semblent plus importants que la question du don de sang.

Seules deux associations, SOS Homophobie et ELCS, Elus locaux contre le sida, ont décidé de se battre contre cette exclusion depuis quelques années. Le président d’ELCS, Jean-Luc Romero avait demandé à Xavier Bertrand, lorsque ce dernier avait en charge la santé, de lever cette interdiction.
Xavier Bertrand avait demandé qu’on modifie les termes du questionnaire médical, qu’on fasse référence à des comportements à risque au lieu de « groupes à risque », mais n’avait pas levé l’interdiction.

Il faut dire que les épidémiologistes en charge de la surveillance de l’infection par le VIH et les spécialistes de l’Etablissement français du sang, l’EFS, avaient fait savoir combien cette mesure leur semblait inopportune et risquée.

Il faut dire que les chiffres sont là qui expliquent les craintes de ces professionnels, qui réagissent en acteurs de santé publique et non pas en tant que parangons de vertu homophobes, comme certains aiment à les caricaturer.

Que disent ces chiffres ? Que la prévalence de l’infection, c’est-à-dire le pourcentage de gens infectés au moment où vous lisez ces lignes est entre 70 et 100 fois plus élevée dans la population homosexuelle que dans la population « générale ».

Selon une modélisation statistique, ouvrir le don de sang aux homosexuels aurait pour conséquence de doubler le risque résiduel de contamination post-transfusionnelle.

J’ai écrit, certes, que ce risque est actuellement estimé 1 sur 2,6 millions. Il passerait à 1 sur 1,3 millions. Ce n’est pas énorme en valeur brute, mais c’est colossal en termes de santé publique. Un risque qui double est considéré comme une vraie menace en épidémiologie.

Et quel sera l’impact sur le public, sur ceux qui donnent et sur ceux qui peuvent recevoir du sang ?
Aujourd’hui, il ne se passe pas de semaine sans qu’un appel soit lancé car les pénuries de sang sont devenues monnaie courante, faute de donneurs.
Les drames sanitaires et humains liés à la transfusion dans les années 80 et les procès des années 92 et 93 ont terriblement secoué le domaine de la transfusion et érodé la confiance du public.

Depuis des progrès énormes ont été faits en matière de sécurité, notamment avec des tests ultra-performants et aussi grâce aux mesures d’exclusion, sans doute parfois excessives, mais qui répondent aux mesures de précaution indispensable pour éviter de nouveaux drames.

La décision que s’apprête à prendre Roselyne Bachelot-Narquin fera plaisir à Jean-Luc Romero et à un certain nombre de personnes. Elle va déplaire à beaucoup d’autres et, probablement, inquièter et effrayer même encore plus de monde.

Le moment semble d’ailleurs curieusement choisi quand le dernier rapport de l’Instiut national de veille sanitaire www.invs.sante.fr indique que l’infection par le virus VIH ne connait pas de baisse, bien au contraire, parmi la population homosexuelle.

A moins que la ministre ait en sa possession des arguments scientifiques contredisant toutes les études et mesures connues, notamment celles édictées par l’Organisation mondiale de la santé.

Il faut espérer qu’elle les fera alors connaître pour qu’on puisse comprendre pourquoi il était si important de prendre une décision dont la nécessité n’apparaît pas forcément évidente.

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Ozone et chaleur: mauvais pour le coeur

L’ozone à forte concentration associé à des températures élevées majore le risque de décès par infarctus et autres maladies cardiovasculaires.

Une étude rendue publique dans une revue britannique Occupational end Environmental Medicine montre la nécessité de mieux informer les personnes fragiles dans certaines situations de pollution atmosphérique.

Cette étude, menée entre 1987 et 2000, sur plus de 5100 journées entre juin et septembre, a étudié le risque de mortalité cardiovasculaire en fonction de la concentration d’ozone et des températures relevées dans 95 villes américaines.

Petit rappel, l’ozone, dont la formule chimique est O3, est produit sous les effets des rayons ultra-violets émis par le soleil dans la troposphère. Les sources principales d’ozone sont les oxydes d’azote et les composés organiques volatiles. Ces composés proviennent du pétrole, des solvants et des procédés de fabrications industrielles.

Ce dont se sont aperçus les auteurs de l’étude c’est que le risque majeur, c’est-à-dire jusqu’à plus de 8 % d’augmentation du nombre de décès dans une journée, était atteint lorsqu’il y avait la combinaison d’une forte concentration d’ozone et des températures élevées.

On savait par expérience, et la canicule de 2003 en France ou la vague de chaleur de 1976 à Chicago l’avaient montré, que de fortes températures avaient un effet terriblement délétère sur les plus fragiles.

Cette notion qu’une concentration d’ozone à 100 microgrammes par mètre cube majorait le risque est assez nouvelle.

On mesure régulièrement les taux d’ozone. Rien ne devrait donc empêcher, lors des moments de fortes chaleurs, de pouvoir diffuser des messages d’alerte enjoignant aux personnes cardiaques de ne pas quitter, si possible, leur domicile. Actuellement, le seuil d’alerte est fixé chez nous à 180 microgrammes par mètre cube, bien au-delà des valeurs trouvées dans l’étude nord-américaine.

Quelques équipes, notamment celle de l’Université de Bourgogne sous la conduite de Jean-Pierre Besancenot, mènent des travaux sur la corrélation entre pollution atmosphérique et mortalité cardiovasculaire. Ces travaux ne sont pas assez nombreux et pas assez médiatisés.

Il s’agit non pas de phénomène de mode « écolo » mais de l’accumulation de données scientifiques qui montrent que la pollution tue les jours de pics et dans les jours qui suivent.

Il faut juste espérer que le message finira par passer.

L’étude est accessible à l’adresse suivante :

Ozone modifies associations between temperature and cardiovascular mortality: analysis of the NMMAPS data (Occup Environ Med 2007;0:1–7.)

C Ren,1 G M Williams,2 L Morawska,3 K Mengersen,4 S Tong1

http://press.psprings.co.uk/oem/november/om33878.pdf

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Diesel et maladies cardiovasculaires : la suite

Le 6 novembre dernier, je rendais compte d’une communication présentée au congrès américain de cardiologie et qui mettait en exergue les effets néfastes des émissions des moteurs diesel sur notre systême cardiovasculaire (« Le dieseel n’est pas l’ami de nos artères »).

Pour compléter ce billet, je signale aux personnes intéressées un article de la revue médicale « New England Journal of Medicine » en date du 13 septembre 2007.
Cette revue est en anglais et les articles en entier ne sont accessibles qu’aux abonnés.
Je vous indique ci-après les références et le site de cet article.
Je poste aussi la traduction des données essentielles de ce travail.

L’article est intitulé :

Ischemic and Thrombotic Effects of Dilute Diesel-Exhaust Inhalation in Men with Coronary Heart Disease

Les auteurs, nombreux, sont :
Nicholas L. Mills, M.D., Håkan Törnqvist, M.D., Manuel C. Gonzalez, M.D., Elen Vink, B.Sc.,
Simon D. Robinson, M.D., Stefan Söderberg, M.D., Ph.D., Nicholas A. Boon, M.D., Ken Donaldson, Ph.D.,
Thomas Sandström, M.D., Ph.D., Anders Blomberg, M.D., Ph.D., and David E. Newby, M.D., Ph.D.

La référence est!
N Engl J Med 2007;357:1075-82.

Le site de la revue :
www.nejm.org

Et voici le résumé traduit :

Background

L’exposition à la pollution atmosphérique liée à la circulation est associée avec des événements cardiovasculaires néfastes.

On ne connaît pas les mécanismes de cette association. Nous avons mené une étude consistant à soumette des patients avec une maladie coronarienne stable à des dilutions d’émissions de moteur diesel.

Le but était de déterminer l’effet direct de la pollution de l’air sur les fonctions myocardique, vasculaire et fibrinolytique.

Méthode

Dans une étude en double aveugle, cross-over et randomisée, 20 hommes ayant déjà fait un IDM ont été exposés en deux différentes sessions à des émissions diluées de moteur diesel ( 300 microgrammes par mètre cube) ou à de l’air filtré , pendant une heure au cours de périodes de repos et d’exercice modéré dans une structure permettant de contrôler l’exposition.

Durant l’exposition, l’ischémie myocardique était quantifiée par l’analyse du segment ST en utilisant un ECG 12 pistes en continu.

Six heures après l’exposition, les fonctions vasomotrices et fibrinolytiques ont été établies au moyen de perfusions intra-artérielles d’agonistes.

Résultats

Au cours des deux sessions d’exposition, le rythme cardiaque a augmenté avec l’exercice (p<0,001). L’augmentation a été identique durant l’exposition au diesel et à l’air filtré. (p=0,67)

La dépression du segment ST induite par l’exercice était présente chez tous les patients, mais il y avait une plus grande augmentation de la dette ischémique au cours de l’exposition aux émissions diesel (-22±4 contre -8±6 millivolt secondes, p<0,001). L’exposition aux émissions diesel n’a pas aggravé une dysfonction vasomotrice préexistante mais elle a réduit la libération aigue d’activateur tissulaire plasminogène (tPa) (p=0.009, diminution de 35 % de la surface sous la courbe).

Conclusions

Une brève exposition aux émissions diesel favorise une ischémie myocardique t inhibe la capacité fibrinolytique endogène chez des homes ayant une coronaropathie stable. Nos résultats tendent à mettre en cause des mécanismes ischémiques et thrombotiques qui peuvent expliquer en partie les observations d’effets cardiovasculaires néfastes chez des personnes exposées à une pollution atmosphérique dérivée de la combustion de moteurs automobiles. (ClinicalTrials.gov number, NCT00437138)

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Diabète de type 2 : l’agro-alimentaire a de gros progrès à faire

Il y a trois cent millions de personnes obèses à travers le monde et parmi elles, 171 millions souffrent de diabète de type 2.

Des chiffres qui ne peuvent laisser indifférents les grands groupes alimentaires. Mais sera-ce pour le bien des diabétiques? Là est la question.
Il y a quelques années encore , quand on parlait de diabète on imaginait des personnes jeunes, minces, se piquant plusieurs fois par jour avec de l’insuline pour pallier l’absence de production de cette hormone par leur organisme.

Ce diabète, dit de type 1, n’a pas disparu de la planète , mais depuis quelques années, on a « découvert » qu’une autre forme de diabète avait pris une ampleur considérable, le diabète de type 2, qu’on appelle encore quelquefois le diabète gras.

Cette affection a tendance à se révéler à la quarantaine chez des adultes en surpoids, souvent hypertendus, peu enclins à avoir une activité physique régulière. Sournoise, l’affection reste totalement silencieuse si on ne prête pas gare à certains signes comme le fait de boire de grandes quantités d’eau et d’uriner abondamment, souvent en fin de deuxième partie de nuit.

Ce diabète de type 2 ne résulte pas d’une absence de sécrétion d’insuline par l’organisme, mais d’une résistance des cellules cibles à l’action de cette hormone.
Il faut donc prendre en charge ces patients, gérer tous les facteurs de risque, notamment l’excès de cholestérol et de triglycérides, l’hypertension, l’excès de poids.

Les diététiciennes des services spécialisées ne sont pas avares de conseils pour aider les patients à se prendre en charge, une fois sortis de l’hôpital. Elles rédigent des régimes avec des quantités de sucres pour la journée.
Et c’est là que commence la galère !

Faire ses courses dans un magasin d’alimentation normal et faire la chasse aux sucres sur les étiquettes nécessite d’être un disciple ou un descendant de Champollion.
Très souvent, l’affichage minimal de la teneur en glucides, lipides et protides est écrit le plus petit possible. Et il faut avoir une bonne mémoire. Prenez la plupart des marques de yaourts vendus par quatre. La composition se trouve sur l’emballage carton. Un emballage qui, au nom des règles d’hygiène, n’entrera pas dans le réfrigérateur. Allez ensuite chercher sur chaque pot sa composition, c’est trop tard !

Il y a cependant certaines marques de distributeurs, c’est à dire les produits vendus par la grande distribution, qui font l’effort d’étiqueter chaque pot.
Eviter le sucre, c’est beaucoup plus dur que d’éviter les matières grasses, car le 0 % fleurit sur les emballages, alors que la mention « sans sucres ajoutés » est difficile à trouver.
Il y a certaines marques qui commencent à s’y mettre, mais elles sont encore rarement vendues dans les magasins où on fait habituellement ses courses. Il faut donc chercher le magasin de produits diététiques quand il existe. Cela fait un peu de marche, mais la vie devient compliquée !

Avec des gens de plus en plus gros et la véritable « épidémie » de diabète de type 2, on aurait pu croire que les géants de l’agro-alimentaire allaient se jeter avec un féroce appétit sur ce marché, après avoir épuisé les filons du « light ».

Il faut dire que le marché de l’aliment « santé » est assez juteux pour ces groupes, puisqu’il génère une marge bénéficiaire de 15 % environ, contre 8 % pour un produit classique, comme le rappelle fort justement un article de la revue BusinessWeek , dans un article publié le 22 juin 2006 (Nestlé: Fattening up on skinnier foods, ). www.businesweek.com

Mais promouvoir des produits ciblant les obèses ou les diabétiques n’est pas très « tendance » sous nos cieux. Mieux vaut vendre du bien-être ou du ferment lactique qui fait oublier les troubles du transit.

Pourtant Nestlé a sauté le pas, mais sur les marchés asiatiques en vendant une barre de céréales enrichie en bêta-glucane. Cette substance est un glucide complexe, au contraire du glucose qui est un glucide simple rapidement absorbé.

On le trouve principalement dans le son d’avoine et de seigle.

Son rôle est d’augmenter la viscosité du bol alimentaire dans l’estomac et de procurer une sensation de satiété. Il ralentit l’absorption intestinale des sucres et des graisses. Il joue d’ailleurs un rôle important pour faire baisser le LDL-cholestérol, celui qui se dépose sur les artères.

Le géant suisse devrait bientôt utiliser cette substance dans des produits destinés aux marchés occidentaux. Mais s’il vise spécifiquement les personnes souffrant de diabète de type 2 en incorporant ce bêta-glucane dans des aliments, il devra obtenir le feu vert de la FDA, l’agence américaine qui régule la sécurité des aliments et des médicaments. Une même homologation sera sûrement indispensable en Europe.
Cela implique des études coûteuses dont la plupart des firmes souhaiteraient se passer.

Nestlé travaille aussi sur des fibres « acétogènes ». ces fibres qui réduisent le taux d’acides gras circulant dans le sang. Les triglycérides, en particulier, jouent un rôle néfaste chez les diabétiques de type 2.

Un autre géant, Unilever travaille sur des mécanismes capables de ralentir l’absorption des graisses par l’intestin
Danone n’est officiellement pas dans cette quête, même si le géant français a sorti une ligne de produits, yaourts, mousses de fruits, à 0 % de matières grasses et sans sucres ajoutés.

La question est de savoir si toutes ces recherches aboutiront à des produits vraiment efficaces. Les spécialistes de nutrition en doutent et font remarquer que les résultats obtenus dans le contexte expérimental sont rarement reproductibles dans la vraie vie.
Certains y voient même de la part de l’agro-alimentaire une façon de se donner bonne conscience tout en engraissant ses revenus.

Mais, en attendant, il serait peut-être temps que les pouvoirs publics imposent aux industriels des étiquetages beaucoup plus informatifs et faciles à lire, avec notamment l’index glycémique des produits, c’est à dire la vitesse avec laquelle les sucres contenus dans le produit vont passer dans le sang et déclencher une sécrétion d’insuline.

Pour aider ses clients à mincir, l’industrie pourrait au moins faire ce gros effort.

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Le premier centenaire du professeur Emile Aron

Emile Aron s’est éteintl samedi 22 janvier 2011 dans sa cent quatrième année. Le billet ci-dessous avait été écrit pour célébrer ses cent ans.

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Un vaccin pour déboucher les artères ? Cardiologie AHA 2007

C’est la hantise des cardiaques et des artéritiques: la plaque d’athérome.
Sous ce nom barbare se cache un mélange de graisses, de calcium de fibres et de cellules qui encrasse les artères et menace de se rompre. Avec comme conséquence l’infarctus ou l’accident vasculaire cérébral.

Depuis quelques années on dispose, avec les statines, de médicaments capables de limiter les effets de l’athérosclérose et même capables, parfois, de faire régresser la plaque. Mais ce n’est pas encore assez.
De nombreuses équipes à travers le monde se penchent sur les mécanismes de fabrication de ces dépôts calcaires redoutables. On sait aujourd’hui qu’il s’agit, biologiquement, d’un effet proche de ce qui se passe dans des inflammations chroniques, comme dans certaines maladies rhumatismales.
Cette inflammation chronique entraine des réactions de notre système immunitaire et des cellules de défense, comme les lymphocytes T sont présents dans la plaque et entrainent la libération de substances qui finissent par s’avérer toxiques à terme.

Des recherches menées chez l’animal montrent qu’on peut freiner ces mécanismes inflammatoires chroniques en demandant à d’autres cellules de venir « faire la police ». Ces cellules sont appelées lymphocytes T régulateurs. Elles sont peu nombreuses et il faut donc encourager leur développement.
Une équipe française, sous la conduite d’Alain Tedgui et de Ziad Mallat, de L’INSERM, a mis au point une sorte de « vaccin » anti-plaques. En prenant une petite fraction de « mauvais cholestérol » impliqué dans l’athérosclérose, ils ont fabriqué un produit injecté par voie sous-cutanée pendant quelques heures à des animaux. Cette substance, appelée Apo B100 a stimulé le développement des T régulateurs et provoqué une diminution de la taille des plaques qui obstruaient les artères des animaux.

Une autre recherche concerne la leptine. Cette hormone est impliquée dans la régulation de l’appétit et joue un rôle dans l’obésité. Plus il y a de leptine, moins les cellules régulatrices sont là.
La même équipe travaille donc à la poursuite d’un moyen de bloquer temporairement l’action de la leptine afin de permettre aux cellules régulatrices de se développer.
On peut même imaginer combiner le « vaccin Apo B100 » et le blocage de la leptine pour obtenir un effet encore plus puissant sur un nettoyage important des plaques athéromateuses qui bouchent les vaisseaux.

Hasard de la science, ou plutôt mystère, on s’est aperçu que dans la sclérose en plaques, on assistait à un mécanisme similaire : un taux de leptine élevé et des cellules régulatrices qui manquent à l’appel.

Trouver le moyen de freiner la leptine permettrait peut-être de faire d’une pierre deux coups en s’attaquant à une maladie cardiovasculaire et à une affection neurologique.

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Cellules-souches et insuffisance cardiaque : on avance . Cardiologie AHA 2007

Des cellules souches qui réparent le cœur, des recherches pour débarrasser nos artères des plaques qui les obstruent, voici deux informations pour clore le compte-rendu du congrès de cardiologie américain qui s’est achevé mercredi 7 novembre à Orlando.

Ce sont un peu les « Arlésiennes » de la médecine. Les cellules-souches, ces cellules d’origine embryonnaire ou adulte sur lesquels tout le monde mise pour réparer organes et tissus défaillants.
En cardiologie, cela fait plusieurs années qu’on nous annonce qu’on va enfin pouvoir réparer les dégâts causés par un infarctus grâce à ces cellules magiques.

Malheureusement pour l’instant et tels sœur Anne, les spécialistes ne voyaient pratiquement rien venir.
Mais une étude présentée à Orlando ouvre sans doute de très intéressantes perspectives. L’équipe de Nabil Dib, cardiologue de San Diego, a utilisé des cellules qui se trouvent dans le principal muscle de notre cuisse, le quadriceps. Ces cellules, les myoblastes, servent à régénérer les muscles lésés.

C’est une équipe française sous la conduite du Pr Philippe Menasché qui, la première, avait décidé d’utiliser ces cellules du muscle pour réparer un autre muscle, le cœur.
Mais ce muscle est très spécialisé car il doit à la fois servir de pompe et distribuer un influx électrique.
Le Dr Dib a utilisé ces myoblastes après qu’un laboratoire les a fait pousser dans un milieu très spécial, comportant notamment des hormones humaines.

Puis ces cellules ont été injectées à des patients qui avaient eu dans le passé une attaque cardiaque et dont le cœur était devenu avec le temps totalement défaillant. Une insuffisance cardiaque marquée par une grande fatigue et un essoufflement très invalidant.
Dib n’a pas opéré ces patients, il a utilisé un cathéter, c’est-à-dire une sonde montée par une artère de la cuisse et il a déposé les cellules- souches dans les tissus du cœur abimés.
Un an après, ces cellules de muscle sont quasiment devenues des cellules cardiaques, les malades ont une qualité de vie améliorée et, surtout, le cœur a diminué de taille.

Cela montre qu’il se passe quelque chose de bénéfique pour les patients, mais il faudra encore attendre quelques années et un deuxième essai pour savoir si on tient là une méthode efficace et « simple » de soigner des insuffisants cardiaques.

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Le Diesel n’est pas l’ami de nos artères. Cardiologie AHA 2007

La pollution n’est pas bonne pour le cœur et les vaisseaux.

On le savait déjà grâce à un certain nombre d’études menées notamment par les équipes du CHU de Dijon

Cardiologues et neurologues de la capitale bourguignonne ont montré qu’il existait une corrélation entre le niveau de pollution urbaine et la survenue d’infarctus et d’accidents vasculaires cérébraux.

Mais ces études, dites observationnelles, peuvent toujours faire l’objet de critiques, tant les facteurs sont nombreux dans la survenue d’accidents cardiovasculaires.

Une étude présentée à Orlando au congrès de cardiologie et une publication d’une équipe française, toutes les deux sur des volontaires sains, mettent en évidence de façon irréfutable les risques que la pollution, particulièrement celle liée aux émissions des moteurs Diesel, font courir à notre cœur et à nos vaisseaux.

Andrew Lucking et ses collègues à Edimbourg ont construit une artère endommagée par une plaque de cholestérol prête à se fracturer, comme on en trouve chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires. Ils ont fait passer du sang de volontaires sains dans cette artère. Ce sang a été exposé à des émissions venant de moteurs Diesel. Et au bout de deux heures, les chercheurs ont vu se former dans ce vaisseau des caillots composés de cellules sanguines, les plaquettes accolées à des globules blancs. Tout ce qu’il faut pour faire un infarctus ou un accident vasculaire cérébral.
Le Dr Lucking ne sait pas si ce sont les gaz du Diesel ou les particules émises par ces moteurs qui sont en cause. Mais ce qui est sûr c’est que cette pollution représente un risque réel pour les personnes fragiles et dont les artères sont en mauvais état.

Une équipe française, sous la conduite du Professeur Pierre Boutouyrie de l’INSERM a réalisé un travail allant dans le même sens.
Ils ont pu mesurer le flux sanguin et la capacité de dilatation des vaisseaux chez des volontaires sains exposés là encore à la pollution urbaine.

Leurs travaux sont publiés dans la prestigieuse revue « Hypertension. ( Hypertension. 2007;50:970-976.) et on constate que les gaz retrouvés dans l’air urbain pollué jouent sur la circulation du sang en altérant la fonction de la paroi des gros vaisseaux. Les particules émises par les gaz d’échappement vont agir sur les petits vaisseaux en les faisant se dilater exagérément, interférant ainsi avec une bonne distribution du sang dans les divers tissus de l’organisme.

En France aujourd’hui une voiture sur deux est équipée d’un moteur Diesel. Il va devenir difficile devant l’accumulation de tant d’évidences de ne rien faire ou dire. Il faudra trouver les moyens d’informer les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires même si les seuils destinés à la population générale ne sont pas atteints. Les
nformer à défaut de pouvoir les protéger

PS : l’article de Pierre Boutouyrie et al. est accessible à l’adresse

http://hyper.ahajournals.org/cgi/content/full/50/5/970

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Coeur défaillant cherche infirmière spécialisée. Cardiologie AHA 2007

L’imagerie populaire veut que les infirmières fassent chavirer les cœurs. Mais si l’on en croit une étude néerlandaise présentée lors du congrès américain de cardiologie, les infirmières sont les meilleures amies des cœurs défaillants.

L’insuffisance cardiaque est une pathologie en pleine expansion en France. Le muscle cardiaque affaibli par un infarctus ou par une hypertension perd de ses qualités. Il a de plus en plus de mal à pomper le sang et à le distribuer dans l’organisme. S’en suivent des œdèmes, des malaises et des hospitalisations à répétition.

Il y a bien sûr des traitements médicamenteux, mais il y a aussi des règles d’hygiène de vie à suivre pour les patients.

Comment s’assurer qu’ils les ont bien comprises et qu’ils les appliquent ? En demandant à des infirmières spécialement formées pour ce type de pathologie de suivre ces patients à l’hôpital mais aussi à leur domicile.
Attention, je vois d’ici venir les esprits chagrins. Ces infirmières n’ont pas pour vocation de remplacer les médecins qui suivent et traitent ces patients. Leur rôle est différent, amis fondamental.

L’étude hollandaise a ainsi consisté à créer trois groupes de patients. Le premier était suivi de façon « classique » : ils voyaient leur médecin.

Le deuxième groupe a reçu des conseils concernant la surveillance du poids, la limitation en apport de sel et de liquides.
Ces patients ont pu consulter tous les trois mois une infirmière spécialisée à l’hôpital et l’appeler autant que nécessaire.

Le troisième groupe a été particulièrement chouchouté. Visite avec l’infirmière au moins une fois par mois aussi bien à l’hôpital qu’avec des déplacements de l’infirmière à domicile. Conseils également d’une diététicienne, d’un kinésithérapeute et d’une assistante sociale.

L’expérience a duré 18 mois et a montré que ceux qui suivaient le mieux les conseils et les règles d’hygiène de vie étaient bien sûr les membres des deux groupes aidés par une infirmière spécialisée.
Les patients du groupe « chouchouté » étaient même 90 % a bien prendre médicaments et respecter les règles de vie.

Cela se traduit bien sûr par moins de risque d’aggravation et donc moins d’hospitalisation. Une qualité de vie améliorée et une quantité de vie sûrement augmentée quand on aura tous les résultats de l’étude.

Plusieurs études à travers l’Europe ont montré les bienfaits résultant de l’implication d’infirmières spécialisées dans le suivi de patients atteints de pathologies chroniques. Ces professionnelles de santé jouent un rôle tout à fait différent des médecins bien que leurs connaissances leur permettent d’alerter ces derniers en cas de mauvaise adhérence au traitement.

Ce qui est très important c’est qu’elles vont « hors les murs ». Elles sortent de l’hôpital et voient comment vivent les patients et c’est souvent déterminant pour comprendre pourquoi un traitement va être suivi ou non. C’est une notion que connaissent bien les infirmières libérales qui suivent les patients à domicile.

Mais, comme je l’ai déjà écrit dans ce blog, les médecins français trainent des pieds pour accepter ce partage des taches qu’on appelle « transfert de compétences ». Un peu de corporatisme, un peu de fierté, un zeste de méconnaissance des capacités de l’autre, voila le cocktail français qui fait que nous sommes incapables de mettre sur pied de telles stratégies.

Dommage car les patients en profitent visiblement et en terme de coûts, laisser des patients chez eux, réduire le risque d’hospitalisation, c’est rentable pour tout le monde et donc pour chacun d’entre nous.

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Hypertension /HTA: l’hiver plus que l’été et peut-être un vaccin. Cardiologie AHA 2007

Comme promis, voici quelques nouvelles du congrès américain de cardiologie qui se déroule jusqu’au 7 novembre à Orlando, en Floride.

Parmi les centaines de travaux publiés pendant ce congrès, j’ai fait un choix arbitraire, comme tous les choix. Commençons donc par l’hypertension artérielle, l’HTA comme disent les médecins et les initiés ! La nouvelle la plus « neuve » mais aussi la plus aléatoire c’est la mise au point d’un vaccin pour traiter les hypertendus.

Vous ne rêvez pas. Une firme suisse de biotechnologie, Cytos, développe en ce moment un vaccin qui a déjà été testé sur 72 patients. Ce vaccin a pour but d’apprendre à l’organisme à bloquer l’effet d’un tout petit composé que nous fabriquons normalement, l’angiotensine 2.

Cette substance joue un rôle très important dans l’HTA et, d’ailleurs, de nombreux médicaments sont déjà utilisés pour bloquer son effet. Comme c’est une substance naturelle, l’organisme n’a aucune raison de l’empêcher d’agir. Pour pouvoir transformer cette angiotensine 2 en substance « étrangère » et donc susceptible d’être détruite, les chercheurs helvètes l’ont « collée » sur une protéine qui ressemble à un bout de virus, mais qui est inoffensive.

Le produit est administré en trois injections sous-cutanées, ses effets durent quatre mois environ aux doses actuellement testées. Les premiers résultats sont encourageants, le vaccin entraine en particulier une baisse de la tension entre 5 heures et 8 heures du matin, période critique où se produisent une grande partie des infarctus du myocarde et des accidents vasculaires cérébraux.

Dans huit ans on pourra donc imaginer se faire faire une piqûre trois fois par an plutôt que de prendre ses comprimés quotidiennement. A ce sujet, à peine un tiers des hypertendus prend régulièrement son traitement et c’est une grave erreur de la part des autres de ne pas en faire autant.

Au rythme des saisons

Deuxième étude intéressante, celle menée par les services de santé des Anciens combattants américains, la Veterans administration.

Les spécialistes de cette institution ont voulu savoir si la tension des personnes qu’ils suivent est la même quelle que soit la période de l’année. Et, oh surprise !, ils se sont aperçus que la tension aussi suivait les saisons.

En étudiant les dossiers de 443632 patients, ils ont constaté que l’hiver, la pression artérielle pouvait monter jusqu’à presque 8 % de plus qu’en été. On savait déjà depuis longtemps que le froid jouait un rôle sur la tension mais cette étude a concerné des régions froides comme l’Alaska et des endroits où l’hiver n’existe pas comme Porto-Rico. Et du sud au nord, ils ont retrouvé la même différence. Les hypothèses sont incertaines. On évoque le rôle de l’ensoleillement, de la durée de la journée, de la longueur d’onde de la lumière, d’, peut-être le rôle de la mélatonine. Cette substance fabriquée par une partie du cerveau appelée épiphyse, intervient dans de nombreux phénomènes biologiques.

De façon pratique, cela veut dire que les médecins qui suivent des hypertendus doivent être au courant de ces variations et que le contrôle de la tension doit se faire à plusieurs reprises dans l’année et non pas une seule fois. Pour celles et ceux d’entre vous qui avez un appareil d’autocontrôle, notez vos mesures au cours de l’année et dites-moi si vous avez constaté la même chose.

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