Archives quotidiennes : 29 novembre 2007

Homosexualité et don de sang : la ministre , la santé et la santé publique.

Prendre une décision en santé publique est souvent un acte politique. Mais prendre une décision politique n’est pas obligatoirement un geste en faveur de la santé publique.

La volonté, annoncée, de Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, d’autoriser le don de sang pour les homosexuels risque d’avoir un certain nombre de conséquences dont on espère que la ministre a tenu compte.

Depuis le début des années 80 un certain nombre de personnes dits « à risque » sont exclues du don de sang à l’occasion de l’entretien médical préalable au don lui-même.
Les donneurs potentiels ayant des partenaires multiples par exemple ne peuvent donner leur sang. Les homosexuels masculins non plus.
Tout cela, bien sûr, en raison du risque de transmission du virus VIH, à l’origine du Sida.

Bien sûr, il y a des tests de dépistage qui font qu’on élimine tout don contaminé, mais aussi parfait que soit le dépistage aujourd’hui, il y a toujours un risque résiduel .

Ce risque est statistiquement estimé à un sur 2,6 millions. C’est-à-dire que, théoriquement, sur 2,6 millions de poches transfusées, une d’entre elles peut encore contenir du virus VIH.

Théoriquement, dis-je, car depuis plusieurs années, il n’y a pas eu un seul cas de contamination post-transfusionnelle par ce virus alors qu’on dépasse les 3 millions de poches transfusées.

Autre problème, la « fenêtre », c’est-à-dire la période qui s’étend entre le moment de la contamination d’une personne et le moment où elle aura un test de dépistage positif. Il peut s’écouler plus de dix jours, voire des semaines, avant que n’apparaisse la trace du virus. Si la personne donne son sang dans cette période, le test de dépistage fait au moment du don sera négatif alors que le virus est déjà là.

C’est pour cette raison que l’interrogatoire préalable des donneurs est si important et si minutieux et qu’il exclut de plus en plus de monde, pas seulement, d’ailleurs pour le sida. Des séjours en Grande-Bretagne dans les années 80 vaut aussi un refus, en raison cette fois de la crainte de la transmission du prion, l’agent de l’équivalent humain de la maladie de la vache folle.

Cette mesure d’exclusion des homosexuels a été plutôt bien acceptée par les principaux intéressés qui, comme le disent nombre d’entre eux, ont beaucoup d’autres combats à mener qui leur semblent plus importants que la question du don de sang.

Seules deux associations, SOS Homophobie et ELCS, Elus locaux contre le sida, ont décidé de se battre contre cette exclusion depuis quelques années. Le président d’ELCS, Jean-Luc Romero avait demandé à Xavier Bertrand, lorsque ce dernier avait en charge la santé, de lever cette interdiction.
Xavier Bertrand avait demandé qu’on modifie les termes du questionnaire médical, qu’on fasse référence à des comportements à risque au lieu de « groupes à risque », mais n’avait pas levé l’interdiction.

Il faut dire que les épidémiologistes en charge de la surveillance de l’infection par le VIH et les spécialistes de l’Etablissement français du sang, l’EFS, avaient fait savoir combien cette mesure leur semblait inopportune et risquée.

Il faut dire que les chiffres sont là qui expliquent les craintes de ces professionnels, qui réagissent en acteurs de santé publique et non pas en tant que parangons de vertu homophobes, comme certains aiment à les caricaturer.

Que disent ces chiffres ? Que la prévalence de l’infection, c’est-à-dire le pourcentage de gens infectés au moment où vous lisez ces lignes est entre 70 et 100 fois plus élevée dans la population homosexuelle que dans la population « générale ».

Selon une modélisation statistique, ouvrir le don de sang aux homosexuels aurait pour conséquence de doubler le risque résiduel de contamination post-transfusionnelle.

J’ai écrit, certes, que ce risque est actuellement estimé 1 sur 2,6 millions. Il passerait à 1 sur 1,3 millions. Ce n’est pas énorme en valeur brute, mais c’est colossal en termes de santé publique. Un risque qui double est considéré comme une vraie menace en épidémiologie.

Et quel sera l’impact sur le public, sur ceux qui donnent et sur ceux qui peuvent recevoir du sang ?
Aujourd’hui, il ne se passe pas de semaine sans qu’un appel soit lancé car les pénuries de sang sont devenues monnaie courante, faute de donneurs.
Les drames sanitaires et humains liés à la transfusion dans les années 80 et les procès des années 92 et 93 ont terriblement secoué le domaine de la transfusion et érodé la confiance du public.

Depuis des progrès énormes ont été faits en matière de sécurité, notamment avec des tests ultra-performants et aussi grâce aux mesures d’exclusion, sans doute parfois excessives, mais qui répondent aux mesures de précaution indispensable pour éviter de nouveaux drames.

La décision que s’apprête à prendre Roselyne Bachelot-Narquin fera plaisir à Jean-Luc Romero et à un certain nombre de personnes. Elle va déplaire à beaucoup d’autres et, probablement, inquièter et effrayer même encore plus de monde.

Le moment semble d’ailleurs curieusement choisi quand le dernier rapport de l’Instiut national de veille sanitaire www.invs.sante.fr indique que l’infection par le virus VIH ne connait pas de baisse, bien au contraire, parmi la population homosexuelle.

A moins que la ministre ait en sa possession des arguments scientifiques contredisant toutes les études et mesures connues, notamment celles édictées par l’Organisation mondiale de la santé.

Il faut espérer qu’elle les fera alors connaître pour qu’on puisse comprendre pourquoi il était si important de prendre une décision dont la nécessité n’apparaît pas forcément évidente.

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