Des milliers de médicaments bientôt en libre-service annonce Roselyne Bachelot-Narquin. Mais on peut se demander qui va y gagner :l’industrie, les pharmaciens ou le patient Pour l’instant sûrement pas ce dernier.
Le mouvement de déremboursement de nombreux médicaments va aller croissant au cours des prochains mois. Il faut dire que le système français, censé être le meilleur au monde, est en situation plutôt difficile en réalité.
L’assurance maladie remboursait sans discuter des milliers de produits. Puis vinrent les remboursements différenciés en fonction de la couleur des vignettes : 65 %,35 % puis 15 %.
Maintenant la tendance pour certains produits c’est 0 % et parmi ces médicaments on trouve une classe adorée des Français : les veinotoniques. Nous en consommions dix-sept fois plus que nos voisins européens par exemple.
Mais le problème c’est qu’à peine sortis du remboursement, certaines de ces molécules ont eu un coup de chaud. Les fabricants ont majoré leur prix de vente et la chaine des hausses s’est répercutée jusque dans l’officine du pharmacien près de chez vous.
La modération a été de mise en général, mais pour certains produits on affiche de 50 % à 294 % de hausse. La palme revient à un sirop expectorant. Rien que le prix suffit à faire tousser. En regardant la boite on peut donc sans doute déjà être guéri !
Argument des laboratoires en cause : un médicament qui sort du remboursement ne sera quasiment plus prescrit par le médecin et s’en suivra une énorme baisse du volume des ventes. On en fabriquera moins donc cela coûtera plus cher à fabriquer à distribuer etc.
L’argument est certes recevable, mais dans une certaine limite. D’ailleurs signalons qu’un médicament destiné à soigner les troubles veineux qui n’a jamais été remboursé et qui porte le nom d’un homme d’église se vend bon an mal an à deux millions d’exemplaires sans bouger son prix.
Hormis le consommateur qui est mécontent, un autre acteur n’apprécie pas la situation c’est le pharmacien. Comment justifier auprès de ses clients fidèles de telles hausses. Il doit acheter certains produits à son grossiste au prix où il les vendait en officine il y a encore un mois !
La plupart des pharmaciens se trouvent pieds et poings liés face à cet état de fait. Ils ne sont pas en mesure de négocier des rabais avec leurs fournisseurs car il leur faudrait acheter des quantités énormes de produits pour espérer des remises intéressantes susceptibles d’être répercutées sur leur clientèle.
Stocker deux cents boites d’un produit dont on ne vend que dix exemplaires par mois, ce n’est pas évident.
Pourrait-il en être autrement ? Oui, mais à condition de revoir tout l’organisation du circuit du médicament. Trop longtemps les pharmaciens n’ont pas voulu s’organiser comme l’ont fait les opticiens par exemple.
Coincés entre deux réalités, ils n’ont pas su suffisamment évoluer. Professionnels de santé, ils ont voulu oublier qu’ils étaient également des commerçants au sens le plus noble de ce mot, avec un fonds de commerce à faire vivre, des salariés à rémunérer et une concurrence à affronter.
L’irruption de la parapharmacie les a brutalement réveillés, mais pour le médicament, ils sont restés prisonniers d’un système ancien, passant soit par les représentants du fabricant, soit par des grossistes, appelés répartiteurs.
Il aurait fallu qu’ils s’organisent en centrales d’achat, comme l’a montré Edouard Leclerc dans les années cinquante, en faisant changer le commerce alimentaire de division. C’est ce que feront plus tard les opticiens.
Il existe bien quelques groupements de pharmaciens, mais chacun est fort de quelques centaines de membres et ne pèse pas lourd quand on sait qu’il y a 22000 officines en France.
De plus, les laboratoires n’ont aucune obligation de vendre à ces centrales d’achat qui, au sens juridique sont pourtant des « établissements pharmaceutiques » mais qui sont pour la plupart considérés comme des « dépositaires » et non pas des grossistes.
Il suffirait de peu de choses pour que la situation change. Que soit, par exemple, publié le décret reconnaissant le statut de ces centrales d’achat coopératives et imposant de fait aux labos l’obligation de les livrer.
Le texte est prêt, mais il est toujours au fond d’un tiroir du ministère de la santé.
Pourtant, avec un tel système, les centrales d’achat pourraient négocier de 30 à 50 % de remises avec les fabricants sur les produits non remboursés.
Des remises dont on peut espérer qu’elles soient répercutées jusque dans les officines pour bénéficier aux patients.
La balle est donc dans le camp des pouvoirs publics qui, en prenant une telle mesure, aideront les patients à dépenser moins pour se soigner mieux.
Un nouveau slogan dont je laisse libre les droits !