Archives mensuelles : janvier 2008

VIH/SIDA CROI 200: A PARTIR DU DIMANCHE 3 FEVRIER LES POINTS FORTS DE LA CONFERENCE DE BOSTON SERONT SUR CE BLOG

La prochaine conférence sur le VIH/SIDA qui s’ouvre dimanche soir à Boston ne devrait pas apporter de bouleversements considérables, mais elle va permettre d’approfondir des voies de recherche importantes.

Bien que toutes les communications scientifiques soient sous embargo et ne peuvent être encore dévoilées, on sait que cette conférence apportera certaines confirmations.

D’abord en matière de nouveaux traitements avec des médicaments destinés à bloquer l’accrochage du virus à son point d’ancrage à la surface des cellules qu’il infecte.

Ces médicaments, appelées inhibiteurs d’entrée anti-CCR5, ont, jusque là, donné des résultats décevants.
Les nouveaux produits en développement semblent plus efficaces mais posent encore quelques problèmes, notamment par la nécessité de tester les patients avant de leur donner ce produit.

Tous les virus, en effet, n’utilisent pas le même point d’ancrage. Pour savoir si on est dans le bon cas, il faut faire un test. Actuellement seul un laboratoire de San Francisco pratique cet examen pour près de mille euros.

On attend également dans les semaines qui viennent les résultats à un an d’une autre molécule nouvelle, une anti-intégrase. Cette molécule empêche le message génétique du virus d’être incorporé à celui de la cellule, bloquant ainsi sa multiplication.

Au plan de la prévention, Boston devrait voir se confirmer les résultats présentés l’an dernier à Los Angeles concernant l’effet protecteur de la circoncision en Afrique.

Le fait d’ôter le prépuce semble diminuer de façon très importante le risque de contamination par le VIH aussi bien chez les hommes que chez les femmes.
De même, d’autres virus comme le virus de l’herpès génital serait moins transmissible à partir de partenaires circoncis.

On attend beaucoup de la présentation d’une étude concernant cette fois des homosexuels masculins circoncis. On devrait alors apprendre en début de semaine si l’effet protecteur de la circoncision chez des hétérosexuels africains se retrouve chez des homosexuels circoncis occidentaux.

Je vous donne donc rendez-vous quotidiennement dès dimanche soir et jusqu’à mercredi prochain depuis la conférence à Boston.

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Homosexualité et don de sang : du neuf

Les homosexuels masculins restent toujours exclus du don de sang.

Il y a quelques semaines, je m’interrogeais ici même sur l’opportunité d’une décision prêtée à Mme Bachelot-Narquin par Jean-Luc Roméro.
La ministre de la santé était censée annoncer que la France allait lever la recommandation excluant les homosexuels du don de sang.
Annonce supposée être faite au moment même où les chiffres actualisés de l’épidémie montraient que l’infection par le virus VIOH ne diminuait pas, bien au contraire, chez les homosexuels masculins

(billet du 29/11/07 : Homosexualité et don de sang : la ministre la santé et la santé publique.)

Je suis en mesure de vous préciser aujourd’hui que le ministère ne reviendra pas sur la position qui est celle de tous les pays occidentaux et de l’OMS. Il est toujours demandé aux homosexuels de ne pas donner leur sang.
Les risques potentiels, liés à la période « silencieuse » de la contamination, cette fenêtre de deux semaines environ, font que le seul pays qui soit revenu en arrière, le Danemark, à du y renoncer après un cas de contamination avéré.

En revanche, la haute autorité de lutte contre les discriminations, la HALDE a demandé que soit modifié le questionnaire préalable au don de sang.
Dans sa formulation, ce questionnaire avait un caractère de discrimination envers les personnes homosexuelles.

Au sens strict, donner son sang n’est pas une obligation ni un droit. Refuser un donneur n’est pas juridiquement donc une forme de discrimination.

Je voudrais rappeler qu’il y a beaucoup d’autres raisons d’être exclu du don de sang, comme un séjour prolongé en Grande-bretagne au début des années 80 ou la prise de traitements au long cours.

Je sais que je vais encore recevoir des commentaires courroucés mais d’un point de vue de santé publique, il n’est pas possible aujourd’hui de faire l’impasse sur la réalité épidémiologique. Même si les modélisations statistiques sont vouées aux gémonies par certains d’entre vous, c’est la seule façon d’établir des scénarios permettant d’aider à la décision.

Et, en l’occurrence, dans un système fragile et toujours convalescent comme l’est la transfusion sanguine en France, on doit minimiser le risque, fût-ce au point de heurter voire de choquer certains.

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HIV/SIDA CROI 2008 : L’ actualité du congrès de Boston en direct du 3 au 6 Février.

La conférence la plus importante de l’année en matière de recherche et de traitements de l’infection par le VIH s’ouvre cette fin de semaine à Boston.

Cette conférence, appelée CROI ( conference on retroviruses and opportunistic infections) permet de faire le point sur les grandes recherches en cours.

A partir du dimanche 3 février au soir, décalage horaire oblige, je vous informetai quotidiennement des travaux présentés à cette conférence.

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Risques sanitaires : une appréciation assez disproportionnée.

Entre un risque quasiment nul de contracter le virus VIH et le risque pas nul du tout d’être passé à côté d’un diagnostic de cancer du sein qu’est-ce qui fait le plus peur ?

Apparemment le risque quasiment nul, comme vient de le montrer la façon dont a été couverte la lamentable affaire concernant des cabinets de radiologie dans le Nord et l’Aisne.

Sida, le mot est tombé comme un couperet. On pourrait rappeler 1500 personnes ayant subi des échographies dans cinq cabinets de radiologie parce que les sondes, introduites par voie vaginale ou voie rectale lors de certains examens, n’auraient pas été correctement désinfectées.

Un manquement aux règles d’hygiène qui, si l’enquête le confirme, méritera une sanction exemplaire.

Le risque potentiel c’est bien sûr la transmission d’agents infectieux, bactéries et virus. Un danger réel chez des femmes enceintes car l’enfant peut se contaminer au moment de l’accouchement.

Pour les autres patients, il y a aussi un risque infectieux Potentiellement, ce sont les virus des hépatites B et C qui pourraient ainsi être transmis, ce sont en effet des virus extrêmement résistants.

Pourtant, tout le monde s’est focalisé sur le virus VIH, un virus hautement fragile et dont le risque hypothétique de transmission est carrément nul. Le risque lié aux virus des hépatites est cent fois plus élevé dans ces conditions.

Mais le plus étonnant c’est qu’on s’est focalisé sur le risque infectieux en général alors que dans un même temps, des milliers d’examens radiologiques thoraciques et mammographiques ont été faits.

Or, il apparaît que les mesures de contrôle de qualité de ces appareils qui doivent être faites annuellement ne sont jamais parvenues aux autorités sanitaires de tutelle.

Plus étonnant encore, des mammographies ont été réalisées dans le cadre du dépistage national du cancer du sein. Or le médecin mis en cause n’avait pas l’agrément pour participer à ce dépistage.

Par conséquent, les radios faites dans son cabinet n’étaient pas soumises au processus obligatoire d’une deuxième lecture par un autre radiologue, pas plus que l’organisme départemental en charge du dépistage n’avait reçu la preuve du contrôle des appareils utilisés.

Et là, le risque est d’une tout autre magnitude que le risque infectieux.
Le cancer du sein touche 40 000 femmes par an en France et l’intérêt du dé »pistage est de mettre précocement en évidence des anomalies pour pouvoir intervenir tôt et de façon la moins mutilante possible.

C’est pour cette raison que le dépistage des femmes de 50 à 74 ans est codifié avec des règles précises concernant le type de mammographes à utiliser, la façon de prendre les clichés et surtout le fait de faire lire les clichés par deux, voire trois radiologues, de façon successive et indépendante.

On peut légitimement se demander si des femmes chez lesquelles on n’a estimé rien voir d’anormal dans ces cabinets, avaient, en fait une anomalie qui aurait mérité au moins un deuxième avis et peut être des examens plus poussés.

Ce risque est loin d’être nul, contrairement aux risques de contamination virale.
L’urgence sera donc de repérer les femmes ayant subi, au sens plein du terme, une mammographie supposée être de dépistage dans ces cabinets et de leur proposer un examen fait dans des conditions adéquates.

Oublier un peu le poids mes mots pour réparer le choc des photos, pardon des mammos.

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Les cures thermales dans la prise en charge de l’anxiété

Le blog accueille aujourd’hui un reportage de Florence Bouquillat diffusé le 17 janvier 2008.

Ce reportage fait suite à une étude commandée par un groupe de stations thermales et dont la méthodologie a été confiée à un spécialiste d’épidémiologie, le professeur Roger Salamon de l’Université Bordeaux-2. Les personnes incluses dans l’étude souffraient d’un trouble anxieux généralisé ou TAG.

Cette affection se définit comme « une anxiété et des soucis excessifs, incontrôlables, chroniques, relatifs à des situations réalistes banales, à l’origine d’un état de souffrance qui altère le fonctionnement du patient dans sa vie courante. Ils sont associés à des symptômes physiques traduisant la tension motrice et l’hyper vigilance« .

Ce trouble toucherait 4 % de la population générale française, et seulement 10 % des patients souffrant de ce trouble consultent.
L’étude a comparé les vertus de la cure thermale à celle du traitement de référence, un antidépresseur, la paroxetine (Deroxat). Il serait intéressant de compléter cette étude par une analyse coût-efficacité : mesurer ce que coûte le traitement médical avec ses éventuels effets secondaires, et ce que coûte la cure avec plus ou moins de consommation médicamenteuse. Le tout sur une période suffisamment longue pour pouvoir évaluer les effets comparés des deux méthodes.

Il existe en France 5 stations thermales à orientation psychiatriques, destinées aux soins des troubles anxieux, troubles du sommeil, dépressions légères à modérées, sevrage thérapeutique en psychotropes

Ces stations sont :

Bagnères-de-Bigorre (65), Divonne-les-Bains (01), Néris-les-Bains (03), Ussat-les-Bains 09), Saujon (17)



Cure Thermale – Ma-Tvideo France2
Cure Thermale – Ma-Tvideo France2
La cure thermale comme soin psychiatrique

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Mammographies de dépistage : un petit rappel des règles !

Des pratiques apparemment contestables dans des cabinets d’imagerie médicale du Nord de la France défraient la chronique aujourd’hui.

A cette occasion, je voudrais rappeler quelques règles élémentaires qui concernent le dépistage du cancer du sein dans le cadre du programme national de dépistage pour les femmes de 50 à 74 ans.

Ce dépistage se fait aussi bien dans des hôpitaux publics que dans des centres privés, en particulier des cabinets de radiologie.
Les femmes concernées reçoivent un courrier de leur Caisse primaire d’assurance maladie, la CPAM.
On peut aller dans le cabinet de son choix à la condition que les médecins qui exercent dans ce cabinet soient agrées pour pratiquer ce dépistage.

Ce dépistage comporte un examen radiographique et un examen clinique fait par le médecin.
L’examen est totalement pris en charge par la CPAM, ce qui veut dire que vous n’avez RIEN A PAYER.

Les radiographies faites dans le cadre de ce dépistage donnent lieu à une double lecture, par deux médecins spécialistes différents. En cas de divergence une troisième lecture peut être faite.

Cette double lecture est une assurance de qualité. Elle permet , en cas de doute, de confronter les avis et d’aller eventuellement plus avant.dans les explorations.

Une information détaillée doit être fournie par le médecin après l’examen.

Sachez enfin que les appareils de mammographie font l’objet d’un contrôle obligatoire annuel qui doit être transmis aux autorités sanitaires.

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Viande clonée: attendons avant d’en faire tout un plat.

La décision prise par la FDA, l’agence américaine de sécurité sanitaire, d’autoriser la commercialisation de viande et de lait issus de bovins caprins et porcins clonés n’a pas fini de remuer les foules. Tout cela dans un contexte peu prompt à examiner calmement la situation.

La semaine dernière, on m’a demandé de venir sur le plateau du JT de 20 heures de France 2 pour expliquer ce qui avait motivé la décision américaine.
Notons au passage qu’un avis de la Commission européenne allait dans le même sens.

J’ai donc expliqué que, d’un point de vue nutritionnel et toxicologique, toutes les études publiées à ce jour ont montré qu’il n’existait aucune différence significative à conditions d’élévage identique, entre animaux clonés et animaux obtenus classiquement pour ce qui concerne les protéines, les lipides, les minéraux et les vitamines.

D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement quand on sait que le clonage n’entraine aucune manipulation génique. C’est tout le patrimoine génétique de l’animal choisi qui est introduit dans l’ovocyte de la mère porteuse et c’est donc un animal quasiment identique à celui qui a donné sa cellule qui sera obtenu.

Je dis « quasiment identique » car, lorsqu’on évide l’ovocyte de la mère porteuse, on enlève le noyau de cette cellule mais on conserve un élément microscopique, la mitochondrie. Cet organite est la centrale énergétique de la cellule. Sans elle, il ne se passerait rien.
On introduit ensuite le noyau provenant d’une cellule de l’animal qu’on veut cloner.

Ce qui signifie que l’embryon qui se développera aura touts les caractéristiques de l’animal dont on a pris la cellule sauf un petit bout d’ADN mitochondrial qui est toujours d’origine maternelle. Un clone n’est donc pas au sens strict une copie à 100 %.

Pour en revenir à cette explication dans le journal, brève comme tous les plateaux, elle m’a valu quelques remarques acerbes sur ce blog.

Je ne parlerai pas de ceux qui font l’amalgame avec l’amiante, le drame du sang contaminé etc. Je voudrais seulement dire à ceux qui y voient un problème identique à celui des OGM qu’au sens strict là encore de la science, ils se trompent, car il n’y a pas de modification génétique par essence dans le clonage.

Mais au-delà de ces problèmes, il n’y a quasiment aucune chance que vous soyez amenés un jour à manger des animaux clonés, tout bêtement pour des questions d’argent.

Cloner coûte cher, très cher même, plusieurs dizaines de milliers d’euros par animal obtenu. Et malgré les progrès à venir des techniques, les coûts resteront élevés.

On voit mal des éleveurs payer une fortune pour avoir un animal et le vendre en boucherie pour quelques milliers d’euros seulement.

L’intérêt du clonage sera de reproduire à l’identique des mâles et des femelles aux caractéristiques exceptionnelles. C’est ce qui se fait déjà naturellement par la sélection génétique par croisement.

L’intérêt du clonage sera de minimiser les risques naturels. Quand un animal se reproduit par la méthode classique, il passe seulement la moitié de son capital génétique à son descendant.

Avec le clonage on sera sûr que ce sont 100 % des caractéristiques qui seront ainsi transmises.
Ainsi un reproducteur hors pair pourra être « copié » des dizaines de fois.

On aura ainsi des taureaux dont la semence sera identique et qui pourront féconder classiquement des vaches.qui, au bout de neuf mois donneront naissance à des velles et à des veaux pas clonés eux !

On peut imaginer la même chose avec des laitières à haut rendement qui intéresseront les pays asiatiques où la demande de produits laitiers explose littéralement.

Ces animaux seront donc une forme ultime de sélection mais se reproduiront classiquement.

Il faudra sans doute encore plusieurs années pour que la question de la commercialisation se pose. D’ici là d’autres études viendront alimenter la discussion et des mesures d’information seront prises à n’en pas douter.
En dernier lieu ce sera le marché qui dictera sa loi.

Mais plutôt que de projeter peurs et fantasmes, plutôt que de faire de la mauvaise science et laisser tout le monde dire tout et n’import quoi, il est sûrement utile de se servir de ces années de latence pour expliquer ce qui va se passer et aider chacun d’entre nous à faire des choix éclairés plutôt que de céder aux cris, incantations et autres anathèmes.

Une démarche citoyenne passe par l’information, pas par la peur.

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Médicaments déremboursés : une hausse des prix pas inéluctable

Des milliers de médicaments bientôt en libre-service annonce Roselyne Bachelot-Narquin. Mais on peut se demander qui va y gagner :l’industrie, les pharmaciens ou le patient Pour l’instant sûrement pas ce dernier.

Le mouvement de déremboursement de nombreux médicaments va aller croissant au cours des prochains mois. Il faut dire que le système français, censé être le meilleur au monde, est en situation plutôt difficile en réalité.
L’assurance maladie remboursait sans discuter des milliers de produits. Puis vinrent les remboursements différenciés en fonction de la couleur des vignettes : 65 %,35 % puis 15 %.

Maintenant la tendance pour certains produits c’est 0 % et parmi ces médicaments on trouve une classe adorée des Français : les veinotoniques. Nous en consommions dix-sept fois plus que nos voisins européens par exemple.

Mais le problème c’est qu’à peine sortis du remboursement, certaines de ces molécules ont eu un coup de chaud. Les fabricants ont majoré leur prix de vente et la chaine des hausses s’est répercutée jusque dans l’officine du pharmacien près de chez vous.

La modération a été de mise en général, mais pour certains produits on affiche de 50 % à 294 % de hausse. La palme revient à un sirop expectorant. Rien que le prix suffit à faire tousser. En regardant la boite on peut donc sans doute déjà être guéri !

Argument des laboratoires en cause : un médicament qui sort du remboursement ne sera quasiment plus prescrit par le médecin et s’en suivra une énorme baisse du volume des ventes. On en fabriquera moins donc cela coûtera plus cher à fabriquer à distribuer etc.

L’argument est certes recevable, mais dans une certaine limite. D’ailleurs signalons qu’un médicament destiné à soigner les troubles veineux qui n’a jamais été remboursé et qui porte le nom d’un homme d’église se vend bon an mal an à deux millions d’exemplaires sans bouger son prix.

Hormis le consommateur qui est mécontent, un autre acteur n’apprécie pas la situation c’est le pharmacien. Comment justifier auprès de ses clients fidèles de telles hausses. Il doit acheter certains produits à son grossiste au prix où il les vendait en officine il y a encore un mois !

La plupart des pharmaciens se trouvent pieds et poings liés face à cet état de fait. Ils ne sont pas en mesure de négocier des rabais avec leurs fournisseurs car il leur faudrait acheter des quantités énormes de produits pour espérer des remises intéressantes susceptibles d’être répercutées sur leur clientèle.

Stocker deux cents boites d’un produit dont on ne vend que dix exemplaires par mois, ce n’est pas évident.

Pourrait-il en être autrement ? Oui, mais à condition de revoir tout l’organisation du circuit du médicament. Trop longtemps les pharmaciens n’ont pas voulu s’organiser comme l’ont fait les opticiens par exemple.

Coincés entre deux réalités, ils n’ont pas su suffisamment évoluer. Professionnels de santé, ils ont voulu oublier qu’ils étaient également des commerçants au sens le plus noble de ce mot, avec un fonds de commerce à faire vivre, des salariés à rémunérer et une concurrence à affronter.

L’irruption de la parapharmacie les a brutalement réveillés, mais pour le médicament, ils sont restés prisonniers d’un système ancien, passant soit par les représentants du fabricant, soit par des grossistes, appelés répartiteurs.

Il aurait fallu qu’ils s’organisent en centrales d’achat, comme l’a montré Edouard Leclerc dans les années cinquante, en faisant changer le commerce alimentaire de division. C’est ce que feront plus tard les opticiens.

Il existe bien quelques groupements de pharmaciens, mais chacun est fort de quelques centaines de membres et ne pèse pas lourd quand on sait qu’il y a 22000 officines en France.

De plus, les laboratoires n’ont aucune obligation de vendre à ces centrales d’achat qui, au sens juridique sont pourtant des « établissements pharmaceutiques » mais qui sont pour la plupart considérés comme des « dépositaires » et non pas des grossistes.

Il suffirait de peu de choses pour que la situation change. Que soit, par exemple, publié le décret reconnaissant le statut de ces centrales d’achat coopératives et imposant de fait aux labos l’obligation de les livrer.

Le texte est prêt, mais il est toujours au fond d’un tiroir du ministère de la santé.
Pourtant, avec un tel système, les centrales d’achat pourraient négocier de 30 à 50 % de remises avec les fabricants sur les produits non remboursés.
Des remises dont on peut espérer qu’elles soient répercutées jusque dans les officines pour bénéficier aux patients.

La balle est donc dans le camp des pouvoirs publics qui, en prenant une telle mesure, aideront les patients à dépenser moins pour se soigner mieux.

Un nouveau slogan dont je laisse libre les droits !

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Médicaments psychotropes : une surconsommation aux causes complexes.

Dans le jargon journalistique on appelle cela un marronnier : la France consomme trop de psychotropes, médicaments tranquillisants et antidépresseurs. Une situation dont les causes sont complexes et qui mettent en relief le rôle multiple du médecin dans la société.

C’est à l’occasion de sa manifestation annuelle, appelée la Pilule d’Or que la revue « Prescrire » a choisi aujourd’hui de tirer à nouveau le signal d’alarme sur cette exception française (www.prescrire.org)

La consommation d’antidépresseurs est en effet énorme dans notre pays, totalement disproportionnée même par rapport à la fréquence de la dépression. Et comme nous ne sommes pas à un paradoxe près, la dépression est largement sous diagnostiquée en France. En résumé trop de médicaments et pas aux bonnes personnes !

Pour les anxiolytiques, ce qu’on appelle les tranquillisants, la prescription est également pléthorique et des produits comme le Lexomil® sont carrément de venus des noms communs.

Tellement commun qu’on assiste parfois à des scènes étonnantes avec ce produit. Le comprimé a la forme d’un bâtonnet sécable en quatre morceaux. J’ai vu un soir une mère de famille rompre le comprimé comme on rompait le pain, se garder la moitié du comprimé et en donner un quart à sa fille et le dernier quart à sa mère !

Plus sérieusement, on peut évidemment déplorer cette situation de mauvais usage de médicaments. Mais quand on essaie d’en comprendre les raisons, on voit que l’explication n’est pas évidente.

La prescription est faire dans plus de 90 % des cas par des médecins généralistes. Ces médecins de famille doivent gérer des demandes nombreuses et multiples de personnes présentant des symptômes pas toujours faciles à identifier.

La dépression avance en effet souvent masquée et peut prendre l’aspect d’une perte de sommeil ou d’une modification du poids. Souvent il faut que le médecin entende ce que le malade ne lui dit pas. La consultation peut être demandée pour une raison alors que le trouble est ailleurs.

Dans le cadre d’une consultation souvent limitée dans le temps, il se peut alors que la dépression ne saute pas aux yeux du médecin, qui retiendra plutôt l’aspect anxieux ou l’insomnie par exemple et prescrira alors des hypnotiques ou des anxiolytiques.

Mais, parfois, la prescription de ces médicaments vient un peu comme un cautère sur une jambe de bois, pallier un problème social et non pas médical.

Il y a des cas où une personne est à bout, excédée par des conditions de travail pénibles, un harcèlement moral et qui ne peut ou ne veut prendre le risque de s’arrêter. Il y a ceux qui vivent dans des immeubles mal insonorisés avec des voisins qui oublient les règles élémentaires de politesse. Alors plutôt que d’aller affronter ces gens en permanence, ils vont avaler la petite pilule qui abrutit pour tenter de dormir au moins quelques heures.

Le médecin devient un « pompier social » qui grâce à son ordonnance va permettre à son patient de supporter encore un peu une vie difficile.

Jeter la pierre aux médecins ou aux patients est alors un peu facile.
Il est vrai que c’est une réponse de facilité, indolore puisque financièrement c’est la collectivité qui assumera le coût de la prescription.

Mais il est assez difficile de faire changer d’attitude les petits chefs qui vous cachant la vie et d’apprendre les règles élémentaires de courtoisie et de respect des autres à certaines personnes.

Alors nous n’avons sans doute pas fini de déplorer notre titre de champions du monde des psychotropes.

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VIH/Sida : un virus d’une intelligence diabolique

Le virus Vih, à l’origine du Sida est un génie du mal. Chaque nouvelle découverte le prouve un peu plus. Aujourd’hui c’est une étude américaine qui montre comment ce tueur réussit à tromper les cellules qu’il parasite.

D’un côté un virus, très petit, dont l’équipement génétique, c’est-à-dire le programme de fonctionnement, est constitué de neuf gènes seulement, capables d’élaborer quinze protéines en tout et pour tout. De l’autre une cellule humaine de défense, un lymphocyte. Une extraordinaire machine de plus de trente mille gènes, capables de fabriquer des centaines de milliers de protéines.

Mettez le virus en présence de la cellule et qui tue l’autre ? Le virus.

Pour vivre, en effet, il doit entrer dans la cellule, y déposer son matériel génétique et le faire reproduire à des milliers d’exemplaires par cellule infectée. Au total, c’est un milliard de copies qui sont ainsi élaborées quotidiennement.

Le virus a ses propres outils, il a ainsi une protéine « interprète » qui permet à son matériel génétique codé dans une langue d’être traduit dans le langage de la cellule. On passe ainsi de l’ARN à l’ADN grâce à cette enzyme, la reverse transcriptase ou transcriptase inverse.

Mais le virus est vite limité et doit utiliser des mécanismes de la cellule qu’il infecte pour arriver à ses fins.

On avait ainsi identifié une quarantaine de protéines humaines « piratées » par le Vih. Le virus fait croire aux mécanismes de défenses qu’il est un ami. Au prix de légères petites mutations, il envoie des signaux à la cellule qui se fait abuser et déclenche des cascades de réactions biologiques que le Vih met à profit pour se multiplier avant de quitter la cellule en la tuant en partant.

Mais une étude publiée cette semaine dans la revue Science, montre que l’étendue du piratage est encore pire que ce qu’on savait. conduite par Abraham Brass et des chercheurs de l’Ecole de médecine de Harvard, à Boston, cette étude montre que le Vih utilise en fait 173 protéines humaines , un chiffre six fois plus important que ce qu’on imaginait jusque là.

Cette nouvelle est à la fois inquiétante et intéressante. Inquiétante parce que vingt cinq ans après la découverte du Vih, on s’aperçoit qu’on est encore très loin de tout savoir sur les mécanismes qu’utilise ce virus pour parvenir à ses fins. Les échecs répétés des essais vaccinaux en sont une terrible démonstration.

Mais le bon côté théorique des choses c’est que de telles découvertes ouvrent aussi des voies de recherche pour la mise au point de médicaments ou de substances issues des biotechnologies qui soient capables d’interférer avec les mécanismes mis en jeu par le génie diabolique du virus. Bloquer une protéine ou une chaîne de réaction est faisable, même si ce sont de longues recherches pour arriver à mettre au point les produits efficaces.

Avec un bémol cependant. Ces protéines, ces réactions, ces récepteurs sont dans la cellule depuis la nuit des temps, alors que le Vih a environ cinquante ans. Les voies qu’il parasite sont utilisées par les cellules dans leur fonctionnement quotidien et bloquer certaines de ces voies peut avoir des conséquences non négligeables.

Il faudra donc peser les avantages et les inconvénients de tel ou tel blocage ou inhibition d’effet pour savoir si c’est profitable ou risqué pour la personne porteuse du virus. En attendant, les mesures de prévention de la transmission restent encore le meilleur remède, même si certains ont tendance à l’oublier.

Référence de l’étude

Identification of Host Proteins Required for HIV Infection Through a Functional Genomic Screen

Abraham L. Brass, Derek M. Dykxhoorn, Yair Benita, Nan Yan, Alan Engelman, Ramnik J. Xavier, Judy Lieberman, and Stephen J. Elledge

Publié en ligne le 10 janvier 2008 sur www.scienceexpress.org

Doi:10.1126/science.1152725

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