Archives mensuelles : février 2008

Etudes médicales : le massacre des bébés médecins

Valérie Pecresse et Roselyne Bachelot-Narquin disent vouloir réformer la première année des études médicales. Une année qui est synonyme d’énorme gâchis et qui « sélectionne » des futurs médecins sur des critères pas très pertinents.

C’est sans doute un des spectacles les plus désolants qui soit : un amphithéâtre qui accueille des étudiants de première année de médecine, le PCEM 1. A peine dix pour cent des étudiants inscrits accéderont à la deuxième année à l’issue d’un concours où les redoublants ont un énorme avantage et où le fait d’avoir obtenu un bac S avec mention est un autre énorme bon point.

Une fois ce cap passé, les survivants entreront sur la voie royale qui mène au diplôme de docteur en médecine sans que rien ne puisse les arrêter, même des signes évidents d’incompétence notoire ou, comme je l’ai vécu dans ma promotion, un état psychiatrique inquiétant.

Mais revenons à ce massacre qu’est le concours de première année. Un certain nombre de places en deuxième année sont fixées faculté par faculté. Et il est fréquent que pour 100 places il y ait mille inscrits. Avec les études de pharmacie, les études de médecine sont les seules du monde universitaire à avoir un « numerus clausus » officiel.

Les choses sont précisées d’avance et, pourtant, rien n’empêche chaque année les inscriptions de représenter dix fois le nombre de places. Il y a bien sûr les « touristes », ceux qui une fois le bac en poche ne savent pas très bien ce qu’ils vont faire et s’inscrivent là comme ils auraient pu s’inscrire ailleurs. Mais ils ne sont pas les plus nombreux.

Il y a aussi ceux qui souhaitent ardemment faire médecine avec une dimension « sacerdotale »Ils ont envie de soulager la misère du monde et de leur prochain.

Il y a ceux aussi qui ont compris que la faculté de médecine est, avec celle de pharmacie, tout sauf un établissement universitaire classique. C’est une vraie école professionnelle qui délivre un diplôme quasiment synonyme de travail assuré à la sortie.

Le problème c’est que cette première année est emplie d’enseignements qui servent non pas à former des futurs médecins mais à éliminer le trop-plein de candidats. Beaucoup de ce qui sera appris cette année là ne se retrouvera pas ou peu plus tard, certaines matières feront même l’objet d’une aversion totale tant elles auront été ingurgitées et restituées sans avoir le temps ou le loisir d’y réfléchir.

Il y a rarement une sélection qui soit intelligente, amis celle qui est utilisée pour le concours de PCEM 1 mérite souvent une place au « Guinness book « des records.
C’est un bel exercice pour « bêtes à concours » alors que la pratique de la médecine va demander ensuite une part de réflexion, de déduction, d’improvisation même. Bien sûr, il faut du « par cœur », dans l’urgence, mais il faut aussi savoir être soi, avoir du bon sens, de l’écoute et sortir du dogme et de la règle.

Neuf fois sur dix un infarctus du myocarde se présente sous une forme totalement différente de la description classique des livres et cours de médecine. Le meilleur moyen de se tromper c’est d’avoir des certitudes dans ce métier.

Il existe en France une « conférence des doyens de facultés de médecine ». Ils ont des idées, notamment sur la nécessité d’ouvrir ces études à d’autres profils que les « forts en maths ». Ils veulent permettre à des gens ayant eu un parcours plus « audacieux » de tenter leur chance.

Malheureusement ils sont peu ou pas écoutés. Le pouvoir est entre les mains de quelques décideurs parisiens, car comme chacun le sait, hors de deux ou trois établissements universitaires de la capitale, on n’apprend pas la médecine en France. Montpellier avait déjà son école de médecine que les vaches paissaient encore sur ce qui est la Sorbonne aujourd’hui, mais qu’importe. Le salut ne peut venir que de Paris !

On parle donc d’orienter ceux qui auraient une note insuffisante aux premiers partiels vers des études scientifiques !
Rassurant pour les facs de sciences ! Quand on connait la rigueur de la recherche et quand on voit ce qu’est une thèse de doctorat en sciences par rapport à ce qu’est une thèse de médecine, parfois rédigée en un mois, il y a là de quoi vexer le monde scientifique.

Aujourd’hui la médecine a changé, ce qu’on demande et ce qu’on attend des médecins également. La technologie, l’imagerie ont trop souvent supplanté l’examen manuel, la palpation, l’auscultation au stéthoscope.

Trop de technique, pas assez de temps, de moins en moins de dialogue. Alors que les élèves des Grandes écoles ou des Ecoles d’ingénieurs imposent à leurs élèves des stages ouvriers, les facultés de médecine ne demandent pas à leurs étudiants d’aller sur le terrain voir et observer comment vivent et travaillent leurs futurs patients.

On peut aujourd’hui faire toutes ses études sans jamais avoir mis les pieds dans un cabinet de médecin de famille et faire ensuite une carrière hospitalière en ne voyant que des gens en pyjamas dans des lits d’hôpitaux.

Il y a donc urgence à savoir quels médecins on veut former. Cela passera inévitablement par la prise en compte des motivations et des dossiers individuels. Mais dans le système français c’est une idée tabou car on va tout de suite crier à la « sélection ». Voilà, le gros mot est laché !

Il vaut mieux éliminer des étudiants par des examens souvent ineptes mais anonymes que de choisir un certain nombre de candidats sur des profils qui permettent de penser qu’ils feraient de bons médecins.

Aux Etats-Unis, en Europe du Nord, on pense différemment et apparemment la qualité des médecins ne s’en ressent pas. Mais celui qui osera toucher au système français n’est pas encore né !

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Douleur post-opératoire: les bienfaits du massage.

Si vous avez vu le sujet sur la prise en charge de la douleur par le massage en post-opératoire et que vous oulez en savoir plus, repotez vous au billet du 17 décembre 2007 sur ce blog. Tout y est raconté, ou presue.

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Accidents vasculaires cérébraux : la musique au secours de la parole

La musique adoucit les mœurs, mais elle peut aussi améliorer le devenir de personnes qui ont fait un accident vasculaire cérébral si l’on en croit les résultats d’une étude finlandaise.

On appelle cela communément une attaque cérébrale et le mot est exact. Pour avoir vu la vie de ma mère basculer en moins de dix secondes, je peux vous dire que l’accident vasculaire cérébral (AVC) ne prévient pas, frappe à n’importe quel moment et laisse des séquelles plus ou moins étendues.

L’enjeu, ensuite, c’est la récupération et cela implique des structures adaptées et des professionnels hautement qualifiés. Orthophonistes, ergothérapeutes, kinésithérapeutes sont là pour réduire autant que faire se peut le handicap.

La mélodie fait déjà partie des techniques de rééducation pour les personnes dont les zones de la parole ont été atteintes et qui souffrent d’aphasie.

Grâce à Philippe Van Eeckhout, un des grands noms de la rééducation des aphasiques, on sait que faire travailler un aphasique en lui « chantant » les phrases d’une certaine façon permet de pallier une partie d’un handicap lié à la destruction des zones de la parole.
Chez un droitier par exemple, la zone de la parole est dans le cerveau gauche. Si une artère de cet hémisphère est bouchée ou saigne, la parole peut être plus ou moins altérée.
Mais dans le cerveau droit existe une zone de la mélodie. Un peu à la façon des « Parapluies de Cherbourg » une parole chantonnée et accentuée va solliciter cette zone de la mélodie et ^permettre à l’aphasique de s’exprimer avec parfois plus de facilité, des connexions nerveuses suppléant les zones détruites.

Mais, à en croire une étude finlandaise publiée le 20 février dans la revue Brain, on peut aller encore plus loin grâce à la musique.

Les psychologues finnois ont étudié 60 patients ayant été victime d’un AVC à la suite de l’atteinte d’une artère cérébrale moyenne.

Les patients ont été répartis en trois groupes. Le premier groupe a reçu un lecteur de CD, le deuxième un lecteur permettant d’écouter des livres audio, le troisième groupe a été traité de façon habituelle. Musiques et livres audio étaient entièrement laissés au choix des patients, rien n’était imposé.

Pendant les deux mois suivant leur entrée dans l’étude les patients ont écouté chaque jour deux heures de musique ou de textes enregistrés en fonction de leur groupe. Les patients du troisième groupe n’ont pas été sollicités ainsi.

Des évaluations ont eu lieu à une semaine, trois mois et six mois de l’accident. Ces évaluations avaient pour but d’évaluer leur humeur, leur qualité de vie, leur capacité d’attention, leur mémoire verbale.

Et les meilleurs résultats ont été obtenus dans le groupe ayant bénéficié de la prise en charge musicale. Dans ce groupe, les patients ont montré une nette amélioration de l’attention ciblée, cette capacité à réaliser des opérations mentales, à les contrôler et à résoudre des conflits dans les réponses possibles.

La mémoire verbale a également été améliorée dans ce groupe « musique » dans lequel on a par ailleurs constaté moins de dépression et d’état de confusion que dans les deux autres groupes.

Les auteurs de l’étude soulignent un fait important : le groupe « musique » était constitué de patients qui, à 63 %, écoutaient des morceaux comportant paroles et musique et non pas musique seulement.

Ces effets de la musique semblent jouer un rôle sur la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la façon dont le cerveau lésé va réparer les dégâts. Il est possible que d’autres mécanismes soient mis en jeu, comme la réparation directe des zones atteintes ou encore la libération de substances chimiques capables de jouer un rôle stimulateur sur les fonctions cérébrales.

Il faudra bien sûr des études complémentaires pour valider ce travail des équipes d’Helsinki.

Mais ce qui est important et qu’on sait d’ores et déjà c’est qu’il faut stimuler les personnes victimes d’AVC le plus vite possible.

Il manque malheureusement beaucoup de postes de professionnels de la rééducation dans les services neurologiques et beaucoup de services de soins de suite capables d’accueillir des patients lors de leur sortie des services de neurologie.

Ce la peut sembler une rengaine à force d’être dit et redit. Mais la rengaine c’est aussi de la musique.

Site de la revue Brain :

http://brain.oxfordjournals.org/

Références de l’étude accessible sans abonnement :

Särkämö T, et al « Music listening enhances cognitive recovery and mood after middle cerebral artery stroke » Brain 2008,131:866-876

DOI: 10.1093/brain/awn013

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Cancer du sein : une baisse du nombre de nouveaux cas bienvenue

Le 12 février dernier je rappelais qu’il fallait toujours être très prudent dans l’utilisation des traitements hormonaux de la ménopause. Ce billet faisait suite à la large publicité donnée à la publication d’une étude française dont certains ont interprété les résultats comme un blanc-seing donné aux traitements « à la française ».

Une étude de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) reprise dans un rapport de l’Académie de médecine montre que le nombre de cancers du sein découverts chaque année a commencé à décroître en France pour la première fois en 2005/2006.

Cette baisse survient alors que la prescription des traitements hormonaux de la ménopause a baissé de 62 % entre 2000 et 2006.
Je ne veux pas faire de l’approximation à mon tour mais ces résultats sont semblables à ceux constatés aux Etats-Unis il y a deux ans.

Si la baisse de l’incidence des cancers du sein a des explications diverses, il est indéniable qu’un usage prudent et raisonné des traitements hormonaux a joué un rôle dans cette baisse.

LIRE LE RESUME DE L’ETUDE DE LA CNAM



Recul du cancer du sein – Ma-Tvideo France2

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Traitement de la ménopause : il faut rester prudent.

La prise en charge des femmes ayant des troubles à la ménopause connait des péripéties depuis quelques années. En cause le risque accru de cancer du sein lié au traitement. Un risque qu’une étude française récuse. Pourtant.

L’étude s’appelle MISSION. Elle a été publiée le 21 juin 2007 dans la revue « Gynecological Endocrinology) Initiée par la fédération des gynécologues médicaux, cette étude a suivi un peu moins de 5000 femmes pendant deux ans et demi. Les femmes étaient réparties en deux groupes, L’un des groupes recevait un traitement hormonal ou avait arrêté depuis moins de 5 ans. Le groupe contrôle n’avait jamais reçu de substitut hormonal ou avait arrête il y a plus de 5 ans.

Les auteurs de l’étude concluent qu’avec le traitement « à la française », il n’y a pas eu plus de cancers du sein dans le groupe traité que dans le groupe contrôle. Ce traitement « bleu blanc rouge » repose sur l’utilisation d’oestrogènes et de progestatifs synthétiques reproduisant les formes naturelles d’hormones secrétées par les ovaires, le 17-beta oestradiol et le 17 alpha hydroxyprogestérone.

La traduction médiatique de ces résultats a été simple ; sinon simpliste : le traitement hormonal de la ménopause avec les produits utilisés en France ne pose pas de problème.

Une explication particulièrement bienvenue pour l’industrie pharmaceutique qui a vu s’effondrer les ventes des produits du traitement hormonal substitutif, dans une mesure moindre qu’aux Etats-Unis, mais suffisamment pour avoir des craintes sévères.

Il faut dire que le monde de l’industrie pharmaceutique et une partie du monde médical ont pris de plein fouet un véritable cataclysme en juillet 2002.

Une étude portant sur 16600 femmes ménopausées suivies sur un peu plus de 5 ans venait de montrer qu’il existait un risque de cancer du sein plus élevé chez les femmes recevant un traitement hormonal substitutif. Ce risque, évalué à 26 µ n’était cependant pas statistiquement significatif. Mais le public n’en eut cure et les chiffres de vente des traitements plongèrent de plus de 70 µ.

Cette étude, la WHI pour Women’s health initiative, avait été faite avec des hormones d’origine équine, en français tirée de l’urine de jument. Les femmes incluses dans l’étude étaient plutôt en surpoids et sexagénaires.

Ces diverses caractéristiques conduisirent les spécialistes français à réfuter les résultats de l’étude WHI, arguant du fait que la population choisie et les médicaments délivrés posaient de sérieux doutes sur la méthode et les résultats.

Puis vint l’étude britannique baptisée Million Women study et portant en fait sur 1,084110 million de femmes. Un grand nombre de ces femmes avaient recours aux traitements hormonaux du même type que ceux prescrits chez nous. Et, malgré cela, les résultats allaient dans le même sens que pour l’étude WHI. Le traitement substitutif de la ménopause engendre un risque supplémentaire de cancer du sein.

Face à ces résultats, des épidémiologistes et des spécialistes français souhaitaient mettre en place une étude du type de WHI. Mais une telle étude ne pouvait être qu’européenne tant le nombre de femmes à inclure devait être grand pour voir un effet et le financement posait aussi un énorme problème. L’idéal aurait été que les industriels qui fabriquent les hormones acceptassent de financer l’étude en respectant l’indépendance absolue des investigateurs

MISSION est-elle alors l’étude tant attendue. Apparemment non. Et son interprétation « rassurante » n’est pas du tout du goût de l’Agence de sécurité sanitaire des produits de santé, l’Afssaps qui, aujourd’hui même, publie un communiqué en forme de mise au point, voire de mise aux points sur les « i » !

L’Agence conteste à juste titre la faible taille de l’étude, un tiers des patientes seulement par rapport à WHI, nombre totalement insuffisant pour déceler un risque. D’autres lacunes dans la méthodologie de l’étude sont avancées, elles aussi pertinentes. Quant au résultat final, excluant tout risque, il n’est absolument pas statistiquement significatif et traduit une étude pas assez « robuste » » comme disent les spécialistes. On ne peut donc pas considérer cette étude comme définitive et faisant jurisprudence en raison de ses imperfections.

LIRE LE COMMUNIQUE DE L’AFSSAPS

L’Agence de sécurité sanitaire rappelle donc ses recommandations prises en 2006 et qui limitent la prescription du traitement hormonal substitutif aux seules femmes présentant des troubles fonctionnels liés à la ménopause et altérant leur qualité de vie. Ces termes recouvrent l’existence de sueurs nocturnes, d’insomnie de bouffées de chaleur très intenses ou encore de dépression.

Le traitement devra être donné à la dose minimale efficace et pour la durée la plus courte possible. Pas question non plus de laisser ensuite les femmes dans la nature, puisqu’une réévaluation annuelle est nécessaire.

Pour terminer, je vous conseille le livre de ma consoeur Martine Pérez, du Figaro. Martine est gynécologue de formation et a réalisé une longue enquête en 2005 sur ces traitements auxquels on prêtait toutes les vertus. On avait juste oublié que la médecine, comme la science, vit d’expériences et d’hypothèses sans cesse vérifiées ou contestées. Pas de dogmes.

Martine Pérez Ce que les femmes doivent savoir : Traitement Hormonal Substitutif, la fin d’un mythe Robert Laffont – 22 avril 2005

Références de l’étude MISSION : Breast cancer incidence and hormone replacement therapy: results from the MISSION study, prospective phase. Gynecol Endocrinol, 2007 Jul ; 23(7) :391-7

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VIH/SIDA CROI 2008 : Enfants contaminés, le drame du Nord et la tragédie du Sud.

Deux millions et demi d’enfants sont infectés par le virus VIH dans le monde. Seulement un pour cent de ces enfants vivent dans des pays développés. Et même pour cette ultra-minorité, la vie est loin d’être simple.

Chaque jour mille enfants naissent, porteurs du virus VIH. Une contamination qui se fait dans les derniers moments de la grossesse. Hors de toute prise en charge de la femme enceinte, le risque de passage du virus de la mère à l’enfant est très élevé, estimé à trente pour cent. Depuis l’avènement des traitements préventifs de ce passage, le risque a été abaissé à 2 % environ dans les pays en voie de développement où un tel traitement est accessible. C’est le cas dans à peine 15 % des pays concernés.

Pour donner un ordre d’idée des progrès encore à accomplir il faut rapprocher ces mille naissances quotidiennes au chiffre de naissances d’enfants atteints aux Etats-Unis : 250 par an.

Mais il n’y a pas qu’à la naissance que ces enfants courent un risque puisque l’allaitement au sein représente aussi une voie de contamination non négligeable, un risque supplémentaire évalué à 15 % après un an d’allaitement.

Pourtant cet allaitement exclusif au sein est important pour la santé des enfants .Ne pas les allaiter c’est leur faire courir un risque incroyablement plus élevé de mourir de diarrhée ou de maladies infectieuses, pulmonaires en particulier.

Mais pour prendre en charge ces enfants, il faut déjà diagnostiquer leur séropositivité au virus VIH, ce qui n’est pas simple et les mettre ensuite sous traitement si leur état l’impose.

Toutes les études comparatives entre Afrique et pays occidentaux montrent que la prise en charge des enfants africains se fait trop tardivement à un stade où leurs défenses immunitaires sont au plus mal. Si on ne fait rien, la mortalité est de 60 % à l’âge de deux ans chez les enfants infectés à la naissance

Ainsi un travail comparant la situation de 582 enfants répartis dans 54 hôpitaux en Grande-Bretagne et Irlande d’un côté et celle de 876 enfants d’un seul hôpital, Mulago en Ouganda a mis en évidence un retard de deux ans dans la prise en charge des enfants ougandais par rapport aux enfants britanniques.

Un retard d’autant plus préjudiciable qu’on s’aperçoit que ces enfants répondent très bien au traitement et arrivent à abaisser de façon satisfaisante la quantité de virus présents dans leur sang. Mais ils récupèrent moins bien en poids et taille, probablement en raison de facteurs nutritionnels.

Sans comparaison avec ce qui précède, la situation des enfants et adolescents porteurs du VIH n’est pas non plus une sinécure. Ainsi aux Etats-Unis même si la mortalité a été divisée par 12 en 15 ans, ces enfants ont une mortalité trente fois supérieure à celle des enfants de leur âge.

Ils développent également de sévères complications, notamment cardiovasculaires, sous traitement. Et les troubles psychiatriques sont légion : Un quart souffre de déficit de l’attention, 30 % d’anxiété, 25 % de dépression. Quarante à 60 % de ces adolescents séropositifs ont des rapports sexuels non protégés.

Lynn Mofenson (Institut national de la santé, Bethesda, USA) qui travaille sur la question des enfants séropositifs cite le chiffre américain effarant de grossesses chez les jeunes filles infectées. A 19 ans, 24 % d’entre elles ont déjà été enceintes au moins une fois.

La conférence du Dr Lynne Mofenson

Du Nord au Sud, les enfants ont un point commun : il n’y a aucun médicament anti VIH spécifiquement fait pour eux. Il faut utiliser des médicaments ou des préparations pour adultes avec les risques d’approximation et les problèmes liés au déconditionnement de substances fragiles à manipuler et conserver.

Le Dr Mofenson lance donc un cri d’alerte car la situation n’est pas près de se stabiliser. Les femmes paient, en effet, un lourd tribut à l’infection par le VIH. Elles représentent un cas sur deux dans le monde, mais 60 % dans l’Afrique subsaharienne et 30 % en Asie. Des femmes en âge d’être mère et qui mettent chaque jour au monde mille enfants porteurs du virus et condamnés à mort en quelques années si rien ne change.

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VIH/SIDA CROI 2008 : un virus qui joue à fond le contre.

Notre organisme a tous les moyens nécessaires pour détruire les virus, tout pour les empêcher d’infecter nos cellules. Le VIH a tout pour contrer ces moyens de défense !

Depuis la nuit des temps les virus et les hommes s’affrontent. D’ailleurs notre patrimoine génétique, porté par l’ADN de nos chromosomes, reflète cette lutte ancestrale. Au moins 2% de notre hérédité, en effet, est constituée de gênes d’origine virale qui ont colonisé notre ADN.

Plus étonnant encore, nos cellules savent fabriquer des protéines capables de bloquer les virus, en particulier les rétrovirus, famille à laquelle appartient le VIH. Ces virus ont besoin de « traduire » leur programme génétique pour l’incorporer à la machinerie des cellules qu’ils infectent.

Les chercheurs ont découvert depuis quelques années que deux familles protéines jouaient un rôle essentiel dans l’interception de ces virus. Elles s’appellent TRIM5 et APOBEC3.

Alors pourquoi le VIH arrive-t-il à ses fins en dépit de ces deux vigiles. Parce que virus est capable de bloquer ces deux protéines, tout bêtement a-t-on envie de dire.

Il fabrique à son tour une protéine, Vif, qui vient contrer les effets de la protéine APOBEC.
Mais il ne s’arrête pas là. Il sait comment, une fois qu’il s’est reproduit à des milliers d’exemplaires, sortir des cellules pour aller en infecter d’autres même si on essaie de le retenir.

Deux équipes américaines ont récemment montré que nos cellules fabriquent une substance protéique, la tétherine, qui va littéralement séquestrer les particules virales pour empêcher leur sortie.

Le VIH n’en a cure et grâce à l’un de ses neuf gênes, il élabore une protéine à son tour, la Vpu, qui vient bloquer la tétherine. En quelque sorte le « bloqueur bloqué ».
Et le cycle infernal de contamination des cellules peut ainsi continuer.

Paul Bienasz (Aaron Diamond center, New-York) qui a découvert la tétherine pense qu’à terme on a peut-être là une piste de nouveau traitement. Bloquer l’effet du Vpu pourrait permettre de prévenir la sortie du virus de la cellule.

Mais cela suppose que la substance utilisée bloque sélectivement le Vpu sans interférer avec la tétherine ou avec tout autre composant cellulaire. Ces protéines cellulaires sont là depuis des lustres et ont bien d’autres rôles que de s’occuper du VIH qui nous empoisonne la vie depuis seulement soixante ans.

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VIH/SIDA CROI 2008 : l’horizon s’assombrit encore pour la mise au point d’un vaccin.

Trois essais de vaccins en quelques années, des milliers de volontaires à travers le monde et, en bout de course, trois échecs dont un dernier retentissant. Personne ne peut dire aujourd’hui si un vaccin préventif contre le VIH existera un jour.

A l’automne dernier, le monde de la recherche sur les vaccins contre le VIH tombait de huait. En analysant les données de suivi de l’essai baptisé STEP et qui concernait le vaccin MerckV520, les experts constataient en effet que ce vaccin ne protégeait vraiment pas.
Cette étude avait enrôlé 3000 volontaires séronégatifs pour le virus VIH et ayant des comportements sexuels à risque.
Dans le groupe de volontaires vaccinés on dénombrait 49 nouvelles contaminations par le VIH alors qu’il n’y avait que 33 cas dans le groupe recevant le placebo.

L’essai a été immédiatement interrompu et depuis les spécialistes cherchent à comprendre.
Ce mardi à Boston, les premières tentatives d’explication ont été présentées par Susan Buchbinder (San Francisco) et Michael Robertson ( Merck, West Point).

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Drs Susan Buchbinder et Michael Robertson

Ce dont on est sûr c’est que le vaccin lui-même n’est pas directement à l’origine de ces contaminations puisqu’il ne contenait que trois gènes issus du virus VIH et aucun matériel potentiellement infectieux.

La préparation vaccinale a plutôt joué un rôle indirect prédisposant à l’infection par le virus, mais comment ? Là est la question. Les analyses statistiques sont loin d’être terminées mais déjà émergent des éléments de réponse.

En comparant les diverses caractéristiques des sujets infectés et de ceux qui ne l’étaient pas, on s’aperçoit que les volontaires qui étaient circoncis ont bénéficié d’un effet protecteur.
La raison n’est pas encore connue !
Un autre élément semble entrer en compte. Les génes étaient insérés dans un virus synthétique appelé adénovirus de type 5. Ce virus est de la famille des virus responsables du rhume commun et il est fréquent que l’on s’immunise contre cette famille de virus. Les personnes infectées avaient tendance à avoir un haut niveau d’anticorps contre cet adénovirus, ce qui veut dire que la préparation vaccinale aurait pu être inactivée d’emblée.

Il va falloir de longs mois encore pour comprendre ce qui s’est passé et l’analyse de cet échec apportera sans doute beaucoup aux chercheurs. Des chercheurs qui ont le blues car la mise au point d’un vaccin préventif semble s’éloigner de plus en plus et pour longtemps.

L’un des plus grands spécialistes de cette recherche, Ronald Desrosiers (Harvard university, Boston) dit clairement que dans l’état actuel de nos connaissance il est impensable d’obtenir un vaccin efficace et que tous les projets en cours de développement sont voués au même échec que les trois essais précédents.

Pr Ronald Desrosiers

Desrosiers explique cette position par le fait que nous ignorons encore trop de choses sur la façon de contrer ce virus et que l’urgence c’est de revenir en arrière et de se lancer dans de nouvelles recherches et plus d’innovation créative. Actuellement le virus échappe à l’action des anticorps, ces protéines censées le neutraliser. Il faut pouvoir trouver la formule pour qu’il ne puisse plus narguer nos défenses.
Autre difficulté de la mise au point d’un vaccin, la multiplicité de formes que peut prendre le virus. Un vaccin est adapté à un type de virus mais pas à un spécialiste de l’évasion qui peut « cracher » des éléments en permanence pour tromper les défenses.
Et la liste est longue de notre ignorance à frapper au coeur un ennemi diabolique. L’idée d’une « balle magique », d’un vaccin universel est donc une illusion pour le moment.

« Nous courons le risque en continuant ainsi » dit Desrosiers « de lasser les bailleurs de fonds, notamment les pouvoirs publics et de décourager les volontaires »

L’équivalent d’environ deux cents millions d’euros a déjà été investi dans des essais cliniques sans résultat positif.
Desrosiers estime que cet argent serait plus utile pour financer des études scientifiques destinées à comprendre comment bloquer le virus, ce qu’on ne sait toujours pas faire vingt-cinq ans après la découverte du VIH.

D’autres voix s’élèvent aussi pour encourager à financer des stratégies de prévention et d’éducation qui montrent leur efficacité comme au Botswana par exemple.

Il y a quelques années, en France, un scientifique proclamait dans les médias :« Donnez- moi deux millions et dans deux ans je vous fais le vaccin ». Il parlait de 2 millions de francs, un peu plus de 300 000 euros.

Malgré un investissement des milliers de fois plus importants, aucune équipe au monde n’a mis au point un vaccin efficace.

Apparemment, ce ne sera fait avant bien longtemps

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VIH/SIDA CROI 2008 : Bloquer le virus, la force est peut-être en toi !

Le sang et le sperme sont les deux voies de propagation du virus VIH. C’est peut-être dans ces liquides biologiques que se trouvent les moyens de le bloquer. Une idée qui commence à faire son chemin.

L’idée a germé à Ulm, en Allemagne, dans l’équipe de Franck Kirchhoff. Passer au crible les protéines du sang pour voir si ce liquide ne recélerait pas des éléments susceptibles de bloquer le virus VIH. On sait déjà que dans le sang circulent des substances comme les chimiokines, les cytokines, les ribonucléases qui ont toutes montré expérimentalement des capacités de blocage face au virus.

Dr. Franck Kirchhoff

Les chercheurs ont donc utilisé pas moins de vingt mille litres de sang sur lesquels ils ont appliqué un procédé appelé hémofiltration.

Ils ont ainsi recueilli près d’un million de peptides, des petites structures faites de quelques acides aminés. Et en passant en revue tous ces peptides, ils sont tombés sur un fragment d’une protéine connue : l’alpha-1 antitrypsine.

Cette protéine, secrétée par le foie, joue un rôle fondamental pour protéger les poumons de la destruction en cas d’infection.

C’est une portion de cette protéine, faite de vingt acides aminés qui a fasciné les chercheurs. Ils ont baptisé ce fragment VIRIP pour Virus Inhibitory Peptide ou peptide inhibiteur de virus.

VIRIP bloque l’entrée du virus dans les cellules. Mais on peut le « bricoler » pour le rendre encore plus puissant. Et on a obtenu ainsi un composé le VIR576 qui s’est révélé non toxique pour les cellules dans les conditions de laboratoire et surtout capable de bloquer l’entrée d’un grand nombre de virus VIH dans les cellules.

Ce produit agit sur un mécanisme d’accrochage du virus aux cellules qu’il infecte, un mécanisme non couvert par les médicaments actuellement disponibles. En bloquant la fusion du virus avec les cellules de la personne infectée, on espère bloquer la propagation du VIH qui ne peut plus se reproduire.

Des essais cliniques vont bientôt commencer avec cette molécule. Il faut espérer qu’elle reproduise en vraie grandeur les promesses qu’elle montre in vitro.

Et l’intérêt est d’autant plus grand que ce mécanisme de fusion est utilisé par de nombreux virus comme ceux des hépatites, de l’herpès ou des oreillons.

Mais il n’y a jamais très loin du Capitole à la Roche tarpéienne et si notre sang contient un puissant inhibiteur di virus VIH, ce dernier trouve dans un autre fluide biologique un allié de poids. Ce liquide c’est le sperme et cet allié ce sont les phosphatases acides prostatiques ou PAP.

Cette substance secrétée par la prostate à raison de 1 à 2 mg/ml est encore décelable dans les voies génitales féminines deux jours après un rapport sexuel.

Les PAP vont former des filaments qui vont littéralement guider le VIH vers les cellules à infecter. On constate que les cellules de la partie superficielle de l’utérus ou que les cellules du col de l’utérus captent facilement le virus VIH en présence des PAP, alors qu’à l’état normal ces cellules sont réfractaires à l’entrée du virus.

En présence d’un liquide séminal contenant ces PAP, il suffit de une à trois particules virales pour réussir à infecter une cellule.

On comprend donc mieux pourquoi l’infection par le VIH se fait par voie sexuelle, mais on n’a pas encore l’arme pour freiner l’action des PAP. D’où l’importance sans cesse rappelée des rapports protégés par un préservatif.

Petite anecdote pour finir: Franck Kirchhoff a recherché un financement auprès de l’Union européenne pour développer un peptide de synthèse à partir du VIPIR. ON lui a répondu que le projet n’était pas assez innovant. Il a alors avancé l’idée que cette recherche pourrait s’appliquer à d’autres virus. On lui a redit non, car c’était trop risqué. Pas assez innovant, trop risqué ! On sera sans doute étonné d’apprendre un jour qu’une société de biotechnologie ou un laboratoire pharmaceutique américain a décidé de développer ce produit pour mieux nous le revendre

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VIH/SIDA CROI 2008 : Les dégats collatéraux du VIH

L’apparition des traitements combinés, notamment les trithérapies, a beaucoup changé le devenir des personnes infectées par le virus VIH. Alors que la mortalité due au sida décroit de façon importante, le virus semble être impliqué dans l’apparition d’autres pathologies non liées au sida.

Quatre groupes de pathologies retiennent plus particulièrement l’attention des spécialistes.
Ce sont les cancers non liés au sida, les maladies rénales, les maladies cardiovasculaires et les atteintes hépatiques dont la cirrhose.

Andrew Phillips (University College, Londres) a passé en revue un certain nombre d’études récentes et les chiffres sont assez éloquents.

On constate ainsi que les personnes porteuses du virus ont un risque de cancer du poumon supérieur à la population générale, risque qui persiste lorsqu’on prend en compte l’usage du tabac.

Pour expliquer cette élévation du nombre des cancers, on suspecte que l’effondrement des défenses immunitaires permet à des agents infectieux comme certains virus de pouvoir exercer leur potentiel cancérogène. Les infections entretiennent aussi des phénomènes inflammatoires chroniques très dommageables. Enfin les systèmes permettant d’identifier et de détruire les cellules en voie de cancérisation ne répondent plus.

Pour les maladies cardiovasculaires ce sont encore les phénomènes inflammatoires qui sont au premier plan, avec la baisse du HDL-cholestérol et différentes perturbations affectant la paroi des vaisseaux sanguins.

Enfin la coïnfection VIH-virus des hépatites B et C accélère les mécanismes de fibroses qui vont rompre l’architecture normale du foie et favoriser l’apparition d’une cirrhose.

On s’aperçoit que même chez ceux qui conservent encore une quantité de cellules de défense non négligeable, les hospitalisations liées à des pathologies non reliées au sida sont bien plus importantes que celles reliées à cette infection.

Ce phénomène est assez nouveau et surtout encore mal étudié et évalué.
On ne sait pas quels peuvent être les éléments prédicteurs, les éventuels marqueurs de tels événements.
Une recherche qui devient d’autant plus nécessaire que les traitements sont de plus en plus efficaces, mais que le virus reste dans l’organisme.

Andrew Phillips propose également d’étendre la mise sous traitement à des personnes dont l’immunité n’est pas trop atteinte et dont on pense, jusqu’à présent, qu’on peut attendre pour les traiter.

Selon lui les bénéfices des traitements antiviraux excèdent les risques liés aux effets secondaires qu’ils génèrent

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