Archives quotidiennes : 4 février 2008

VIH/SIDA CROI 2008 : Les dégats collatéraux du VIH

L’apparition des traitements combinés, notamment les trithérapies, a beaucoup changé le devenir des personnes infectées par le virus VIH. Alors que la mortalité due au sida décroit de façon importante, le virus semble être impliqué dans l’apparition d’autres pathologies non liées au sida.

Quatre groupes de pathologies retiennent plus particulièrement l’attention des spécialistes.
Ce sont les cancers non liés au sida, les maladies rénales, les maladies cardiovasculaires et les atteintes hépatiques dont la cirrhose.

Andrew Phillips (University College, Londres) a passé en revue un certain nombre d’études récentes et les chiffres sont assez éloquents.

On constate ainsi que les personnes porteuses du virus ont un risque de cancer du poumon supérieur à la population générale, risque qui persiste lorsqu’on prend en compte l’usage du tabac.

Pour expliquer cette élévation du nombre des cancers, on suspecte que l’effondrement des défenses immunitaires permet à des agents infectieux comme certains virus de pouvoir exercer leur potentiel cancérogène. Les infections entretiennent aussi des phénomènes inflammatoires chroniques très dommageables. Enfin les systèmes permettant d’identifier et de détruire les cellules en voie de cancérisation ne répondent plus.

Pour les maladies cardiovasculaires ce sont encore les phénomènes inflammatoires qui sont au premier plan, avec la baisse du HDL-cholestérol et différentes perturbations affectant la paroi des vaisseaux sanguins.

Enfin la coïnfection VIH-virus des hépatites B et C accélère les mécanismes de fibroses qui vont rompre l’architecture normale du foie et favoriser l’apparition d’une cirrhose.

On s’aperçoit que même chez ceux qui conservent encore une quantité de cellules de défense non négligeable, les hospitalisations liées à des pathologies non reliées au sida sont bien plus importantes que celles reliées à cette infection.

Ce phénomène est assez nouveau et surtout encore mal étudié et évalué.
On ne sait pas quels peuvent être les éléments prédicteurs, les éventuels marqueurs de tels événements.
Une recherche qui devient d’autant plus nécessaire que les traitements sont de plus en plus efficaces, mais que le virus reste dans l’organisme.

Andrew Phillips propose également d’étendre la mise sous traitement à des personnes dont l’immunité n’est pas trop atteinte et dont on pense, jusqu’à présent, qu’on peut attendre pour les traiter.

Selon lui les bénéfices des traitements antiviraux excèdent les risques liés aux effets secondaires qu’ils génèrent

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VIH/SIDA CROI 2008 : un bacille nettoyeur pour protéger les femmes

Les chiffres le prouvent sur tous les continents : les femmes sont beaucoup plus vulnérables que les hommes face à l’infection par le VIH. Un bacille anodin fournit peut-être une partie de l’explication.

A l’état normal, la flore vaginale est dominée par un petit bacille. On l’appelait auparavant bacille de Doderlein. On parle aujourd’hui de Lactobacillus. Ce bacille, qui n’est absolument pas pathogène, secrète du peroxyde d’hydrogène, c’est le nom savant de l’eau oxygénée, et de l’acide lactique.

Ces deux produits lui permettent de contrôler la croissance des autres bactéries présentes dans le vagin et de prévenir les infections, en particulier les vaginoses bactériennes (VB).

L’équipe du Dr Jane Hitti (Université de Washington à Seattle) a voulu savoir ce qui se passait dans la flore vaginale des femmes séropositives pour le virus VIH.

La conférence du Dr. Jane Hitti

Elle a suivi ainsi 57 américaines au cours de visites périodiques assorties de prélèvements vaginaux et sanguins.

Les résultats montrent l’importance du rôle joué par le lactobacille. Chez les femmes qui ont une flore vaginale riche en cet élément, les marqueurs sanguins et vaginaux de la présence du virus VIH sont beaucoup plus bas que chez les femmes chez lesquelles des bactéries pathogènes (trichomonas, nesseria gonorrhéa) ont pris le dessus.

Le suivi de ces femmes séropositives a montré également que lorsque le vagin est à nouveau colonisé par le bacille, les résultats de la charge virale s’améliorent.

Le rôle extrêmement néfaste joué par les infections génitales dans l’infection par le VIH est connu depuis longtemps. Les bactéries entrainent des réactions cellulaires et des mécanismes inflammatoires qui sont autant de « boulevards » que le virus s’empresse d’emprunter.

Il est donc nécessaire de lutter contre ces infections, ce qui suppose d’offrir des soins de prévention aux femmes exposées à ces infections. Même si les infections génitales frappent aussi bien les beaux quartiers que les autres, elles posent moins de problèmes d’accès aux soins dans les lieux aisés !
Il faut donc être sûr que les femmes vivant dans des conditions difficiles auront-elles aussi accès à ces soins. On s’aperçoit que ce sont elles qui paient souvent le plus lourd tribut à l’infection par le VIH.

Pourra-t-on un jour « ensemencer » la flore vaginale avec le lactobacille qui lui manque.

Pour l’instant les essais ne sont guère convaincants, mais la recherche continue. On travaille soit sur des versions naturelles du bacille, soit sur un bacille crée artificiellement et qui aurait la possibilité de s’ancrer durablement

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VIH/SIDA CROI 2008: De nouvelles molécules pour fermer la porte au virus.

DDouche froide pour les vaccins, un peu de réconfort en matière de nouvelles molécules, c’est le menu de cette première journée à Boston

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John Mellors, l’un des coprésidents de la Conférence l’a dit tout de go : il ne faut pas s’attendre à l’arrivée d’un vaccin préventif du sida avant encore de très longues années.
L’extraordinaire complexité avec laquelle ce virus se joue des défenses de la cellule (voir le billet du 10 janvier 2008) n’arrange pas la vie des chercheurs.

Pas plus d’optimisme non plus vis-à-vis des « vaccins thérapeutiques », ces produits censés doper l’immunité des patients en reconstituant des familles de cellules de défense.

Pr John Mellors

Alors on se tourne vers les espoirs de nouvelles molécules capables d’interférer avec le virus.
Ce dimanche, Barry Zingman (Centre médical Montefiore, New-York) a présenté les résultats à 48 semaines d’un essai comparant le Vicriviroc à un traitement traditionnel par trithérapie.

Le Vicriviroc appartient à une nouvelle famille appelée « antagoniste CCR5). Derrière ce nom barbare se cachent des molécules capables de bloquer la porte par laquelle la plupart des virus HIV, 65 % environ, entrent dans les cellules. CCR5 est, en fait, un récepteur, une sorte de port auquel le virus vient se lier. L’autre port est appelé couramment CX4.

Le Vicriviroc a été étudié à deux dosages différents, 20 et 30 mg, et donné une fois par jour associé à deux autres antiviraux. Il a été comparé à un troisième groupe recevant un traitement optimal avec un placebo.
A la dose la plus élevée, la molécule a permis chez 52 % des patients d’obtenir un taux indétectable de virus dans le sang. Un bon résultat a priori chez des patients qui avaient déjà reçu d’autres traitements mais qui avaient vu remonter leur charge virale dans le sang.

Le virus VIH n’aime pas qu’on lui ferme ainsi un de ses accès et il a tendance à développer une affinité pour l’autre point d’entrée, le récepteur CX4. Cela s’est produit chez 23 % des patients ainsi traités, mais sans affecter apparemment l’efficacité du traitement.

Un essai au long cours et impliquant un plus grand nombre de patients est en cours afin de voir ce qu’on peut vraiment attendre de ce genre de traitements car une molécule du même genre avait entrainé une certaine déception par le passé.

Un autre produit de la même famille, connu seulement sous son nom de « code », le SCH532706n a fait l’objet d’une étude pilote. Il a été donné à une dose de 60 mg deux fois par jour et associé au Ritonavir à la dose de 100 mg

Testé pour mesurer son efficacité pendant 10 jours seulement et sur douze patients, L’effet du produit a continué après cessation de la prise puisque le taux de virus dans le sang était au plus bas au 15ème jour de l’étude. Au 25 èùe jour, même si la charge de virus était remontée, elle était encore inférieure à la valeur de départ.

Ce sont là des résultats très préliminaires et dont on ne peut tirer aucun enseignement pour l’instant.

Mais si cette famille de médicaments tient ses promesses, ces molécules pourraient, selon l’avis des spécialistes, tenir une place très importante chez les patients n’ayant jamais reçu de traitement en bloquant l’entrée des virus dans les cellules, limitant ainsi le risque de réplication.

Dernier enseignement de cette journée, arrêter temporairement les traitements, comme on l’a tenté il y a quelques années, n’est pas une bonne idée.

On espérait avec ces stratégies thérapeutiques d’interruption, STI, limiter les effets secondaires et permettre à l’organisme de reconstituer ses défenses.
Les études montrent qu’il n’en est rien et que ceux qui ont repris leur traitement après ces interruptions paient un prix pour cette pause, avec un taux de mortalité plus élevé que ceux qui n’ont pas cessé le traitement.

Ne pas arrêter le traitement est donc le message qui doit rester, malgré tous les désagréments et effets secondaires rencontrés

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