Archives quotidiennes : 5 février 2008

VIH/SIDA CROI 2008 : l’horizon s’assombrit encore pour la mise au point d’un vaccin.

Trois essais de vaccins en quelques années, des milliers de volontaires à travers le monde et, en bout de course, trois échecs dont un dernier retentissant. Personne ne peut dire aujourd’hui si un vaccin préventif contre le VIH existera un jour.

A l’automne dernier, le monde de la recherche sur les vaccins contre le VIH tombait de huait. En analysant les données de suivi de l’essai baptisé STEP et qui concernait le vaccin MerckV520, les experts constataient en effet que ce vaccin ne protégeait vraiment pas.
Cette étude avait enrôlé 3000 volontaires séronégatifs pour le virus VIH et ayant des comportements sexuels à risque.
Dans le groupe de volontaires vaccinés on dénombrait 49 nouvelles contaminations par le VIH alors qu’il n’y avait que 33 cas dans le groupe recevant le placebo.

L’essai a été immédiatement interrompu et depuis les spécialistes cherchent à comprendre.
Ce mardi à Boston, les premières tentatives d’explication ont été présentées par Susan Buchbinder (San Francisco) et Michael Robertson ( Merck, West Point).

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Drs Susan Buchbinder et Michael Robertson

Ce dont on est sûr c’est que le vaccin lui-même n’est pas directement à l’origine de ces contaminations puisqu’il ne contenait que trois gènes issus du virus VIH et aucun matériel potentiellement infectieux.

La préparation vaccinale a plutôt joué un rôle indirect prédisposant à l’infection par le virus, mais comment ? Là est la question. Les analyses statistiques sont loin d’être terminées mais déjà émergent des éléments de réponse.

En comparant les diverses caractéristiques des sujets infectés et de ceux qui ne l’étaient pas, on s’aperçoit que les volontaires qui étaient circoncis ont bénéficié d’un effet protecteur.
La raison n’est pas encore connue !
Un autre élément semble entrer en compte. Les génes étaient insérés dans un virus synthétique appelé adénovirus de type 5. Ce virus est de la famille des virus responsables du rhume commun et il est fréquent que l’on s’immunise contre cette famille de virus. Les personnes infectées avaient tendance à avoir un haut niveau d’anticorps contre cet adénovirus, ce qui veut dire que la préparation vaccinale aurait pu être inactivée d’emblée.

Il va falloir de longs mois encore pour comprendre ce qui s’est passé et l’analyse de cet échec apportera sans doute beaucoup aux chercheurs. Des chercheurs qui ont le blues car la mise au point d’un vaccin préventif semble s’éloigner de plus en plus et pour longtemps.

L’un des plus grands spécialistes de cette recherche, Ronald Desrosiers (Harvard university, Boston) dit clairement que dans l’état actuel de nos connaissance il est impensable d’obtenir un vaccin efficace et que tous les projets en cours de développement sont voués au même échec que les trois essais précédents.

Pr Ronald Desrosiers

Desrosiers explique cette position par le fait que nous ignorons encore trop de choses sur la façon de contrer ce virus et que l’urgence c’est de revenir en arrière et de se lancer dans de nouvelles recherches et plus d’innovation créative. Actuellement le virus échappe à l’action des anticorps, ces protéines censées le neutraliser. Il faut pouvoir trouver la formule pour qu’il ne puisse plus narguer nos défenses.
Autre difficulté de la mise au point d’un vaccin, la multiplicité de formes que peut prendre le virus. Un vaccin est adapté à un type de virus mais pas à un spécialiste de l’évasion qui peut « cracher » des éléments en permanence pour tromper les défenses.
Et la liste est longue de notre ignorance à frapper au coeur un ennemi diabolique. L’idée d’une « balle magique », d’un vaccin universel est donc une illusion pour le moment.

« Nous courons le risque en continuant ainsi » dit Desrosiers « de lasser les bailleurs de fonds, notamment les pouvoirs publics et de décourager les volontaires »

L’équivalent d’environ deux cents millions d’euros a déjà été investi dans des essais cliniques sans résultat positif.
Desrosiers estime que cet argent serait plus utile pour financer des études scientifiques destinées à comprendre comment bloquer le virus, ce qu’on ne sait toujours pas faire vingt-cinq ans après la découverte du VIH.

D’autres voix s’élèvent aussi pour encourager à financer des stratégies de prévention et d’éducation qui montrent leur efficacité comme au Botswana par exemple.

Il y a quelques années, en France, un scientifique proclamait dans les médias :« Donnez- moi deux millions et dans deux ans je vous fais le vaccin ». Il parlait de 2 millions de francs, un peu plus de 300 000 euros.

Malgré un investissement des milliers de fois plus importants, aucune équipe au monde n’a mis au point un vaccin efficace.

Apparemment, ce ne sera fait avant bien longtemps

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VIH/SIDA CROI 2008 : Bloquer le virus, la force est peut-être en toi !

Le sang et le sperme sont les deux voies de propagation du virus VIH. C’est peut-être dans ces liquides biologiques que se trouvent les moyens de le bloquer. Une idée qui commence à faire son chemin.

L’idée a germé à Ulm, en Allemagne, dans l’équipe de Franck Kirchhoff. Passer au crible les protéines du sang pour voir si ce liquide ne recélerait pas des éléments susceptibles de bloquer le virus VIH. On sait déjà que dans le sang circulent des substances comme les chimiokines, les cytokines, les ribonucléases qui ont toutes montré expérimentalement des capacités de blocage face au virus.

Dr. Franck Kirchhoff

Les chercheurs ont donc utilisé pas moins de vingt mille litres de sang sur lesquels ils ont appliqué un procédé appelé hémofiltration.

Ils ont ainsi recueilli près d’un million de peptides, des petites structures faites de quelques acides aminés. Et en passant en revue tous ces peptides, ils sont tombés sur un fragment d’une protéine connue : l’alpha-1 antitrypsine.

Cette protéine, secrétée par le foie, joue un rôle fondamental pour protéger les poumons de la destruction en cas d’infection.

C’est une portion de cette protéine, faite de vingt acides aminés qui a fasciné les chercheurs. Ils ont baptisé ce fragment VIRIP pour Virus Inhibitory Peptide ou peptide inhibiteur de virus.

VIRIP bloque l’entrée du virus dans les cellules. Mais on peut le « bricoler » pour le rendre encore plus puissant. Et on a obtenu ainsi un composé le VIR576 qui s’est révélé non toxique pour les cellules dans les conditions de laboratoire et surtout capable de bloquer l’entrée d’un grand nombre de virus VIH dans les cellules.

Ce produit agit sur un mécanisme d’accrochage du virus aux cellules qu’il infecte, un mécanisme non couvert par les médicaments actuellement disponibles. En bloquant la fusion du virus avec les cellules de la personne infectée, on espère bloquer la propagation du VIH qui ne peut plus se reproduire.

Des essais cliniques vont bientôt commencer avec cette molécule. Il faut espérer qu’elle reproduise en vraie grandeur les promesses qu’elle montre in vitro.

Et l’intérêt est d’autant plus grand que ce mécanisme de fusion est utilisé par de nombreux virus comme ceux des hépatites, de l’herpès ou des oreillons.

Mais il n’y a jamais très loin du Capitole à la Roche tarpéienne et si notre sang contient un puissant inhibiteur di virus VIH, ce dernier trouve dans un autre fluide biologique un allié de poids. Ce liquide c’est le sperme et cet allié ce sont les phosphatases acides prostatiques ou PAP.

Cette substance secrétée par la prostate à raison de 1 à 2 mg/ml est encore décelable dans les voies génitales féminines deux jours après un rapport sexuel.

Les PAP vont former des filaments qui vont littéralement guider le VIH vers les cellules à infecter. On constate que les cellules de la partie superficielle de l’utérus ou que les cellules du col de l’utérus captent facilement le virus VIH en présence des PAP, alors qu’à l’état normal ces cellules sont réfractaires à l’entrée du virus.

En présence d’un liquide séminal contenant ces PAP, il suffit de une à trois particules virales pour réussir à infecter une cellule.

On comprend donc mieux pourquoi l’infection par le VIH se fait par voie sexuelle, mais on n’a pas encore l’arme pour freiner l’action des PAP. D’où l’importance sans cesse rappelée des rapports protégés par un préservatif.

Petite anecdote pour finir: Franck Kirchhoff a recherché un financement auprès de l’Union européenne pour développer un peptide de synthèse à partir du VIPIR. ON lui a répondu que le projet n’était pas assez innovant. Il a alors avancé l’idée que cette recherche pourrait s’appliquer à d’autres virus. On lui a redit non, car c’était trop risqué. Pas assez innovant, trop risqué ! On sera sans doute étonné d’apprendre un jour qu’une société de biotechnologie ou un laboratoire pharmaceutique américain a décidé de développer ce produit pour mieux nous le revendre

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