Archives quotidiennes : 6 février 2008

VIH/SIDA CROI 2008 : Enfants contaminés, le drame du Nord et la tragédie du Sud.

Deux millions et demi d’enfants sont infectés par le virus VIH dans le monde. Seulement un pour cent de ces enfants vivent dans des pays développés. Et même pour cette ultra-minorité, la vie est loin d’être simple.

Chaque jour mille enfants naissent, porteurs du virus VIH. Une contamination qui se fait dans les derniers moments de la grossesse. Hors de toute prise en charge de la femme enceinte, le risque de passage du virus de la mère à l’enfant est très élevé, estimé à trente pour cent. Depuis l’avènement des traitements préventifs de ce passage, le risque a été abaissé à 2 % environ dans les pays en voie de développement où un tel traitement est accessible. C’est le cas dans à peine 15 % des pays concernés.

Pour donner un ordre d’idée des progrès encore à accomplir il faut rapprocher ces mille naissances quotidiennes au chiffre de naissances d’enfants atteints aux Etats-Unis : 250 par an.

Mais il n’y a pas qu’à la naissance que ces enfants courent un risque puisque l’allaitement au sein représente aussi une voie de contamination non négligeable, un risque supplémentaire évalué à 15 % après un an d’allaitement.

Pourtant cet allaitement exclusif au sein est important pour la santé des enfants .Ne pas les allaiter c’est leur faire courir un risque incroyablement plus élevé de mourir de diarrhée ou de maladies infectieuses, pulmonaires en particulier.

Mais pour prendre en charge ces enfants, il faut déjà diagnostiquer leur séropositivité au virus VIH, ce qui n’est pas simple et les mettre ensuite sous traitement si leur état l’impose.

Toutes les études comparatives entre Afrique et pays occidentaux montrent que la prise en charge des enfants africains se fait trop tardivement à un stade où leurs défenses immunitaires sont au plus mal. Si on ne fait rien, la mortalité est de 60 % à l’âge de deux ans chez les enfants infectés à la naissance

Ainsi un travail comparant la situation de 582 enfants répartis dans 54 hôpitaux en Grande-Bretagne et Irlande d’un côté et celle de 876 enfants d’un seul hôpital, Mulago en Ouganda a mis en évidence un retard de deux ans dans la prise en charge des enfants ougandais par rapport aux enfants britanniques.

Un retard d’autant plus préjudiciable qu’on s’aperçoit que ces enfants répondent très bien au traitement et arrivent à abaisser de façon satisfaisante la quantité de virus présents dans leur sang. Mais ils récupèrent moins bien en poids et taille, probablement en raison de facteurs nutritionnels.

Sans comparaison avec ce qui précède, la situation des enfants et adolescents porteurs du VIH n’est pas non plus une sinécure. Ainsi aux Etats-Unis même si la mortalité a été divisée par 12 en 15 ans, ces enfants ont une mortalité trente fois supérieure à celle des enfants de leur âge.

Ils développent également de sévères complications, notamment cardiovasculaires, sous traitement. Et les troubles psychiatriques sont légion : Un quart souffre de déficit de l’attention, 30 % d’anxiété, 25 % de dépression. Quarante à 60 % de ces adolescents séropositifs ont des rapports sexuels non protégés.

Lynn Mofenson (Institut national de la santé, Bethesda, USA) qui travaille sur la question des enfants séropositifs cite le chiffre américain effarant de grossesses chez les jeunes filles infectées. A 19 ans, 24 % d’entre elles ont déjà été enceintes au moins une fois.

La conférence du Dr Lynne Mofenson

Du Nord au Sud, les enfants ont un point commun : il n’y a aucun médicament anti VIH spécifiquement fait pour eux. Il faut utiliser des médicaments ou des préparations pour adultes avec les risques d’approximation et les problèmes liés au déconditionnement de substances fragiles à manipuler et conserver.

Le Dr Mofenson lance donc un cri d’alerte car la situation n’est pas près de se stabiliser. Les femmes paient, en effet, un lourd tribut à l’infection par le VIH. Elles représentent un cas sur deux dans le monde, mais 60 % dans l’Afrique subsaharienne et 30 % en Asie. Des femmes en âge d’être mère et qui mettent chaque jour au monde mille enfants porteurs du virus et condamnés à mort en quelques années si rien ne change.

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VIH/SIDA CROI 2008 : un virus qui joue à fond le contre.

Notre organisme a tous les moyens nécessaires pour détruire les virus, tout pour les empêcher d’infecter nos cellules. Le VIH a tout pour contrer ces moyens de défense !

Depuis la nuit des temps les virus et les hommes s’affrontent. D’ailleurs notre patrimoine génétique, porté par l’ADN de nos chromosomes, reflète cette lutte ancestrale. Au moins 2% de notre hérédité, en effet, est constituée de gênes d’origine virale qui ont colonisé notre ADN.

Plus étonnant encore, nos cellules savent fabriquer des protéines capables de bloquer les virus, en particulier les rétrovirus, famille à laquelle appartient le VIH. Ces virus ont besoin de « traduire » leur programme génétique pour l’incorporer à la machinerie des cellules qu’ils infectent.

Les chercheurs ont découvert depuis quelques années que deux familles protéines jouaient un rôle essentiel dans l’interception de ces virus. Elles s’appellent TRIM5 et APOBEC3.

Alors pourquoi le VIH arrive-t-il à ses fins en dépit de ces deux vigiles. Parce que virus est capable de bloquer ces deux protéines, tout bêtement a-t-on envie de dire.

Il fabrique à son tour une protéine, Vif, qui vient contrer les effets de la protéine APOBEC.
Mais il ne s’arrête pas là. Il sait comment, une fois qu’il s’est reproduit à des milliers d’exemplaires, sortir des cellules pour aller en infecter d’autres même si on essaie de le retenir.

Deux équipes américaines ont récemment montré que nos cellules fabriquent une substance protéique, la tétherine, qui va littéralement séquestrer les particules virales pour empêcher leur sortie.

Le VIH n’en a cure et grâce à l’un de ses neuf gênes, il élabore une protéine à son tour, la Vpu, qui vient bloquer la tétherine. En quelque sorte le « bloqueur bloqué ».
Et le cycle infernal de contamination des cellules peut ainsi continuer.

Paul Bienasz (Aaron Diamond center, New-York) qui a découvert la tétherine pense qu’à terme on a peut-être là une piste de nouveau traitement. Bloquer l’effet du Vpu pourrait permettre de prévenir la sortie du virus de la cellule.

Mais cela suppose que la substance utilisée bloque sélectivement le Vpu sans interférer avec la tétherine ou avec tout autre composant cellulaire. Ces protéines cellulaires sont là depuis des lustres et ont bien d’autres rôles que de s’occuper du VIH qui nous empoisonne la vie depuis seulement soixante ans.

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