Valérie Pecresse et Roselyne Bachelot-Narquin disent vouloir réformer la première année des études médicales. Une année qui est synonyme d’énorme gâchis et qui « sélectionne » des futurs médecins sur des critères pas très pertinents.
C’est sans doute un des spectacles les plus désolants qui soit : un amphithéâtre qui accueille des étudiants de première année de médecine, le PCEM 1. A peine dix pour cent des étudiants inscrits accéderont à la deuxième année à l’issue d’un concours où les redoublants ont un énorme avantage et où le fait d’avoir obtenu un bac S avec mention est un autre énorme bon point.
Une fois ce cap passé, les survivants entreront sur la voie royale qui mène au diplôme de docteur en médecine sans que rien ne puisse les arrêter, même des signes évidents d’incompétence notoire ou, comme je l’ai vécu dans ma promotion, un état psychiatrique inquiétant.
Mais revenons à ce massacre qu’est le concours de première année. Un certain nombre de places en deuxième année sont fixées faculté par faculté. Et il est fréquent que pour 100 places il y ait mille inscrits. Avec les études de pharmacie, les études de médecine sont les seules du monde universitaire à avoir un « numerus clausus » officiel.
Les choses sont précisées d’avance et, pourtant, rien n’empêche chaque année les inscriptions de représenter dix fois le nombre de places. Il y a bien sûr les « touristes », ceux qui une fois le bac en poche ne savent pas très bien ce qu’ils vont faire et s’inscrivent là comme ils auraient pu s’inscrire ailleurs. Mais ils ne sont pas les plus nombreux.
Il y a aussi ceux qui souhaitent ardemment faire médecine avec une dimension « sacerdotale »Ils ont envie de soulager la misère du monde et de leur prochain.
Il y a ceux aussi qui ont compris que la faculté de médecine est, avec celle de pharmacie, tout sauf un établissement universitaire classique. C’est une vraie école professionnelle qui délivre un diplôme quasiment synonyme de travail assuré à la sortie.
Le problème c’est que cette première année est emplie d’enseignements qui servent non pas à former des futurs médecins mais à éliminer le trop-plein de candidats. Beaucoup de ce qui sera appris cette année là ne se retrouvera pas ou peu plus tard, certaines matières feront même l’objet d’une aversion totale tant elles auront été ingurgitées et restituées sans avoir le temps ou le loisir d’y réfléchir.
Il y a rarement une sélection qui soit intelligente, amis celle qui est utilisée pour le concours de PCEM 1 mérite souvent une place au « Guinness book « des records.
C’est un bel exercice pour « bêtes à concours » alors que la pratique de la médecine va demander ensuite une part de réflexion, de déduction, d’improvisation même. Bien sûr, il faut du « par cœur », dans l’urgence, mais il faut aussi savoir être soi, avoir du bon sens, de l’écoute et sortir du dogme et de la règle.
Neuf fois sur dix un infarctus du myocarde se présente sous une forme totalement différente de la description classique des livres et cours de médecine. Le meilleur moyen de se tromper c’est d’avoir des certitudes dans ce métier.
Il existe en France une « conférence des doyens de facultés de médecine ». Ils ont des idées, notamment sur la nécessité d’ouvrir ces études à d’autres profils que les « forts en maths ». Ils veulent permettre à des gens ayant eu un parcours plus « audacieux » de tenter leur chance.
Malheureusement ils sont peu ou pas écoutés. Le pouvoir est entre les mains de quelques décideurs parisiens, car comme chacun le sait, hors de deux ou trois établissements universitaires de la capitale, on n’apprend pas la médecine en France. Montpellier avait déjà son école de médecine que les vaches paissaient encore sur ce qui est la Sorbonne aujourd’hui, mais qu’importe. Le salut ne peut venir que de Paris !
On parle donc d’orienter ceux qui auraient une note insuffisante aux premiers partiels vers des études scientifiques !
Rassurant pour les facs de sciences ! Quand on connait la rigueur de la recherche et quand on voit ce qu’est une thèse de doctorat en sciences par rapport à ce qu’est une thèse de médecine, parfois rédigée en un mois, il y a là de quoi vexer le monde scientifique.
Aujourd’hui la médecine a changé, ce qu’on demande et ce qu’on attend des médecins également. La technologie, l’imagerie ont trop souvent supplanté l’examen manuel, la palpation, l’auscultation au stéthoscope.
Trop de technique, pas assez de temps, de moins en moins de dialogue. Alors que les élèves des Grandes écoles ou des Ecoles d’ingénieurs imposent à leurs élèves des stages ouvriers, les facultés de médecine ne demandent pas à leurs étudiants d’aller sur le terrain voir et observer comment vivent et travaillent leurs futurs patients.
On peut aujourd’hui faire toutes ses études sans jamais avoir mis les pieds dans un cabinet de médecin de famille et faire ensuite une carrière hospitalière en ne voyant que des gens en pyjamas dans des lits d’hôpitaux.
Il y a donc urgence à savoir quels médecins on veut former. Cela passera inévitablement par la prise en compte des motivations et des dossiers individuels. Mais dans le système français c’est une idée tabou car on va tout de suite crier à la « sélection ». Voilà, le gros mot est laché !
Il vaut mieux éliminer des étudiants par des examens souvent ineptes mais anonymes que de choisir un certain nombre de candidats sur des profils qui permettent de penser qu’ils feraient de bons médecins.
Aux Etats-Unis, en Europe du Nord, on pense différemment et apparemment la qualité des médecins ne s’en ressent pas. Mais celui qui osera toucher au système français n’est pas encore né !








