Archives mensuelles : février 2008

VIH/SIDA CROI 2008 : un bacille nettoyeur pour protéger les femmes

Les chiffres le prouvent sur tous les continents : les femmes sont beaucoup plus vulnérables que les hommes face à l’infection par le VIH. Un bacille anodin fournit peut-être une partie de l’explication.

A l’état normal, la flore vaginale est dominée par un petit bacille. On l’appelait auparavant bacille de Doderlein. On parle aujourd’hui de Lactobacillus. Ce bacille, qui n’est absolument pas pathogène, secrète du peroxyde d’hydrogène, c’est le nom savant de l’eau oxygénée, et de l’acide lactique.

Ces deux produits lui permettent de contrôler la croissance des autres bactéries présentes dans le vagin et de prévenir les infections, en particulier les vaginoses bactériennes (VB).

L’équipe du Dr Jane Hitti (Université de Washington à Seattle) a voulu savoir ce qui se passait dans la flore vaginale des femmes séropositives pour le virus VIH.

La conférence du Dr. Jane Hitti

Elle a suivi ainsi 57 américaines au cours de visites périodiques assorties de prélèvements vaginaux et sanguins.

Les résultats montrent l’importance du rôle joué par le lactobacille. Chez les femmes qui ont une flore vaginale riche en cet élément, les marqueurs sanguins et vaginaux de la présence du virus VIH sont beaucoup plus bas que chez les femmes chez lesquelles des bactéries pathogènes (trichomonas, nesseria gonorrhéa) ont pris le dessus.

Le suivi de ces femmes séropositives a montré également que lorsque le vagin est à nouveau colonisé par le bacille, les résultats de la charge virale s’améliorent.

Le rôle extrêmement néfaste joué par les infections génitales dans l’infection par le VIH est connu depuis longtemps. Les bactéries entrainent des réactions cellulaires et des mécanismes inflammatoires qui sont autant de « boulevards » que le virus s’empresse d’emprunter.

Il est donc nécessaire de lutter contre ces infections, ce qui suppose d’offrir des soins de prévention aux femmes exposées à ces infections. Même si les infections génitales frappent aussi bien les beaux quartiers que les autres, elles posent moins de problèmes d’accès aux soins dans les lieux aisés !
Il faut donc être sûr que les femmes vivant dans des conditions difficiles auront-elles aussi accès à ces soins. On s’aperçoit que ce sont elles qui paient souvent le plus lourd tribut à l’infection par le VIH.

Pourra-t-on un jour « ensemencer » la flore vaginale avec le lactobacille qui lui manque.

Pour l’instant les essais ne sont guère convaincants, mais la recherche continue. On travaille soit sur des versions naturelles du bacille, soit sur un bacille crée artificiellement et qui aurait la possibilité de s’ancrer durablement

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VIH/SIDA CROI 2008: De nouvelles molécules pour fermer la porte au virus.

DDouche froide pour les vaccins, un peu de réconfort en matière de nouvelles molécules, c’est le menu de cette première journée à Boston

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John Mellors, l’un des coprésidents de la Conférence l’a dit tout de go : il ne faut pas s’attendre à l’arrivée d’un vaccin préventif du sida avant encore de très longues années.
L’extraordinaire complexité avec laquelle ce virus se joue des défenses de la cellule (voir le billet du 10 janvier 2008) n’arrange pas la vie des chercheurs.

Pas plus d’optimisme non plus vis-à-vis des « vaccins thérapeutiques », ces produits censés doper l’immunité des patients en reconstituant des familles de cellules de défense.

Pr John Mellors

Alors on se tourne vers les espoirs de nouvelles molécules capables d’interférer avec le virus.
Ce dimanche, Barry Zingman (Centre médical Montefiore, New-York) a présenté les résultats à 48 semaines d’un essai comparant le Vicriviroc à un traitement traditionnel par trithérapie.

Le Vicriviroc appartient à une nouvelle famille appelée « antagoniste CCR5). Derrière ce nom barbare se cachent des molécules capables de bloquer la porte par laquelle la plupart des virus HIV, 65 % environ, entrent dans les cellules. CCR5 est, en fait, un récepteur, une sorte de port auquel le virus vient se lier. L’autre port est appelé couramment CX4.

Le Vicriviroc a été étudié à deux dosages différents, 20 et 30 mg, et donné une fois par jour associé à deux autres antiviraux. Il a été comparé à un troisième groupe recevant un traitement optimal avec un placebo.
A la dose la plus élevée, la molécule a permis chez 52 % des patients d’obtenir un taux indétectable de virus dans le sang. Un bon résultat a priori chez des patients qui avaient déjà reçu d’autres traitements mais qui avaient vu remonter leur charge virale dans le sang.

Le virus VIH n’aime pas qu’on lui ferme ainsi un de ses accès et il a tendance à développer une affinité pour l’autre point d’entrée, le récepteur CX4. Cela s’est produit chez 23 % des patients ainsi traités, mais sans affecter apparemment l’efficacité du traitement.

Un essai au long cours et impliquant un plus grand nombre de patients est en cours afin de voir ce qu’on peut vraiment attendre de ce genre de traitements car une molécule du même genre avait entrainé une certaine déception par le passé.

Un autre produit de la même famille, connu seulement sous son nom de « code », le SCH532706n a fait l’objet d’une étude pilote. Il a été donné à une dose de 60 mg deux fois par jour et associé au Ritonavir à la dose de 100 mg

Testé pour mesurer son efficacité pendant 10 jours seulement et sur douze patients, L’effet du produit a continué après cessation de la prise puisque le taux de virus dans le sang était au plus bas au 15ème jour de l’étude. Au 25 èùe jour, même si la charge de virus était remontée, elle était encore inférieure à la valeur de départ.

Ce sont là des résultats très préliminaires et dont on ne peut tirer aucun enseignement pour l’instant.

Mais si cette famille de médicaments tient ses promesses, ces molécules pourraient, selon l’avis des spécialistes, tenir une place très importante chez les patients n’ayant jamais reçu de traitement en bloquant l’entrée des virus dans les cellules, limitant ainsi le risque de réplication.

Dernier enseignement de cette journée, arrêter temporairement les traitements, comme on l’a tenté il y a quelques années, n’est pas une bonne idée.

On espérait avec ces stratégies thérapeutiques d’interruption, STI, limiter les effets secondaires et permettre à l’organisme de reconstituer ses défenses.
Les études montrent qu’il n’en est rien et que ceux qui ont repris leur traitement après ces interruptions paient un prix pour cette pause, avec un taux de mortalité plus élevé que ceux qui n’ont pas cessé le traitement.

Ne pas arrêter le traitement est donc le message qui doit rester, malgré tous les désagréments et effets secondaires rencontrés

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VIH/SIDA CROI:2008 : un mystère appelé prépuce

BOSTON (photo JDF)

Prévention de l’infection, nouveaux traitements, vaccins, une première journée avec des bonnes et des moins bonnes nouvelles.

La 15ème conférence sur les rétrovirus, la CROI, apporte, comme chaque année ses espoirs et ses désillusions. Une façon de plus de constater, s’il en était besoin, que le VIH est un virus diaboliquement intelligent.

Les bonnes nouvelles d’abord avec la confirmation des résultats très encourageants des études menées sur la circoncision en Afrique de l’est, en particulier dans la région de Rakai en Ouganda. Deux études présentées aujourd’hui ont mesuré les effets de l’ablation chirurgicale du prépuce sur la transmission du virus HIV, du virus HSV2 responsable de l’herpès génital et d’un certain nombre d’infections génitales.

L’étude sur la transmission du virus HSV2 a consisté à suivre pendant 24 mois, deux groupes d’hommes, 1400 circoncis au début de l’étude et 1387 circoncis deux ans plus tard.
Aucun d’entre eux n’avait de marqueur biologique de la présence du virus de l’herpès génital.
Au bout des deux ans, on a constaté que le risque de contracter ce virus était plus faible dans le groupe circoncis que dans le groupe non circoncis, une différence de 25 %.

Mais l’étude ne s’est pas arrêtée aux hommes, puisqu’elle a considéré aussi les épouses.
Après un an de suivi, les chercheurs ont constaté que chez les femmes dont le partenaire était circoncis, on notait une baisse des infections vaginales conséquente : 50 % de moins pour les infections à trichomonas, 25 % pour les ulcères génitaux dont la cause principale est l’herpès et 20 % pour les vaginoses bactériennes.

Des résultats loin d’être anodins car toutes ces infections, en particulier l’infection par le virus HSV 2, sont autant de facteurs favorisants eu égard à l’infection par le virus VIH, comme l’a souligné Aaron Tobian coordonnateur de cette étude.

Dr Aaron Tobian

Petite déception cependant au milieu de ces résultats encourageants, une étude menée sur des femmes dont les maris séropositifs pour le virus HIV a montré que la circoncision ne les protégeait pas de la transmission du virus. Un résultat allant plutôt à l’inverse des premières études d’observation.
Maria Wawer, ( Johns Hopkins university, Baltimore USA) estime que ces résultats médiocres sont à mettre sur le compte d’une reprise trop précoce des rapports sexuels après la circoncision. Le temps de cicatrisation est long, plus de trente jours en moyenne dans les populations concernées, et le Dr Wawer estime qu’il faudra conseiller aux hommes circoncis de s’abstenir de tout rapport non protégé pendant six à huit semaines après l’opération.

Dr. Maria Wawer

Elle pense aussi que ces résultats montrent l’importance de procéder aux circoncisions chez les adolescents africains, à un âge où ils sont quasiment tous séronégatifs.

Le prépuce devient l’objet de toutes les attentions. Des travaux en cours semblent indiquer que ce revêtement cutané joue un rôle en abritant des agents bactériens et viraux qui favorisent la contamination par le VIH. L’atmosphère de moiteur et l’existence de microcavités favorisent la présence des germes. La structure particulière de la peau à cet endroit, notamment lla présence de kéraatine, fournit un abri au virus de l’herpès génital HSV 2 La circoncision aurait pour effet de faire disparaître ces zones fragiles et de diminuer la présence d’ulcérations génitales qui favorisent les coïnfections par le virus HSV2 et le VIH

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