Archives mensuelles : mai 2008

Cannabis : pas d’allégresse mais de mauvaises graisses pour les gros consommateurs

Fumer beaucoup de joints n’a pas que des effets cérébraux. Une étude publiée aujourd’hui montre que le haschich à forte dose met le foie en pétard et fait courir un risque cardiovasculaire.

On imagine facilement que notre cerveau puisse contenir des récepteurs au cannabis, des structures chimiques placées à la surface des cellules nerveuses et qui sont sollicitées quand le principe actif du joint, le delta9-tetrahydrocannabinol ou Δ9-THC, vient les solliciter.

Mais il y a aussi d’autres organes de notre corps qui possèdent des récepteurs au cannabis, comme le cœur, le rein, la rate, l’intestin grêle, l’ovaire, le testicule et, pour finir, le foie.

Ce dernier point est particulièrement important parce que le foie est un centre de synthèse extraordinairement puissant dans notre organisme, le seul endroit où les cellules peuvent, de façon normale avoir deux noyaux et où la température peut monter à plus de 40 degrés.

Le foie joue un rôle essentiel dans le métabolisme des graisses, aussi bien leur synthèse que leur destruction.

L’une des protéines ainsi fabriquée par le foie est l’apoprotéineC-III ou ApoC-III. .
Cette protéine va jouer un rôle vis-à-vis d’une catégorie particulière de graisses du sang, les triglycérides(TG). Ces TG subissent une dégradation puis sont transportés vers le foie pour y être détruits par un système complexe.

L’ApoC-III freine ce mécanisme de destruction. Or, une équipe américaine conduite par le Dr. Jean Lud Cadet publie aujourd’hui dans Molecular Psychiatry une étude qui montre que , chez les gros consommateurs de haschich, la synthèse de cette apolipoprotéine est démultipliée.

Ce phénomène va entrainer une dégradation très diminuée des triglycérides. Cette persistence d’une quantité importante de TG fait courir un risque cardiovasculaire non négligeable.

De même, on a impliqué un excès de TG plasmatiques dans la survenue d’une affection particulièrement douloureuse et aux conséquences sévères, la pancréatite aiguë.

Les sujets de l’étude étaient de gros consommateurs puisqu’ils fumaient de 78 à 350 joints par semaine selon les cas.

Mais il ne faut pas pour autant considérer cette étude comme une curiosité ou une anecdote.
Elle montre, une fois encore, que l’usage important de cannabis a des effets néfastes sur la santé et pas seulement des effets psychiatriques. On a constaté des accidents vasculaires transitoires et de vraies attaques cérébrales chez des adultes jeunes, forts consommateurs de cannabis.

Cette étude qui montre une élévation d’un facteur de risque cardiovasculaire par la surexpression de l’ApoC-III mérite d’être connue au moins des médecins.

Il sera intéressant, en effet, lors de l’interrogatoire d’un patient ayant eu un accident de type infarctus ou syndrome de menace coronarien d’ajouter aux traditionnelles questions sur le nombre de cigarettes fumées, une question concernant la consommation de haschich.

Cela permettra peut-être de comprendre certains accidents cardiaques pour l’instant mal expliqués.
Mais la piste de certaines affections neurologiques sera aussi à explorer. On sait que dans la maladie d’Alzheimer, par exemple, on retrouve la présence en excès de certaines apolipoprotéines. Etudier le rôle de cette synthèse anormalement élevée d’ApoC-III liée à une forte consommation de cannabis va, sans aucun doute, faire partie de plusieurs projets de recherche dans les années à venir

.

Références de l’étude:

JL Cadet et al.

Heavy marijuana users show increased serum apolipoprotein C-III levels: evidence from proteomic
Analyses.

Molecular Psychiatry (2008), 1–12

Publiée en ligne le 13 mai 2008. doi:10.1038/mp.

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Homosexualité et don de sang : la position australienne.

Les deux billets consacrés sur ce blog à la problématique du don de sang par des hommes ayant des rapports homosexuels ont généré de nombreux commentaires.

billet du 29/11/2007

billet du 29/01/2008

Afin d’apporter de nouveaux éléments d’information, je vous propose de consulter la lettre reçue d’un des responsables de la Croix-Rouge australienne.

Ce courrier est en anglais. En voici les principaux éléments :

Le don est précédé, comme chez nous, d’un questionnaire.
On demande au donneur potentiel s’il a eu un rapport avec un partenaire homosexuel ou bisexuel au cours des douze derniers mois.

Si ce rapport a eu lieu depuis moins d’un an, le don est refusé. Au delà d’un an, le don est accepté.
Le donneur potentiel signe ce questionnaire et s’engage à avoir fourni des renseignements exacts.

Si la déclaration s’avère avoir été mensongère, le donneur sera poursuivi.

Lire la lettre

PS : ce billet est le centième écrit sur ce blog.
Merci à celles et ceux qui viennent les lire et y déposer leurs commentaires depuis juin 2007

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Déremboursement de soins : comment faire plus idiot.

En ces temps d’économies à tout va, la Caisse nationale d’assurance maladie a a décidé de ne plus rembourser certains actes faits par des infirmières. Une mesure pas très maligne, plutôt idiote même.

La dame est octogénaire en pleine forme jusqu’à ce qu’un accident vasculaire cérébral lui impose plusieurs mois de centre de rééducation.
Remise sur pieds, mais encore assez handicapée, elle revient chez elle, « sous conditions » insiste le médecin qui l’a suivi dans ce centre.

L’une des conditions c’est qu’une infirmière vienne chaque jour lui donner ses médicaments.
Il faut dire qu’elle a un traitement à suivre strictement pour limiter les risques de récidive.
Des médicaments pour prévenir une arythmie cardiaque et pour maintenir les chiffres de sa pression artérielle dans les normes.

Difficulté supplémentaire, la majorité des médicaments qu’on lui prescrit ont désormais une copie, un générique, avec un nom bien moins simple que le médicament auquel elle était habituée.

Petit exemple : pour des douleurs neurologiques, le médecin a prescrit du Trileptal®Mais, désormais, en lieu et place, le pharmacien délivre de l’oxcarbazepine. Essayez de le prononcer de façon correcte du premier coup et de vous rappeler le nom !

La Cordarone est devenue amiodarone, l’Amlor de l’amlodipine.

Facile, non après un accident vasculaire et quand on a quatre-vingt cinq ans.

Mais où veuillé-je en venir ? A l’infirmière, bien sûr.
Serviable, compétente, dévouée et efficace elle passe tous les matins pour distribuer correctement les traitements , vérifier la tension, s’assurer que tout va bien.

Distribuer les médicaments est rémunéré 5 euros. Seul détail, cet acte n’est plus remboursé par la Sécurité sociale, pas plus que la prise de tension ou le fait de mettre des bas de contention ou des bandes de contention.

Alors que dans les maisons de retraite et de santé, les seules personnes habilitées à distribuer les médicaments doivent obligatoirement être titulaires des diplômes d’état d’infirmières, en ville ce même acte peut être fait par n’importe qui.

Pire encore : si le traitement est laissé à la seule initiative des patients et si ces derniers n’ont pas obligatoirement toute aptitude à bien le gérer, l’accident thérapeutique est quasiment inévitable à plus ou moins long terme.

Un traitement contre l’hypertension mal suivi et le risque d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral n’est pas loin.

Un trouble du rythme mal contrôlé et c’est au « mieux » un malaise et au pire un caillot qui part vers le cerveau.

Si ces drames arrivent, la Sécu paiera chaque jour sans rechigner des centaines d’euros pour l’hospitalisation secondaire au mal-suivi du traitement. Sans bien évidemment parler du coût humain insupportable et du risque encore aggravé de dépendance.

C’est vraiment un brillant calcul !

Pénaliser des personnes fragiles qui courent un risque majeur à cause d’une mesure vraiment « technocratique ».

C’est aussi oublier le rôle essentiel joué par les infirmières libérales qui peuvent alerter les médecins traitants et éviter des accidents plus graves.

En 1999, l’Union régionale des caisses d’assurance maladie, URCAM, de Rhône-Alpes a mesuré l’attitude et les risques des personnes de 70 ans et plus face aux médicaments.

Cette étude montrait que dix pour cent de ces personnes étaient incapables de prendre seules leurs médicaments. L’URCAM soulignait que seul un cinquième de ces patients bénéficiat d’une aide.

D’autres travaux estimaient, à la même époque , que 18 % des hospitalisations chez les septuagénaires étaient liés à des accidents médicamenteux

Laisser 150 euros par mois à la charge de gens âgés souvent peu aisés est, à n’en pas douter, une mesure dont on devrait entendre parler.

J’espère, sans trop y croire, qu’un responsable de la CNAM entendra parler de ce billet et voudra bien expliquer ici ce qui justifie une décision qu’a priori, je considère comme une grave erreur.

Pour information :voici un document émanant d’une caisse locale.
Toute la subtilité réside, semble-t-il dans la façon dont le médecin-conseil entend la notion de « psychiatrie ». ce qui veut dire que les choses peuvent varier d’un département l’autre.
Avec, en corollaire, le risque de voir des patients devoir rembourser des sommes que leur caisse estimera indûment perçues.

.Lettre de la CPAM de haute-Garonne

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Suicide : la piste de la maltraitance dans l’enfance

C’est toujours un moment terrible pour les proches .Quelqu’un vient de se suicider sans que l’on sache pourquoi.Et s’il fallait parfois remonter dans l’enfance pour comprendre ?

Proposition incongrue ? Pas tant que cela si l’on en croit les travaux qui s’accumulent depuis quelques années et qui soulignent que la maltraitance dans les jeunes âges de la vie pourrait avoir de funestes conséquences à l’âge adulte.Cela hors de tout contexte psychiatrique, sans, par exemple, de signes de dépression préalable.

Maltraitance ou « abus » comme on le dit actuellement ne s’entend pas uniquement dans le contexte de violences sexuelles. Ce peuvent être des violences physiques ou des agressions verbales répétitives.

Une équipe de l’université Mc Gill, de Montréal conduite par Moshe Szyf publie dans la revue en ligne PLoS ONE (www.plosone.org) une étude qui apporte un élément supplémentaire de preuve pour expliquer l’influence néfaste de ces mauvais traitements sur le développement cérébral et certains passages à l’acte (1).

Au Québec, il existe une vraie structure, la Banque de cerveaux de suicidés, dévolue à l’étude des suicides et les chercheurs ont pu ainsi disposer de cerveaux de personnes ayant commis l’irréparable. Des personnes qui avaient une histoire bien documentée de maltraitance dans l’enfance.

L’ENFANT ET L’HIPPOCAMPE

Ils ont ainsi pu analyser et comparer le cerveau de 13 suicidés âgés en moyenne de 34 ans à 11 cerveaux de personnes décédées de mort subite, âgées en moyenne de 36 ans.
Les deux groupes étaient comparables en termes de sexe, de temps de prélèvement après la mort.

Les chercheurs québécois se sont concentrés sur un aspect particulier concernant le fonctionnement intime des cellules cérébrales et plus précisément de certains gènes.
Ils n’ont noté aucune différence entre l’ADN, le message génétique brut, des suicidés et des personnes mortes d’autres causes.

Mais, en examinant une région précise du cerveau, ils ont fait certaines découvertes.

Cette région c’est l’hippocampe. Il est situé dans la zone médiale du cerveau, ce qui veut dire qu’il faudrait séparer les deux hémisphères pour pouvoir le situer sur un cerveau.
Cette région est fortement impliquée dans les phénomènes de mémoire. Elle est un lieu d’acquisition des souvenirs avant leur transfert vers d’autres zones du cortex.

Moshe Szyf et ses collègues ont constaté que l’hippocampe des suicidés ayant subi des maltraitances dans l’enfance avait une taille plus petite que celui des sujets auxquels ils étaient comparés.

Cette différence semble liée à une activité de synthèse de protéines moindre de la part des cellules de cette zone. Et cette activité plus faible est liée au fait que le message génétique des cellules est traduit de façon différente chez les victimes de maltraitance.

Répétons-le, le message génétique lui-même n’est pas modifié, les gènes sont les mêmes, mais certains d’entre eux vont être réduits au silence. Au lieu d’être « lues » et ensuite »traduites » pour permettre la fabrication de protéines. certaines parties du message génétique subissent ce qu’on appelle une méthylation.

Ce phénomène équivaut a « noircir, certaines parties d’un texte. Les mots existent toujours, ils ne sont pas effacés, mais on ne les lit plus.

UN SILENCE GENIQUE

Ces phénomènes de méthylation appartiennent à ce qu’on nomme les phénomènes épigénétiques, des modifications de l ADN liées à l’environnement au sens large, ce qui peut aussi bien comprendre des phénomènes chimiques et physiques qu’alimentaires ou psychiques.

On avait déjà constaté chez l’animal que dans des conditions particulières de négligence de la part de la mère, l’ADN des petits subissait une série de méthylations, réduisant au silence certains gènes.

Cette perturbation des synthèses de protéines doit affecter la production de médiateurs cérébraux importants.
D’autres travaux (2) ont, d’ailleurs, déjà montré des dysfonctionnements importants dans l’action de certains médiateurs comme le CRH, précurseur du cortisol, ou le GABA, un médiateur fondamental de l’activité cérébrale, chez les personnes ayant commis un suicide.

Il s’ensuit donc une perturbation potentielle de l’activité cérébrale qui, soumise quelques années plus tard à des situations particulières, va empêcher l’organisme de réagir normalement et va conduire au passage à l’acte.

En fait, il semble qu’à diverses périodes de l’enfance, tour à tour des zones du cerveau présentent une susceptibilité maximale à ces manifestations de maltraitance et vont en garder une marque indélébile.

Martin Teicher, de l’université Harvard de Boston (3) a ainsi montré que le corps calleux, une zone fondamentale pour la connexion entre cerveau droit et cerveau gauche, était également d’une taille moindre que la normale chez les victimes de maltraitance dans l’enfance.
Il a également constaté des modifications des activités électriques cérébrales, mimant des anomalies de type épilepsie.

REPERER ET SORTIR DU SILENCE

Quels débouchés pratiques doit-on attendre de tels travaux ? Des outils de prévention et de dépistage, bien sur en premier lieu.
Pouvoir disposer de tests sanguins mettant en évidence la méthylation de certaines zones de l’ADN permettrait de dépister des sujets à risque, dans un contexte de maltraitance ancienne connue.

Le deuxième espoir est de voir se développer des molécules pouvant lever la méthylation, c’est-à-dire débloquant le fonctionnement de gènes devenus silencieux.
Cette voie de recherche est déjà utilisée dans d’autres pathologies, comme en cancérologie par exemple.

Enfin et en attendant de disposer de tels outils, il serait important que des structures analogues à ce qui existe au Québec voient le jour en France. Le nombre annuel de suicides est suffisamment important pour qu’enfin on permette aux équipes de recherche de travailler avec des moyens satisfaisants.

Cette mise ne lumière des effets à retardement de la maltraitance pose aussi le problème de l’identification des cas et du suivi des victimes.

Rappelons que c’est un des rares cas où le médecin peut se délivrer du secret médical s’il estime avoir face à lui un mineur en danger.

Quelques notes de bas de page

(1) l’étude sera accessible en ligne librement à compter du 7 mai.

(2) Voir par exemple l’étude de Zul Merali et al. :
Dysregulation in the Suicide Brain: mRNA Expression of Corticotropin-Releasing Hormone Receptors and GABAA Receptor Subunits in Frontal Cortical Brain Region

doi:10.1523/JNEUROSCI.4734-03.2004

(3) Ann NY Acad Sci. 2006 Jul ;1071 :313-23 et un bon article de vulgarisation -en anglais- dans la Harvard Gazette

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Livres de régimes : les nutritionnistes en font des tonnes.

Des livres sur les régimes par kilogrammes. La saison est aux gros bouquins pour maigrir.

C’est fou le nombre de kilogrammes, voire de tonnes, que j’ai pu perdre au cours des innombrables régimes que j’ai suivis.
sans succès, bien sur puisque je suis toujours aussi gros, disons carrément obèse.

Mais je viens de comprendre enfin que j’avais beaucoup d’excuses pour rater ainsi mes tentatives de régime.
Il n’y a pas, en effet, de moyen imparable.
J’en suis convaincu après avoir ouvert mon courrier ces dernières semaines.

J’en suis, en effet, à mon cinquième ou sixième livre de nutritionniste. Chacun a « sa »méthode, imparable evidemment.
Et chacun y va de sa recette, souvent très proche de celle du concurrent et néanmoins confrère.

Le truc c’est , ensuite, de décrocher le passage télé ou l’émission de radio.
Car ce sont l) les sésames necessaires pour grossir la notoriété et accessoirement les revenus du faiseur de miracles.

dans ce domaine, nous sommes loin des Etats-Unis, mais il y a quelques vedettes solides et des nouveaux qui pointent leur nez.

Le problème, c’est qu’on ne sait pas à qui se fier et surtout quelle attitude adopter .

Comment se fait-il qu’il existe autant de recettes et de chapelles pour un sujet aussi important ?
Est-ce donner une image bien rigoureuse d’une spécialité médicale ?

On estime, à juste titre, que le nombr de personnes en surpoids et obèses représente une vraie pruiorité de santé publique en france.

cela mériterait peut-être un consensus pluitôt qu’un match de spécialistes courant dans des écuries d’éditeurs différents.
L’autre question est aussi la nature des relations entre certains de ces spécialistes et les industriels de l’agroalimentaire ou des groupes professionnels impliqués dans la production de telle matière première ou produit transformé.

Certains ont une activité de « conseil » bien remplie et on peut se demander si leur main droite peut ignorer ce que touche leur main gauche.

Il existe, bien sur, un programme national de nutrition, mais on a un peu de mal à savoir qui le porte.

Ce serait bien intéressant pourtant de savoir quelles sont les méthodes dignes d’intérêt, celles qui ont été correctement évaluées, celles qui peuvent, en revanche, être dangereuses.

Peut-être verra-t-on un jour un groupe de nutritionnistes s’atteler très confraternellement à cette tache et nous proposer enfin une opinion de groupe.

Et, promis, s’ils le font, je recommence un régime, sérieusement cette fois.

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