Fumer beaucoup de joints n’a pas que des effets cérébraux. Une étude publiée aujourd’hui montre que le haschich à forte dose met le foie en pétard et fait courir un risque cardiovasculaire.
On imagine facilement que notre cerveau puisse contenir des récepteurs au cannabis, des structures chimiques placées à la surface des cellules nerveuses et qui sont sollicitées quand le principe actif du joint, le delta9-tetrahydrocannabinol ou Δ9-THC, vient les solliciter.
Mais il y a aussi d’autres organes de notre corps qui possèdent des récepteurs au cannabis, comme le cœur, le rein, la rate, l’intestin grêle, l’ovaire, le testicule et, pour finir, le foie.
Ce dernier point est particulièrement important parce que le foie est un centre de synthèse extraordinairement puissant dans notre organisme, le seul endroit où les cellules peuvent, de façon normale avoir deux noyaux et où la température peut monter à plus de 40 degrés.
Le foie joue un rôle essentiel dans le métabolisme des graisses, aussi bien leur synthèse que leur destruction.
L’une des protéines ainsi fabriquée par le foie est l’apoprotéineC-III ou ApoC-III. .
Cette protéine va jouer un rôle vis-à-vis d’une catégorie particulière de graisses du sang, les triglycérides(TG). Ces TG subissent une dégradation puis sont transportés vers le foie pour y être détruits par un système complexe.
L’ApoC-III freine ce mécanisme de destruction. Or, une équipe américaine conduite par le Dr. Jean Lud Cadet publie aujourd’hui dans Molecular Psychiatry une étude qui montre que , chez les gros consommateurs de haschich, la synthèse de cette apolipoprotéine est démultipliée.
Ce phénomène va entrainer une dégradation très diminuée des triglycérides. Cette persistence d’une quantité importante de TG fait courir un risque cardiovasculaire non négligeable.
De même, on a impliqué un excès de TG plasmatiques dans la survenue d’une affection particulièrement douloureuse et aux conséquences sévères, la pancréatite aiguë.
Les sujets de l’étude étaient de gros consommateurs puisqu’ils fumaient de 78 à 350 joints par semaine selon les cas.
Mais il ne faut pas pour autant considérer cette étude comme une curiosité ou une anecdote.
Elle montre, une fois encore, que l’usage important de cannabis a des effets néfastes sur la santé et pas seulement des effets psychiatriques. On a constaté des accidents vasculaires transitoires et de vraies attaques cérébrales chez des adultes jeunes, forts consommateurs de cannabis.
Cette étude qui montre une élévation d’un facteur de risque cardiovasculaire par la surexpression de l’ApoC-III mérite d’être connue au moins des médecins.
Il sera intéressant, en effet, lors de l’interrogatoire d’un patient ayant eu un accident de type infarctus ou syndrome de menace coronarien d’ajouter aux traditionnelles questions sur le nombre de cigarettes fumées, une question concernant la consommation de haschich.
Cela permettra peut-être de comprendre certains accidents cardiaques pour l’instant mal expliqués.
Mais la piste de certaines affections neurologiques sera aussi à explorer. On sait que dans la maladie d’Alzheimer, par exemple, on retrouve la présence en excès de certaines apolipoprotéines. Etudier le rôle de cette synthèse anormalement élevée d’ApoC-III liée à une forte consommation de cannabis va, sans aucun doute, faire partie de plusieurs projets de recherche dans les années à venir
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Références de l’étude:
JL Cadet et al.
Heavy marijuana users show increased serum apolipoprotein C-III levels: evidence from proteomic
Analyses.
Molecular Psychiatry (2008), 1–12
Publiée en ligne le 13 mai 2008. doi:10.1038/mp.








