Archives mensuelles : juillet 2008

Deshydratation : les morts de 2008 et ceux de 2003.

Vous aurez sans doute remarqué une certaine paresse de ma part en ce mois de juillet. Je suis effectivement en congés. N’étant pas parisien, je trouve très agréable de travailler à Paris en août quand tout est désert ou presque.

Ceci étant, je voudrais réagir à ce double fait divers tragique que constitue la mort, à une semaine d’intervalle, de deux enfants en bas-âge dans la voiture de leur père.

Je laisserai au psy le soin d’interpréter le fait justement que ce soient deux hommes qui soient en cause, l’un pharmacien, l’autre cadre dans une entreprise.

Deux choses me font réagir. D’abord une proposition entendue à la radio. L’idée de mettre un capteur de présence dans les rehausseurs de siège pour alerter les parents de la présence du bébé. Formidable non !
Alors qu’il existe déjà un instrument appelé rétroviseur et qui permet de voir ce qui se passe derrière soi ou, plus simple encore, on peut tourner la tête et même faire le tour du véhicule.

On cherche des réponses techniques à des comportements aberrants et hors-normes. Déresponsabiliser les gens c’est un vrai marché mais je ne crois pas que cela les aide beaucoup à se comporter en citoyens adultes.

Deuxième remarque alors que nous avons vécu il y a cinq ans, en août 2003, une canicule tragique, on s’aperçoit que le drame atroce que représente la mort par déshydratation de ces deux enfants a ému sûrement beaucoup plus de monde que les quinze mille morts de personnes âgées de l’été meurtrier de 2003. La lenteur à comprendre la situation, le déni d’abord, puis la mauvaise explication  » ils seraient morts un peu plus tard » alors que tout prouva qu’il s’est bien agi d’une surmortalité, tout cela n’a pas généré de crise politique ni de mouvement violent de l’opinion publique. Tout cela parce qu’il s’agissait non pas d’enfants mais de personnes agées. Imaginez qu’en 2003 dix enfants, juste dix , soient morts à cause de la canicule. La France aurait été en ébullition.

Je ne fais pas de comparaison aussi inutile que déplacée, mais je constate qu’aujourd’hui encore, la leçon de la tragédie de 2003 n’a pas été encore complètement tirée et que, malgré de vrais efforts, beaucoup de personnes seules âgées ou malades seront délaissées par leurs familles cet été quand on ne les « oubliera « pas dans un service d’urgences.

Voilà, bonnes vacances à celles et ceux d’entre vous qui allez partir. Comme je l’ai dit, je travaille en août et j’alimenterai beaucoup plus régulièrement ce site.

Soyez prudents sur la route, sur la plage ou en montagne, je tiens à vous !

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Dopage : les mêmes réseaux d’approvidionnement que pour les drogues illicites

Des produits destinés à des malades et qui se retrouvent dans le sang de sportifs. Bizarre, non ? Pas tant que cela si on veut bien se rappeler que les trafiquants savent aussi bien vendre des drogues illégales que détourner des drogues légales de leur usage.

Une molécule haut de gamme, de l’EPO de troisième génération et, en bout de course, un cycliste italien de 24 ans qui flingue une grande partie de sa carrière.
La question est de savoir comment il est arrivé à se procurer ce produit. Car, en Europe, la délivrance de ce genre de molécule est particulièrement contrôlée, du moins théoriquement. Les autorisations de mise sur le marché sont strictes. Pour l’EPO, ce sont les anémies liées aux insuffisances rénales sévères et celles rencontrées dans les cancers et les infections avancées liées au VIH.

Un marché particulièrement étroit, pas très lucratif pour les industriels même si les indications se sont élargies.

Il y a donc une partie de la production de ces molécules qui prennent des chemins très différents de ce qui était prévu au départ.

Certains n’hésitent d’ailleurs pas à accuser les laboratoires fabricant ces produits d’organiser le trafic qui permet aux sportifs de se doper.

L’affaire n’est pas aussi simple, même si le point de départ c’est quand même l’endroit où ces produits sont fabriqués ou stockés.

Lors d’une discussion informelle avec un ancien haut responsable d’un laboratoire international qui fabrique de l’hormone de croissance, mon interlocuteur me déclara en souriant « C’est fou le nombre d’enfants de petite taille qu’on diagnostique entre février et mai, du moins si j’en crois les sorties de produits à base d’hormone de croissance de nos stocks ! »

En effet, officiellement, l’utilisation de cette hormone n’est possible que sous certaines conditions très encadrées ; Mais les boites de seringues vendues avant la saison sportive dépassent de loin les cas de nanisme ! Il y a donc des complicités à divers étages pour alimenter les filières.

Et ces filières sont les mêmes que celles qui procurent également de la cocaïne et autres stupéfiants. Il aura fallu longtemps à la justice pour s’en rendre compte.

Pour preuve, l’anecdote réelle suivante. Il y a une dizaine d’années je me vois notifier une mise en examen pour « complicité de diffamation » par le doyen des juges d’instruction de Paris. La personne « offensée » a attaqué tous azimuts à la suite de sujets dans divers journaux télévisés et articles dans la presse. Ce faux médecin avait été brièvement incarcéré à l’époque en même temps qu’un homme de loi.

Une fois ma mise en examen prononcée, le juge et moi devisâmes ! Il me déclara justement ne pas comprendre l’acharnement de ses collègues à « embastiller » des personnes suspectées de fournir des substances dopantes aux sportifs. Je lui expliquai alors que ces réseaux étaient les mêmes que ceux qui œuvraient dans le trafic de drogue, mais je sentis bien que je ne le convaincrai pas. Heureusement, quelques semaines plus tard, dans une revue scientifique américaine, un article montrait que dans des salles de gym new-yorkaises, deux tiers des adeptes aux stéroïdes anabolisants étaient aussi des cocaïnomanes et des héroïnomanes et que les réseaux de pourvoyeurs étaient les mêmes.

Je me suis empressé d’envoyer cet article au magistrat.

Heureusement, depuis, les choses ont changé et les dopeurs sont considérés comme des dealers.

Quant à ma mise en examen, elle a été indolore, puisqu’un non-lieu général a été prononcé.
Ironie de l’histoire, le même qui nous avait poursuivi il y a dix ans attend actuellement le délibéré d’un tribunal qui pourrait bien le mettre à l’ombre pour quelques mois.

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Dopage : EPO,HGH,IGF-1, les dangers à long terme des facteurs de croissance.

La nouvelle affaire de dopage à l’EPO d’un cycliste espagnol de l’équipe Liquigas pose un problème bien au-delà de la seule équité sportive. Il va falloir en effet suivre ces coureurs sur le long terme car les risques sanitaires et en particulier le risque de développer des tumeurs cancéreuses ne sont pas négligeables.

Tout laisse à penser que ce va être à nouveau la curée. La bêtise d’un coureur espagnol en fin de carrière, probablement dopé à l’EPO, va permettre à tout un tas de beaux esprits qui méprisent le cyclisme, ou plutôt les cyclistes, de se jeter à corps perdu dans une nouvelle attaque contre le Tour de France.

Je hais la triche et je hais le dopage et les « sorciers » qui gravitent autour des sportifs pour les « charger » en substances licites ou illicites. Ce sont les mêmes méthodes et les mêmes réseaux que ceux des trafics de stupéfiants et ils ne méritent aucune indulgence.

Mais je voudrais bien que la même véhémence se manifeste dans tous les autres sports, surtout quand des associations de joueurs par exemple, menacent de ne pas jouer un tournoi si les contrôles inopinés sont mis en place.

Mais les cyclistes ont toujours eu droit à un mépris suprême de la part de nombre de personnes trouvant ces garçons peu dignes d’intérêt, voire idiots.

Ceci étant, moi qui aime le sport cycliste et qui admire les efforts de ceux qui le pratiquent à un si haut niveau, j’ai vraiment peur pour un certain nombre d’entre eux.

Peur que dans dix ou vingt ans on ne découvre une véritable catastrophe sanitaire.
Depuis des années, en effet, circulent dans le peloton des produits qu’on nomme des « facteurs de croissance ».

Le plus connu est la fameuse EPO. C’est la copie d’une hormone naturelle, l’érythropoïétine, secrétée par le rein, el dont le rôle est de stimuler la fabrication de globules rouges en réponse à une oxygénation sanguine insuffisante.

Depuis la mise au point de la copie synthétique de l’hormone, beaucoup de malades en ont bénéficié pour éviter des transfusions, mais beaucoup de sportifs en ont aussi bénéficié sans aucune raison licite.

Depuis, d’autres facteurs de croissance ont circulé, comme l’hormone de croissance ou l’IGF-1 ou insulin growth factor 1. Cette dernière substance joue, à l’état normal, un rôle dans la croissance du fœtus et de l’enfant.

Mais on sait que depuis des années, elle est utilisée à des fins de dopage dans le monde sportif.

Or, de plus en plus de travaux scientifiques ont montré que ces facteurs de croissance sont impliqués dans le développement de tumeurs cancéreuses. Un taux élevé d’IGF-1 est un facteur de risque aujourd’hui quasiment indiscutable pour la survenue d’un cancer.

Ces facteurs peuvent stimuler en effet des mécanismes cellulaires de façon exagérée. Quand les cellules sont normales, pas de problème. Mais, chaque jour, nous produisons des centaines de cellules anormales qui ne demandent qu’à se cancériser. Si les systèmes de surveillance sont défaillants, ces cellules, inondées de facteurs de croissance, vont partir en ‘vrille’.

Quand on voit les doses d’EPO utilisées par les sportifs, on peut imaginer ce qu’il en est de l’hormone de croissance ou de l’IGF-1.

Pour en revenir à l’EPO, on a constaté chez des patients atteints de cancer que cette hormone pouvait stimuler le développement de cellules cancéreuses supplémentaires. Une mise en garde à ce sujet a d’ailleurs été faite lors du dernier congrès de l’association américaine de cancérologie.

Le suivi à long terme des sportifs de haut niveau est une nécessité sanitaire et morale.
On sait qu’une fois les « lampions éteints » la réalité est parfois terrible.
On le sait au plan psychologique, notamment grâce au travail remarquable fait au CHU St André de Bordeaux par Serge Simon et ses collègues au sein du CAPS, le Centre d’accompagnement et de prévention pour les sportifs.

Mais, au plan physique, il va falloir proposer à ces athlètes qui peuvent avoir usé et abusé de facteurs de croissance de les surveiller de façon régulière, non pas pour les culpabiliser, mais pour les aider au contraire et être en mesure de dépister certaines anomalies.

Du travail en perspective pour des médecins du sport et des épidémiologistes pour les vingt années à venir.

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Cancer du poumon : un nouveau test sanguin pour mieux évaluer les traitements.

L’apparition de nouvelles molécules dans le traitement de certaines formes du cancer du poumon suscite, à juste titre, de vrais espoirs de progrès. Mais on s’aperçoit que la tumeur sait résister à ces produits et il est important de mettre en évidence ces résistances, ce qui n’est pas chose aisée.

Le plus évident c’est d’aller chercher des cellules sur les tumeurs ou les métastases. Cela suppose d’utiliser des méthodes assez agressives, d’imposer aux patients une fibroscopie bronchique qui n’est pas le plus plaisant des examens. Il faut ensuite biopsier, c’est-à-dire prélever du tissu à l’aide d’une pince, ce qui n’est pas toujours sans risque sur des tumeurs riches en vaisseaux et qui peuvent aisément saigner.

Pourtant, il est important de savoir si les traitements sont ou non efficaces. On sait que les produits utilisés actuellement vont donner de bons résultats chez un certain nombre de patients, mais n’en donner aucun chez d’autres et même s’avérer toxiques parfois. D’où la nécessité de « personnaliser » ces thérapeutiques et de ne les donner qu’à bon escient.

C’est le cas de médicaments de la famille des inhibiteurs de la tyrosine kinase, qu’on dénomme TKI. On en utilise deux, principalement, le gefitinib, le lapatinib et l’erlotinib, dans le traitement du cancer pulmonaire dit « non à petites cellules » ou CPNPC.

Ces molécules viennent bloquer un enchainement infernal que produisent les cellules cancéreuses pulmonaires. Ces cellules fabriquent en quantité exagérée une protéine appelée EGFR ou récepteur du facteur de croissance épidermique. Une partie du récepteur est à l’extérieur de la cellule, l’autre à l’intérieur.

Quand une protéine adéquate vient se lier à la partie extérieure de l’EGFR, c’est le début de la catastrophe. Une série de réactions en chaine se mettent en place, impliquant une enzyme la tyrosine-kinase. Alors tout s’emballe : la cellule cancéreuse se divise à n’en plus finir puisqu’elle devient immortelle. Tous les mécanismes de régulation sont arrêtés, notamment celui qui permet de faire se « suicider » une cellule anormale, ce qu’on appelle l’apoptose.

D’autre part, les signaux commandant la pousse de nouveaux vaisseaux sanguins sont envoyés également lors de cette cascade de réactions.

Les TKI freinent cet enchainement dramatique, mais on s’est aperçu que les résultats fluctuaient selon lsd patients et on a pu démontrer que des mutations dans la composition du récepteur expliquaient ces effets moindres, voire de vraies résistances à ces traitements. En changeant un tout petit peu son « programme génétique », la tumeur arrive à échapper à la molécule. La plus redoutable de ces mutations est baptisée T790M.

Sa présence divise l’espérance médiane de survie par deux environ.

On cherche depuis longtemps à capturer dans le sang des cellules cancéreuses afin de pouvoir les étudier sans avoir à entre prendre des examens douloureux. Mais ce n’est pas simple car il y a environ une cellule tumorale pour un milliard de cellules sanguines ! L’aiguille dans la botte de foin.

Mais, parallèlement aux progrès thérapeutiques, les méthodes de diagnostic avancent également. Une équipe du Massachussetts General Hospital, de Boston publie aujourd’hui une étude dans la revue  »New England Journal of Medicine.’)

Ces chercheurs ont réussi à mettre au point un test qui permet de multiplier quasiment par cent la capture des cellules tumorales circulant dans le sang et qu’on peut donc « capturer » grâce à une prise de sang classique. Le système est d’une extraordinaire complexité mais les résultats de ce travail sont très intéressants car ils ont permis d’analyser de façon très précise les cellules ainsi trouvées et de mettre en évidence des mutations avec beaucoup de précision. En se référant à des prélèvements tumoraux déjà stockés chez certains patients, par exemple, les auteurs ont pu vérifier la présence de mutations avec une précision atteignant 92 %.

Ils ont également constaté que lorsque des examens successifs ramenaient de moins en moins de cellules tumorales, on constatait en même temps une diminution de la taille des tumeurs sur les radiographies.

Inversement, une « récolte » abondante » signifiait une activité tumorale en progression et l’apparition fréquente de nouvelles mutations, rendant ainsi les traitements encore moins efficaces.

Comme à chaque fois, il faut répéter que cette méthode a besoin d’être confirmée et que ce n’est qu’un premier résultat.

Mais on peut espérer avoir ainsi une méthode qui permette de réduire les traumatismes et autres épreuves infligées aux patients en même temps qu’on pourrait disposer d’un instrument de suivi de l’efficacité des traitements simple à mettre en œuvre .

Références de l’étude :

Shyamala Maheswaran et al.

Detection of mutations in EGFR in circulating lung-cancer cells

accessible à partir du 2 juillet 2008 à 23 heures sur le site de la revue DOI:10.1056/NEJMoa0800668

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