L’Assurance-maladie et les pouvoirs publics disent vouloir chasser les abus pour réduire le déficit de la Sécu. Mais depuis quatre ans, il y a un abus qu’ils tolèrent apparemment et ce ne sont pas les usagers qui sont en cause, mais les industriels.
C’est une compresse de tulle, faite de viscose. Elle mesure dix centimètres sur dix centimètres et elle est enduite de vaseline. Il y a 1,7 gramme de vaseline par compresse et une boite contient dix compresses.
Il y a quelques années, ce même tulle gras contenait en plus du baume du Pérou Il s’appelait « Tulle gras Lumière » .La boite valait 3,45 euros, était considérée comme un médicament, donc prise en charge à 35 % par l’assurance-maladie. La TVA était celle des médicaments, à 2,1 %.
En 2004, les fabricants ont retiré le baume du Pérou de la composition du tulle gras vaseliné, cette substance pouvant provoquer des allergies.
En même temps, cette spécialité a quitté la nomenclature administrative des médicaments pour entrer dans celles de la LPPR (liste des produits et prestations remboursables), une liste qui comprend divers pansements et produits.
Ces produits ont donc un prix de remboursement fixé administrativement et un prix de vente qui n’a rien à voir avec ce prix.
Le taux de remboursement est de 65 % du prix « remboursable » environ 15 euros, qui, je le répète, n’est pas le prix que vous allez payer pour une boite de Vaselitulle ou de Tulle gras Solvay.
Car le prix de vente est passé de 3,45 euros à 30,49, euros. Vous lisez bien : TRENTE EUROS ET QUARANTE NEUF CENTIMES.
Le même produit, le baume du Pérou en moins, pour un prix multiplié quasiment par 9 !
Dans ce produit, il y a environ 0,13 euro de vaseline par compresse. Chaque compresse vaut plus de 3 euros.
Cela fait le mètre carré de tulle viscose à 300 euros !
Et cela dure depuis quatre ans, avec plus de quinze euros laissés à la charge du patient pour soigner des plaies sévères, notamment des escarres.
Ce tour de passe-passe des industriels n’a pas fait réagir les pouvoirs publics, ni les responsables de l’Assurance-maladie, pourtant si prompts à chasser les abus.
Dernier petit détail, la TVA sur ce produit est passé de 2,1% à 19,6 %.
Cette manipulation a donc aussi bénéficié aux caisses de l’Etat,
Mais ne sombrons pas dans le populisme ou la paranoïa. Ce n’est sûrement pas la seule raison qui explique que perdure une situation plutôt lamentable !
PETITE CURIOSITE :
Sur le site allemand de comparaison des prix www.dooyoo.de, le Vaselitulle est proposé, selon les vendeurs, entre 7,62 et 10,31 euros pour une boite de dix compresses, soit trois fois moins cher qu’en France.
LENTEMENT MAIS PAS SUREMENT
En 2004, gràce à Serge Rader, un pharmacien offensif, j’avais déja traité ce sujet dans le JT de France 2. A la suite de la diffusion du reportage, le ministre de la santé de l’époque, Philippe Douste-Blazy, m’avait dit qu’il fallait absolument revoir cette situation qu’il estimait anormale.
Depuis rien n’a changé, sauf les ministres !
Lire l’éditorial de la revue Prescrire publié en Octobre 2004 (Prescrire Oct. 2004 ; 24,254 :662)








