Le nombre d’accidents vasculaires cérébraux ne cesse d’augmenter. C’est la rançon du vieillissement de la population. Mais il ne faut pas croire que les AVC ne concernent que les plus âgés d’entre nous. Il n’y a pas d’âge, hélas, pour être frappé.
Ce peut être un événement qui ne dure que quelques instants, l’impossibilité de parler ou la main qui tombe et qu’on ne peut plus bouger. Ce peut être un état de confusion pendant lequel on ne sait plus ce qui se passe. Autant de signes frustres qu’il est pourtant fondamental de ne pas négliger.
Ce genre d’événements doit conduire d’urgence à l’hôpital, sans hésitation. Y aller pour rien est moins grave que de rester chez soi et passer à côté d’un accident vasculaire cérébral.
Car c’est bien de cela dont il s’agit ici. On compte environ cent cinquante mille AVC chaque année en France. Bien entendu, ce sont surtout les personnes âgées qui en sont les premières victimes, mais pas seulement. Dans les services d’urgence neurovasculaire on rencontre des jeunes de 15 ans et des femmes et des hommes de trente et quarante ans.
Car les causes conduisant à l’AVC sont multiples, même si elles se traduisent toujours de deux façons.
Le tissu cérébral est lésé parce qu’il va être privé de sang suite à une hémorragie ou à un infarctus.
Hémorragie ou caillot
L’hémorragie est redoutable. C’est un vaisseau qui saigne et le sang ainsi échappé du vaisseau constitue un hématome qui va générer à son tour un œdème, des phénomènes inflammatoires et surtout une compression du cerveau.
Or, la boite crânienne n’est pas extensible et si la pression augmente, il y a un risque dit « d’engagement », le cerveau va descendre et tenter de passer par la base du crane vers le rachis cervical, entrainant quasiment un décès instantané si on n’intervient pas en urgence.
L’hypertension artérielle est la cause la plus fréquente de ces hémorragies cérébrales, mais des malformations congénitales, comme les anévrysmes peuvent aussi être en cause.
L’infarctus est secondaire à l’obstruction d’une artère par un caillot. Comme dans les artères coronaires qui irriguent le cœur, l’obstruction d’une artère cérébrale interrompt le flux de sang en aval de l’obstacle et le tissu cérébral n’est plus irrigué et va donc se détruire en s’infarcissant.
Ces caillots peuvent être provoqués par des débris d’une plaque d’athérome qui tapissent des artères. Mais ce peut être également le résultat d’un trouble du rythme cardiaque, notamment ce qu’on appelle une fibrillation auriculaire. Dans ce cas, les contractions anarchiques du cœur provoquent des turbulences dans le flux sanguin qui favorisent l’agrégation des plaquettes sanguines entre elles. Le caillot sera expulsé du cœur vers les artères cérébrales et va provoquer l’infarctus.
C’est grâce au scanner fait en urgence qu’on fait la distinction entre hémorragie et infarctus. Une distinction très importante. Car si pour l’instant, on ne possède pas de traitement efficace directement capable de stopper l’hémorragie, il en est tout autrement pour les caillots.
On sait, en effet, dissoudre ces caillots grâce à l’injection intraveineuse ou intra-artérielle de r-TPA, substance dite thrombolytique, permet de dissoudre le caillot et de limiter les dégâts.
Mais tous les patients victimes d’un accident par caillot, un accident ischémique, ne peuvent pas être traités ainsi et, hormis les contrindications, il y a aussi des effets secondaires importants avec ces traitements, notamment des risques hémorragiques.
En moins de cent quatre-vingt minutes
On estime actuellement que 2 à 3 % des patients atteints d’AVC ischémiques bénéficient de cette thrombolyse. L’objectif est de monter à 5 %.
Mais cela suppose que les patients arrivent en moins de trois heures à l’hôpital et qu’ils soient pris en charge par des équipes rompues à l’usage de ces traitements. Or, même si le retard se comble peu à peu, la France manque d’unité de soins intensifs neurovasculaires.
La moitié à peine des besoins est couverte. Et comme cette pathologie ne va pas aller en diminuant, il faudra vraiment une volonté politique forte pour développer ces unités.
Les développer et les doter des personnels nécessaires à une prise en charge adaptée des patients. Cela suppose d’avoir dans ces services des kinésithérapeutes des orthophonistes et des assistantes sociales capables d’intervenir dès la phase aiguë.
Ces unités coûtent cher et ne sont pas « rentables » au sens où certains veulent l’entendre dans le cadre de l’évolution du service public hospitalier.
C’est pourtant un combat essentiel à mener car 98 % des victimes d’AVC sont prises en charge par l’hôpital public, qui n’a pas à se préoccuper de savoir si cela grèvera les dividendes des actionnaires








