Archives quotidiennes : 30 novembre 2008

VIH/SIDA : La trithérapie d’urgence pour les accidents d’exposition au sang et aux liquides biologiques.

Le week-end et le lundi matin, les services d’urgences reçoivent des visiteurs angoissés. Des personnes qui ont eu un rapport sexuel « risquer » et qui viennent chercher de l’aide. Et cette aide existe sous forme d’un traitement d’autant plus efficace qu’il est débuté dans les heures qui suivent l’accident.
 
Les expositions accidentelles au sang et aux liquides biologiques bénéficient en France depuis plusieurs années de ce qu’on appelle un peu indument une « trithérapie d’urgence ».
 
Pour les personnels au contact de patients porteurs du virus VIH, mais aussi des virus des hépatites B et C, les plaies lors d’interventions ou de soins, ne sont pas une rareté. Chaque jour, plusieurs dizaines de ces accidents surviennent dans les hôpitaux publics et privés. Une procédure bien établie, mais un peu lourde, existe. Elle est définie par une circulaire.du 2 avril 2003.
Il faut d’ailleurs se souvenir que tout commence par un long lavage de la plaie à l’eau et au savon puis d’une désinfection pendant cinq vraies minutes avec, au choix :
 
- De l’alcool à 70°
- Du Dakin stabilisé
- De l’eau de Javel
- De la polyvidone iodée en solution dermique (Bétadine®)
 
Ensuite, en fonction de divers paramètres, il y aura mise sous traitement avec trois médicaments différents, une trithérapie, pendant un mois avec des prises de sang de contrôle pendant plusieurs mois après l’accident.
 
Il faut savoir que le risque « statistique » de contamination est de 0,2 % pour le VIH, 5 % pour le virus de l’hépatite C et de 30 à 40 % pour celui de l’hépatite B.
 
En ce qui concerne ce dernier virus, il faut signaler que tous les personnels de santé doivent obligatoirement avoir été vaccinés contre le virus de l’hépatite B. Il y a quelques dizaines d’années, avant la mise à disposition de ce vaccin, il y avait chaque année des dizaines de décès liés à des hépatites B fulminantes parmi les patients et les soignants.
 
Ces traitements d’urgence doivent être mis en place dans les premières heures suivant l’accident et, normalement, tous les hôpitaux ont une procédure d’urgence applicable 24h/24.
 
Mais ce qui existe pour le sang existe aussi si on a été exposé à un autre liquide biologique éventuellement contaminé, en clair sperme ou sécrétions vaginales.
 
Les personnes qui ont eu un rapport dont elles estiment qu’il peut être source d’une potentielle contamination peuvent se rendre dans les services d’urgence des hôpitaux. Là on leur fera un bilan, une prise de sang pour voir quel est leur statut vis-à-vis du VIH, séropositif ou non, et on débutera un traitement par principe avant de les référer, si c’est le week-end, vers un service spécialisé dès le lundi.
 
Le traitement repose sur la prise de deux inhibiteurs nucléosidiques de la reverse transcriptase et d’une antiprotéase.
 
 L’un des traitements les plus répandus est constitué de Truvada® (emtricitabine et tenofovir) et de Kaletra® (lopinavir/ritonavir). Ce traitement n’est pas très bien toléré mais il est efficace.
 
En effet, bien qu’un certain nombre de personnes ainsi traitées aient été perdues de vue, tous les accidents d’exposition traités par trithérapie pendant un mois n’ont jamais été suivis de « séroconversion », autrement dit aucune personne séronégative pour le VIH avant l’accident n’est devenue séropositive si elle a été traitée dans les toutes premières heures et si elle a pris son traitement pendant quatre semaines.
 
Bien évidemment, ce traitement d’urgence n’a rien à voir avec la pilule du lendemain. D’abord par sa durée, un mois et non un jour, et par sa moins bonne tolérance.
 
Il y a donc peu de chances qu’il soit considéré comme une méthode de prévention !
 
 
 
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VIH/SIDA : attention, oui attention avant d’enlever la capote.

En cette veille de la Journée mondiale contre le sida, un petit rappel :  « quasiment nul » ne veut pas dire « zéro » en matière de transmission du virus.
 
L’été dernier, au moment de la conférence internationale de Mexico, on a beaucoup parlé des travaux de l’équipe de Bernard Hirschel, de Genève. Ce chercheur a montré que des hommes séropositifs pour le VIH, qui suivaient correctement leur traitement, qui n’avaient pas d’infections sexuellement transmissibles, IST, et dont la mesure de la charge virale plasmatique montrait une charge indétectable, n’avaient pas contaminé leurs partenaires lors de rapports non protégés.
 
Cette information a été interprétée par certains comme une preuve de la disparition du virus des liquides biologiques dont le sperme.
 
J’avais alors rappelé dans un billet du 08/08/08 qu’une certaine prudence s’imposait quand même.
 
Et, au hasard d’une recherche bibliographique, je suis tombé sur article de la revue AIDS, signé par une équipe du CHU Pitié-Salpêtrière, à Paris.
 
Cette équipe travaille sur la procréation médicalement assistée, PMA, à destination des couples « sérodiscordants », l’un des deux membres du couple étant séropositif pour le VIH, l’autre non, et qu’il existe un désir de procréer.
 
Les médecins ont ainsi examiné le sperme de 145 hommes séropositifs pour le VIH, aucun n’ayant d’IST. Tous avaient une charge virale plasmatique indétectable.depuis six mois au moins.
 
Chez 7 de ces hommes, soit 4,82 %, la recherche du virus dans le sperme, sous forme d’ARN viral, a été positive.
 
Et même en maths modernes, 4,82 n’est pas égal à 0.
 
Il me semblait utile de rappeler ce fait même si j’imagine combien cela doit paraître pénible aux personnes astreintes à vivre une sexualité sous capote.

Référence de l’étude :

Marcelin A.G, Tubiana R et al.

Detection of HIV-1 RNA in seminal plasma samples from treated patients with undetectable HIV-1 RNA in blood plasma.

Research Letters

AIDS. 22(13):1677-1679, August 20, 2008.

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