Archives quotidiennes : 1 décembre 2008

Maladies cardiovasculaires : les medicaments generiques sont aussi efficaces que les originaux.

 
 
Les médicaments génériques utilisés en cardiologie sont aussi efficaces que les médicaments de marque qu’ils copient. C’est une étude particulièrement bien documentée qui l’affirme aujourd’hui dans l’une des premières revues médicales au monde, le JAMA (1).
 
C’est une obsession que partagent certains cardiologues des deux bords de l’Atlantique : les médicaments génériques seraient moins efficaces que les molécules originales, ce qu’on nomme les médicaments « princeps ».
 
Très récemment, et nous l’évoquions ici, le journal La Croix donnait la parole a certains de ces cardiologues qui, sans aucune preuve ou étude scientifique à l’appui, mettaient en cause ces médicaments. Diverses classes thérapeutiques étaient ainsi concernées et les médecins laissaient entendre que certains de leurs patients étaient moins bien équilibrés en matière de pression artérielle par exemple.
 
En filigrane, donc, les génériques seraient des médicaments risqués pour des patients à risque.
 
Le même discours prévaut chez un certain nombre de cardiologues américains, pays où la prescription de génériques atteint jusqu’à 60 % des médicaments délivrés contre 11 % chez nous.
 
Mais les détracteurs des génériques vont devoir affronter un obstacle de taille, sous la forme d’une publication d’une étude dans la prestigieuse revue médicale JAMA, le Journal de l’association médicale américaine.
 
Aaron S.Kesselheim et ses collègues, spécialistes de pharmaco épidémiologie de l’université Harvard ont procédé à ce qu’on appelle une méta-analyse. Le but est d’agréger les données  d’une série d’études comparables afin, grâce à des méthodes statistiques, d’en déduire un résultat global.
 
Ce sont ainsi 47 études que les auteurs ont revu, études publiées entre 1984 et 2008.
Ces travaux concernaient 9 sous-classes de médicaments utilisés dans des pathologies cardiovasculaires :
 
Beta-bloquants
Diurétiques
Inhibiteurs calciques
Antiagrégants plaquettaires
Inhibiteurs de l’enzyme de conversion
Statines
Alpha-bloquants
Warfarine.
Anti-arythmiques
 
Seuls les essais randomisés contrôlés (81 % des études)  et les études observationnelles ont été pris en compte.
 
Les résultats de cette méta-analyse sont éloquents, notamment en ce qui concerne la bioéquivalence des génériques par rapport aux médicaments princeps. C’est-à-dire la même concentration sanguine après administration.
 
Une équivalence clinique a été retrouvée pour les béta-bloquants dans 7 études sur 7, soit
100 %.  De même pour les statines, 2 sur 2,  les antiagrégants plaquettaires 3 sur 3, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion1 sur 1 et les alpha-bloquants, 1 sur 1 également.
 
En ce qui concerne les médicaments ayant un indice thérapeutique étroit, c’est-à-dire ne permettant quasiment pas de variations, on a constaté une équivalence à 100 %
Pour les anti-arythmiques (1 sur 1) et la warfarine, un anticoagulant, 5 études sur 5.
 
Pour les diurétiques, l’équivalence clinique était retrouvée dans 10 études sur 11 et  dans 5 cas sur 7 pour les inhibiteurs calciques.
 
L’analyse statistique montre qu’il n’y a aucune supériorité des médicaments de marque par rapport aux médicaments génériques dans cette méta-analyse.
 
 
IMPRESSIONS ET PRESSIONS
 
 
Mais les chercheurs sont allés un peu plus loin et se sont intéressés aux écrits des médecins traitant des génériques.
 
Ils ont ainsi examiné un certain nombre d’éditoriaux consacrés aux médicaments génériques dans des revues médicales.
 
Ils ont constaté que dans 53 % des cas (23/43), les éditoriaux donnaient une vision négative des génériques et prônaient le refus de la substitution.
 
L’analyse de ces éditoriaux montre qu’ils reposent souvent sur des anecdotes et des impressions sans aucune base clinique documentée.
 
Mais les auteurs vont encore plus loin, estimant que certaines opinions négatives seraient liées aux intérêts commerciaux et financiers qui lieraient les auteurs de ces textes aux laboratoires pharmaceutiques.
 
Alors que la règle veut que l’auteur d’une étude d’un éditorial ou d’un commentaire déclare ses conflits d’intérêt potentiels, notamment les sommes reçues de l’industrie pharmaceutique à titres divers ou la possession d’action, quasiment aucun éditorial ne donnait ces informations.
 
 
On peut bien sûr trouver de critiques à formuler envers cette méta-analyse. Elle comporte notamment parfois des échantillons très faibles.
 
Mais il n’en reste pas moins que c’est un travail très documenté et conduit sur des bases méthodologiques classiques.
 
On est donc loin des impressions et des rumeurs.
 
Le médicament générique est appelé à se développer pour des raisons économiques et penser qu’en le dénigrant à tous bouts de champ on fera changer les choses relève d’une certaine forme de combat contre les moulins à vent.
 
Sont-ce des médicaments dangereux ou inefficaces pour les affections cardiovasculaires  ? Pour l’instant, jamais aucune preuve n’a été apportée scientifiquement en ce sens.
 
Aujourd’hui, le réel danger, ce n’est sûrement pas le générique. C’est plutôt le désengagement de grands groupes pharmaceutiques de la recherche cardiovasculaire pour des secteurs estimés plus profitables.
 
Plutôt donc que de vouloir d’une certaine façon semer le trouble chez les patients, certains universitaires et d’autres cardiologues devraient user de leur influence et de leur accès aux médias pour faire en sorte que la recherche dans le domaine des maladies du cœur et des vaisseaux ne ressemble pas à un générique de fin.
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Aaron S. Kesselheim et al.
 
Clinical Equivalence of Generic and Brand-Name Drugs Used in Cardiovascular Disease
A Systematic Review and Meta-analysis
 
JAMA  2008;300(21):2514-2526
 
 
 
 
(1) Le JAMA, comme toutes les revues médicales , a quasiment comme uniques annonceurs les laboratoires pharmaceutiques.
Mais c’est l’honneur d’une grande revue et tout particulièrement de sa « patronne », le Dr Catherine De Angelis, de publier une telle étude que nombre de revues médicales auraient refusée, par peur de perdre leurs clients.
 
Depuis longtemps, également, le JAMA impose à ses auteurs de révéler leurs liens fianciers avec l’industrie lorsqu’ils publient une recherche ou un commentaire ayant trait à un médicament. 
 
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HIV/SIDA : Journée mondiale, les femmes et les enfants d’abord.

En cette Journée mondiale contre le sida et au moment où Carla Bruni-Sarkozy choisit de s’investir dans une mission humanitaire, il n’est pas inutile de rappeler certains faits. L’épidémie qui frappe les femmes et leurs enfants continue faute de réels moyens pour la juguler.
 
Ann Veneman, qui est la directrice de l’Unicef le dit simplement : «  Sans traitement approprié, la moitié des enfants porteurs du virus VIH mourront avant d’atteindre l’âge de deux ans ».
 
Cette terrible réalité est d’autant plus insupportable que tout montre que des enfants africains pris correctement en charge répondent aussi bien aux traitements que des enfants nés dans nos pays.
 
Ainsi un travail comparant la situation de 582 enfants répartis dans 54 hôpitaux en Grande-Bretagne et Irlande d’un côté et celle de 876 enfants d’un seul hôpital, Mulago en Ouganda a mis en évidence un retard de deux ans dans la prise en charge des enfants ougandais par rapport aux enfants britanniques.
 
 
 
Un retard d’autant plus préjudiciable qu’on s’aperçoit que ces enfants répondent très bien au traitement et arrivent à abaisser de façon satisfaisante la quantité de virus présents dans leur sang. Mais ils récupèrent moins bien en poids et taille, probablement en raison de facteurs nutritionnels.
 
Mais voilà, à peine dix pour cent des enfants nés de mères porteuses du virus VIH sont testés avant leur deuxième mois de vie. Difficile alors de débuter un traitement dans les trois premiers mois de la vie.
 
Même si les choses vont un peu mieux, puisqu’actuellement 30 pays pauvres pratiquent des dépistages sur des nourrissons contre 17 il y a seulement 3 ans, on est encore loin de voir ces politiques se généraliser.
 
Pour les femmes enceintes séropositives au VIH la situation est loin d’être simple également.
En 2007, les femmes des pays les plus défavorisés, en particulier en Afrique sub-saharienne, 18 % des femmes enceintes avaient bénéficié d’un test de dépistage.
 
Or, savoir si une femme enceinte est porteuse du virus permet de mettre en place un traitement destiné à limiter le risque de transmission du virus de la mère à l’enfant. Ce risque est maximal lors de l’accouchement lorsque l’enfant va emprunter ce qu’on appelle la filière génitale.
 
L’autre difficulté, lorsque l’enfant est né, c’est de savoir si on demande à la mère d’allaiter ou  passer à l’allaitement artificiel, à base de lait en poudre.
 
On sait que l’allaitement par une femme séropositive va générer un risque cumulé de transmission du virus à l’enfant de 15 %.
 
D’un autre côté ne pas allaiter c’est p, pour la mère, l’assurance d’être stigmatisée, comme « marquée au fer rouge » avec le risque d’être rejetée par son mari et sa famille.
 
L’allaitement artificiel pose aussi la question de l’apport de l’eau pour mélanger la poudre. Une eau potable et saine, ce qui n’est pas un mince défi dans de nombreux pays pauvres.
 
Le risque de voir alors les enfants mourir de diarrhée est colossal, bien supérieur au risque de voir l’enfant contaminé par le virus maternel.
 
Mettre donc en place une politique d’allaitement artificiel doit donc tenir compte de réalités sociales, culturelles, sanitaires et médicales. Car l’allaitement fournit à l’enfant des anticorps contre nombre d’infections qui font des morts par millions en Afrique et dans les pays pauvres.
 
Et il faut ajouter à cela la réalité du terrain, c’est-à-dire, les difficultés logistiques, les distances parcourues à pied par les femmes enceintes, souvent des heures de marche avant d’atteindre un centre de santé.
 
Sans oublier celles et ceux qui gagnent bien leur vie grâce à l’épidémie. Car la corruption se fait aussi sur le dos des malades et souvent à des échelons très élevés et avec l’aide de personnages pas toujours très « nets » venus des pays occidentaux.
 
Certaines  pseudo « ONG », parfois fortes d’un minimum de membres, savent bien exploiter le filon, surtout quand elles sont présidées par des dignitaires locaux aidés par des affairistes occidentaux.
 
Carla Bruni-Sarkozy va donc entreprendre une mission bien compliquée. Les bonnes intentions et la « real politik » vont souvent se croiser.
 
On ne peut que lui souhaiter bonne chance, car des millions de femmes et d’enfants ont vraiment besoin qu’on prenne soin d’eux.

TELECHARGER LE RAPPORT DES AGENCES DE L’ONU  » Children and AIDS »

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