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Archives mensuelles : décembre 2008
Cancer de la prostate : vitamine C, vitamine E et selenium n’ont aucun effet protecteur
Si vous faites partie des fanatiques des petites pilules de vitamines et de compléments alimentaires cela va être une nouvelle déception. Les vitamines C et E et le sélénium n’ont aucun effet protecteur vis-à-vis du cancer de la prostate.
C’est la deuxième fois en un mois que la supplémentation en vitamines C et E montre son incapacité à jouer un rôle préventif.
Au mois de novembre, lors du congrès de cardiologie de l’American heart association, une première analyse de l’étude baptisée Physicans’health study avait montré l’inefficacité de ces deux vitamines dans la prévention des accidents cardiovasculaires.
Cette étude faite sur un peu plus de 14600 médecins suivis pendant huit ans avait une deuxième composante.
Il s’agissait de voir ce que la supplémentation vitaminique pouvait faire sur le risque de cancer de la prostate et plus largement sur le risque de survenue de cancers.
Comme pour la prévention cardiovasculaire, la prise de vitamine C quotidienne et de vitamine E tous les deux jours n’a joué aucun rôle protecteur.
Ces résultats sont d’ailleurs confortés par la publication d’une étude encore plus vaste portant sur 35533 hommes de 50 ans et plus qui recevaient de la vitamine E et du sélénium.
Là encore, la stratégie de supplémentation a abouti à un échec.
Bien évidemment, l’échec de ces deux études ne va pas empêcher un certain nombre de personnes de continuer à croire aux vertus magiques de leurs pilules vitaminiques quotidiennes.
Mais attention. L’excès de vitamines n’est pas anodin. Ainsi un excès de vitamine C peut acidifier les urines et favoriser la précipitation de cristaux d’oxalates entrainant des coliques néphrétiques.
Quant à la vitamine E, une consommation excessive peut entrainer un risque de saignements, voire d’hémorragies.
Et il n’est pas inutile de rappeler que la nourriture quotidienne, pour peu qu’elle comporte des fruits et légumes, permet d’ingérer assez de vitamines et d’oligo-éléments sans avoir à acheter des capsules magiques.
Référence des études en accès libre :
J.Michael Gaziano et al.
Vitamins E and C in the Prevention of Prostate and Total Cancer in Men
The Physicians’ Health Study II Randomized Controlled Trial
JAMA. 2009;301(1)
doi:10.1001/jama.2008.862). PDF
Scott M. Lippman et al.
Effect of Selenium and Vitamin E on Risk of Prostate Cancer and Other Cancers
The Selenium and Vitamin E Cancer Prevention Trial (SELECT)
JAMA. 2009;301(1):(doi:10.1001/jama.2008.864 PDF
Peter H.Gann
Randomized Trials of Antioxidant Supplementation for Cancer Prevention
First Bias, Now Chance—Next, Cause
JAMA. 2009;301(1):(doi:10.1001/jama.2008.863 PDF
Cancer : la recherche se met à l’heure des T
Sans cesse à la recherche de nouvelles cibles, les spécialistes du cancer veulent désormais s’attaquer à l’environnement des tumeurs pour mieux les maîtriser. Une voie de recherches dont les retombées pourraient bénéficier à d’autres affections. Des recherches présentées lors d’un colloque international de l’Institut national du cancer le 8 décembre, à Paris.
On a commencé par attaquer les cellules cancéreuses, mais en tuant au passage des cellules saines également. Puis sont apparus, récemment, les traitements ciblés visant des récepteurs situés sur les cellules tumorales et capables d’asphyxier les métastases.
Un progrès mais pas encore suffisant. Alors, depuis quelques années, les recherches se concentrent sur l’environnement des tumeurs.
Car le développement d’un cancer à partir d’un tissu normal entraîne des modifications non négligeables. Les cellules normales sont très « polies » entre elles. Elles se collent les unes aux autres comme les briques d’un jeu de Lego®. Pas de chevauchement, pas d’anarchie.
Elles reposent sur un « socle » qu’elles ne franchissent pas et au travers duquel passent les aliments.
Mais la tumeur cancéreuse est beaucoup moins bien éduquée. Les cellules se divisent de façon anarchique, se chevauchent et vont finir par perforer le socle sur lequel elles reposent pour aller envahir les vaisseaux sanguins et disséminer dans l’organisme.
Ce qui intéresse les chercheurs c’est ce qui se passe au début de cette cancérisation.
Le tissu qui entoure l’amas cellulaire et qu’on appelle le stroma est un mélange de fibres et de cellules, notamment des cellules de défense, plus précisément des lymphocytes T.
Ce sont ces lymphocytes T qui font l’objet de toutes les attentions, surtout ceux qui sont baptisés CD8 et qui sont également dénommés CTL pour Cytotoxic T Lymphocytes, ou lymphocytes T cytotoxiques.
Ces cellules sont capables d’attaquer et de détruire d’autres cellules, en particulier toutes celles qu’elles ne reconnaissent pas comme faisant partie de notre organisme de notre « soi ».
Et on s’aperçoit que ces lymphocytes T CD8 ont une tendance à ne pas suffisamment réagir dans les processus cancéreux, à subir ce qu’on nomme une anergie.
Pourtant, leur rôle est essentiel. Ainsi des travaux menés par l’équipe de Jérôme Galon (Inserm Unité 812) a montré que al présence de certaines formes de CTL, les effector memory T cells ou TEM, permettaient de mieux cerner le pronostic des cancers du colon et du rectum.
Ca chauffe pour l’antigene
On s’est aperçu, en effet, que la présence en grand nombre de ces cellules dans la masse tumorale et dans la périphérie de la tumeur, aux limites des zones envahies, était en faveur d’un cancer de bon pronostic, peu enclin à l’agressivité et à la dissémination.
Ces lymphocytes joueraient donc un rôle anti-tumoral essentiel.
La question est de savoir comment les renforcer, les doper, les diriger spécifiquement contre des cellules tumorales pour les agresser et les tuer.
Les travaux actuels vont dans diverses directions. Certaines cherchent à stimuler les CTL à partir de fragments de cellules tumorales, des antigènes spécifiques des tumeurs.
Le but est de mettre ces antigènes « étrangers » au contact des cellules de défense pour que ces dernières aillent ensuite les « chercher » lorsqu’ils sont « affichés » à la surface des cellules cancéreuses.
Des techniques de vaccination à base de ces antigènes ont été utilisées mais sans trop de succès. On travaille donc sur des antigènes plus spécifiques, des fragments plus petits mais plus susceptibles de provoquer des réactions immunologiques intenses.
D’autres recherches font appel aux cellules dendritiques. Ces globules blancs vont être mis en présence des petits fragments d’antigènes qu’on veut voir devenir des cibles. Les cellules dendritiques les avalent, les digèrent et affichent à leur surface les parties les plus caractéristiques de ces peptides.
En croisant la route des CTL, elles vont donc leur présenter ces fragments. Les CTL mémorisent la photo de l’ennemi et attaqueront tout ce qui lui ressemble, et donc les cellules cancéreuses porteuses de ces antigènes anormaux ou mutés.
Autre voie étonnante et également en développement, les lymphocytes T modifiés en laboratoire. Des lymphocytes « bioniques » mais qui ne coutent pas une fortune à fabriquer, environ 12700 euros pour dix milliards de cellules, une affaire !
Des cellules sont prises chez le patient puis transformés en laboratoire pour les faire s’accrocher à des substances particulières en fonction des cancers à traiter. Ainsi, dans les cancers du pancréas, de l’ovaire et dans les cancers de la plèvre, les mesothéliomes, les cellules tumorales expriment une grande quantité de mesotheline.
On peut fabriquer dans un bioréacteur des lymphocytes T avec un récepteur pour la mesothéline et ainsi en faire des missiles capables de fondre sur ces cellules tumorales.
On peut même doper ces lymphocytes avec des cellules leur présentant cet antigène.
Toutes ces recherches vont bon train, même si on est encore très loin des applications en médecine humaine à grande échelle. Mais des patients sont déjà inclus dans des évaluations.
Une recherche aux retombées multiples
Mais le plus fascinant c’est que cette recherche sur l’immunité et les lymphocytes T aura sûrement des retombées au delà du cancer.
Car les mécanismes impliqués, notamment le fonctionnement de l’immunité, et la mise au point de stratégies vaccinales concernent des pathologies aussi variées que les maladies infectieuses, les maladies inflammatoires ou auto-immunes.
Ainsi, dans le SIDA, les lymphocytes CD8 chargés d’attaquer les cellules infectées par le virus VIH sont incapables de jouer leur rôle. O, s’est aperçu que chez de rares personnes contaminées depuis très longtemps et qui n’évoluaient pas vers la maladie malgré des examens biologiques très perturbés, les CD8 étaient actifs et maintenaient le virus sous contrôle.
La recherche de « vaccins thérapeutiques » s’oriente aussi vers la reconstitution de ce pool de cellules T CD8 capables d’aller à l’attaque des cellules porteuses du virus.
Dans la sclérose en plaques, les lymphocytes attaquent la gaine de myéline qui enveloppe les nerfs car elle la reconnait comme étrangère. L’hypothèse actuellement admise est qu’une infection virale a pu dérégler le fonctionnement de ces lymphocytes leur faisant considérer comme étrangers leurs propres tissus.
Manipuler ces lymphocytes et les « rééduquer » serait donc une piste intéressante.
Et le rôle des lymphocytes dans le diabète ou la polyarthrite rhumatoïde ou bien encore dans l’athérosclérose est aussi essentiel.
On est donc sur des pistes de recherches qui auront des retombées multiples.
Cela illustre bien l’importance d’une recherche multidisciplinaire et décloisonnée.
Paludisme : de fil en aiguille la recherche d’un vaccin avance.
Deux essais vaccinaux contre le paludisme sont dévoilés aujourd’hui dans le New England Journal of Medicine. Même si le but est encore loin, la piste tracée par ces deux études génère des espoirs raisonnables.
Le premier essai s’est déroulé en Tanzanie et au Kenya et concernait des enfants de 5 à 17 mois. Il s’agissait d’une phase 2b.
Le vaccin utilisé est composé à partir d’une partie de l’enveloppe du parasite. Pour renforcer son efficacité et solliciter plus encore les défenses de l’organisme des enfants vaccinés, les chercheurs ont utilisé une substance dénommée adjuvant, l’AS01E.402 enfants ont reçu le vaccin et 407 autres ont reçu une vaccination contre la rage.
Le taux comparé d’accès palustre après vaccination a été de 7,96 % dans le groupe recevant le vaccin anti palustre et de 16,21 % dans le groupe recevant le vaccin antirabique.
Il ressort, après calcul statistique, que l’efficacité du vaccin est de 53 % concernant la protection vis-à-vis du premier ou du seul accès palustre.
Par efficacité on entend la réduction du risque de souffrir d’un premier accès palustre
Le second essai, également une phase 2b, s’est déroulé en Tanzanie.
Le vaccin délivré contenait un adjuvant appelé AS02D. Ce vaccin était administré en même temps que la vaccination prévu dans le programme élargi de vaccination de l’OMS, diphtérie tétanos, coqueluche et hemophilus influenzae b.
Le groupe contrôle recevait la vaccination multiple et un vaccin contre l’hépatite B.
Au bout de six mois après la troisième et dernière injection, l’efficacité du vaccin pour prévenir le premier accès palustre a été de 65 %.
Les deux vaccins ont été bien tolérés et n’ont pas compromis l’efficacité de la vaccination conjuguée du programme élargi.
Mais ces résultats, pour encourageants qu’ils sont, devront être confirmés par des études dites de phase 3 sur une très grande échelle.
Il faudra aussi voir comment se comporte ce vaccin dans des zones où l’infestation par les moustiques porteurs du parasite est très importante.
Et ces vaccins ne seront pas l’arme absolue. Il faudra encore promouvoir l’éducation, éviter les sources d’eau stagnante et utiliser des moustiquaires imprégnées d’insecticide.
Mais on a l’impression qu’un effort vrai est enfin réalisé dans ce domaine des maladies tropicales et du paludisme en particulier.
Il faut d’ailleurs remarquer qu’un de ces vaccins a été mis au point et développé depuis de longues années par la multinationale GSK (GlaxoSmithKline) dont la filiale belge a une vraie tradition dans ce domaine de recherches.
La Belgique abrite également l’un des centres universitaires les plus réputés dans le domaine de somalies tropicales, l’Institut de médecine tropicale d’Anvers.
Un vestige de ce qu’on appelait la « médecine coloniale », et qui, tant du côté français que belge a fourni de grands noms à la recherche en santé publique et en médecine tropicale, ce qu’on a tendance un peu à oublier.
Référence des études :
Philip Bejon et al.
Efficacy of RTS,S/AS01E vaccine against malaria in children 5 to 17 months of age.
Salim Abdulla et al.
Safety and immunogenicity of RTS,S/AS02D malaria vaccine in infants.
William E.Collins and John W. Barnwell
A hopeful beginning for malaria vaccines
Cancer du col de l’uterus : le vaccin contre le HPV n’est pas la panacée.
La santé publique n’est pas une affaire de marketing uniquement. Certains laboratoires semblent l’oublier en diffusant des informations dont la rigueur laisse à désirer. Apparemment sans choquer les pouvoirs publics.
En fin de semaine dernière un certain nombre de quotidiens régionaux comportaient, sur une page entière, un encart publicitaire pour un vaccin qui « protège du cancer du col de l’utérus ».
L’encart n’est pas signé mais on comprend d’où il vient quand il précise que sur les deux produits existants, seul l’un a reçu l’agrément des pouvoirs publics.
Ce message est diffusé sous un aspect qui peut laisser croire au lecteur qu’il s’agit d’un article et non d’une publicité.
Mais ce n’est pas ce qui est le plus dérangeant. C’est la teneur du message qui est problématique.
Car ce vaccin ne protège pas contre le cancer du col de l’utérus mais contre quatre virus, des papillomavirus ou HPV, qui sont impliqués dans 70 % des cancers du col de l’utérus.
Ce n’est donc pas la même chose.
Il existe une multitude de virus HPV. Leur rôle dans la genèse des cancers du col utérin ont valu le prix Nobel de médecine 2008 à Harald zur Hausen.
Les lésions du col utérin, ou lésions cervicales, liées au virus HPV régressent spontanément dans 90 % des cas mais elles peuvent aussi évoluer vers la cancérisation.
C’est dire et répéter le rôle fondamental du dépistage par frottis qui doit être fait dans l’année qui suit le premier rapport sexuel, puis un an après et si ce frottis est normal, tous les trois ans ensuite.
Malheureusement, faute de programme national, trop de femmes ne bénéficient pas de ce dépistage de façon régulière.
Quand on regarde le nombre total de dépistages faits en France, il est théoriquement suffisant pour couvrir la population féminine concernée. Mais, en réalité, certaines femmes ont des frottis trop rapprochés alors que d’autres n’en ont pas assez souvent ou pas du tout.
Plusieurs centaines de décès pourraient être évités si ces dépistages étaient faits correctement.
Les campagnes publicitaires concernant le vaccin HPV ont laissé au second plan les messages sur le dépistage. Or ces vaccins ne sont pas efficaces s’il existe déjà une contamination des cellules cervicales par le HPV et diverses études montrent que le vaccin est efficace chez des adolescentes n’ayant pas encore eu de rapports sexuels, mais plus du tout chez des jeunes femmes plus âgées.
Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine le 21 août 2008 indique que la vaccination, pour être efficace, devrait concerner toutes les filles de 12 ans et ne pas concerner les femmes de 21 ans et plus. Ce modèle implique que la vaccination confère une immunité à vie
Or, comme le fait remarquer Charlotte Haug dans un éditorial publié dans le même numéro du NEJM, il y a énormément d’inconnues concernant ce vaccin et ce n’est pas avant des décades qu’on pourra avoir des certitudes sur son efficacité.
C’est la raison pour laquelle on peut espérer qu’après avoir pris assez rapidement la décision de prendre en charge les quelques 450 euros de ce vaccin, les pouvoirs publics vont consacrer également des ressources à développer le dépistage des lésions du col utérin par le dépistage.
Un dépistage par frottis que les médecins de famille peuvent parfaitement faire.
Références des articles en accès gratuit:
Jane J. Kim, Ph.D., and Sue J. Goldie, M.D., M.P.H.
Charlotte J. Haug, M.D., Ph.D.
PALUDISME : deux bonnes nouvelles à venir pour la recherche de vaccins.
Lundi après-midi, deux études concernant des essais de vaccins contre Plamodium falciparum seront dévoilées.P. falciparum est le parasite responsable de la forme la plus sévère de paludisme.
Cette maladie ne menace pas que les touristes européens qui partent en vacances loin de chez eux.
Elle tue un million et demi de personnes dans le monde chaque année, dont cinq cent mille enfants de moins de cinq ans.
Pour des raisons d’embargo, il est impossible de donner plus de détails maintenant.
Mais il faut savoir que ces vaccins en sont à des stages encore préliminaires et qu’ils ne seront pas une panacée mais utilisés dans un cadre de lutte globale contre les moustiques vecteurs de la maladie.
Mais les progrès sont intéressants.
Fou de bonheur et de Mahler
Le 8 décembre prochain, au Lincoln center de New-York, Gilbert Kaplan dirigera la symphonie n°2 en do mineur de Gustav Mahler. Détail étonnant, Kaplan n’est pas chef d’orchestre !
C’est une histoire dont j’espère que les lecteurs psy de ce blog pourront nous donner une interprétation.
Tout commence en avril 1965, à New York. Au Carnegie Hall, Léopold Stokowski, le chef d’orchestre qui a dirigé l’enregistrement de « Fantasia », le dessin animé de Walt Disney, répète avec l’American Symphony Orchestra la Symphonie n°2 en do mineur, dite de la « Résurrection », de Gustav Mahler.
Dans la salle, un jeune économiste qui travaille à l’American stock exchange, une des composantes de Wall Street, la Bourse de New York, est sous le charme.
Gilbert Kaplan a 24 ans et est sur le point de lancer un magazine mensuel, Institutional Investor, où écrivent banquiers analystes financiers et économistes.
En quelques années, Kaplan deviendra millionnaire en dollars grâce à cette revue vendue dans 140 pays.
Mais il est totalement obsédé par la symphonie de Mahler. Il voyage à travers le monde pour aller écouter les performances des plus grands chefs d’orchestre jouant cette œuvre. Il en discute avec Bernstein, avec sir George Solti.
Lors d’un concert à Londres, il va sympathiser avec sa voisine au point de l’épouser !
En 1982, c’est le grand saut. Kaplan loue une salle au Lincoln Center et dirige l’ l’American Symphony Orchestra dans sa reddition de la fameuse symphonie de Mahler devant un public de financiers et d’économistes venus assister à un sommet du Fonds monétaire international.
Le 27 juillet 1987, il enregistre avec le London Symphony Orchestra une version de la symphonie qui se vendra plus que celles de Claudio Abbado ou de Bernstein.
Kaplan a écumé le monde, joué dans tous les grands festivals.
Il a poussé l’amour de l’œuvre jusqu’à s’offrir l’original de la partition lors d’une vente aux enchères aux Pays-Bas en 1984.
Kaplan va donc récidiver bientôt. Ce sera le centième anniversaire de la première interprétation de l’œuvre aux Etats-Unis, sous la direction du compositeur lui-même.
Scéniquement, cette œuvre est un vrai défi : un orchestre symphonique, un chœur, deux solistes vocales et un groupe de cuivres et de percussions qui joue hors-scène. Sans oublier deux tam-tams.
Une folie pure, une œuvre monumentale dans laquelle Kaplan a plongé, s’est fondu, immergé.
Une forme de monomanie ? Une passion ?
Une chose est certaine, cependant : le Mahler de Kaplan fait le bonheur de ses hôtes.
Facile, je sais, mais cette histoire m’a épuisé.

Gilbert Kaplan
Maladies cardiovasculaires : les medicaments generiques sont aussi efficaces que les originaux.
Les médicaments génériques utilisés en cardiologie sont aussi efficaces que les médicaments de marque qu’ils copient. C’est une étude particulièrement bien documentée qui l’affirme aujourd’hui dans l’une des premières revues médicales au monde, le JAMA (1).
C’est une obsession que partagent certains cardiologues des deux bords de l’Atlantique : les médicaments génériques seraient moins efficaces que les molécules originales, ce qu’on nomme les médicaments « princeps ».
Très récemment, et nous l’évoquions ici, le journal La Croix donnait la parole a certains de ces cardiologues qui, sans aucune preuve ou étude scientifique à l’appui, mettaient en cause ces médicaments. Diverses classes thérapeutiques étaient ainsi concernées et les médecins laissaient entendre que certains de leurs patients étaient moins bien équilibrés en matière de pression artérielle par exemple.
En filigrane, donc, les génériques seraient des médicaments risqués pour des patients à risque.
Le même discours prévaut chez un certain nombre de cardiologues américains, pays où la prescription de génériques atteint jusqu’à 60 % des médicaments délivrés contre 11 % chez nous.
Mais les détracteurs des génériques vont devoir affronter un obstacle de taille, sous la forme d’une publication d’une étude dans la prestigieuse revue médicale JAMA, le Journal de l’association médicale américaine.
Aaron S.Kesselheim et ses collègues, spécialistes de pharmaco épidémiologie de l’université Harvard ont procédé à ce qu’on appelle une méta-analyse. Le but est d’agréger les données d’une série d’études comparables afin, grâce à des méthodes statistiques, d’en déduire un résultat global.
Ce sont ainsi 47 études que les auteurs ont revu, études publiées entre 1984 et 2008.
Ces travaux concernaient 9 sous-classes de médicaments utilisés dans des pathologies cardiovasculaires :
Beta-bloquants
Diurétiques
Inhibiteurs calciques
Antiagrégants plaquettaires
Inhibiteurs de l’enzyme de conversion
Statines
Alpha-bloquants
Warfarine.
Anti-arythmiques
Seuls les essais randomisés contrôlés (81 % des études) et les études observationnelles ont été pris en compte.
Les résultats de cette méta-analyse sont éloquents, notamment en ce qui concerne la bioéquivalence des génériques par rapport aux médicaments princeps. C’est-à-dire la même concentration sanguine après administration.
Une équivalence clinique a été retrouvée pour les béta-bloquants dans 7 études sur 7, soit
100 %. De même pour les statines, 2 sur 2, les antiagrégants plaquettaires 3 sur 3, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion1 sur 1 et les alpha-bloquants, 1 sur 1 également.
En ce qui concerne les médicaments ayant un indice thérapeutique étroit, c’est-à-dire ne permettant quasiment pas de variations, on a constaté une équivalence à 100 %
Pour les anti-arythmiques (1 sur 1) et la warfarine, un anticoagulant, 5 études sur 5.
Pour les diurétiques, l’équivalence clinique était retrouvée dans 10 études sur 11 et dans 5 cas sur 7 pour les inhibiteurs calciques.
L’analyse statistique montre qu’il n’y a aucune supériorité des médicaments de marque par rapport aux médicaments génériques dans cette méta-analyse.
IMPRESSIONS ET PRESSIONS
Mais les chercheurs sont allés un peu plus loin et se sont intéressés aux écrits des médecins traitant des génériques.
Ils ont ainsi examiné un certain nombre d’éditoriaux consacrés aux médicaments génériques dans des revues médicales.
Ils ont constaté que dans 53 % des cas (23/43), les éditoriaux donnaient une vision négative des génériques et prônaient le refus de la substitution.
L’analyse de ces éditoriaux montre qu’ils reposent souvent sur des anecdotes et des impressions sans aucune base clinique documentée.
Mais les auteurs vont encore plus loin, estimant que certaines opinions négatives seraient liées aux intérêts commerciaux et financiers qui lieraient les auteurs de ces textes aux laboratoires pharmaceutiques.
Alors que la règle veut que l’auteur d’une étude d’un éditorial ou d’un commentaire déclare ses conflits d’intérêt potentiels, notamment les sommes reçues de l’industrie pharmaceutique à titres divers ou la possession d’action, quasiment aucun éditorial ne donnait ces informations.
On peut bien sûr trouver de critiques à formuler envers cette méta-analyse. Elle comporte notamment parfois des échantillons très faibles.
Mais il n’en reste pas moins que c’est un travail très documenté et conduit sur des bases méthodologiques classiques.
On est donc loin des impressions et des rumeurs.
Le médicament générique est appelé à se développer pour des raisons économiques et penser qu’en le dénigrant à tous bouts de champ on fera changer les choses relève d’une certaine forme de combat contre les moulins à vent.
Sont-ce des médicaments dangereux ou inefficaces pour les affections cardiovasculaires ? Pour l’instant, jamais aucune preuve n’a été apportée scientifiquement en ce sens.
Aujourd’hui, le réel danger, ce n’est sûrement pas le générique. C’est plutôt le désengagement de grands groupes pharmaceutiques de la recherche cardiovasculaire pour des secteurs estimés plus profitables.
Plutôt donc que de vouloir d’une certaine façon semer le trouble chez les patients, certains universitaires et d’autres cardiologues devraient user de leur influence et de leur accès aux médias pour faire en sorte que la recherche dans le domaine des maladies du cœur et des vaisseaux ne ressemble pas à un générique de fin.
Référence de l’étude :
Aaron S. Kesselheim et al.
Clinical Equivalence of Generic and Brand-Name Drugs Used in Cardiovascular Disease
A Systematic Review and Meta-analysis
JAMA 2008;300(21):2514-2526
(1) Le JAMA, comme toutes les revues médicales , a quasiment comme uniques annonceurs les laboratoires pharmaceutiques.
Mais c’est l’honneur d’une grande revue et tout particulièrement de sa « patronne », le Dr Catherine De Angelis, de publier une telle étude que nombre de revues médicales auraient refusée, par peur de perdre leurs clients.
Depuis longtemps, également, le JAMA impose à ses auteurs de révéler leurs liens fianciers avec l’industrie lorsqu’ils publient une recherche ou un commentaire ayant trait à un médicament.
HIV/SIDA : Journée mondiale, les femmes et les enfants d’abord.
En cette Journée mondiale contre le sida et au moment où Carla Bruni-Sarkozy choisit de s’investir dans une mission humanitaire, il n’est pas inutile de rappeler certains faits. L’épidémie qui frappe les femmes et leurs enfants continue faute de réels moyens pour la juguler.
Ann Veneman, qui est la directrice de l’Unicef le dit simplement : « Sans traitement approprié, la moitié des enfants porteurs du virus VIH mourront avant d’atteindre l’âge de deux ans ».
Cette terrible réalité est d’autant plus insupportable que tout montre que des enfants africains pris correctement en charge répondent aussi bien aux traitements que des enfants nés dans nos pays.
Ainsi un travail comparant la situation de 582 enfants répartis dans 54 hôpitaux en Grande-Bretagne et Irlande d’un côté et celle de 876 enfants d’un seul hôpital, Mulago en Ouganda a mis en évidence un retard de deux ans dans la prise en charge des enfants ougandais par rapport aux enfants britanniques.
Un retard d’autant plus préjudiciable qu’on s’aperçoit que ces enfants répondent très bien au traitement et arrivent à abaisser de façon satisfaisante la quantité de virus présents dans leur sang. Mais ils récupèrent moins bien en poids et taille, probablement en raison de facteurs nutritionnels.
Mais voilà, à peine dix pour cent des enfants nés de mères porteuses du virus VIH sont testés avant leur deuxième mois de vie. Difficile alors de débuter un traitement dans les trois premiers mois de la vie.
Même si les choses vont un peu mieux, puisqu’actuellement 30 pays pauvres pratiquent des dépistages sur des nourrissons contre 17 il y a seulement 3 ans, on est encore loin de voir ces politiques se généraliser.
Pour les femmes enceintes séropositives au VIH la situation est loin d’être simple également.
En 2007, les femmes des pays les plus défavorisés, en particulier en Afrique sub-saharienne, 18 % des femmes enceintes avaient bénéficié d’un test de dépistage.
Or, savoir si une femme enceinte est porteuse du virus permet de mettre en place un traitement destiné à limiter le risque de transmission du virus de la mère à l’enfant. Ce risque est maximal lors de l’accouchement lorsque l’enfant va emprunter ce qu’on appelle la filière génitale.
L’autre difficulté, lorsque l’enfant est né, c’est de savoir si on demande à la mère d’allaiter ou passer à l’allaitement artificiel, à base de lait en poudre.
On sait que l’allaitement par une femme séropositive va générer un risque cumulé de transmission du virus à l’enfant de 15 %.
D’un autre côté ne pas allaiter c’est p, pour la mère, l’assurance d’être stigmatisée, comme « marquée au fer rouge » avec le risque d’être rejetée par son mari et sa famille.
L’allaitement artificiel pose aussi la question de l’apport de l’eau pour mélanger la poudre. Une eau potable et saine, ce qui n’est pas un mince défi dans de nombreux pays pauvres.
Le risque de voir alors les enfants mourir de diarrhée est colossal, bien supérieur au risque de voir l’enfant contaminé par le virus maternel.
Mettre donc en place une politique d’allaitement artificiel doit donc tenir compte de réalités sociales, culturelles, sanitaires et médicales. Car l’allaitement fournit à l’enfant des anticorps contre nombre d’infections qui font des morts par millions en Afrique et dans les pays pauvres.
Et il faut ajouter à cela la réalité du terrain, c’est-à-dire, les difficultés logistiques, les distances parcourues à pied par les femmes enceintes, souvent des heures de marche avant d’atteindre un centre de santé.
Sans oublier celles et ceux qui gagnent bien leur vie grâce à l’épidémie. Car la corruption se fait aussi sur le dos des malades et souvent à des échelons très élevés et avec l’aide de personnages pas toujours très « nets » venus des pays occidentaux.
Certaines pseudo « ONG », parfois fortes d’un minimum de membres, savent bien exploiter le filon, surtout quand elles sont présidées par des dignitaires locaux aidés par des affairistes occidentaux.
Carla Bruni-Sarkozy va donc entreprendre une mission bien compliquée. Les bonnes intentions et la « real politik » vont souvent se croiser.
On ne peut que lui souhaiter bonne chance, car des millions de femmes et d’enfants ont vraiment besoin qu’on prenne soin d’eux.
TELECHARGER LE RAPPORT DES AGENCES DE L’ONU » Children and AIDS »








