Des chiffres invérifiables et virtuels, extrapolés de données américaines. Voilà comment on apprend un dimanche matin qu’il y aurait dix mille morts par erreurs médicales en France. Ou comment les hommes politiques se servent de l’hôpital pour jouer au ping-pong.
D’un côté Patrick Pelloux, médecin urgentiste, président de l’Association des médecins urgentistes de France, l’AMUF. De l’autre Philippe Juvin, chef du service des urgences de l’hôpital Beaujon, à Clichy (92) député conseiller national pour la santé à L’UMP.
Au centre, vous et moi, clients potentiels des hôpitaux. Des hôpitaux qui manquent de moyens, dit l’un. Pas du tout, rétorque l’autre, c’est l’organisation qui pèche.
Et pour asseoir ses dires, le député annonce dans les colonnes du Journal du Dimanche du 11 janvier que dix mille personnes meurent indûment à l’hôpital chaque année.
Seul problème avec ce chiffre, c’est qu’il est totalement invérifiable, sorti de nulle part et probablement faux.
Tout part en effet d’études sur les événements indésirables graves, les EIG. Une étude conduite en 2005 au cours d’une journée en France sur un échantillon de plus de huit mille personnes avait constaté 450 EIG.
Mais un EIG cela va au pire du décès du malade jusqu’au fait que sa sortie ait pu être retardé d’un jour, faute d’avoir eu un rendez-vous d’examen à temps.
Comme on le voit, de un jour d’hospitalisation en trop au décès il y a de la marge ;
Et imputer directement un EIG dans le décès d’un patient est quasiment impossible, disent les spécialistes de ce genre d’enquête. Ainsi un patient en phase terminale d’un cancer qui a une escarre fessière va décéder peu de temps après. Cette escarre est un EIG, mais c’est le cancer en phase terminale qui a tué le patient, pas l’escarre.
Il ne s’agit pas, ici, de dire que tout est formidable et qu’il n’y a jamais d’erreur. Bien évidemment, dans une discipline humaine où on manipule des traitements efficaces et, partant, dangereux parfois, dans des pathologies où le choix d’un geste ou d’une prescription peut s’avérer formidable ou désastreux, il n’y aura jamais de risque zéro.
La fatigue, la surcharge de travail, mais aussi parfois une compétence pas assez entretenue peuvent avoir des conséquences dramatiques.
Mais parler de dix milles erreurs par an sans être en mesure de l’étayer ressemble plus à la volonté de vouloir jeter une pierre dans le jardin du voisin urgentiste que de poser sérieusement le problème.
On aura compris depuis quelques semaines, que l’hôpital public va devenir une source de batailles sociales et politiques.
Mais ce n’est pas en faisant des effets de blouse blanche qu’on arrangera les choses.
On peut améliorer les choses comme l’a montré cette étude de 2005 dans laquelle 38 % des EIG semblaient pouvoir être évités.
Plusieurs établissements font appel à des professionnels pour analyser les EIG et essayer d’en comprendre les mécanismes afin de remédier aux éventuelles défaillances.
Ces initiatives se multiplient car les professionnels mettent un point d’honneur à améliorer le service qu’ils rendent aux patients.
Il faut du temps et des moyens pour mener à bien ces démarches.
Et quand on travaille à flux tendu, le temps et les moyens relèvent du luxe.








