Archives mensuelles : janvier 2009

Hopital : erreurs medicales et erreurs de chiffres.

Des chiffres invérifiables et virtuels, extrapolés de données américaines. Voilà comment on apprend un dimanche matin qu’il y aurait dix mille morts par erreurs médicales en France. Ou comment les  hommes politiques se servent de l’hôpital pour jouer au ping-pong.
 
D’un côté Patrick Pelloux, médecin urgentiste, président de l’Association des médecins urgentistes de France, l’AMUF. De l’autre Philippe Juvin, chef du service des urgences de l’hôpital Beaujon, à Clichy (92) député conseiller national pour la santé à L’UMP.
 
Au centre, vous et moi, clients potentiels des hôpitaux. Des hôpitaux qui manquent de moyens, dit l’un. Pas du tout, rétorque l’autre, c’est l’organisation qui pèche.
 
Et pour asseoir ses dires, le député annonce dans les colonnes du Journal du Dimanche du 11 janvier que dix mille personnes meurent indûment à l’hôpital chaque année.
 
Seul problème avec ce chiffre, c’est qu’il est totalement invérifiable, sorti de nulle part et probablement faux.
 
Tout part en effet d’études sur les événements indésirables graves, les EIG. Une étude conduite en 2005 au cours d’une journée en France sur un échantillon de plus de huit mille personnes avait constaté 450 EIG.
 
Mais un EIG cela va au pire du décès du malade jusqu’au fait que sa sortie ait pu être retardé d’un jour, faute d’avoir eu un rendez-vous d’examen à temps.
 
Comme on le voit, de un jour d’hospitalisation en trop au décès il y a de la marge ;
 
Et imputer directement un EIG dans le décès d’un patient est quasiment impossible, disent les spécialistes de ce genre d’enquête. Ainsi un patient en phase terminale d’un cancer qui a une escarre fessière va décéder peu de temps après. Cette escarre est un EIG, mais c’est le cancer en phase terminale qui a tué le patient, pas l’escarre.
 
Il ne s’agit pas, ici, de dire que tout est formidable et qu’il n’y a jamais d’erreur. Bien évidemment, dans une discipline humaine où on manipule des traitements efficaces et, partant, dangereux parfois, dans des pathologies où le choix d’un geste ou d’une prescription peut s’avérer formidable ou désastreux, il n’y aura jamais de risque zéro.
 
La fatigue, la surcharge de travail, mais aussi parfois une compétence pas assez entretenue peuvent avoir des conséquences dramatiques.
 
Mais parler de dix milles erreurs par an sans être en mesure de l’étayer ressemble plus à la volonté de vouloir jeter une pierre dans le jardin du voisin urgentiste que de poser sérieusement le problème.
 
On aura compris depuis quelques semaines, que l’hôpital public va devenir une source de batailles sociales et politiques.
 
Mais ce n’est pas en faisant des effets de blouse blanche qu’on arrangera les choses.
On peut améliorer les choses comme l’a montré cette étude de 2005 dans laquelle 38 % des EIG semblaient pouvoir être évités.
 
 Plusieurs établissements font appel à des professionnels pour analyser les EIG et essayer d’en comprendre les mécanismes afin de remédier aux éventuelles défaillances.

Ces initiatives  se multiplient  car les professionnels mettent un point d’honneur à améliorer le service qu’ils rendent aux patients.
 
Il faut du temps et des moyens pour mener à bien ces démarches. 
Et quand on travaille à flux tendu, le temps et les moyens relèvent du luxe.
 
 
 
 
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La mauvaise science des marchands de peur.

Vendre de la peur est plus facile que de produire de la science. Certains « experts médiatiques » l’ont parfaitement compris.
 
J’ai l’air de me répéter et d’entonner en permanence les mêmes antiennes, mais je reste persuadé que jouer sur la peur n’est pas la meilleure façon d’informer les citoyens que nous sommes.
 
Depuis quelques années, pourtant, sur un certain nombre de questions relevant de la santé publique, on a vu, entendu et lu beaucoup de choses, mais rarement des informations documentées scientifiquement.
 
La faute est partagée entre d’un côté les industriels qui veulent passer en force et de l’autre des organisations ou des individus qui jouent la théorie du complot et des forces occultes pour asseoir leurs opinions « On nous cache tout, on ne nous dit rien, » comme le chantait Jacques Dutronc.
 
Et le pauvre quidam placé en sandwich entre ces deux forces a vraiment la sensation d’être le cornichon dudit sandwich !
 
Le plus étonnant dans ce « marketing de la peur » c’est de voir des universitaires se faire une place au soleil sans que personne, leurs pairs y compris cherchent à savoir si leurs dires et leurs assertions reposent sur de la science ou juste sur des affirmations.
 
Quand on développe une hypothèse dans le monde médical et scientifique, on mène des études afin de démontrer ou d’infirmer cette hypothèse.
 
Une fois ce travail achevé, on propose à des revues scientifiques un article documenté décrivant la recherche, les méthodes utilisées et les résultats.
 
Les grandes revues soumettent ces articles à des relecteurs qui font leurs critiques et, quelques mois après l’envoi à la revue, l’article éventuellement amendé peut être publié.
 
Ainsi la communauté scientifique peut en prendre connaissance et des équipes essaient de reproduire l’étude ou, au contraire, de démontrer qu’elle n’est pas solide.
 
Cette règle, communément pratiquée dans le monde entier, est la norme pour faire de la bonne science.
 
Mais certains universitaires ont trouvé mieux que ce procédé long et exigeant. Pour faire valoir leurs travaux, ou leurs hypothèses, voire leur idéologie, ils publient dans la presse grand public ! Ils utilisent les journalistes pour avaliser leurs théories, s’économisant ainsi beaucoup de travail et, en court-circuitant les processus usuels, ils peuvent affirmer tout et n’importe quoi en ne risquant pas de se faire démentir, puisqu’il n’y a aucune trace écrite scientifique de ce qu’ils pourraient avoir fait.
 
Et grâce au comportement grégaire d’une partie de la presse, il suffit d’avoir été une fois dans un quotidien, une radio ou une télévision pour s’assurer ensuite une « tournée » des médias où ces « experts médiatiques » pourront vendre leur produit à l’envi.
 
Et le truc est quasiment imparable, car leur mode de fonctionnement c’est de vendre de la peur, de la catastrophe, d’utiliser des thèmes porteurs jusqu’à la caricature. Et c’est payant quand on voit le nombre de passages télévisés de certains d’entre eux qui n’ont jamais publié les résultats d’études qu’ils ne cessent pourtant de présenter ! Aucun risque ainsi d’être questionnés sérieusement et, au pire, démentis.
 
Tout cela ne fait pas franchement progresser le débat démocratique et citoyen, d’autant que, pour plaire à l’opinion publique, il arrive que les décideurs politiques emboitent le pas de ces « marchands de peur » et prennent des décisions qui désolent une communauté scientifique abasourdie mais bien peu combattive.
 
Je vais encore me répéter, mais je vais encore citer mon confrère le docteur François Rabelais : » Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
 
 
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Froid : un degré de moins égale des morts en plus.

On a beaucoup parlé des effets dramatiques de la canicule, en 2003, et de l’excès de mortalité entrainé par cette vague de chaleur. Mais cela ne doit pas faire oublier que le temps froid fait aussi payer un tribut aux plus fragiles, notamment les personnes âgées comme vient de le démontrer la publication d’une étude paneuropéenne.
 
C’est en utilisant les données recueillies entre 1990 et 2000 dans quinze villes européennes qu’a été conduite l’étude PHEWE (Assessment and Prevention of Acute Health Effects of Weather Conditions in Europe). Les données ont été collectées entre 5 ans et 11 ans selon les villes.
 
Les chercheurs ont colligé les données concernant les morts naturelles toutes causes confondues, les décès par maladie cardiovasculaire, les décès liés à un accident vasculaire cérébrale ou à une pathologie respiratoire.
 
Les températures étaient relevées d’octobre à mars. La température médiane la plus basse était de -5,3°C pour Helsinki et de 11,1°C pour Barcelone.
 
Les chiffres concernant le dioxyde d’azote étaient également considérés, avec ; là encore de grands écarts entre Londres (44 microgrammes/m3)  et Valence, en Espagne (148,1 microgrammes /m3).
 
Les conclusions de l’étude indiquent que pour chaque baisse de température de 1°C lors de la période octobre-mars, la mortalité s’accroissait de :
 
1,35 % toutes causes confondues
 
1,72 % pour les maladies cardiovasculaires
 
1,25 % pour les accidents vasculaires cérébraux
 
3,30 % pour les causes respiratoires.
 
Je précise pour les habitués des études épidémiologiques que les intervalles de confiance à 95 % ne franchissent jamais la valeur nulle sauf pour les AVC et sont très étroits autour de la valeur calculée.
 
Ce sont les groupes les plus âgés qui ont souffert de la mortalité la plus élevée. Cette mortalité était d’autant plus élevée qu’on se trouvait dans des villes au climat habituellement doux.
Les chercheurs ont, en outre, constaté que la rémanence de l’effet s’étendait sur 23 jours.
 
Autre conclusion de ce travail, il s’agit bien d’une surmortalité et non pas d’un déplacement, exactement comme ce qui s’est passé en 2003.
 
Au moment où nous entrons dans des périodes de froid assez prononcé, il n’est pas inutile de rappeler ces données et il faut souhaiter que les pouvoirs publics diffusent des messages de prudence envers les personnes atteintes de pathologies chroniques, notamment cardiovasculaires et respiratoires.
 
 
 
Villes de l’étude : Athènes, Barcelone, Budapest, Dublin, Helsinki, Ljubljana, Londres, Milan, Paris, Prague, Rome, Stockholm, Turin, Valence, Zurich.
 
 
Référence de l’étude :
 
Analitis A et al.
Effects of cold weather on mortality: Results from 15 European cities within the PHEWE project.
Am J Epidemiol 2008; 168: 1397-1408
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Décès d’un nourrisson : les erreurs qui tuent et les mots qui blessent.

 Vouloir ne rien cacher d’un accident à l’hôpital , c’est louable. Mais gérer une crise ne s’improvise pas. Dans des moments difficiles ou tragiques, il y a des choses qu’on n’a nullement envie d’entendre de la part d’un officiel.

 
Nouveau drame dans un hôpital, avec ce décès d’un enfant de six mois. On apprend qu’il pesait six kilos seulement et qu’il était nourri par voie parentérale en attendant qu’on puisse tenter une greffe de l’intestin grèle.
 
Une pompe électrique chargée de délivrer les solutions nutritives a été mal réglée avec un débit multiplié par dix.
 
L’administration a reconnu l’erreur et même expliqué les causes du drame. C’est un point positif.
 
Mais quand le directeur de l’hôpital explique que l’infirmière était grippée mais qu’elle est venue malgré tout prendre son poste un 1er janvier «  peut-être pas dans un état normal » on se dit que ceux qui ont oublié la grippe ont pu croire qu’il parlait d’un état secondaire au réveillon. Phrase bien malheureuse et juste capable de détériorer l’image de l’hôpital public.
 
Et quand il termine en disant « Nous demandons à la famille d’accepter nos excuses », là on frise un peu l’indécence, par maladresse évidemment.
 
On peut présenter ses excuses à la famille, s’associer à sa peine, comprendre sa douleur, dire combien on est malheureux de cette erreur.
 
Mais en aucun cas on ne peut demander à une famille qui vient de perdre un enfant dont la courte vie a déjà été un supplice, d’accepter des excuses pour une erreur humaine dont l’enquête dira si elle aurait pu être évitée.
 
Je ne suis pas un professionnel de la communication et je n’ai pas une passion énorme pour certains « gourous » qui veulent apprendre aux cadres et aux dirigeants à s’exprimer selon des techniques qu’ils monnayent très cher.
 
Mais dans de telles situations de crise, on ne peut pas dire les choses de façon maladroite.
 
En voulant être à tous prix transparent, on arrive, parfois à passer à côté de choses élémentaires mais essentielles, comme le poids des mots.
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Cancer : les leucemies pourraient bien avoir des pepins.

 
 
 
Le raisin c’est un peu comme le cochon. Apparemment tout est bon dedans, du jus à la peau en passant par les pépins. Des pépins qui contiennent des substances capables de tuer des cellules tumorales.
 
Les oligo-proanthocyanidines, ou OPC, voilà un nom pas facile à prononcer mais qui, pourtant vaut la peine d’être connu.
 
Ces OPC ont des vertus antioxydantes, réparant et protégeant les cellules lorsqu’on les étudie en laboratoire.
 
Les pépins de raisin sont riches en OPC, au point d’ailleurs que plusieurs fabricants ont déjà commercialisé des produits à base d’extraits de pépins de raisin (EPR).
 
C’est d’ailleurs à partir d’une de ces préparations commerciales qu’une équipe de l’université du Kentucky, aux Etats-Unis a réalisé une expérience très intéressante en laboratoire et dont ils publient les résultats dans la revue Clinical Cancer Research.
 
Les chercheurs ont travaillé sur des lignées de cellules leucémiques humaines. Ces cellules cancéreuses sont immortelles et se divisent de façon importante et anarchique.
 
En mettant les cultures cellulaires au contact des extraits de pépins de raisin, les auteurs de l’étude ont constaté qu’après 24 heures, 76 % des cellules leucémiques étaient tuées.
 
Même si on ne sait pas précisément quel est le composant responsable de ce résultat étonnant, les chercheurs ont pu vérifier que l’adjonction des extraits a renforcé une voie naturelle qui conduit au suicide des cellules cancéreuses.
 
Ce phénomène, appelé apoptose, est la résultante d’une série de réactions impliquant notamment une protéine appelée C-Jun-N Terminale kinase, ou, plus simplement JNK.
 
Ces JNK, en agissant, sur une autre forme de protéine, la CIP1/p21, vont précipiter le suicide cellulaire.
 
Et les extraits de pépins ont également fait augmenter le taux d’autres enzymes, les caspases, chargées de « suicider » les cellules malades.
 
C’est, précisons-le encore une fois, un résultat obtenu en laboratoire et avec un produit dont on ne sait quel principe actif est vraiment en cause.
 
Mais le produit existe, il est simple à produire et non toxique. On peut donc imaginer que les hématologues pourront probablement concevoir des essais cliniques pour mesurer les effets de ces extraits.
 
Quand on sait que l’un des médicaments les plus efficaces actuellement pour le traitement de certaines formes de leucémies, l’imatinib (Glivec®) coûte plus de 2500 euros par mois, nul doute que les pouvoirs publics vont guetter avec intérêt les études concernant les pépins de raisin en espérant qu’elles porteront leurs fruits.
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Ning Gaoet al.
 
Induction of Apoptosis in Human Leukemia Cells by Grape Seed Extract Occurs via Activation of c-Jun NH2-Terminal Kinase
Clinical Cancer Research .January 1, 2009,15 (1) :140-149.
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Au gui l’an (deux mille) neuf

Une année « en santé » comme le disent nos amis québécois, voilà ce que je vous souhaite.

On nous prédit une année difficile à traverser. Il faudra donc être de bons marins et surtout montrer de la solidarité. J’espère que nous saurons cultiver ces valeurs.

Merci à toutes celles et ceux qui s’arrêtent chaque jour ici.. Je vais m’appliquer à continuer à apporter de l’information et pas trop d’états d’àme !

Bonne année.

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