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Archives mensuelles : février 2009
La cafeine fait la peau aux cancers cutanés.
La caféine peut conduire au suicide. Qu’on se rassure, c’est du suicide de cellules cancéreuses dont il est question ici, plus précisément de cancers de la peau.
Il n’est pas impossible qu’un jour prochain nous prenions notre café quotidien en tube plutôt qua dans une tasse, surtout l’été.
Il ne s’agit pas d’une nouvelle idée des sorciers de l’agroalimentaire, mais plutôt des conséquences d’un travail de recherches qui montre que la caféine s’avère être une arme anti-cancer efficace pour certaines tumeurs de la peau.
Les travaux menés par des chercheurs américains montrent, en effet, que la caféine, contenue dans le café ou le thé, joue un rôle important dans la prévention de la transformation maligne des kératinocytes, les cellules de l’épiderme qui, sous l’effet d’une exposition trop importante aux rayons ultraviolets B (UVB) peuvent se cancériser et donner des carcinomes basocellulaires ou des épithéliomas spinocellulaires, cancers de la peau très fréquents, bien plus que le mélanome.
Normalement, sous l’effet des UVB, l’ADN, qui contient le message génétique des cellules, subit des lésions. Le système de veille des cellules doit alors se mettre en route, impliquant divers mécanismes. Les processus conduisant la cellule à se diviser sont momentanément arrêtes et des enzymes entrent en jeu pour réparer les lésions de l’ADN. Une série de protéines assurent des « points de contrôle » faits, théoriquement, pour s’assurer que les mécanismes successifs de réparation ont bien fonctionné
Au cas où la qualité des réparations est jugée non satisfaisante en termes de sécurité, l’ordre est donné à la cellule lésée de se suicider, ce qu’on appelle un phénomène d’apoptose.
Mais il arrive que les points de contrôle soient inefficaces et qu’une cellule mal réparée puisse reprendre son évolution et aller jusqu’à se diviser et proliférer. Et quand les dégâts touchent des zones vitales de l’ADN, cette prolifération va aboutir à la formation de cellules cancéreuses échappant à tout contrôle.
Expérimentalement, il y a moins d’un an, une équipe américaine avait démontré, chez la souris, que l’action de la caféine se faisait en bloquant l’action de certaines protéines impliquées dans une chaine de réactions, des protéines appelées kinases.
C’est la chaine appelée ATR-Chk1 qui est plus précisément la cible de la caféine.
Cette fois, ce ne sont pas des souris mais des cellules humaines qui ont été étudiées, des kératinocytes, cellules de l’épiderme, celles qui subissent directement les effets des radiations UVB.
Les chercheurs ont reproduit, en laboratoire, les conditions exactes de ces irradiations, avec la même longueur d’onde que dans la vie réelle.
Par de savantes manipulations, ils ont bloqué la cascade de réactions liées aux kinases de l’axe ATR-Chk1, après avoir placé de la caféine dans le milieu de culture des cellules.
Ils ont constaté alors que ce blocage avait pour effet d’entrainer un grand nombre de cellules lésées vers la mort, confirmant ainsi les travaux faits sur la souris.
L’utilisation d’une nouvelle molécule, le PF610666 a renforcé l’effet de la caféine. Cette substance bloque les effets du point de contrôle Chk1.
Diverses études épidémiologiques avaient montré que la consommation régulière de deux à six tasses de café ou de thé par jour avait un effet protecteur sur les populations dites « caucasiennes » c’est-à-dire de type européen, en diminuant le risque de développer des cancers de la peau autres que les mélanomes.
Cette étude vient donc préciser les mécanismes fins mis en œuvre pour expliquer cette protection.
On peut donc imaginer la mise au point de crèmes de protection solaire à base de caféine qui seraient appliquées avant ou même après exposition au soleil.
Mais il y a encore besoin d’affiner les hypothèses et le café en tube n’est probablement pas encore pour demain.
Référence de l’étude :
Timothy P. Heffernan et al.
ATR–Chk1 Pathway Inhibition Promotes Apoptosis
after UV Treatment in Primary Human Keratinocytes:
Potential Basis for the UV Protective Effects of Caffeine
Journal of Investigative Dermatology advance online publication, 26 February 2009; doi:10.1038/jid.2008.435
Référence de l’étude sur la souris :
Lu YP et al.
Effect of caffeine on the ATR/Chk1 pathway in the epidermis of UVB-irradiated mice.
Cancer Res. 2008 Apr 1; 68(7):2523-9.
Fibromyalgie : un essai de phase 3 d’une nouvelle molécule interrompu par le laboratoire Pfizer
Le laboratoire américain Pfizer a annoncé hier qu’il ne poursuivrait pas le développement de la molécule esreboxetine.
ce médicament devait être commercialisé dans le cadre de la prise en charge des personnes souffrant de fibromyalgie.
le laboratoire américain a pris cette décision car il estime que ce produit n’apporte pas d’avantages décisifs par rapport aux produits déjà commercialisés.
Grippe; le traitement par un anticorps universel n’a pas encore pris corps
A force de vouloir aller plus vite que la musique, on peut déraper de la partition. Ainsi, depuis deux jours, on a l’impression que la grippe est sur le point d’être vaincue. Ce n’est pas vraiment le cas à lire de plus près le travail scientifique et l’éditorial qui l’accompagne dans une des revues du groupe Nature.
C’est une très belle étude qu’a publié en ligne la revue Nature Structural and Molecular Biology , le 22 février.
Les équipes des Dr Sui et Marasco ont réussi, grâce à des techniques faisant appel à la cristallographie, une forme d’imagerie en trois dimensions, à isoler un anticorps capable de bloquer l’action néfaste d’un certain nombre de virus grippaux.
Le virus de la grippe vient s’amarrer aux cellules de l’arbre respiratoire qu’il infecte et pénètre dans la cellule. Les deux membranes, cellulaire et virale vont fusionner et le matériel génétique du virus sera largué dans la cellule afin d’en utiliser la machinerie et de s’y reproduire.
Cet accrochage se fait grâce aux hémagglutinines (H), des sortes de picots en forme de sucette, placés sur la surface du virus. Sur cette même surface se trouve les neuraminidases (N), qui vont servir à ouvrir la porte au virus.
C’est la combinaison entre les divers types d’hémagglutinines et de neuraminidases qui font « l’immatriculation » des virus grippaux, en plus de leur type A ou B.
On parle ainsi de virus H3N2, par exemple ou du fameux H5N1, l’un des virus de souche aviaire qui font tant redouter une pandémie.
Les chercheurs américains ont réussi à empêcher le « strip-tease » du virus, une fois ce dernier entré dans la cellule. Ils ont, pour cela, développé un anticorps qui va se mettre au « cou » de l’hémagglutinine, à la jonction entre le bâton et le bonbon de la sucette !
Ces anticorps obtenus de façon originale ont bloqué 8 des 16 hémagglutinines connues, avec 80 % de succès.
L’affaire s’est avérée particulièrement efficace pour les souches H5N1 et H1N1, cette dernière étant responsable de la grande pandémie de 1918-1920, dite de la « grippe espagnole ».
On a pu lire ça et là, notamment dans un quotidien du soir, des analyses et commentaires très optimistes sur ce travail.
C’est vrai qu’il est brillant mais il s’agit d’abord et avant tout d’un travail sur la souris, et non sur l’homme même si les anticorps utilisés étaient des anticorps humains.
D’autre part, ces anticorps ont été inefficaces sur des virus comme la souche H3N2 qui est très souvent en cause dans les grippes communes de l’hiver.
Enfin, on ne sait pas exactement vers quoi conduira cette recherche.
Car ces anticorps pourraient être utilisés de la même façon que les immunoglobulines, à titre préventif ou curatif, dans les 48 heures suivant une infection par exemple.
Mais le problème c’est que l’estimation actuelle tourne autour de 8000 euros par patient traité, ce qui limite un peu les choses.
L’autre voie théorique serait de se servir de ces anticorps pour élaborer un vaccin capable d’être efficace sur des souches multiples et ne tenant pas compte des variations saisonnières.
Mais il y a un certain nombre d’obstacles, comme le fait que certaines hémagglutinines ne sont pas bloquées, nous l’avons dit. D’autre part, il faudrait être sûr qu’un gene, le VH1-69 ne serait pas surexprimé lors de l’utilisation d’un tel vaccin.
Expérimentalement, neuf des dix anticorps utilisés dans l’étude américaine ont sollicité cette voie. Or ce gene est surexprimé dans un certain nombre de maladies autoimmunes.
On voit donc qu’il y a encore beaucoup de travail à faire avant de crier au miracle et que ce qui marche sur la souris n’est pas automatiquement transposable à l être humain.
Référence de l’étude:
Jianhua Sui et al
Structural and functional bases for broad-spectrum neutralization of avian and human influenza A viruses
Nat. Struct. Mol. Biol. 16, published online,
doi:10.1038/nsmb.1566 (22 February 2009).
Reference du commentaire associé:
Taia Wang & Peter Palese
Universal epitopes of influenza virus hemagglutinins?
Nat. Struct. Mol. Biol. 16,Published online 22 February 2009;
doi:/10.1038/nsmb.1574
Hépatite chronique C : le foie vit mieux à bas régime
Dis-moi ce que tu manges et je te dirai comment va évoluer ton hépatite C.
C’est un peu la philosophie d’une étude italienne qui souligne également la surconsommation d’alcool chez des patients hautement à risque.
Les hépatologues italiens ont comparé 1084 patients atteints d’hépatite chronique C, d’une part et 2326 sujets sains, donneurs de sang, d’autre part.
Les patients atteints d’hépatite chronique C ne devaient pas avoir de cirrhose décompensée, ni d’infection chronique liée au virus de l’hépatite B ou au VIH.
432 patients atteints d’hépatite chronique C étaient traités par l’association Interféron (IFN) et ribavirine.
Ce que voulaient mesurer les auteurs de l étude c’était l’influence des comportements alimentaires, alcool y compris, sur l’évolution des dommages hépatiques et le succès ou non du traitement par interféron.
Il n’y avait, au début de l’étude, pas de différence entre les deux groupes concernant la consommation de graisses, de glucides ou d’acides gras polyinsaturés. Il y avait la même proportion de personnes en surpoids entre les deux groupes, tous sexes confondus.
De même la consommation d’alcool était comparable.
L’évolution des lésions hépatiques a été contrôlée chez les patients par des biopsies faites à 24 ou 48 semaines selon le type de virus porté par les patients.
L’étude a montré qu’une alimentation très riche en calories, notamment en glucides et en graisses était associée à des degrés plus élevés de fibrose hépatique, une destruction de l’architecture normale du foie.
Une consommation élevée d’acides gras polyinsaturés était associée à un degré élevé de stéatose, c’est-à-dire à des lésions du foie constituées de zones graisseuses (c’est ce qui se passe dans le foie gras).
L’alcool, consommé en grande quantité est aussi impliqué dans une aggravation des lésions chez les patients porteurs du virus de l’hépatite C.
Ce que montre cette étude c’est que les patients atteints d’hépatite C chronique avaient, dans leur majorité, des comportements alimentaires ne répondant nullement aux règles diététiques, une alimentation trop riche en glucides en lipides et, surtout en alcool. Près de la moitié d’entre eux, 48 % pour être précis, consommait plus de 40 grammes d’alcool par jour, soit près d’un demi-litre de vin à 12° par jour.
Cette consommation excessive d’alcool a joué aussi un rôle dans la réponse au traitement par l’IFN.
D’autres facteurs alimentaires ont joué un rôle également. Ainsi les « répondeurs » consommaient-ils plus de zinc, de graisses monoinsaturées et moins de fer que les « non-répondeurs ».
Ces facteurs alimentaires s’ajoutent à d’autres critères de bonne réponse comme le génotype du virus, le génotype 4 étant connu pour mal répondre.
Un âge plus jeune, un indice de masse corporelle plus bas, un degré moindre de fibrose et de stéatose sont également de bons facteurs prédictifs de réponse au traitement par l’IFN.
Ce travail italien montre donc que les conseils dits « hygiéno-diététiques » sont des facteurs importants de l’évolution d’une hépatite chronique C et de la réponse au traitement par l’IFN.
Il est donc important que les médecins qui suivent ces patients s’attachent à répéter ces conseils d’hygiène de vie et surveillent la consommation alcoolique des patients.
Cela en vaut d’autant plus la peine que la bithérapie de l’hépatite C connait, dans un certain nombre de cas, des succès non négligeables.
Référence de l’étude :
Carmela Loguercio et al.
The Impact of Diet on Liver Fibrosis and on Response to Interferon Therapy in Patients With HCV-Related Chronic Hepatitis
Am J Gastroenterol. 2008;103(12):3159-3166.
Une course cycliste dont le sponsor fabrique de l’EPO !
On ne doit, paraît-il, pas parler de corde dans la maison d’un pendu. Mais voir une épreuve cycliste parrainée par le fabricant d’une substance utilisée comme dopant met à mal ce dicton.
Vendredi soir, un peu insomniaque, je navigue au gré de la télécommande. Ma recherche arrive sur Eurosport qui retransmet en direct le Tour de Californie. Épreuve intéressante car il y a Lance Armstrong qui y participe, ainsi que quelques coureurs de la vieille Europe dont Voigt.
Quelques uns y font aussi leur retour après avoir pris deux ans de suspension pour des affaires de dopage liées à l’EPO ou à des transfusions sanguines à partir de donneurs compatibles.
Ils ont payé, ils reviennent, c’est la règle en espérant qu’ils auront compris.
Mais ce qui m’a frappé dans cette course c’est le nom du sponsor principal de l’épreuve. J’ai même cru que l’heure tardive altérait mes fonctions intellectuelles. J’ai même un instant douté que la tisane verveine-menthe que j’étais en train de boire ne fût , en fait, une décoction d’herbes interdites à la commercialisation !
Car, devant mes yeux hagards, j’ai lu « AMGEN ». C’est une très florissante société de biotechnologie, qui a mis au point plusieurs molécules très utiles en médecine.
Mais c’est surtout l’un des principaux fabricants de l’érythropoiétine de synthèse, ou, plus prosaïquement, l’EPO
Un fabricant d’EPO sponsor d’une course cycliste, décidément l’Amérique a toujours quelque chose pour nous surprendre.
Petite info pour finir : Armstrong n’ a pas brillé dans ce « contre la montre » . gagner un huitième Tour ce n’est pas très sûr, mais ce sera sans doute un équipier redoutable.
Dee à l’endroit et à l’envers
Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas parler de santé dans ce billet.
Je voudrais saluer la performance de Dee Caffari, navigatrice britannique qui a terminé sixième de l’édition 2008-2009 du Vendée Globe Challenge.
Cette navigatrice a fini sa circumnavigation en étant plutôt ignorée des médias et c’est bien dommage car elle est la seule femme, à ce jour, à avoir fait le tour du monde à l’endroit et à l’envers.
C »est elle qui détient en effet le record du monde féminin du tour du monde à l’envers en 178 jours et 3 heures.
Elle aurait mérité un peu plus d’attention, mais l’actualité est ce qu’elle est et la bête médiatique s’est repue avec la souriante Samantha Davies, elle aussi citoyenne de Sa gracieuse majesté !
Un biberon pour calmer les douleurs postoperatoires
La prise en charge de la douleur postopératoire ne cesse de progresser. Désormais, même les grandes interventions de chirurgie abdominale peuvent avoir des suites presque sans douleur.
Cela ressemble à un biberon, mais au lieu d’une tétine, c’est un petit tube qu’on abouche au sommet. Un cathéter percé d’une multitude de petits orifices, un peu à la façon des systèmes d’arrosage de pelouse.
Et par ces trous va sourdre de façon régulière et continue le contenu du « biberon ».
De la ropivacaïne, une substance chargée de faire disparaître tout ou partie de la douleur, ce qu’on appelle une analgésie.
Ce dispositif, le chirurgien l’insère dans la cicatrice, juste avant de refermer la peau, en pré-péritonéal disent les techniciens.
Enlever la moitié du côlon ou une partie du foie sont des interventions toujours douloureuses. Mais 80 % de la douleur vient de la cicatrice. C’est pour cela que placer ce tube dans la cicatrice qu’on va irriguer pendant quarante-huit heures de ropivacaïne permet d’obtenir de bons résultats.
Jusqu’à cinq à dix fois moins de consommation de dérivés de la morphine, par exemple. Donc moins d’effets secondaires liés à cette famille de produits, comme les nausées, les vomissements ou la constipation.
Et quand la cicatrice fait moins mal, on dort mieux et on s lève plus vite, d’où moins de risque de phlébites également.
Grâce à cette technique, les anesthésistes du CHU Saint-Antoine de Paris ont constaté également que les patients sortaient de l’hôpital plus rapidement, un jour et demi en moyenne de séjour en moins.
Dans ces périodes de chasse aux économies, c’est intéressant pour tout le monde.
L’autre avantage du dispositif c’est qu’il est autonome. Fait d’un plastique « intelligent », un élastomère, il va se vider sans avoir besoin d’électricité ou d’intervention humaine, donc sans risque d’erreur.
Ce biberon avait été conçu à l’origine pour les astronautes afin de leur permettre de boira en apesanteur.
C’est donc, dans tous les sens du terme, une retombée de l’espace. Un petit biberon pour l’homme, mais une grande avancée pour la prise en charge de la douleur.
Pour voir le reportage sur ce sujet :
Aller sur http://info.francetelevisions.fr/
Dans la rubrique rechercher entrer le mot douleur ou JT 20 h du 11/02/09
Le chômage comme effet secondaire d’un cancer bien traité.
C’est une version assez terrible de la notion de double peine. Nombre de personnes traitées pour cancer vont, ensuite, se retrouver sans emploi. Une étude néerlandaise vient aujourd’hui montrer l’ampleur du phénomène.
A une époque où, à juste titre, le combat contre la discrimination s’intensifie, la situation de celles et ceux qui ont réussi à se sortir d’un cancer ne semble pas provoquer une émotion égale à celles rencontrées dans d’autres affections.
Pourtant, il y a des choses à dire. Car, aujourd’hui, une personne guérie ou en rémission sur deux a moins de 65 ans, et donc relève du monde du travail.
Mais voilà, les choses ne sont pas aussi simples que cela et si l’on en croit une étude hollandaise publiée aujourd’hui dans le Journal of the American Medical Association, le JAMA, cancer et chômage sont des mots qui vont assez bien ensemble.
Les auteurs ont procédé à ce qu’on appelle une méta-analyse. Ce n’est pas une étude à proprement parler, mais la compilation d’un certain nombre de travaux mis en commun et analysés comme s’il s’agissait d’une seule et même étude. Le modèle n’est pas parfait, prête souvent à discussion, mais a une certaine utilité pour comparer des travaux sur un même sujet.
Ils ont ainsi, en cherchant dans diverses bases de données, colligé 36 études ; 16 étasuniennes, 15 européennes et 5 venant d’autres pays ou continents.
Au total, ils ont ainsi regroupé 20366 anciens patients et 157603 personnes non malades utilisées comme groupe de contrôle.
A noter que les Américains ne disent pas « anciens patients » mais « survivors », un terme intraduisible en français car c’est bien plus que la notion de « survivant » que comporte ce mot, c’est celui d’une victoire quasi triomphale.
Ce que montre cette étude c’est que ceux qui ont eu un cancer ont un risque d’être au chômage supérieur de 37 % par rapport à une population « normale ».
Et ce risque est particulièrement net pour celles qui ont eu un cancer du sein ou un cancer de l’appareil génital (utérus et ovaires). Les cancers digestifs, estomac et colon, exposent également les deux sexes à un risque supérieur de chômage.
La tendance est non significative en revanche pour les leucémies et les cancers de la prostate. Il n’y a aucune différence pour les cancers du testicule.
Ce dernier élément tient sans doute au fait que cette pathologie concerne généralement des hommes jeunes, au début de leur carrière et que, dans un très grand nombre de cas, la guérison est complète.
L’autre enseignement de cette analyse c’est que plus le taux de chômage est élevé et plus les anciens patients restent sur le bord de la route.
Cette difficulté à retrouver sa place dans le monde du travail tient, en partie, à des raisons physiques que les anciens patients avancent eux-mêmes, comme une fatigue importante ou certains handicaps. Il est vrai aussi que, par exemple, des irradiations cérébrales vont créer des petits troubles de concentration et d’attention qui peuvent s’avérer préjudiciables dans certaines activités.
Mais quand une femme a été traitée de son cancer du sein, qu’elle a récupéré la quasi-totalité de ses moyens physiques et qu’elle demande simplement à retrouver sa place dans le monde de celles et ceux qui travaillent, comment justifier qu’on lui ferme la porte comme c’est, hélas ! trop souvent le cas.
Le cancer n’est pas transmissible, ni contagieux. Encore moins quand on en est guérie !
Ce travail montre qu’il y a encore beaucoup à faire pour aider les anciens patients à se réinsérer.
La Ligue contre le cancer fait beaucoup en ce sens. Elle s’est battue, notamment contre les assureurs qui ne veulent pas aider les anciens patients, sauf en leur imposant des surprimes souvent totalement dissuasives.
J’avais ainsi discuté avec un actuaire, ces professionnels chargé d’évaluer les risques et de fixer les tarifs des primes. Pour lui, trente ans après un cancer du sein, une femme n’était pas guérie mais seulement en rémission. Rassurant !
En ces périodes économiques difficiles, où les emplois sautent au gré des résultats financiers, celles et ceux qui ont échappé aux pinces du Crabe risquent de ne pas échapper aux affres du chômage.
C’est peut-être le moment de mettre en pratique tous les discours appelant à la solidarité.
Référence de l’étude :
Angela G. E. M. de Boer et al.
Cancer Survivors and Unemployment
A Meta-analysis and Meta-regression
JAMA. 2009;301(7):753-762
VIH/SIDA CROI 2009: comment dit-on ‘goujats’ en anglais ?
Le fair play est un mot inventé par les anglosaxons et dont ils ignorent le sens.Une nouvelle preuve en a été donné lors de la 16ème édition, la conférence scientifique sur le sida qui s’est achevée mercredi à Montréal.
Pendant cinq jours, la planète sida s’est retrouvée à Montréal, des femmes et des hommes venus de 92 pays. Parmi ces participants, une femme remarquable, dont la carrière scientifique a connu, au mois d’octobre dernier, le couronnement avec l’attribution du prix Nobel de médecine.
Françoise Barré-Sinoussi assistait, comme chaque année à ce congrès. Une occasion pour les organisateurs de lui rendre hommage, elle qui a permis à la recherche sur ce fléau d’atteindre la consécration suprème.
Que croyez-vous qu’ils firent ? Lui proposèrent-ils de donner une des deux conférences inaugurales, citèrent-ils son nom, la firent-ils monter sur scène pour recevoir l’hommage de la salle et des 4000 participants ?
Non, ils l’ont tout bonnement ignorée avec une muflerie et une goujaterie que l’on n’imaginait pas de si « beaux esprits ».
Françoise Barré -Sinoussi n’a pas besoin de leurs honneurs. D’ailleurs, à propos d’honneur, le lundi 8 au soir, elle remettait à Mark Weinberg, un spécialiste canadien, les insigne de la Légion du même nomr, montrant que l’élégance et la classe étaient des valeurs encore en cours dans la Vieille Europe.
Madame, nous sommes fiers de vous et beaucoup moins de ces goujats.
Boissons energisantes : l’Europe donne son feu vert au taureau rouge
L’Agence européenne de sécurité sanitaire des aliments (EFSA) vient de rendre un avis concernant les boissons énergisantes.
On se souvient que Roselyne Bachelot-Tarquin, ministre de la santé avait manifesté son hostilité à l’arrivée de la boisson Red Bull en France, en raison de la présence, dans cette boisson, d’une substance, la taurine, dont on suspectait des effets néfastes sur la santé. C’était au vu d’un rapport de la Commission européenne datant de 2003, que ces craintes s’étaient manifestées.
L’EFSA a repris les données de la littérature et a conclu que la taurine et la D-glucorono-gamma-lactone (plus facile à boire qu’à prononcer !) consommées à des doses « raisonnables », c’est-à-dire entre une demi et une cannette et demie par jour, ne présentaient pas de danger pour les consommateurs.
Mais ces données ne valent que dans le cadre strict de la consommation de ces boissons et ne disent rien de la prise concomitante d’alcool, par exemple.
On peut donc être rassurés d’un côté tout en voyant une forme de dopage à la caféine et à la taurine être acceptée comme un fait de société.
Au point de financer des équipes de Formule 1








