Archives quotidiennes : 27 juillet 2009

Le Président et l’urologue : malaise vagal et vague air de malaise

Ce dimanche 26 août aura été marqué par deux événements en matière de santé, l’un majeur, l’autre mineur. Le malaise du Président aura éclipsé les déclarations hasardeuses de Bernard Debré sur la grippe A. Ce qui vaut mieux pour l’urologue éloigné de son champ d’action habituel !
 
Nicolas Sarkozy a donc, si l’on en croit son entourage, été victime d’un malaise vagal. Les médecins étant tenus au secret, seuls les proches peuvent dire des choses et il faut donc s’en contenter. Ceci étant, vu le contexte, il n’y a pas vraiment de raison de douter du diagnostic.
Un président plutôt hyperactif, qui court par une journée d’été à une heure où le soleil est au zénith a le droit de voir son système nerveux autonome et son nerf vague ou parasympathique en particulier faire des leurs.
Après un effort intense, une réaction inverse trop brutale et mal modérée, une chute tensionnelle et une freination trop importante du rythme cardiaque sont des manifestations pas rares.
 
L’entourage évoque la bénignité du malaise, ce qui peut surprendre avec la décision de garder le président en observation au moins pour une nuit.
Mais cela est parfaitement logique au plan médical. Une perte de connaissance mérite d’être explorée, surtout chez un homme de plus de cinquante ans ayant une vie plutôt mouvementée.
 
On sait que divers examens ont été pratiqués, comme une IRM ou un électroencéphalogramme, autant de gestes logiques là encore pour rechercher ou éliminer une cause de perte de connaissance, comme auront été faits un certain nombre d’examens destinés à vérifier l’état cardiovasculaire du chef de l’Etat.
 
Cet événement aura donc fait passer au second plan les propos de Bernard Debré, parlant de « grippette » pour la grippe A(H1N1) et qui trouve qu’on en fait trop face à un virus qui n’est pas pire que celui de la grippe saisonnière selon lui. Il ajoute également que ce sont les laboratoires qui poussent les pays à acheter des vaccins, un air déjà bien connu.
 
Petit rappel : Bernard Debré est urologue, une discipline chirurgicale qui traite les pathologies de l’arbre urinaire et de la prostate. C’est dans le service qu’il dirige qu’en 1992, les professeurs Ady Steg, prédécesseur de Bernard Debré, et Thierry Flam ont opéré le président Mitterrand de son cancer prostatique.
 
Au moment de la crise de la vache folle, Bernard Debré intervenait ça et là dans les émissions de télévision. Il était ainsi un jour dans un débat animé par Dechavanne sur TF1. Là, un biologiste fit remarquer que le fameux prion, la protéine impliquée dans la genèse de la maladie de Creutzfeld-Jakob (MCJ), chacun d’entre nous en hébergeait dans son cerveau, puisque ce prion est essentiel aux phénomènes de mémoire.
 
Le garçon fut sèchement contré par Debré qui lui reprocha de dire n’importe quoi.
Hélas pour l’urologue, son interlocuteur avait mille fois raison : le prion normal existe chez chacun d’entre nous. C’est la forme mutée qui est à l’origine de la MCJ.
 
Je regardais ce programme avec deux collègues médecins et l’un d’eux s’étonnait de l’aplomb de Bernard Debré dans un domaine qu’il ne maitrisait absolument pas. « J’ignorais » dit-il « qu’en faisant un toucher rectal pour palper une prostate on puisse se faire une opinion de la consistance du cerveau, qui est fort loin de la glande ! »
Ce à quoi mon voisin rétorqua « Mais n’oublie pas que ce garçon a le bras long ! ».
J’ai presque envie de reprendre cette blague authentique et de remplacer cerveau par poumons.
 
Bernard Debré doit oublier que la grippe saisonnière fait des milliers de morts chaque année en France et qu’elle n’a rien de banal.
 
Il ne se rappelle pas non plus, sans doute, que l’épidémie de l’hiver 1968-69 a fait trente mille morts en France.
 
Il ignore aussi certainement que c’est l’OMS qui a demandé aux industriels de fabriquer du vaccin et non pas l’inverse.
La responsable de la prévention vaccinale à Genève a déclaré qu’on ne pouvait pas faire l’impasse sur cette mise en production car il serait trop tard ensuite pour se réveiller.
 
 
 
Bernard Debré est un homme au demeurant attachant, qui s’intéresse à beaucoup de questions de société, qui œuvre aussi en Afrique dans la lutte contre le sida.
 
J’ai du mal à comprendre sa sortie de ce dimanche, visant à appeler à réduire la voilure en matière de préparation vis-à-vis de la pandémie.
 
Mais, il participe parfois aussi à une émission de radio baptisée « Les grandes gueules » qui , souvent, dépasse les limites de l’entendement en matière d’enfilage de perles, de beauferie  et de discussions du type « Penalty bar » où trois ou quatre quidams pensent refaire le monde , forts de leurs certitudes qui n’ont souvent  d’égal que leur incompétence sur les sujets abordés.
 
J’espère simplement qu’il ne s’est pas contaminé au contact de ces personnes.
 
Décidément, un drôle de dimanche entre malaise vagal et un vague air de malaise.
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