Archives mensuelles : novembre 2009

Thérapie génique : une belle avancée dans une vilaine maladie, l’ALD.

C’est une avancée en matière de thérapie génique qui devrait faire date. Pour la première fois, deux enfants ont vu une maladie génétique effroyable stoppée grâce à un « changement de gene ». Une thérapie qui pourrait avoir d’autres débouchés, notamment dans la maladie d’Alzheimer.
 
On l’appelle l’ALD, un mot plus simple que son nom entier : adrenoleucodystrophie.
La forme génétique, dite liée à l’X, est transmise par la mère et s’exprime chez les garçons.
 
Dans cette affection, les atteintes sont multiples, mais touchent essentiellement les glandes surrénales et le système nerveux central.
 
Par la défaillance d’un gene appelé ABCD1, des acides gras dits à très longues chaînes ne peuvent être dégradées dans le cerveau par des cellules spécialisées. Il s’en suit une destruction de la gaine de myéline qui entoure les nerfs et, à terme, la destruction du tissu nerveux lui-même.
 
La maladie débute tôt dans l’enfance et on voit des garçons de 6 ou 7 ans avoir des difficultés d’audition, de vision puis des atteintes sensitives et motrices avec des troubles qui s’aggravent.
 
L’évolution est fatale en quelques années.
 
La seule façon de freiner l’évolution de la maladie est de trouver un donneur compatible et de faire une greffe de moelle osseuse à l’enfant.
Les cellules ainsi transfusées vont palier peu ou prou les carences des cellules porteuses du gene inefficace.
 
Mais les donneurs sont rares, les traitements lourds, le risque de rejet non négligeable.
 
Comment donc sortir de ce cul-de-sac ?
Par la thérapie génique, mais le hic c’était de trouver le bon « véhicule » pour aller déposer le gene réparateur sur l »ADN des noyaux des cellules.
 
On sait que les meilleurs vecteurs sont les rétrovirus, famille à laquelle appartient le VIH, virus à l’origine du sida.
 
Mais cette famille de virus est particulièrement délicate à manier. Elle délivre parfaitement bien sa charge sur l’ADN.
 
Mais elle peut la délivrer dans des zones où cette intrusion peut générer de graves désordres.
On l’a vu, ainsi, avec le traitement des premiers « enfants-bulle » réalisé à l’hôpital Necker, à paris, par l’équipe du professeur Alain Fischer. Trois des dix-neuf enfants ont développé une leucémie secondairement à la thérapie génique, le virus ayant eu la funeste idée de s’insérer près d’une zone où le message génétique a entraîné une prolifération de cellules anormales.
 
Mais les travaux de Nathalie Cartier et de Patrick Aubourg publiés ce soir dans la revue Science, ont utilisé un lentivirus apparemment beaucoup plus maniable et, surtout, beaucoup plus traçable grâce à une collaboration de scientifiques allemands.
 
Deux petits Espagnols ont été ainsi traités il y a trois ans et un troisième il y a seize mois.
 
Ce sont les deux premiers qui sont inclus dans la publication scientifique.
 
Les chercheurs ont, par une simple prise de sang, récupéré des cellules souches sanguines chez ces enfants, leurs propres cellules donc, éliminant ainsi le risque de rejet.
 
Dans ces cellules, environ 200 millions par enfant, on a introduit le gene ABCD1 fonctionnel.
 
Pour cela on a mis le gene dans le lentivirus, cette sorte de virus VIH rendu inoffensif.
Puis, par simple transfusion, les cellules ont été replacées chez les enfants. Ces cellules sont allées se replacer dans la moelle osseuse.
Là, elles ont repris leur fonction, c’est-à-dire se diviser en cellules spécialisées, notamment des globules blancs.
 
Près d’un tiers d’entre elles a gardé ainsi le gene nef et fonctionnel et l’a transmis aux cellules filles.
 
Ces cellules nettoyeuses se promènent partout dans l’organisme et notamment dans le cerveau. Elles ont donc pu pallier une partie du déficit.
 
Si bien qu’à près 14 mois, les médecins ont constaté que les lésions du cerveau vues à l’IRM ne progressaient plus du tout, Un résultat identique à ce qu’on observe avec les greffes de moelle.
 
Mais la technique de thérapie génique est plus simple à employer, hormis la nécessité d’une chimiothérapie préalable pour vider la moelle osseuse de ses cellules. Mais cette mise en aplasie pourrait disparaitre des prochains protocoles.
 
Pas besoin de donneur, pas de risque de rejet et un virus qu’on semble bien contrôler pour l’instant.
De quoi se réjouir, même si le traitement bloque la progression de la maladie sans réparer les dégâts antérieurs.
 
Ce qui rend ce travail encore plus passionnant c’est que d’autres affections du système nerveux central sont causées par des mécanismes proches. Il y a la sclérose latérale amyotrophique, la SLA ou maladie de Charcot.
 
Il y a aussi la maladie d’Alzheimer où des protéines s’entassent et provoquent des morts neuronales.
 
On imagine donc combien, même s’ils sont préliminaires, ces résultats vont intéresser toutes les équipes impliquées dans la thérapie génique.
 
Pour terminer, il ne faut surtout pas oublier que cette recherche a été fiancée en grande partie par la générosité du public à travers l’association ELA, dont le parrain est Zinedine Zidane. Une autre partie du financement s’est faite par les dons du Téléthon et donc grâce à l’AFM.
 
C’est donc une victoire partagée par des dizaines de milliers d’équipiers et c’est très bien comme cela.
 
Référence de l’étude:
 
Nathalie Cartier et al.
 
Hematopoietic Stem Cell Gene Therapy with a Lentiviral Vector in X-Linked Adrenoleukodystrophy
Science 2009, 326 :818-823 doi :10.1126/science.1171242
 
Référence de l’éditorial :
 
Luigi Naldini
A Comeback for Gene Therapy
Science. 2009, 326 : 805
 
 
 
 

thérapie génique de l’adrenoleucodystrophie – Ma-Tvideo France2
Une équipe française a réussi à se servir d’une forme de virus du sida, rendu inoffensif, pour déposer un gene réparateur dans des cellules d’enfants malades.

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Cancer : Un plan 2 dont on espère qu’il ne sera pas un plan B

Le Plan cancer 2 lancé lundi à Marseille par Nicolas Sarkozy va s’atteler à un certain nombre de taches, dont la réduction des inégalités devant la maladie et ce à tous les stades. Car du dépistage au traitement, nous ne sommes pas tous égaux, en France. Etonnant, non ?

 
Quand on regarde la carte de mortalité par cancer 2002-2004 en France, on s’aperçoit que certains départements paient un lourd tribut à la maladie. Il existe, notamment chez les hommes, une sorte de « T » qui comprend des départements des régions Nord-Pas de Calais, Picardie, Lorraine Haute-Normandie pour la barre horizontale et quelques zones de Champagne-Ardenne et de Bourgogne pour la barre verticale.
 
Et l’examen des chiffres montre que les causes sont évidemment multiples, mais que les personnes vues dans ces régions sont souvent vues tardivement dans le cours de la maladie, qu’elles ont des cancers très agressifs et qu’elles appartiennent souvent à des catégories socioprofessionnelles, les fameuses CSP, parmi les moins bien loties.
 
En schématisant à l’extrême, on peut dire qu’il vaut mieux être cadre supérieur qu’ouvrier face au cancer.
 
Mais le paradoxe ne s’arrête pas là. Nous sommes l’un des pays où on soigne le mieux les cancers, avec aujourd’hui près de 60 % de guérison. Mais nous sommes l’un des pays où les politiques de dépistage et de prévention laissent le plus à désirer.
 
Ce qui veut dire que nous pourrions faire beaucoup mieux en termes de survie ou de rémission.
 
 
LES FREINS AU DEPISTAGE
 
 
L’un des objectifs de ce deuxième volet du plan sera donc de s’intéresser aux inégalités et à la façon de les réduire. Comprendre , par exemple, les freins au dépistage.
 
Prenons le cas du dépistage du cancer du sein pour les femmes de 50 à 74 ans. Alors que ce dépistage biennal est gratuit, à peine un peu plus de 51 % des femmes en âge d’en bénéficier se font dépister. Et dans certaines régions ou départements, Paris ou la Corse, on est plus près de 27 % que de 50 %.
 
Il faut donc comprendre ce qui fait que dans le Cher, par exemple, 72 % des femmes répondent aux convocations et seulement 27 % de Parisiennes. Cela suppose de mettre en place des équipes pluridisciplinaires.
 
Par ce mot, il faut entendre que la question n’est plus seulement médicale. Elle repose sur la convergence de savoirs et d’expertises, notamment grâce aux sciences humaines et sociales. Il faut travailler de concert avec des psychologues, des sociologues, des personnes qui connaissent les cités, par exemple et qui peuvent aider à comprendre certains freins ou tabous et donner des clés pour les circonvenir.
 
Le dépistage du cancer du col de l’utérus est un bon exemple de la nécessité de cette approche multiple. Quand on regarde le nombre de frottis faits chaque année, en France, il y a de quoi être satisfait, a priori.
Mais, a posteriori, c’est une autre histoire. Car il y a chaque année un peu plus de 2000 cancers du col et mille décès dont 90 % auraient du être évités.
 
Tout cela parce que beaucoup de femmes à risque pour le cancer du col ne bénéficient d’aucun dépistage pendant que d’autres femmes ont des frottis trop rapprochés et sans vraie utilité.
 
Il faut donc aller vers ces femmes délaissées par la surveillance, d’autant qu’il n’existe aucun dépistage organisé au plan national. Le frottis n’est pas un geste qui est réservé aux seules gynécologues médicales.
Les médecins de famille savent le faire et la loi autorise désormais les sages-femmes à le pratiquer.
 
Ce geste n’est pas une panacée, mais en attendant d’avoir d’autres tests plus performants, il permet de traiter précocement des lésions avant qu’elles ne deviennent cancéreuses.
 
Il faut donc aider le plus grand nombre de femmes à y accéder en luttant contre les corporatismes et les chapelles.
 
En luttant également contre une désinformation sournoise qui laisse croire que la vaccination contre le virus HPV protège contre le cancer du col de l’utérus à 100 %.
 
UNE PREVENTION A COTE DE LA CIBLE
 
 La partie réservée à la prévention va également être mise dans une configuration pluridisciplinaire. Notamment pour ce qui concerne l’environnement au sens large du terme, le monde du travail en particulier.
 
Avoir des réseaux de signalement de tumeurs rares, par exemple, qui peuvent être le résultat de l’exposition à un agent utilisé dans certaines fabrications sans attendre d’avoir vingt morts.
 
Autre difficulté : les cancres liés au tabac. On sait aujourd’hui que le tabac est un marqueur de précarité et de pauvreté. Les cadres ont arrêté de fumer, mais le tabagisme fait de gros dégâts parmi celles et ceux qui sont en situation précaire, notamment les chômeurs.
 
Ces personnes qui ont quasiment tout perdu n’ont aucune envie de décrocher de la cigarette. Et, quand le prix du tabac augmente, ils continuent à fumer et ont encore moins d’argent pout les fameux « cinq fruits et légumes par jour » dont on nous recommande la consommation.
 
Il faudra donc trouver le moyen de sensibiliser ces populations hautement exposées aux cancers liés au tabac par des approches ciblées, là encore un travail où les sciences sociales et humaines viendront aider les professionnels de santé publique.
 
OUBLIER LES EGO POUR MIEUX TRAITER
 
Mais ce Plan va aussi permettre d’accélérer le processus d’autorisation à traiter des patients cancéreux pour les hôpitaux publics et privés.
 
Aujourd’hui, rien n’interdit de fait à un établissement qui opère un cancer du sein par an seulement, de continuer cette activité.
 
Le premier Plan cancer, voulu par Jacques Chirac, avait prévu de donner un « label » aux établissements. Ce label prévoyait qu’il fallait opérer un certain nombre de cancers par an pour pouvoir continuer à le faire. Pour le sein, le nombre était fixé à 30. Or, plus d’un tiers des hôpitaux et cliniques français n’atteignent pas ce chiffre minimal requis.
 
Ders chiffres ont été fixés également pour les cancers digestifs, pour le nombre de patients traités en radiothérapie ou en chimiothérapie ambulatoire en hôpital de jour.
 
Tout cela venait en contrepartie de la mise à disposition pour tous les patients de toutes les molécules innovantes sans aucune restriction.
 
La France a été le premier pays à ainsi ouvrir les vannes des thérapies ciblées, des traitements coûtant plusieurs dizaines de milliers d’euros par an et par patient. Des patients souvent arrivés au bout des possibilités thérapeutiques possibles.
 
Les médicaments ont été rendus accessibles, mais la deuxième partie du contrat n’est toujours pas remplie. Or, à quoi cela sert-il de donner des traitements très ciblés à des patients qui auront été mal opérés ou insuffisamment bien diagnostiqués selon les critères de plus en plus pointus de la cancérologie ?
 
Mais voilà, nous sommes en France et dire à un hôpital ou à une clinique « Vous ne faites pas assez d’ablations de cancers du sein, donc vous n’aurez plus le droit d’en faire » c’était quasiment impossible ! Les baronnies locales priment encore sur la santé et le devenir des patients.
 
Selon certains échos, le Plan Cancer 2 devrait mettre un terme à un certain nombre d’anomalies et concentrer les moyens dans des lieux où la qualité et l’expertise seront assurées aux patients.
 
Et, en matière de cancer, il n’est pas scandaleux de faire 20 km de plus si on est sur de tomber entre les mains de personnes hautement qualifiées.
 
 
 
 
 
 
 

On trouvera sur le site de l’Institut national du cancer, INCa, le rapport sur la situation du cancer en 2009, en France (document du 16/10/2009)

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