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Archives mensuelles : janvier 2010
Alzheimer : Il est encore tôt pour dire qu’on va supprimer Tau
La recherche de traitements contre la maladie d’Alzheimer est particulièrement vivace. Mais on doit savoir garder la tête froide face à des annonces qui sont parfois très prématurées.
Haro sur Tau ! Tau c’est une protéine qui, dans une forme anormale est un marqueur de la sévérité de la maladie d’Alzheimer. Les dépôts à l’intérieur des cellules nerveuses sont sous forme de « buissons ».
Ces dépôts succèdent à une première manifestation pathologique caractérisée par un dépôt de plaques de beta-amyloïde, une protéine qui se dépose à l’extérieur des cellules dans la région des synapses.
La majorité des 643 essais cliniques qui testent des thérapeutiques potentielles à travers le monde concernent la beta-amyloïde. Un peu plus d’une vingtaine concernent Tau.
L’équipe de recherches dont s’occupe le très actif octogénaire Etienne-Emile Baulieu publie aujourd’hui dans la revue américaine PNAS ses travaux concernant une protéine capable, in vitro, d’interférer avec la protéine Tau.
Cette substance appelée FKBP52 est fabriquée naturellement par l’organisme. Elle réduit la synthèse de Tau et cela se traduit par des fibres nerveuses plus courtes, en raison de modification de la structure des microtubules qui peuplent les axones des neurones et servent à la propagation des médiateurs chimiques.
Le professeur Baulieu estime qu’en stimulant cette protéine FKBP52, on pourrait « nettoyer » la protéine Tau anormale.
Peut-être mais le problème c’est qu’on est au niveau du concept et pas plus.
L’étude s’est limitée, pour le moment, à un travail de laboratoire.
Il faut ensuite passer à des évaluations sur l’animal et, si ces dernières sont concluantes, commencer les études sur les patients.
C’est donc un cheminement qui se compte en années. Et on n’est jamais à l’abri de mauvaises surprises.
Ainsi, le vaccin anti beta-amyloïde mis sur le marché il y a quelques années par la firme irlandaise Elan avait montré des résultats très encourageants chez la souris.
Mis sur le marché ce vaccin a finalement été retiré de la commercialisation à la suite de la survenue d’accidents neurologiques d’origine infectieuse.
Il faut donc savoir raison garder et prendre le temps d’observer les effets à la fois bénéfiques et néfastes de ces thérapies.
Une lenteur qui est, légitimement, difficile à admettre par les familles des personnes atteintes. Mais il serait dramatique de provoquer des accidents graves au prétexte de l’urgence.
Dans le domaine thérapeutique, on attend l’arrivée prochaine de deux anticorps monoclonaux issus des biotechnologies.
Là encore avec des espoirs légitimes mais aussi quelques craintes liées aux risques des immunothérapies visant la beta-amyloïde.
Référence de l’étude :
Béatrice Chambraud et al.
A role for FKBP52 in Tau protein function
PNAS published online before print January 25, 2010,doi:10.1073/pnas.0914957107
A lire également une revue très documentée des connaissances actuelles sur les mécanismes de la maladie :
H.Querfurth , F LaFeria.
Alzheimer’s disease
N Engl J Med 2010; 362:329-344
Le cancer de Laurent Fignon : une forme rare mais qu’on peut prendre en charge.
Ce billet a été actualisé le 03/07/2010 avec une note sur la voix de Laurent Fignon
Ce billet a été actualisé le 31/08/2010, avec une note sur la disparition de Laurent Fignon
Un blog temporairement moins actif.
Pendant deux semaines, du 11 au 22 janvier, ce blog va être un peu moins actualisé. De la même façon, les commentaires seront sans doute mis en ligne un peu tardivement.
Je redeviens étudiant pendant deux semaines, ou, plus exactement, je suis une formation pour actualiser mes connaissances en chimiothérapie.
J’espère que vous pardonnerez ces retards prévisibles.
Cancer du sein et dépression: Pour ne pas couler, il faut boire la tasse…de thé.
De la gym et du thé. Il n’en faut pas plus selon une étude chinoise pour soulager la dépression chez les femmes traitées pour un cancer du sein.
C’est une sorte de double peine : la dépression frappe environ la moitié des femmes dans les mois qui suivent la mise en place de leur traitement pour un cancer du sein.
Cette dépression a diverses causes et elle peut avoir pour conséquence de compromettre l’efficacité du traitement. L’épisode dépressif conduit même certaines femmes à abandonner leur traitement de façon définitive.
Comment donc lutter contre ces manifestations qui viennent parasiter la prise en charge de ces femmes ?
Et peut-on les traiter autrement que par des médicaments alors que leur organisme doit déjà digérer les effets de la chimiothérapie ?
Ce sont ces raisons qui poussent les spécialistes de cancérologie à se pencher vers les ressources offertes par les médecines complémentaires et les approches non médicamenteuses.
Une étude chinoise, publiée dans le Journal of Clinical Oncology, le JCO ,apporte une nouvelle indication sur les possibilités de prise en charge des phénomènes dépressifs par des méthodes « différentes ».
Entre 2002 et 2006 les médecins ont suivi 1399 femmes vivant à Shanghai. Ces femmes ont été évaluées à 6 mois et à 18 mois après le diagnostic de cancer.
On a évalué, grâce à des questionnaires, leur qualité de vie, la quantité d’exercice pratiqué, leur état dépressif éventuel et leur consommation de thé, Chine oblige.
Dans cette étude environ deux tiers des femmes ont dit avoir une activité physique plus ou moins régulière et 13 % ont dit être des buveuses de thé de façon régulière, la majorité d’entre elles (90 %) consommait du thé vert.
La dépression concernait environ 26 % des participantes, la moitié présentant des symptômes modérés, l’autre moitié un état dépressif constitué et donc plus marqué.
L’analyse des questionnaires a montré que les femmes qui pratiquaient un exercice physique au moins deux heures par semaine avaient un risque de dépression inférieur de 35 % par rapport aux femmes inactives. Et cette réduction de risque atteignait même 43 % dans les formes de dépression sévère.
Le fait d’accroitre sa quantité d’exercice après le diagnostic améliorait aussi la protection contre la dépression.
Autre élément régulateur de l’humeur, la consommation de thé.
Les femmes qui consommaient plus de l’équivalent de 100 grammes de feuilles de thé séchées par mois en tiraient un bénéfice réel.
Ces buveuses de thé ont vu leur risque de dépression réduit de 61 % par rapport aux femmes qui en buvaient moins de l’équivalent de 100 grammes de feuilles séchées.
Cette étude est faite, rappelons le, à Shanghai, avec des populations qui ne sont pas obligatoirement comparables à nos populations en termes de statut socioéconomique ou de traitements par exemple.
Le taux de chimiothérapie est très élevé dans cette étude et les auteurs concèdent que les protocoles utilisés à Shanghai ne sont pas ceux utilisés automatiquement aux Etats-Unis, par exemple.
Mais il n’empêche que les exercices physiques et la consommation de thé ne sont pas des pratiques « exotiques » et peuvent facilement être exportées.
L’augmentation de la dépense calorique ne peut être que bénéficiaire de même que l’apport des tanins et autres antioxydants contenus dans le thé.
De plus, faire de l’exercice et prendre le té sont des moments habituels de convivialité.
On peut, certes, faire cela seule dans son coin. Mais il est plus agréable de faire de la gym en groupe et de papoter autour d’une tasse de thé que de rester isolée.
Autant de facteurs qui permettent de libérer la parole, d’échanger, de trouver des soutiens et donc de prévenir la survenue de la dépression.
Lever les genoux et lever le coude, pour un bon motif s’entend, sont des armes apparemment aussi efficaces que les comprimés antidépresseurs.
Les essayer est donc une très bonne idée pour celles qui ont été opérées d’un cancer du sein et qui ont envie de retrouver le goût de la vie.
Référence de l’étude :
Xiaoli Chen et al.
Exercise, Tea Consumption, and Depression Among Breast Cancer Survivors
Journal of Clinical Oncology, 10.1200/JCO.2009.23.0565
Grippe A (H1N1) : Médecine et politique forment un couple bizarre.
La crise sanitaire liée à la pandémie grippale a un effet collatéral ou secondaire assez intéressant. Celui de montrer qu’en politique on peut dire tout et n’importe quoi avec assurance, sans grand risque de se faire contrer si on utilise son titre de « docteur ».
En vingt minutes, ce lundi, j’ai pu vérifier cette situation en écoutant RTL.
Il y eut d’abord Bernard Kouchner, invité de Jean-Michel Aphatie.
Bernard Kouchner défendait les décisions qui avaient été prises pour parer à l’épidémie et disait, fort justement, que nous n’étions pas à l’abri d’une reprise de l’épidémie.
Pour cela, notre « French doctor » fit appel au « V grippal » bien connu, selon lui qui veut, comme le souligna son interlocuteur, que la courbe descende puis remonte.
Seul problème, le « V grippal » n’a aucun rapport avec la dynamique de l’épidémie ! C’est la forme que prend la courbe de température d’un patient !
J’ose espérer que Bernard Kouchner actualise mieux ses connaissances sur les dossiers du Quai d’Orsay que sur ceux de la grippe.
Vingt minutes plus tard, c’était au tour de Bernard Debré, professeur d’urologie, je le rappelle, d’intervenir sur la même antenne.
Quand Vincent Parisot lui fit remarquer que les Américains s’étaient fait vacciner en masse, Debré lui dit que c’était avec du vaccin en spray nasal.
Il y a eu, certes, du vaccin en spray, de la firme Medimmune, mais ce vaccin vivant atténué a été fort peu utilisé et les américains ont reçu, comme nous du vaccin injectable.
Bernard Debré a affirmé également que dès juin, la littérature scientifique faisait état en Angleterre et aux Etats-Unis, de la faible virulence de l’épidémie.
A cette époque, aucune publication ne disait cela. Bien au contraire on voyait apparaître les premiers articles signalant la gravité des formes respiratoires chez les adultes jeunes.
Les premiers articles faisant état d’une faible virulence de l’infection datent de l’automne. Ainsi, en octobre une étude canadienne consacrée aux formes graves montrait leur faible nombre en insistant, cependant, sur la lourdeur de leurs séquelles.. En ce qui concerne les Etats-Unis, c’est seulement il y a quelques semaines dans la revue en accès libre PLoS Medicine qu’on a pu lire une étude qui colligeait les données dans la ville de New-York.
Cet article a été soumis à publication en septembre 2009 et accepté par le comité de lecture un mois après. Il a été mis en ligne en décembre.
Mais sans doute mû par une préscience, le Pr Debré a-t-il lu cet article avant qu’il soit écrit !
Enfin, l’urologue s’inquiète des masques et des gels stockés. Si pour les masques, on peut évidemment se demander ce qu’ils vont devenir, pour les gels, il n’y a aucun problème.
L’hygiène des mains et la prévention des affections manuportées existent toute l’année, notamment en ces jours où les gastroentérites vont devenir d’actualité.
La France est un des rares pays ne rendant pas obligatoire la formation permanente pour ses médecins.
Parfois, cela se sent !
Référence de l’étude publiée dans PLoS Medicine :
Presanis AM et al.
The Severity of Pandemic H1N1 Influenza in the United States, from April to July 2009:
A Bayesian Analysis.
PLoS Med 6(12): e1000207. doi:10.1371/journal.pmed.1000207
Bonne année et , surtout, bonne santé!
Comme il se doit, je souhaite à chacune et chacun d’entre vous une année 2010 qui mérite un 10/10. Avec ; bien entendu ; le souhait que vous la passiez « en santé » comme le disent nos cousins du Québec que je salue !
Nous sortons d’une année compliquée avec la première pandémie du siècle. La première crise sanitaire également e l’ère Internet. Cela aura permis de constater que l’information mais surtout la désinformation, diffusent plus vitre sur la Toile que le virus dans la population.
Essayer, dans ces conditions, de donner des informations « sourcées », publiées dans des revues majeures, citer des références vérifiables est une gageure.
Les marchands de peur et les « experts » ainsi nommés parce qu’un juge les a commis un jour ont emporté le morceau, bien aidés par une communication assez lamentable des pouvoirs publics.
Je rappelle ce que plusieurs d’entre nous avons dit dès que les données le montraient : cette grippe est globalement bénigne. Mais les cas graves le sont vraiment et il y a eu un nombre anormalement élevé de personnes qui se sont retrouvées en unités de soins intensifs et dans les services de réanimation, près de mille personnes.
Des gens jeunes, parfois très jeunes et dont le quart n’avait aucun facteur de risque connu.
L’année aura fini également avec les péripéties chirurgicales et infectieuses de Johnny Hallyday. On n’a pas fini d’en entendre parler !
Sorti de cela, l’année écoulée aura été marquée par un joli succès de thérapie génique
dû à une équipe française dans le traitement des adrénoleucodystrophies, les ALD. Cela a été obtenu grâce à la « domestication « du virus VIH qui, désarmé, a su remplit le rôle de véhicule pour aller transporter un gène réparateur au sein de cellules malades.
Mais dans la lutte contre le sida, les progrès sont plus rares, notamment en matière de recherche vaccinale. Saluons, en termes de santé publique, la réduction des risques de transmission hétérosexuelle en Afrique grâce à la pratique de la circoncision. :
Dans le domaine du cancer, la course aux thérapies ciblées se poursuit et on obtient aujourd’hui un allongement de la durée de vie des patients dans certains cancers qui étaient encore inimaginable il y a dix ans.
Dans des tumeurs un peu complexes, comme les cancers du sein dits « triples négatifs », de nouvelles molécules sont sur le point d’arriver sur le marché et semblent espérer de vrais progrès.
J’espère que j’aurai beaucoup de bonnes nouvelles à vous donner sur ce blog. Je continuerai aussi à vous rapporter les travaux des grands congrès en temps réel afin que les patients concernés ne soient pas obligés d’attendre des semaines avant de savoir ce qui bouge.
Vos commentaires, quand ils restent dans le cadre défini par ce blog et sa certification HONcode, sont aussi des éléments précieux.
Continuez donc à m’écrire.
Cette année, le blog a triplé le nombre de ses visiteurs. C’est agréable de penser que vous pouvez trouver un intérêt au travail fourni ici.
Merci et prenez soin de vous.








