Archives mensuelles : février 2010

Cancer du sein inflammatoire ou et localement avancé : l’interêt du trastuzumab en pré-opératoire ou une nouvelle victoire de NOAH.

Le rôle bénéfique du trastuzumab, ou Herceptin® en préopératoire dans des formes agressives de cancer du sein vient d’être démontré dans une étude internationale.
Un apport important dans des situations devenues rares grâce au dépistage, mais qui restent toujours aussi difficiles à traiter.
 
L’intérêt du trastuzumab (TZM), un anticorps monoclonal, n’est plus à démontrer dans certaines formes de cancers du sein. Il est utilisé en « adjuvant » c’est-à-dire après la chirurgie dans le traitement des cancers du sein dans lesquels un marqueur, appelé HER2 est surexprimé par les cellules cancéreuses.
 
La présence de ce marqueur dans 20 % environ des cancers mammaires est un signe d’agressivité de la tumeur. L’arrivée de cette molécule a modifié de façon impressionnante la probabilité de récidive et de mortalité dans ces formes spécifiques. Le risque de récidive a été quasiment divisé par deux.
 
Mais il existe des cancers du sein pour lesquels un geste chirurgical n’est pas fait d’emblée, pour diverses raisons. On essaie, par exemple, de diminuer la taille initiale de la tumeur de façon à pouvoir faire ensuite une ablation de la seule tumeur plutôt que d’enlever le sein entièrement.
 
Pour en arriver à cette possibilité on a recours à une chimiothérapie dite « neoadjuvante », c’est-à-dire faite avant tout autre traitement chirurgical ou radiothérapique.
 
Grâce au dépistage organisé, ces cancers de grande taille deviennent moins fréquents mais n’ont pas disparu. Comme existent des tumeurs ayant disséminé dans les ganglions lymphatiques ou des formes inflammatoires ne permettant pas, d’emblée, un geste chirurgical.
 
Dans une proportion loin d’être négligeable on retrouve souvent  une surexpression et/ou une amplification du marqueur HER2, signe, nous l’avons dit, d’une tumeur très agressive.
 
Une étude internationale a donc voulu voir si, à côté de la chimiothérapie neoadjuvante classique, le fait d’ajouter du trastuzumab d’emblée puis de continuer en adjuvant, avait un intérêt.
 
L’étude, baptisée NOAH (NeOAdjuvant Herceptin study) a enrôlé 335 patientes ayant un marqueur HER2 positif,  réparties en deux groupes dans cet essai de phase 3.
 
Pour les spécialistes et les curieux, les femmes incluses dans l’étude étaient à un stade T3N1 ou T4. Incluses également tous les TN2 ou N3 et tout T plus ganglions ipsilateraux sus claviculaires
 
 
Un groupe de 118 femmes  recevait une chimiothérapie composée de doxorubicine, paclitaxel, cyclophosphamide, methotrexate et fluorouracile ou 5-FU.
 
L’autre groupe, 117 femmes, avait le droit à ce même cocktail auquel on a ajouté le trastuzumab. Après chirurgie et radiothérapie, le premier groupe n’a plus rien reçu, le second groupe a reçu le TZM en adjuvant, la cure totale de TZM durant au total un an.
 
Au moins 50 %des femmes ont été suivies un peu plus de 3 ans (3,2 années).
On a mesuré la survenue d’événements allant de la récidive à la progressions de la maladie, avec métastases, et en allant jusqu’au décès.
 
71 % des femmes recevant le TZM en plus de la chimiothérapie ont été exemptes d’événements alors qu’elles n’étaient que 56 % dans le groupe sans TZM.
Statistiquement cela correspond à une réduction du risque de 41 %. Un chiffre particulièrement important quand on sait l’agressivité de ce genre de tumeurs.
 
Pour les initiés, l’intervalle de confiance est de 0,38 à 0,90 avec p=0.013.
 
Cette étude a apporté également une autre information. On n’aime habituellement pas trop associer le trastuzumab à une famille de médicaments très courants en chimiothérapie qu’on appelle les anthracyclines.
Cette association fait courir un risque de provoquer une insuffisance cardiaque sévère chez les femmes ainsi traitées.
 
Or, la doxorubicine, qui faisait partie du cocktail chimiothérapique est une anthracycline.
L’association des deux médicaments n’a entraîné que deux cas d’insuffisance cardiaque, les deux ayant répondu au traitement médical de cette défaillance.
 
Il est donc utile et important de savoir que l’Herceptin® peut aussi faire partie de l’arsenal thérapeutique en neoadjuvant et que la toxicité cardiaque n’est peut-être pas aussi fréquente qu’on le voit par ailleurs.
 
Mais il faut aussi bien se rappeler que plus on dépiste tôt des tumeurs et moins on voit des formes inflammatoires et localement avancées.
Or, en France, à peine un peu plus des femmes de 50 à 74 ans profitent du programme de dépistage systématique et gratuit.
 
En impliquant enfin le médecin de famille, le plan Cancer 2 arrivera peut-être à faire bouger ces chiffres.
 
 
Référence de l’étude :
 
Luca Gianni et al.
 
Neoadjuvant chemotherapy with trastuzumab followed by adjuvant trastuzumab versus neoadjuvant chemotherapy alone, in patients with HER2-positive locally advanced
breast cancer (the NOAH trial): a randomised controlled superiority trial with a parallel HER2-negative cohort
Lancet 2010; 375: 377–84
 
 
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Leucémies : un composé du persil apporte un brin d’espoir.

Vous aimez le céleri et le persil. Vous avez raison, car vous faites le plein en apigénine. Et en laboratoire, cette substance semble une arme redoutable contre les cellules leucémiques.
 
 
Les chimistes l’appellent 4’-5-7-trihydroxyflavone, nous l’appelleront apigénine. Ce flavonoïde a déjà démontré expérimentalement des effets anti tumoraux dans les cancers de la prostate, du colon, dans le mélanome et, surtout, dans le cancer du sein.
 
Cette substance, naturellement présente dans de nombreux fruits et légumes est le constituant essentiel du persil en matière d’antioxydants.
 
Les mécanismes anticancéreux de cette substance sont divers. Elle agit sur les caspases, enzymes impliquées dans la mort des cellules. Elle joue aussi sur d’autres voies favorisant l’apoptose cellulaire, le « suicide programmé » des cellules. Elle intervient également dans les phénomènes de réplication de l’ADN.
 
Mais une étude récente menée par des chercheurs brésiliens et néerlandais et publiée dans la revue Cell Death and Disease montre que l’apigénine joue aussi un rôle dans la vie et la mort des cellules leucémiques.
 
Mais cette étude montre également, et nous y reviendrons, qu’il peut y avoir une interférence entre certains composés de notre alimentation et les effets des chimiothérapies utilisées pour combattre les cancers.
 
Les auteurs de l’étude ont regardé les effets de diverses concentrations d’apigénine sur des lignées cellulaires. Une lignée correspondait à des cellules de leucémie myéloïde, l’autre à une leucémie erythroïde.
 
Ils ont constaté des actions différentes en fonction des deux lignées, mais avec, au final, une action de réduction de la concentration des cellules leucémiques.
 
Dans un cas, sur les cellules myéloïdes, l’apigénine bloquait l’évolution du cycle cellulaire au stade dit « G2/M ». C’est le stade qui suit le moment où la cellule a synthétisé tout le matériel nécessaire à sa division en deux nouvelles cellules. On sait que cette faculté de synthèse et cette aptitude à se diviser sont hyper développées dans les lignées tumorales.
Ce signal d’arrêt dans le développement va conduire à une série de réactions chimiques provoquant la mort cellulaire par apoptose.
 
Pour la lignée erythroïde, l’action se déroule dans la phase « G0/G1 » au moment où la cellule est au repos ou quand elle va entamer son premier processus de croissance.
Dans ce cas on ne constate pas un « suicide » cellulaire secondaire à l’arrêt de croissance, mais l’apparition de phénomènes d’autophagie. La cellule va se « digérer » toute seule en libérant des enzymes toxiques contenues dans des vacuoles. L’effet n’est pas obligatoirement irréversible et définitif et dépend de la concentration en apigénine.
 
Mais toute médaille à son revers et les chercheurs ont constaté une interférence non négligeable entre l’apigénine et une substance très utilisée dans les traitements par chimiothérapie, la vincristine. Ce produit, tiré de la pervenche de Madagascar, est ce qu’on appelle un « poison du fuseau ». Ce fuseau est un assemblage de tubules microscopiques que la cellule tend entre ses deux pôles et le long desquels migreront les chromosomes au moment de la division cellulaire.
L’un des effets de l’apigénine étant de bloquer les cellules leucémiques avant le stade où elles élaborent ces fuseaux, cela rend inefficace l’action de la vincristine sur les cellules leucémiques.
 
Ce qui fait dire aux auteurs de l’étude qu’il faudra sans doute savoir utiliser l’apigénine à titre de prévention , mais qu’il semble impossible de l’utiliser conjointement avec la vincristine au titre de traitement dit « adjuvant ».
 
Il faut cependant noter que cet effet délétère n’a pas été retrouvé avec d’autres substances utilisées pour les traitements de la leucémie, notamment l’imatinib.
 
Il s’agit, rappelons le de données obtenues en laboratoire, sur des cultures de cellules et non pas lors d’essais cliniques sur des patients.
Mais on peut imaginer que de tels essais pourront être conduits un jour sur des personnes atteintes d’anomalies hématologiques pré-leucémiques, de façon à mesurer l’intérêt de l’apigénine.
 
En attendant, rien n’interdit de manger cinq fruits et légumes par jour, plutôt de saison car ils sont moins cher,  et de ne pas oublier persil et céleri.
 
Référence de l’étude :
 
RR Ruela-de-Sousa et al.
 
Cytotoxicity of apigenin on leukemia cell lines : implications for prevention and therapy.
Celle Death and Disease (2010) 1,e19; doi :101038/cddid.2009.18
Published online January 28,2010
 
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