Une fois de plus, la piste d’un virus comme cause de la fibromyalgie semble ne pas se confirmer. Cette pathologie garde donc son mystère.
On le connaît de puis 2006 et on l’a baptisé XMRV pour Xenotropic murine leukemia virus-related virus. Ce virus est un rétrovirus, comme le VIH par exemple ou le virus HTLV1. Il ressemble à un virus de souris, d’où le nom « murine ».
Ce virus a été retrouvé par des équipes américaines dans les tissus de patients atteints de formes familiales de cancer de la prostate.
Mais, en octobre 2009, une autre équipe (4) publie dans la revue Science une étude dans laquelle les chercheurs disent avoir isolé la trace de ce virus XMRV dans des cellules sanguines de sujets souffrant du syndrome de fatigue chronique ou d’encéphalopathie myalgique, ce que nous appelons fibromyalgie.
Ils retrouvent ce virus chez 67 des 101 personnes fibromyalgiques analysées et chez seulement 8 des 208 sujets témoins, c’est-à-dire indemnes de l’affection.
Ce n’était pas la première fois qu’une hypothèse virale était avancée comme agent causal de cette pathologie à l’origine d’un syndrome douloureux qui entraine souvent un état dépressif.
On a évoqué, dans le passé, la piste d’un virus de la famille des herpes virus, le HHV6 et également le virus d’Epstein-Barr ou EBV. Ce virus est impliqué dans la mononucléose infectieuse et dans une forme particulière de cancer, le lymphome de Burkitt.
La publication de l’automne 2009 a amené plusieurs équipes à procéder à leur tour à des recherches dans les populations de patients fibromyalgiques, pour tenter de trouver la trace du XMRV.
En janvier 2010 Otto Erlwein et une équipe de l’Imperial College de Londres (2) ont examiné 186 échantillons sanguins de patients fibromyalgiques. Aucun de ces échantillons ne s’est révélé positif pour le virus XMRV.
En février2010 , une étude britannique menée par l’Institut national de la recherche médicale du Medical Research Council (3) examine 170 prélèvements, là encore l’étude est négative.
Nouvelle étude européenne et nouveau résultat négatif pour une équipe néerlandaise cette fois. Publiée dans le British Medical Journal, le BMJ (1).
En reprenant des échantillons sanguins congelés de 32 patients atteints du syndrome de fatigue chronique et en les comparant à ceux de 43 témoins, les chercheurs néerlandais n’ont, une fois encore, jamais pu mettre en évidence une quelconque trace de ce virus XMRV.
Il est à noter que c’est la même chose en ce qui concerne le cancer de la prostate, puisque deux études européennes n’ont jamais retrouvé le virus, au contraire des américains.
Cette différence entre l’Europe et les Etats-Unis est problématique. Les techniques de laboratoire sont les mêmes, les chercheurs sont également compétents.
Pourquoi donc d’un côté de l’Océan des traces de ce virus et pas de l’autre ?
L’une des hypothèses est qu’on se soit trouvé dans une situation un peu particulière avec les patients américains, qui vivaient à peu près tous dans la même région.
Le virus pourrait donc être présent dans leurs cellules sans pour autant être en cause dans la genèse de la pathologie.
Devant ces résultats conflictuels, plusieurs laboratoires américains ont décidé de poursuivre les recherches afin de savoir s’ils trouvent les mêmes résultats que leurs collègues européens.
En attendant ces travaux, je signale aux personnes intéressées par le sujet que le congrès national sur la fibromyalgie se déroulera à Dax le 17 avril prochain et que le 12 mai 2010, à l’occasion de la journée mondiale de la fibromyalgie, une conférence se tiendra à la Cité des Sciences à Paris.
Références des études :
(1) Frank J M van Kuppeveld et al.
Prevalence of xenotropic murine leukaemia virus-related virus in patients with chronic fatigue syndrome in the Netherlands: retrospective analysis of samples from an established cohort
BMJ 2010; 340:c1018 doi:10.1136/bmj.c1018
(2) Erlwein O et al.
Failure to Detect the Novel Retrovirus XMRV in Chronic
Fatigue Syndrome
PLoS ONE (2010)5(1): e8519. doi:10.1371/journal.pone.0008519
(3) Harriet C T Groom et al.
Absence of xenotropic murine leukaemia virus-related virus in UK patients with chronic fatigue syndrome
Retrovirology 2010, 7:10doi:10.1186/1742-4690-7-10
Detection of an Infectious Retrovirus, XMRV, in Blood Cells of Patients with Chronic Fatigue Syndrome
Science, 2009, 326, 5952, 585-589
Informations sur le congrès 2010 : voir le programme.
Renseignements sur la conférence du 12 mai 2010.








