Archives quotidiennes : 10 mars 2010

Avec l’ivermectine, les poux vont plus vite dans les choux.

Une étude française publiée dans le New England Journal of Medicine, le NEJM, va sans doute intéresser nombre de parents. Un médicament déjà commercialisé permet de mettre les poux à genoux sur la tête de leurs petits choux.

Un progrès, mais pas encore un bijou.

 
Les spécialistes français ont choisi de comparer l’efficacité de l’ivermectine à celle d’une solution à base de malathion dosée à 0,5 % dans les cas de pédiculose difficiles à traiter.
 
L’ivermectine est un médicament utilisé dans le traitement d’un certain nombre de maladies parasitaires exotiques, comme l’onchocercose ou cécité des rivières, la filariose, des helminthiases. Plus prosaïquement, on l’utilise aussi pour traiter la gale.
 
L’étude, conduite de mars à septembre 2004 a concerné 7 centres, en Grande –Bretagne, en Irlande, en Israël et en France.
 
Pour entrer dans l’étude il fallait avoir au moins deux ans et peser 15kg au minimum.
La présence de poux deux à six semaines après un traitement à base de lotion contenant un pyrèthre ou du malathion représentait un critère d’inclusion dans l’étude.
 
Aux jours 1 et 8, les patients recevaient soit de l’ivermectine à la dose de 400 microgrammes par kg, soit la lotion à base de malathion concentré à 5 %.
 
L’étude a concerné 812 patients répartis en 376 foyers. L’originalité c’est que ce sont des foyers et non pas des individus isolés qui ont été étudiés.
 
Le groupe ivermectine comprenait 398 personnes réparties en 185 foyers. Le groupe lotion au malathion était fort de 414 personnes représentant191 foyers.
 
Au 15ème jour, 378 des 397 patients sous ivermectine n’avaient plus de poux, soit 95,2 % du groupe.
Pour les patients sous lotion les chiffres étaient inférieurs : 352 sur 414 étaient débarrassés de leurs hôtes indésirables, soit 85 % des sujets.
 
Une différence très significative statistiquement.
 
Les effets secondaires sévères ont été très rares et le produit a particulièrement bien été toléré chez les jeunes enfants aux alentours de la période 4-5 ans.
 
L’ivermectine pourrait donc devenir un traitement de la pédiculose capillaire dans certaines situations, en particulier lors des formes résistant aux traitements traditionnels par lotion insecticide.
 
Il faut en effet éviter de galvauder ce produit afin de ne pas, à terme, risquer d’entrainer l’acquisition de résistances à l’ivermectine par les poux.
 
Il sera également intéressant de voir ce qui va se passer au plan administratif. Officiellement, la pédiculose n’est pas une maladie et les produits pour la traiter ne sont pas remboursés.
 
Or, l’ivermectine est un médicament avec une autorisation de mise sur le marché et une prise en charge à 65 %, même pour la gale.
Le produit coûte 20 euros environ pour une boite de 4 comprimés.
Le dosage actuel, 3 mg par comprimé, ne permettrait pas de conduire un traitement avec une seule boite pour un bon nombre d’enfants.
 
Au-delà de 15kg, il faudrait une deuxième boite de comprimés et 20 euros de plus !
 
On ne sait pas encore si l’ivermectine aura bientôt une extension de son AMM avec l’indication « pédiculose » mais on peut imaginer, sans très mauvais jeu de mots, que l’Assurance- maladie va chercher quelques poux dans la tête des fabricants du produit pour les amener à revoir leur prix et leur conditionnement.
 
Car, à ce prix, les poux pourraient coûter plus cher que des bijoux et mettre à genoux la Sécu qui n’a pas trop les moyens de s’offrir de nouveaux joujoux.
 
 
Référence de l’étude :
 
Olivier Chosidow et al.
 
Oral ivermectin versus malathion lotion for difficult to treat head lice.
N Engl J Med2010; 362: 896-905

Juste pour le plaisir, voici la liste des « x » au pluriel !

pou - caillou – genou – chou – hibou – joujou – bijou
Partagez:

CONFLITS D’INTERETS

En vertu de L’article L 4113-13 du code de la santé publique du 4 mars 2002 relatif à la transparence de l’information médicale, je déclare ne percevoir aucune somme d’argent de l’industrie pharmaceutique ou de sociétés fabriquant des dispositifs médicaux, ni fournir à ces sociétés des prestations de service de quelque nature que ce soit.
Partagez:

Imagerie et radiographie : EOS montre les os et baisse les doses de rayons.

Dans le JT de 13 heures de ce mercredi 10 mars 2010, nous avons évoqué le système EOS, une technique d’imagerie médicale qui permet de faire des clichés du squelette osseux en position de bout et de reconstruire ensuite ces images en 3D.
 
L’intérêt de cette méthode est donc de voir un corps en charge et de pouvoir ainsi apprécier la statique, voir les zones d’appui, sur une articulation par exemple.
 
C’est un avantage par rapport à un examen fait au scanner, qui doit être pratiqué couché.
 
Cette technique a aussi un très gros avantage, celui de réduire les doses de radiations reçues par les patients.
Et cela est très important quand on sait que des examens radiographiques et scanographiques à répétition sont souvent indispensables dans des atteintes osseuses et articulaires qui touchent les enfants. La scoliose en est l’exemple type.
 
Or, il n’est pas très sain d’exposer les enfants à des rayonnements ionisants, surtout dans la zone des testicules, des ovaires et de la thyroïde.
 
C’est pour cette raison que la technique EOS est implantée dans divers services de radiologie pédiatrique dans les hôpitaux de Lille, Brest, Marseille, Bordeaux et Paris, ainsi que dans quelques cabinets privés.
 
Ce matériel a pu voir le jour grâce au travail initial de Georges Charpak qui, en 1992, reçut le prix Nobel de physique pour ses recherches sur la détection gazeuse des rayons X.
 
Une collaboration entre physiciens, chimistes, ingénieurs et médecins a permis d’aboutir, ensuite, à la création de cette nouvelle forme d’imagerie.
 
Pas une révolution, mais une grande avancée et surtout un équipement qui va dans le bon sens d’une moindre irradiation.
 
Pour ceux qui veulent en savoir plus, voici deux articles :
 
L’un sur une présentation d’EOS faite en 2005 à l’Académie nationale de chirurgie.
 
L’autre sur l’intérêt de cette technique dans le suivi des scolioses.
Partagez: