Archives mensuelles : décembre 2010

Mediator : on mutualise les dépenses mais on privatise les bénéfices.

L’article sur Froid et risques cardiovasculaires est consultable ICI

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Syndrome de fatigue chronique :la detection du virus XMRV serait due à une erreur de manipulation.

C’est un nouveau coup de théâtre dans la recherche d’une origine au syndrome de fatigue chronique ou SFC. Une équipe britannique démontre que la piste du virus XMRV ne tient pas. Ce serait une erreur de manipulation qui aurait faussé les résultats.

 
Une erreur qui pourrait être comparée à un problème de photocopieuse. Les chercheurs utilisent, en effet, couramment une technique dite PCR qui permet, à partir de quelques rares fragments d’ADN, de pouvoir reconstituer tout ou partie d’un génome.
 
Brillante, la technique a valu un prix Nobel à ses découvreurs. Mais elle fait courir un risque non négligeable, le risque d’incorporer dans l’ADN ainsi reconstitué un morceau qui n’en fait normalement pas partie, une contamination.
 
Dans l’étude publiée dans la revue Retrovirology, les chercheurs britanniques ont, de façon très complexe, multiplié les vérifications et, pour eux, il n’y a aucun doute : les résultats montrant la trace de gènes du virus murin XMRV chez des patients souffrant du SFC sont, en fait, le résultat d’une contamination accidentelle de la culture obtenue par PCR.
 
Sans entrer dans le détail de l’analyse, il semble que du matériel génétique provenant vraiment de cultures de cellules de souris soit venu contaminer les sondes utilisées pour mesurer les traces de virus murin dans le sang des patients et des sujets contrôles.
 
Les résultats des études américaines faisant état de la présence du virus XMRV chez des patients seraient donc faussement positifs. 
 
Ce résultat va sûrement déclencher des polémiques, surtout de l’autre côté de l’Atlantique. Polémiques d’autant plus intenses que des patients atteints de SFC ont débuté des traitements à base de médicaments antirétroviraux à la lumière des résultats obtenus par deux équipes américaines en 2009 et 2010 mais jamais confirmées par des équipes anglaises, allemandes et néerlandaises.
 
Je m’attends aussi à recevoir une volée de bois vert en écrivant ces lignes de la part d’une blogueuse d’outre-Quiévrain, une lectrice belge qui a même alerté le Médiateur de l’info ici au prétexte que je ne disais pas la vérité sur ce virus !
 
Comme je le dis et l’écris souvent, sans doute un signe précurseur de gâtisme, la science vit non pas de dogmes et de certitudes mais d’hypothèses. Des hypothèses qui doivent être infirmées ou confirmées.
 
Cette étude en est un nouvel exemple.
 
 
Référence de l’étude :
 
Stéphane Hué et al.
Disease-associated XMRV sequences are consistent with laboratory contamination
Retrovirology 2010, 7:111doi:10.1186/1742-4690-7-111
 
On pourra se reporter aux articles déjà publiés sur le blog sur ce sujet, dans la catégorie ‘Arthrose Rhumatologie’, notamment le 08/03/2010  
On pourra aussi lire un article récent invoquant la piste d’un autre virus murin, le MLV.
Cet article a été publié dans la revue PNAS, accompagné d’un éditorial d’une équipe de Montpellier.
L’article :
 
Shyh-Ching Loa et al.
Detection of MLV-related virus gene sequences in blood of patients with chronic fatigue syndrome and healthy blood donors
,www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1006901107
 
L’éditorial :
 
Valerie Courgnaud et al.
Mouse retroviruses and chronic fatigue syndrome: Does X (or P) mark the spot?
www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1007944107
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Violence et médicaments : Champix et antidépresseurs mis en cause.

C’est un grand classique des procès américains : impliquer la prise d’un médicament, souvent psychotrope, dans la perpétuation d’un crime. Mais au-delà du fait divers, il semble que certains médicaments soient associés à des conduites violentes et, parmi eux, un médicament utilisé dans le sevrage tabagique.

 
C’est en se penchant sur le registre des effets secondaires sérieux notés entre 2004 et septembre 2009, que des chercheurs américains ont regardé quels étaient les produits pour lesquels des faits graves avaient été signalés au moins deux cents fois.
 
Par ‘événement sérieux’, il faut entendre : homicide, idées de meurtre, agression physique, maltraitance ou comportements violents.
 
La moitié des cas rapportés l’a été par des professionnels de santé, 38 % par les usagers, le reste par des avocats ou au cours d’essais cliniques.
 
Ce sont 484 médicaments qui ont été ainsi pris en compte, mais dans ce total, seuls 31 produits correspondaient aux critères retenus pour l’étude.
 
La varenicline (Champix®), utilisée dans le sevrage tabagique  arrive très largement en tête de ce classement, mais il y a aussi onze antidépresseurs, trois médicaments pour l’hyperactivité et les troubles de l’attention et cinq hypnotiques ou sédatifs.
 
La place de la varenicline suscite des questions. Est-ce le produit lui-même ou les signes accompagnant le sevrage tabagique qui peuvent expliquer ces actes violents ?
Ce produit est connu pour provoquer, notamment au début de son utilisation, des manifestations psychiatriques avec des passages à l’acte violents. Effets qui cessent avec la discontinuation de la prise.
 
D’autre part, en comparant divers produits utilisés dans les aides au sevrage tabagique,  la varenicline, le bupropion (Zyban®) et les dérivés nicotiniques, on s’aperçoit que la varenicline est vraiment encore et de loin le produit entrainant le plus de violence.
 
Parmi les antidépresseurs, ce sont ceux de la famille des inhibiteurs de recapture de la sérotonine qui étaient associés de façon plus élevée à des actes violents.
 
Dans la classe des hypnotiques / sédatifs, ce sont le zolpidem et le triazolam qui se détachent.
 
Ces signalements sont, certes, parfois anecdotiques. Mais il ne faut pas, pour autant, considérer que ces effets adverses n’ont pas d’importance.
 
Le suivi des médicaments une fois sur le marché pèche énormément. La remontée des effets secondaires, pourtant obligatoire, n’est pas toujours bien faite et bien exploitée.
 
Bien évidemment, il est facile pour un avocat à court d’arguments de trouver un ‘expert’ qui lui dira que tel produit a littéralement ‘armé’ la main de son client.
 
Mais il ne faut pas s’arrêter à cette caricature et développer, dans les essais cliniques et dans le suivi post marketing, la surveillance des effets secondaires avec actes de violence quand il s’agit de substances psychoactives.
 
 
Référence de l’étude :
Thomas J. Moore et al.
Prescription Drugs Associated with Reports of Violence Towards Others
PLoS ONE 5(12): e15337. doi:10.1371/journal.pone.0015337
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Hormone de croissance, cancer du sein, fatigue chronique et VIH disparu : les nouvelles du jour.

L’actualité médicale du jour comporte une série de nouvelles détaillées ci-dessous.

 
La première information concerne la somatropine, l’hormone de croissance utilisée en médecine humaine. Il y a quelques jours, l’Afssaps alertait les autorités européennes, en l’occurrence l’EMA, l’agence européenne du médicament. Une étude de suivi, portant sur plusieurs milliers de jeunes adultes traités de puis l’adolescence par ce produit, montrait une mortalité un peu supérieure à ce qui était attendu, 93 décès contre 70 attendus.
Parmi ces décès on trouvait des hémorragies cérébrales et de rares cas d’ostéosarcomes, des tumeurs osseuses cancéreuses.
 
L’EMA a lancé une investigation européenne, mais, en l’état des données et remontées d’informations des pays de l’Union disposant de registres, cette agence estime qu’il n’y a, actuellement, aucun motif d’inquiétude particulier en rapport avec l’usage de cette hormone de croissance de synthèse.
 
Elle rappelle, cependant, l’importance de ne pas dépasser la dose journalière maximale qui est de 50 microgrammes par kilo de poids.
 
Deuxième information, toujours de la même source européenne. Elle concerne l’utilisation du bevacizumab (AVASTIN®), médicament antiangiogénique, dans les cancers du sein métastatiques.
L’EMA dit que l’évaluation bénéfice/risque est en faveur de l’utilisation combinée Bevacizumab-paclitaxel mais pas du tout en faveur de la combinaison bevacizumab-docetaxel (Taxotere®).
Cela devrait amener les oncologues à modifier certains traitements. Le paclitaxel est administré habituellement en cures hebdomadaires et le bevacizumab en cures toutes les trois semaines.
 
Troisième   information, américaine cette fois. Un groupe de travail sur la sécurité transfusionnelle recommande d’écarter du don de sang les personnes atteinte du syndrome dit de ‘fatigue chronique’. Ce SFC comporte une asthénie sévère et invalidante évoluant depuis au moins six mois et non calmée par le repos. S’y ajoutent un certain nombre de symptômes dont quatre au moins sont nécessaires pour définir l’état.
Cette pathologie a été au cœur d’une controverse scientifique ces derniers mois. Une équipe américaine a émis l’hypothèse que cette pathologie était causée par un virus XMRV.
Cette hypothèse a été infirmée par des équipes européennes.
 
Puis, il y a quelques semaines, une nouvelle publication américaine a remis en selle l’hypothèse virale en étudiant des populations de donneurs de sang. Et en découvrant une trace indirecte d’un virus de souris de la famille des LMV (leukemia murine viruses).
Cette étude, qui montrait la présence de ce marqueur de façon importante chez les porteurs du SFC et quasiment pas chez les autres.
Le comité qui veille à la sécurité transfusionnelle pour la FDA, l’agence américaine de sécurité sanitaire a donc, le 15 décembre 2010, recommandé d’exclure les personnes ayant un diagnostic de SFC du don de sang.
Une nouvelle loin de faire l’unanimité dans les milieux scientifiques. L’hypothèse virale n’est pas encore totalement acceptée par tous et les ambigüités diagnostiques du SFC risquent d’exclure, à tort, un certain nombre de donneurs alors que la pénurie de sang se fait sentir en France et en Europe.
 
 
Enfin, la dernière information est sans doute la plus étonnante et concerne un cas de ‘guérison’ d’une d’un patient infecté par le virus VIH et qui a reçu, à deux reprises une greffe de moelle.
 
Ce patient, américain vivant en Allemagne, a, en plus de son infection, fait une leucémie myéloïde aigue qui, en 2007, a nécessité une greffe de moelle osseuse. Greffe qui a été répétée après une rechute.
En 2009, les médecins allemands qui s’occupent de lui ont publié dans la revue New England Journal of Medicine un article mentionnant la disparition complète du virus VIH chez ce patient.
 
Cet effet étonnant a trouvé une explication. Non seulement ce patient séropositif pour le VIH a pu trouver un donneur compatible, mais, sorte de double ‘effet Kisskool’, les cellules souches hématopoïétiques qu’on lui a transférées étaient porteuses d’une anomalie qui ont fait son bonheur.
Ces cellules ont, à leur surface, un récepteur appelé CCR5, ou, en abrégé R5. C’est ce récepteur qui sert de porte d’entée préférentielle au virus VIH, le second port étant appelé CXCR4.
 
Chez environ 10 % de la population européenne, mais quasiment nulle part ailleurs dans le monde, on trouve une mutation, c’est-à-dire une modification de la composition de ce récepteur en position dite ‘delta 32’. Cette mutation modifie la forme en 3D du récepteur, si bien que le virus ne peut plus s’y attacher, un peu comme si une attache de caravane défectueuse empêchait le campeur d’arrimer la boule de sa caravane.
 
Le virus n’entre plus et ne peut donc plus se multiplier.
 
De là à penser qu’on va traiter ainsi toutes les personnes porteuses du virus VIH, il ne faut pas rêver.
D’abord, pour subir une greffe de moelle, il faut trouver un donneur compatible et c’est loin d’être simple, même parfois impossible.
Ensuite, il faut supporter la préparation pour la greffe, ce qu’on appelle la mise en aplasie, où, en chambre stérile, le patient n’a plus aucune défense et devient vulnérable à quasiment la moindre infection.
Enfin, il faut trouver le donneur qui a la mutation delta32.
 
Ce n’est plus chercher une aiguille dans une botte de foin, mais une pièce d’un centime d’euro dans une foret domaniale !
 
Mais il n’est pas impossible d’imaginer que des techniques de manipulation biologiques permettent de mettre au point des cellules souches mutées afin de pouvoir les injecter en espérant qu’elles colonisent la moelle osseuse des patients.
Ce n’est, cependant pas pour demain
 
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Découverte des nouveaux médicaments : le secrétaire général de l’UMP met à Copé de la plaque.

Comme dans bien d’autres domaines, la France n’est plus un partenaire majeur dans la mise au point de médicaments innovants. Il est temps de regarder les choses en face et de ne pas resservir les éternels poncifs sur notre système hors pair.

 
Invité chez Laurent Ruquier samedi dernier, Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, s’est lancé dans un vibrant plaidoyer en faveur de la recherche pharmaceutique privée après avoir dialogué avec le Dr Irène Frachon, celle par qui l’affaire du Médiator est sortie et que je félicite une fois encore de ce remarquable travail.
 
Je ne voudrais pas manquer de respect au leader du parti majoritaire, mais j’ai peur qu’il ait omis de mettre ses fiches à jour.
 
C’est vrai que nous avons une industrie pharmaceutique qui produit beaucoup et qui exporte beaucoup, assurant ainsi un nombre d’emplois non négligeable, même si le secteur commence à faire des coupes sombres à l’instar des autres laboratoires dans le monde.
 
Mais louer la capacité d’innovation et de découverte de nouvelles molécules de notre industrie pharmaceutique, notamment dans le domaine du cancer et du sida, comme l’affirme Jean-François Copé, est quelque peu exagéré.
 
Il y a déjà plusieurs années que nous avons quitté le peloton de tête des nations innovantes.
 
Comme le signale la revue Nature en novembre 2010, sur les 252 nouvelles molécules autorisées par les autorités américaines depuis 2007, la France se classe seulement au sixième rang, derrière les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suisse.
 
Rappelons, au passage, qu’USA, Grande Bretagne et Allemagne sont des pays dans lesquels les médicaments génériques occupent presque la moitié du marché des médicaments, ce qui, contrairement à ce qu’on nous sert régulièrement ici, n’empêche pas la recherche et l’innovation.
 
Sur le cancer et le sida, JF Copé nous a expliqué que, bercé dans son environnement familial par la médecine, il avait pu assister au rôle prédominant de notre pays dans la lutte contre ces deux fléaux.
 
Encore une fois, qu’il veuille bien me pardonner, mais je crois qu’il ne doit pas savoir lire les étiquettes sur les flacons de médicaments.
 
En ce qui concerne le sida, depuis l’AZT en 1984 et jusqu’à aujourd’hui, aucun médicament tricolore n’est venu enrichir la panoplie thérapeutique. Que ce soient les inhibiteurs de la transcriptase inverse, les inhibiteurs de fusion, les anti-protéases, les inhibiteurs de l’intégrase, aucune de ces molécules n’est née en France.
Elles sont américaines, suisses, anglaises, belges, allemandes, mais pas françaises.
 
Et en matière de cancérologie, ce n’est pas beaucoup mieux. Nous soignons bien nos malades, même si nous les dépistons moins bien. Mais là encore, nous les soignons rarement avec du ‘discovered in France’.
Tous les progrès majeurs de la cancérologie nous viennent d’ailleurs, notamment tous les médicaments issus de la biothérapie et des thérapies ciblées.
Les produits français comme le docetaxel ou l’oxaliplatine sont deux molécules qui, aujourd’hui, peuvent être génériquées. C’est dire leur âge !
 
Il ne s’agit pas ici de dénigrer une industrie qui, je le redis, a un poids économique important. Mais force est de constater que, loin des effets de manche et des morceaux de violon patriotiques, nous ne sommes plus des grands joueurs sur le marché de l’innovation médicale.
 
Nous avons pourtant une recherche académique brillante et nous formons des scientifiques de haute volée. Mais ces scientifiques souffrent d’un environnement peu favorable au développement d’une recherche articulée sur un partenariat public-privé.
 
France Biotech, qui regroupe les sociétés innovantes en matière de recherche biomédicale, s’est inquiété maintes fois des effets pervers d’un crédit impôt- recherche qui n’est pas exactement fait pour permettre à de jeunes sociétés de se développer et d »inventer.
 
Or, si on regarde le marché de l’innovation, on voit que nombre de molécules comme le sorafenib, les erythropoietines, le bevacizumab, le BSI-201, l’olaparib sont nées de petites sociétés qui ont, certes, fini dans le giron de grands groupes, mais qui ont su inventer des produits efficaces et qui sont de vraies ‘machines à cash’ ou vont le devenir.
 
Nos lois restrictives sur la recherche sur les cellules souches, la méfiance du monde universitaire envers le monde industriel, les pesanteurs administratives que Claude Allègre a su secouer un peu, sont autant d’obstacles à un retour vers un leadership pourvoyeur d’emplois pour des jeunes diplômés.
 
C’est bien d’avoir un doctorat es sciences, mais si c’est pour finir manager chez Pizza Hut ou Mac Do, on se dit que c’est un peu idiot que la collectivité nationale  ait dépensé des sommes considérables pour cela.
 
Il est donc grand temps d’arrêter de contempler des photos jaunies et il est urgent de dépoussiérer les cadres et de doter notre pays de structures de recherche capables, aussi bien dans le public que dans le privé, de s’atteler à améliorer la vie de chacun d’entre nous.
 
Il sera toujours temps de jouer du violon, ou, en l’occurrence pour JF Copé, du piano, à la gloire de notre industrie pharmaceutique triomphante.
Pas de la guitare électrique, car, pour cela, il faut un médiator et, en ce moment, ce n’est pas recommandé.
 
 
Un grand merci à FullHdReady qui m’a fourni la VOD de l’intervention de JF Copé
 
Le site de FHDR
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Dépistage du cancer du col de l’utérus : le test HPV ne doit pas remplacer le frottis chez les femmes jeunes.

S’il est un domaine dans lequel les pressions commerciales ne se soucient guère des données de la science, c’est bien le dépistage du cancer du col de l’utérus. Les tentatives pour implanter les tests HPV en lieu et place du dépistage par frottis ne cessent pas.
 
Lors des Journées 2010 du Collège national des Gynécologues Obstétriciens Français, le CNGOF, on va ‘remettre le couvert’. Devant cet aréopage spécialisé, il sera dit, une nouvelle fois, que le test chargé de dépister le HPV, le papillomavirus humain, surpasse le frottis.
 
Le problème, avec cette affirmation, c’est qu’elle va à l’encontre des préconisations qui vont bientôt être publiées par divers spécialistes de l’Union européenne. Ces recommandations reconnaissent la valeur des tests HPV, mais seulement à partir de 35 ans, pas d’emblée en lieu et place des méthodes traditionnelles de dépistage.
 
Je rappelle, au passage, que la France ne dispose toujours pas d’un programme national de dépistage du cancer du col de l’utérus et qu’on estime que près de la moitié des femmes à haut risque pour ce cancer ne bénéficient d’aucune forme de dépistage. D’un autre côté 51 % des femmes sont suivies trop fréquemment par rapport aux préconisations de bon usage du frottis de dépistage.
 
Revenons-en à ce test de dépistage du HPV. Ce virus est impliqué dans une grande proportion des cancers du col de l’utérus, particulièrement les HPV 16 et 18, mais aussi 31,33 et 45.
 
Mais, la présence de virus HPV sur un test ne veut absolument pas dire que l’évolution se fera vers un cancer du col de l’utérus, loin de là.
Dans au moins 90 % des cas, l’infection par HPV va cicatriser en deux ans au maximum, sans aucune séquelle. L’évolution vers une lésion cancéreuse avérée se fera dans 1 à 2 % des cas, après au moins dix ans.
 
Le risque de se jeter sur des tests de dépistage d’emblée, chez des femmes jeunes c’est d’en arriver à ce qu’on appelle un surdiagnostic.
 
Cela signifie qu’on risque de traiter des lésions qui, je le répète, vont disparaitre spontanément en sans séquelles dans neuf cas sur dix.
Traiter, cela veut dire souvent proposer une ‘conisation’. Cette intervention consiste à enlever une petite partie du col de l’utérus, mais suffisamment large pour passer ne zone saine et éliminer la lésion.
 
Cette conisation constitue un geste radical, certes, mais fragilise la statique du col de l’utérus et peut avoir des conséquences importantes pour le devenir obstétrical de ces femmes jeunes, sans enfant.
 
Le col risque, en effet, de ne pas se maintenir fermé pendant la grossesse et provoquer ce qu’on appelle familièrement des ‘fausses couches’.
Un prix fort à payer pour une infection spontanément guérissable.
 
C’est pour cela que les spécialistes européens sous la conduite du Pr Marc Arbyn, de l’Institut de santé publique de Bruxelles, souhaitent qu’avant 35 ans, les femmes bénéficient d’un dépistage classique par frottis.
Ils recommanderont l’utilisation du test HPV seulement chez des femmes un peu plus âgées, à partir de 30-35 ans, âge auquel les femmes ont généralement déjà eu au moins un enfant et pour lesquelles la conisation aura moins de risques de poser des problèmes. Il faut aussi trouver un système de triage qui permette de faire la part entre les lésions qui vont évoluer et celles qui ne bougeront pas. ce pourrait être la protéine p16, par exemple.
 
Cette attitude raisonnable et bien évaluée va, cependant, se heurter aux forces du marché et aux annonces médiatiques relayées par des spécialistes ayant l’oreille des journalistes, notamment dans des magazines féminins.
 
Il n’est donc pas inconcevable de voir proposer de mettre la charrue avant les bœufs et des lobbyistes plaider pour la mise en place du test HPV alors que le dépistage généralisé n’est même pas encore institué en France.
 
Les campagnes en faveur de la vaccination contre le HPV ont tendance à prétendre à une protection absolue grâce au vaccin, alors que ce vaccin protège contre 70 % des HPV impliqués dans le cancer du col.
 
On peut donc imaginer qu’un message réducteur, voire simpliste, laisse entendre qu’en termes de santé publique, le test HPV d’emblée protège mieux les femmes qu’un frottis de dépistage, quel que soit l’âge.
 
Il faut espérer que les pouvoirs publics d’un côté et les médecins de l’autre ne se laissent pas abuser par des arguments ne reposent pas obligatoirement que sur de preuves scientifiques.
 
 
Le compte-rendu de l’intervention de Marc Arbyn lors de la réunion de l’INCa

La video (Marc Arbyn est le 2ème intervenant)

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Aspirine et cancer : beaucoup d’effervescence et un peu plus de prudence.

L’aspirine nouvelle arme contre le cancer ? Attention à ne pas interpréter trop vite les résultats d’une analyse d’anciens essais cliniques. L’aspirine a des avantages, mais aussi des inconvénients.

 
L’article publié dans la revue britannique ‘The Lancet’ n’est pas un travail nouveau sur des patients mais la compilation de huit essais cliniques réalisés au cours des années précédentes, ce qu’on appelle une méta-analyse.
 
Les auteurs de cet article ont donc repris des études dans lesquelles des personnes avaient reçu de l’aspirine dans le but de prévenir un accident cardiovasculaire, de type infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral.
Il s’agissait de prévention primaire, chez des personnes à haut risque pour ce genre d’accident, ou de prévention secondaire. Cela concerne alors des patients ayant déjà fait ce genre d’accident et chez lesquels on veut prévenir une récidive.
 
En mettant ces données en commun et en réunissant ainsi un peu plus de 25000 sujets, les auteurs ont regardé combien de décès avaient été attribués à divers cancers dans ces études.
 
De leur analyse, il ressort que la prise d’aspirine à une dose comprise entre 75mg et 100 mg chaque jour, permettait d’observer une réduction de la mortalité pour les cancers colorectaux et pour certains types de cancers de l’œsophage et du poumon.
 
En ce qui concerne ces deux derniers cancers, seuls les adénocarcinomes étaient concernés. Si ce type de tumeur est le plus fréquent des cancers de l’œsophage, il représente moins d’un cancer du poumon sur deux.
 
Et les effets de l’aspirine supposaient qu’elle ait été utilisée au moins dix ans, voire vingt ans.
D’autre part, l’effet était d’autant plus important que les sujets étaient plus âgés.
Ainsi le bénéfice maximum était atteint chez les sujets de 65 ans et plus.
 
Cet effet bénéfique de l’aspirine s’explique sans doute par un mécanisme inhibant la croissance des cellules précancéreuses. Dans les polypes et les adénomes, une transformation maligne peut se faire peu à peu. L’aspirine joue sur les voies de croissance tumorale et entraine la cellule porteuse d’anomalies à se suicider. Un phénomène baptisé apoptose.
 
Mais l’aspirine, même à faible dose, n’est pas un produit anodin. Il intervient dans les phénomènes de coagulation sanguine en diminuant l’agrégation des plaquettes entre elles.
 
L’aspirine peut donc induire des saignements, particulièrement des saignements digestifs et favoriser l’apparition de lésions ulcéreuses de l’estomac, du duodénum mais aussi de l’intestin.
 
D’autre part, il existe des allergies à l’aspirine. Des allergies rares, certes, mais loin d’être anodines également.
 
Il faut donc savoir raison garder et ne pas se précipiter vers sa pharmacie habituelle pour acheter de l’aspirine.
 
Cette prise doit se faire uniquement après en avoir discuté avec son médecin pour savoir s’il n’y a pas de contre-indication et, surtout, s’il y a une éventuelle indication et un bénéfice hypothétique à prendre son comprimé quotidien.
 
 
Référence de l’étude :
 
Peter M Rothwell et al.
Effect of daily aspirin on long-term risk of death due to cancer:
Analysis of individual patient data from randomised trials
The Lancet, Published Online December 7, 2010 DOI: 10.1016/S0140-6736(10)62110-1

Sur ce blog, retrouvezun article sur ‘aspirine et cancer du colon’

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Développement de l’enfant : Devant la télé à 6 mois, c’est mauvais pour le cerveau !

Prévenez les bébés ! Mettre des enfants de six mois devant la TV ou des DVD ou des jeux vidéo n’est pas la meilleure idée qui soit pour favoriser leur développement cognitif et leur langage. C’est ce que démontre une étude publiée dans les ‘Archives of Pediatrics and Adolescent Medicine’.
 
 
De novembre 2005 à janvier 2008, des chercheurs new-yorkais ont enrôlé des couples mère-enfant qui avaient choisi de fréquenter l’hôpital Bellevue de New-York comme établissement de PMI.
 
Les mères volontaires, toutes âgées de plus de 18 ans devaient noter la durée totale quotidienne d’exposition de leur enfant à divers médias : programmes de télévision, DVD, jeux vidéo.
Elles devaient également se rappeler le contenu de ces programmes.
Cette période a duré tout le sixième mois de l’enfant.
A quatorze mois, les chercheurs ont procédé à une évaluation du développement du langage de l’enfant et de son développement cognitif. Ce dernier point correspond à la maturation du tissu nerveux et du langage, le tout sous l’influence de l’environnement social et physique qui entoure l’enfant.
 
Au total, ce sont 259 enfants, soit un peu plus des 2/3 de l’échantillon de départ, qui seront évalués à 14 mois.
 
Et l’étude montre deux choses : la durée d’exposition est un facteur important. Une heure de télévision par jour à six mois entraine, à 14 mois une altération des scores des tests. En moyenne, les résultats tendent à être un tiers moins bons que la moyenne pour cet âge.
 
Il y a la quantité, mais aussi la qualité, et c’est le second enseignement de cette étude. Lorsqu’un enfant de six mois a été exposé à des programmes destinés à des enfants plus âgés que lui, cela n’est pas sans conséquences non plus. Là encore, le développement cognitif à 14 mois est affecté de façon défavorable.
 
Ces stations prolongées devant l’écran empêchent donc les activités de jeu et d’interactions avec les autres enfants et les parents.
 
Ces résultats sont d’autant plus intéressants qu’ils concernent des familles à bas niveau socioéconomique. On imagine bien que ces familles à faibles ressources trouvent dans la télévision, un mode de ‘garde’ plus économique et tenable que les systèmes de garde payants.
 
Mais ce travail montre aussi que les allégations de certains industriels fournisseurs de contenus audiovisuels sont inexactes. Les programmes destinés aux ‘baby TV’ ne font en rien progresser ces bébés de six mois, bien au contraire.
 
L’Académie américaine de pédiatrie estime qu’il ne faut pas exposer les enfants aux medias avant l’âge de 2 ans. Cette disposition semble quasiment irréalisable.
 
Mais il semble quand même important de limiter le rôle de ‘nourrice’ que joue trop souvent l’écran de télévision.
Plus facile à dire qu’à faire, certes, mais cela mérite quand même qu’on s’y attelle !
 
Référence de l’étude :
 
Suzy Tomopoulos et al.
Infant Media Exposure and Toddler Development
Arch Pediatr Adolesc Med. 2010;164(12):1105-1111,
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Cancer de la prostate : Une méthode de détection à ne pas mettre à l’index.

Montre-moi ta main et je te dirai si ton risque de cancer de la prostate est plus faible que la moyenne. Tel est le résumé un peu rapide d’une étude publiée dans le British journal of Cancer, et qui compare la taille de l’index et de l’annulaire.

 
On ne le sait pas forcément, mais les hommes ont, en général, un index plus court que l’annulaire, le quatrième doigt. Tout cela parce que la principale hormone male, la testostérone agit sur le fœtus de diverses façons et, notamment, influe sur la taille des doigts.
Ainsi, chez la femme, deuxième et quatrième doigts sont de taille égale ou l’index est un peu plus long que l’annulaire, la testostérone étant très faiblement secrétée chez le fœtus de sexe féminin.
 
Parmi les divers organes et tissus de notre corps, l’influence de la testostérone est très importante sur la prostate et une imprégnation importante de cette hormone joue un rôle dans la survenue, à long terme, du cancer prostatique.
 
D’où l’idée étonnante qu’ont eue des médecins britanniques : regarder le rapport de longueur index/annulaire de la main droite de 1524 hommes atteints de cancer de la prostate et comparer ce rapport à celui de 3044 autre hommes indemnes de ce cancer et comparables en termes d’âge, c’est-à-dire âgés de 80 ans et moins.
 
Et les auteurs de l’étude ont constaté que le fait d’avoir un index plus long que l’annulaire avait un intérêt non négligeable !
 
Un index plus long que l’annulaire était constaté chez 22,8 % des cas de cancers prostatiques et chez 30,8 % des contrôles .Ce qui indique un risque relatif réduit de 33 %.
 
Explication plausible : un index plus long traduit une moindre action de la testostérone in utero et donc, au cours de la vie, un scéma moins ‘mâle’ . la prostate est moins bombardée d’hormones maâles et donc a tendance à moins se cancériser
 
Et les femmes et le cancer du sein allez-vous me dire ? Excellente question à laquelle une étude a répondu voici près de dix ans. Normalement, chez la femme, index et annulaire ont à peu près la même longueur. Les auteurs avaient constaté que les femmes ayant un ‘schéma’ très ‘féminin’, c’est-à-dire avec un index plus long que l’annulaire avaient tendance à avoir des cancers du sein plus jeunes que les autres femmes.
 
Mais, rappelons, le, tout cela n’est qu’une mesure statistique sur une population et il est hasardeux d’en déduire des conclusions individuelles.
 
Mais cette méthode de surveillance peut être une forme de dépistage facile et mérite d’être examinée plus avant plutôt que d’être mise à l’index.
 
 
Référence de l’étude :
 
AA Rahman et al
Hand pattern indicates prostate cancer risk
British Journal of Cancer advance online publication, 30 November 2010, doi: 10.1038/sj.bjc6605986
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