Archives de catégorie : GYNECOLOGIE-GROSSESSE

Troubles de la ménopause : On peut aiguiller les femmes vers l’acupuncture.

La prise en charge des symptômes qui entourent la ménopause n’est pas chose facile depuis les études mettant en cause les traitements hormonaux. Une nouvelle piste mérite qu’on l’évalue plus avant : l’acupuncture.

 
 
Cela fait bientôt dix ans que les premières études montrant une élévation du risque de cancer du sein sous traitement hormonal substitutif, THS, ont été publiées.
 
Cette publication et l’accumulation de travaux scientifiques divers ont entrainé une chute de prescriptions de ces traitements. Mais cela a laissé de nombreuses femmes désemparées, car les troubles de la ménopause ne sont pas toujours aisés à tolérer. Bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, cauchemars, dépression sont des désagréments loin d’être anodins lorsqu’ils se prolongent pendant de longs mois.
 
On recommande aujourd’hui d’utiliser le THS vraiment dans les cas les plus sévères seulement et pour une durée courte, n’excédant pas un ou deux ans.
 
Les autres thérapeutiques, notamment à base de plantes n’ont pas prouvé leur efficacité pour remplacer le THS.
 
Voici donc qu’en étude turque, publiée dans Acupuncture in Medicine, attire le regard. Menée à Ankara, sur un très petit groupe de femmes, 56 au total, cette recherche a voulu mesurer l’intérêt de l’acupuncture à la fois sur les symptômes physiques, psychiques et urogénitaux de la ménopause, mais également voir si certaines sécrétions hormonales étaient modifiées par la stimulation de points précis.
 
Les femmes ménopausées depuis au moins 12 mois et dont les taux d’œstradiol étaient inférieurs à 50 picogrammes par ml ont été divisées en deux groupes.
 
Le premier groupe a bénéficié de dix séances d’acupuncture à raison de deux séances par semaine. Le second groupe a été pris en charge par une fausse méthode d’acupuncture. Des aiguilles émoussées ont été insérées dans des dispositifs posés sur la peau, sans qu’elles soient enfoncées. Là encore, il y a eu dix séances.
 
Les femmes des deux groupes ont été évaluées grâce à une échelle appelée MRS, Menopause Rating Scale. (En savoir plus)
 
Cet index fait appel à 11 critères répartis entre des considérations psychiques, somatiques et uro-génitales. Chaque élément est noté de 0 (pas dérangeant) à 4 (très ennuyeux).
 
Le questionnaire a été administré aux femmes avant la première séance, après la première séance et à la fin des dix séances.
 
A l’exception notable des signes uro-génitaux, les auteurs de l’étude ont constaté une nette différence en faveur de l’acupuncture aussi bien sur les signes physiques que sur les signes psychiques.
 
L’amélioration a porté notamment sur l’intensité et la fréquence des bouffées de chaleur.
 
Les auteurs ont également constaté des modifications hormonales avec une élévation du taux d’œstradiol, la principale hormone féminine.
Cette légère élévation ne suffit pas à expliquer l amélioration des symptômes.
 La LH, une hormone d’origine hypophysaire, dont le taux monte avec la ménopause, était également abaissée. Mais pas la FSH, autre hormone d’origine hypophysaire.
 
Peut-on donc en conclure que l’acupuncture est la solution à la prise en charge des désordres climatériques, comme on aimait à dire par le passé ? Sûrement pas, en premier lieu parce que l’échantillon mesuré, au total 53 femmes, est bien trop faible.
 
De plus, les modifications des sécrétions hormonales ne sont pas suffisantes ^pour expliquer tous les bénéfices.
 
Mais, incontestablement, les femmes ainsi prises en charge ont éprouvé de vrais progrès. Il n’est donc pas idiot ni inutile de proposer à celles qui vivent le plus mal cette période charnière de leur vie d’aller se faire poser des aiguilles de temps en temps.
 
 
Référence de l’étude :
 
Didem Sunay et al.
The effect of acupuncture on postmenopausal symptoms and reproductive hormones: a sham controlled clinical trial.
Acupunct Med 2011; 29:27-31 doi: 10.1136/aim.2010.003285
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Syndrome prémenstruel : traiter avec des acides gras pourrait devenir la règle.

 
 
Le syndrome prémenstruel SPM, est un véritable cauchemar pour de nombreuses femmes. Un cauchemar qui se reproduit tous les mois. Mais un traitement à base d’acides gras et de vitamine E pourrait peut-être changer la vie de celles qui sont victimes de ce syndrome.
 
Ce sont sept à dix jours de troubles, plus ou moins sévères, qui viennent chaque mois gâcher la vie de nombreuses femmes. Douleurs, troubles de l’humeur, difficultés relationnelles, un ensemble de symptômes qui débute juste après l’ovulation et qui vont s’estomper avec le début des règles.
 
Certaines formes graves peuvent conduire à des tentatives de suicide ou des comportements homicidaires, Les avocats américains se sont souvent servis de ce syndrome pour faire acquitter des clientes poursuivies pour meurtre au premier degré.
 
Ce syndrome n’a jamais été élucidé. On a incriminé les hormones œstrogènes et progestérone, les mouvements d’eau et de sel, la prolactine, la prostaglandine E1.
 
On pense que les femmes victimes de SPM seraient anormalement sensibles à des niveaux pourtant physiologiques de l’hormone prolactine, dans un contexte de taux de prostaglandine E1, PGE1, bas.
 
C’est à partir de cette dernière hypothèse qu’une équipe de l’université de Recife, au Brésil, a conduit une étude incluant 120 femmes.
 
Ces femmes avaient entre 16 et 49 ans, n’avaient aucun traitement de SPM depuis au moins trois cycles.
 
Elles ont été divisées en 3 groupes pour un essai randomisé en double aveugle.
 
Le premier groupe recevait un placebo, le deuxième le traitement proposé à la dose de 1g par jour et le troisième à la dose de 2 grammes par jour.
 
Les femmes ont été suivies 240 jours, le traitement lui-même étant donné sur une durée totale de 180 jours.
 
Mais en quoi consistait ce traitement ?  Trois acides gras insaturés essentiels. Ce terme ‘essentiel’ vient du fait que ces acides gras ne sont pas synthétisés par l’organisme, mais ne peuvent provenir que d’une source alimentaire.
 
Les 3 acides gras en question sont l’acide oléique, l’acide linoléique et l’acide gamma-linoléique.
Leur métabolisme conduit à la formation de PGE1.
Chaque gélule de un gramme contenait : 175 milligrammes d’acide oléique, 345 mg de linoléique, 210 mg de gamma-linoléique et 250 mg d’autres acides gras polyinsaturés. La gélule contenait aussi de la vitamine E.
 
L’évaluation des effets se faisait à partir d’une échelle d’évaluation baptisée PRISM, comprenant 23 critères correspondant à autant de symptômes physiques.
Chaque symptôme était noté, quotidiennement,  de 0 (aucune manifestation) à 3 (symptôme sévère).
Au début de l’étude, le groupe ‘1g’ avait un score médian de 99, le groupe ‘2g’ 98 et le groupe placebo 96,5.
A trois mois, et surtout à six mois, le score a été très abaissé dans les deux groupes traités, la basse dans le groupe placebo se limitant au 3ème mois.
 
Dans le groupe ‘2g’ on est passé de 99, soit une sévérité absolue à 28, ce qui traduit une très importante amélioration. Dans le groupe ‘1g’, la diminution est un peu moindre, puisque le score est de 35.
Dans le groupe placebo, le score est à 62,5.
 
A six mois, ni le taux de prolactine ni le taux de cholestérol n’avaient été affectés par le traitement.
 
Il s’agit donc d’une voie intéressante, même si l’effectif étudié est faible et imposera des études sur un plus grand nombre de femmes.
 
L’autre question concerne le développement du produit. Il ne s’agit pas d’un médicament au sens strict mais, plutôt, d’un complément alimentaire.
 
Cette formulation devrait donc être en vente libre en pharmacie et exclue du remboursement.
Ce qui, vu le type de pathologie concerné, semble assez injuste car les femmes atteintes de ce syndrome ont recours à divers médicaments pris en charge par l’Assurance- maladie.
 
Là, on est face à des substances naturelles, a priori non toxiques et efficaces et qui seraient à la charge des patientes, privant les plus démunies d’un accès facile à ce remède.
 
Une question à envisager sérieusement.
 
 
Référence de l’étude :
 
Edilberto A Rocha Filho et al.
 
Essential fatty acids for premenstrual syndrome and their effect on prolactin and total cholesterol levels: a randomized, double blind, placebo-controlled study
 
Reproductive Health 2011, 8:2 doi: 10.1186/1742-4755-8-2
 
Accessible librement
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Dépistage du cancer du col de l’utérus : le test HPV ne doit pas remplacer le frottis chez les femmes jeunes.

S’il est un domaine dans lequel les pressions commerciales ne se soucient guère des données de la science, c’est bien le dépistage du cancer du col de l’utérus. Les tentatives pour implanter les tests HPV en lieu et place du dépistage par frottis ne cessent pas.
 
Lors des Journées 2010 du Collège national des Gynécologues Obstétriciens Français, le CNGOF, on va ‘remettre le couvert’. Devant cet aréopage spécialisé, il sera dit, une nouvelle fois, que le test chargé de dépister le HPV, le papillomavirus humain, surpasse le frottis.
 
Le problème, avec cette affirmation, c’est qu’elle va à l’encontre des préconisations qui vont bientôt être publiées par divers spécialistes de l’Union européenne. Ces recommandations reconnaissent la valeur des tests HPV, mais seulement à partir de 35 ans, pas d’emblée en lieu et place des méthodes traditionnelles de dépistage.
 
Je rappelle, au passage, que la France ne dispose toujours pas d’un programme national de dépistage du cancer du col de l’utérus et qu’on estime que près de la moitié des femmes à haut risque pour ce cancer ne bénéficient d’aucune forme de dépistage. D’un autre côté 51 % des femmes sont suivies trop fréquemment par rapport aux préconisations de bon usage du frottis de dépistage.
 
Revenons-en à ce test de dépistage du HPV. Ce virus est impliqué dans une grande proportion des cancers du col de l’utérus, particulièrement les HPV 16 et 18, mais aussi 31,33 et 45.
 
Mais, la présence de virus HPV sur un test ne veut absolument pas dire que l’évolution se fera vers un cancer du col de l’utérus, loin de là.
Dans au moins 90 % des cas, l’infection par HPV va cicatriser en deux ans au maximum, sans aucune séquelle. L’évolution vers une lésion cancéreuse avérée se fera dans 1 à 2 % des cas, après au moins dix ans.
 
Le risque de se jeter sur des tests de dépistage d’emblée, chez des femmes jeunes c’est d’en arriver à ce qu’on appelle un surdiagnostic.
 
Cela signifie qu’on risque de traiter des lésions qui, je le répète, vont disparaitre spontanément en sans séquelles dans neuf cas sur dix.
Traiter, cela veut dire souvent proposer une ‘conisation’. Cette intervention consiste à enlever une petite partie du col de l’utérus, mais suffisamment large pour passer ne zone saine et éliminer la lésion.
 
Cette conisation constitue un geste radical, certes, mais fragilise la statique du col de l’utérus et peut avoir des conséquences importantes pour le devenir obstétrical de ces femmes jeunes, sans enfant.
 
Le col risque, en effet, de ne pas se maintenir fermé pendant la grossesse et provoquer ce qu’on appelle familièrement des ‘fausses couches’.
Un prix fort à payer pour une infection spontanément guérissable.
 
C’est pour cela que les spécialistes européens sous la conduite du Pr Marc Arbyn, de l’Institut de santé publique de Bruxelles, souhaitent qu’avant 35 ans, les femmes bénéficient d’un dépistage classique par frottis.
Ils recommanderont l’utilisation du test HPV seulement chez des femmes un peu plus âgées, à partir de 30-35 ans, âge auquel les femmes ont généralement déjà eu au moins un enfant et pour lesquelles la conisation aura moins de risques de poser des problèmes. Il faut aussi trouver un système de triage qui permette de faire la part entre les lésions qui vont évoluer et celles qui ne bougeront pas. ce pourrait être la protéine p16, par exemple.
 
Cette attitude raisonnable et bien évaluée va, cependant, se heurter aux forces du marché et aux annonces médiatiques relayées par des spécialistes ayant l’oreille des journalistes, notamment dans des magazines féminins.
 
Il n’est donc pas inconcevable de voir proposer de mettre la charrue avant les bœufs et des lobbyistes plaider pour la mise en place du test HPV alors que le dépistage généralisé n’est même pas encore institué en France.
 
Les campagnes en faveur de la vaccination contre le HPV ont tendance à prétendre à une protection absolue grâce au vaccin, alors que ce vaccin protège contre 70 % des HPV impliqués dans le cancer du col.
 
On peut donc imaginer qu’un message réducteur, voire simpliste, laisse entendre qu’en termes de santé publique, le test HPV d’emblée protège mieux les femmes qu’un frottis de dépistage, quel que soit l’âge.
 
Il faut espérer que les pouvoirs publics d’un côté et les médecins de l’autre ne se laissent pas abuser par des arguments ne reposent pas obligatoirement que sur de preuves scientifiques.
 
 
Le compte-rendu de l’intervention de Marc Arbyn lors de la réunion de l’INCa

La video (Marc Arbyn est le 2ème intervenant)

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Cancer du sein et THS : des formes plus sévères et de moins bon pronostic..

On savait depuis quelques années déjà que la prise d’un traitement hormonal substitutif, ou THS, majorait le risque de survenue d’un cancer du sein. Une nouvelle étude montre que ces cancers du sein sont souvent à un stade plus avancé que ceux découverts chez des femmes n’ayant pas pris ces traitements. Et leur évolution semble être moins favorable.
 
Ce fut, en 2002, un véritable pavé dans la mare. L’étude WHI, Women’s Health Initiative, qui suivait des femmes post-ménopausées recevant des THS, venait de montrer que ces traitements à base d’œstrogènes ou de combinaison oestro-progestative (OP), majoraient le risque de survenue d’un cancer du sein et n’avaient pas d’effet protecteur au plan cardiovasculaire. Il y avait, en revanche, un bénéfice sur le cancer du colon.
 
Le THS est donc devenu un traitement sous haute surveillance, prescrit seulement sur de courtes durées et face à des tableaux cliniques précis, en début de ménopause.
 
Mais on surveille aussi le devenir des femmes ayant reçu ces traitements et une étude américaine publiée cette semaine dans la revue JAMA montre qu’après onze ans de suivi, le THS est souvent à l’origine de cancers du sein dits ‘invasifs’ ou avancés.
 
Les auteurs de l’étude ont suivi 12788 des 16608 femmes incluses dans l’étude originelle, soit 83 % de l’effectif.
Ils ont constaté que chez les femmes recevant la combinaison OP, il y avait eu 385 cas de cancer du sein contre 293 dans le groupe placebo, soit un risque majoré de 25 % (HR : 1,25. IC95% :1,07-1,46 p=0,004)
 
Si, sous le microscope, les cancers des 2 groupes étaient semblables en termes d’histologie et de grade, macroscopiquement les choses étaient différentes. On a, en effet, constaté des atteintes ganglionnaires, ce qu’on appelle N+, beaucoup plus fréquemment dans le groupe ayant reçu le THS.
 
Dans le groupe traité, l’atteinte N+ concernait 23,7% des cas, contre 16,2 % dans le groupe placebo. (HR: 1, 78. IC95%:1, 23-2, 58. p=0, 03)
 
La mortalité directement liée au cancer du sein était plus élevées dans le groupe OP, mais, pour des raisons statistiques et de méthodologie, les résultats ne permettent pas d’affirmer l’association entre prise d’OP et risque de mortalité par cancer du sein plus élevé,  mais plutôt une tendance.
 
Dans l’éditorial qui accompagne la publication de l’étude le Dr Peter Bach estime que cette mortalité est sans doute plus élevée que ne le laisse supposer l’étude.
 
Il pointe aussi du doigt un autre aspect de la prescription actuelle du THS. Aux Etats-Unis, comme chez nous, ce traitement est actuellement donné de façon très brève, sur tout au plus deux ans, à des femmes dont la ménopause s’est établie récemment et qui ont des troubles très inconfortables, comme des tableaux dépressifs, des insomnies, des sueurs nocturnes abondantes.
 
Mais, comme le remarque Bach, nous ne disposons actuellement d’aucune évaluation ou d’essais cliniques nous permettant d’établir l’innocuité de ces doses courtes. Il prône donc la mise en place de telles études.
 
La façon dont la ‘crise’ du THS a été gères en France montre aussi qu’il faut savoir oublier les dogmes en médecine, surtout lorsqu’ils ont été plus ou moins sous-tendus par des intérêts pas forcément scientifiques.
 
Pendant de longues années, ici comme de l’autre côté de l’Atlantique, le THS était vécu comme une panacée.
Je faisais partie de ces médecins convaincus.
 
Quand l’étude WHI est sortie en 2002, entrainant un effondrement de la prescription aux USA, nous avons eu droit au discours sur une ‘exception française’. Nous n’utilisions pas les mêmes hormones que les américains. Nos produits étaient des hormones reproduisant les OP naturels et WHI ne nous concernait pas.
 
Je faisais encore partie quelque peu de ces médecins convaincus !
 
Mais avec le temps et avec la publication de l’étude E3N  faite auprès de femmes assurées à la MGEN, on s’est aperçu que les résultats américains s’appliquaient également chez nous, malgré les tentatives de dénégation de certains laboratoires et, hélas, de médecins manquant un peu de rigueur et de clairvoyance.
 
Il faut donc se donner d’évaluer les effets du THS, même à faible dose, pour ne pas se réveiller encore une fois trop tard.
 
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Rowan T. Chlebowski et al
Estrogen Plus Progestin and Breast Cancer Incidence and Mortality
in Postmenopausal Women
JAMA. 2010;304(15):1684-1692
 
Référence de l’éditorial:
 
Peter B. Bach
Postmenopausal Hormone Therapy and Breast Cancer
An Uncertain Trade-off
JAMA. 2010;304(15):1719-1720
 
Lecture conseillée :
 
Martine Perez
Ce que les femmes doivent savoir du traitement hormonal substitutif
Ed Robert Laffont -2005
ISBN : 978-2-221-10351-7
 
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FIV : une nouvelle technique pour obtenir plus de grossesses .

La fécondation in vitro (FIV) est une méthode de procréation assistée qui, malgré ses millions de naissances, connaît u taux d’échecs encore important. Mais une nouvelle technique d’examen de l’œuf fécondé va sans doute permettre d’améliorer fortement les résultats.

Des jumelles en Allemagne en juin, un garçon en Italie en septembre, deux ‘premières mondiales’ dans un domaine, la procréation médicale assistée, qui vient, avec le prix Nobel accordé à Edwards cette année,  de connaître la consécration pour la technique de fécondation in vitro ou FIV.
Cette technique, bien rôdée, certes, pose encore des problèmes car implanter l’œuf fécondé chez la femme ne veut pas dire automatiquement que la grossesse ira jusqu’à son terme. Bien souvent, en quelques jours, tout se termine. Un échec souvent très mal vécu par des couples souvent aux alentours de la quarantaine et pour lesquels le compte à rebours avance inexorablement.
Une des raisons principales de ces échecs est une élimination spontanée d’ovocytes porteurs d’anomalies chromosomiques incompatibles avec la vie, notamment des chromosomes présents à un seul exemplaire au lieu d’être par paire.
La Société européenne d’étude de la reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE) a décidé de lancer, voici quelques mois, une étude pilote pour tenter d’améliorer les résultats de la FIV.
Le but était de tirer partie des nouveaux outils de la biologie moléculaires, ce qu’on appelle des microarrays, pour, à partir d’une cellule, vérifier l’intégrité de l’équipement génétique des ovocytes fécondés avant implantation dans l’utérus maternel. La méthode s’appelle CGH, c’est à dire une analyse complète du génome par hybridation.
Contrairement au diagnostic préimplantatoire (DPI) où il faut attendre que l’embryon se développe au stade de morula, c’est-à-dire à partir du 3ème jour pour avoir au moins 8 cellules et en prélever une ou deux, la technique employée ici a été plus simple et plus rapide.
Elle a utilisé une particularité morphologique de l’ovocyte après fertilisation par le spermatozoïde, l’apparition de ce qu’on nomme le globule polaire.
En prélevant ce globule polaire, appelé de toutes façons à disparaître, les chercheurs ont pu en une dizaine d’heures, avoir une cartographie complète des chromosomes de l’œuf fécondé, savoir si cet œuf possédait bien 23 paires intactes de chromosomes avant l’implantation.
Précision importante : cela n’a rien à voir avec un quelconque diagnostic génique. On ne recherche pas la présence d’un gène muté comme, par exemple, dans la mucoviscidose ou certaines maladies sanguines graves.
On vérifie les chromosomes, pas les trente mille gènes qu’ils portent.
La priorité pour les chercheurs sera d’utiliser ce test chez des femmes de plus de 37 ans ayant déjà connu des échecs après FIV.
Dans un deuxième temps, les indications pourront sans aucun doute s’élargir.
Référence de l’étude de faisabilité  présentée en juin 2010 au congrès de l’ESHRE :
Joep Geraedts et al.
What next for preimplantation genetic screening? A polar body approach!
Human Reproduction, Vol.25, No.3 pp. 575–577, 2010
Advanced Access publication on December 23, 2009 doi:10.1093/humrep/dep446
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Greffe d’ovaire et naissance après cancer : Un double succès danois qui est une première mondiale.

C’est une première médicale mondiale et une belle aventure humaine. Une femme a conçu deux enfants après avoir eu une greffe d’ovaire à la suite d’un cancer.
 
Aviaja et Lucca sont deux petites danoises qui marquent une très belle avancée dans le progrès médical. Nées à 19 mois d’écart, elles sont les deux premiers enfants issues d’une même mère ayant subi une transplantation de tissus ovariens préalablement congelés.
 
Stinne Bergholdt, la maman apprend en 2004 qu’elle est atteinte d’un sarcome d’Ewing, une tumeur rare qui touche deux de ses côtes. Elle a alors 27 ans.
Six cures de chimiothérapie sont suivies d’une intervention chirurgicale, puis de trois cycles de chimiothérapie.
Mais avant la mise en place de la chimiothérapie, les médecins ont prélevé, le 22 mars 2004 ; treize fragments de son ovaire droit et les ont congelés. Cela représentait environ un tiers de l’ovaire. La patiente n’avait plus d’ovaire gauche à la suit de l’ablation d’un kyste.
 
Après le traitement par chimiothérapie, la patiente a développé tous les symptômes d’une ménopause et les biopsies ont montré que le tissu ovarien restant ne contenait plus de follicules précurseurs des ovocytes.
 
Le 14 décembre 2005, six fragments ovariens sont décongelés et réimplantés chez Stinne Bergholdt. Peu à peu, les marqueurs hormonaux montrent que l’ovaire est redevenu fonctionnel.
 
Stinne reçoit alors une stimulation hormonale qui permet de recueillir des ovocytes qui seront fécondés in vitro.
 
Le 8 février 2007, Aviaja, une petite fille de 3,204kg vient au monde.
En janvier 2008, la maman revient au centre car elle souhaite une nouvelle fécondation in vitro.
Mais là, surprise ! Les médecins constatent que la patiente est enceinte, de façon naturelle et spontanée !
 
Le 23 septembre 2008, Lucca, une demoiselle de 3,828 kg vient rejoindre la famille Bergholdt.
 
C’est la première fois au monde qu’une seule femme donne naissance à deux enfants après une transplantation de tissus ovariens congelés.
Un événement d’autant plus rare que les grossesses après transplantation sont déjà des événements peu courants. Dans le monde, on en est à neuf ou dix cas seulement, dont deux en France.
Trois seulement ont eu lieu de façon naturelle.
 
La technique de cryopréservation des ovaires est encore très expérimentale.
Comme nous venons de le dire, les naissances se comptent sur les doigts des deux mains actuellement.
 
Mais plus on tentera de telles greffes et plus on pourra augmenter les chances de succès.
Or, si on propose systématiquement la conservation de sperme aux hommes jeunes qui vont recevoir une chimiothérapie, on propose encore trop rarement la cryopréservation des ovaires aux jeunes femmes.
Ce n’est pas la seule méconnaissance des techniques qui freine l’application de cette méthode. C’est aussi parce que nombre de médecins « n’y croient pas ». Mais il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, dit-on.
 
C’est donc aux patientes elles-mêmes de faire le forcing et de demander aux cancérologues et aux chirurgiens qui les suivent de leur offrir cette possibilité.
 
L’histoire de Stinne Bergholdt et de ses deux fillettes montre que rien n’est impossible.
 
Référence de l’article:
 
Erik Ernst, Stinne Bergholdt et al.
 
The first woman to give birth to two children following transplantation of
frozen/thawed ovarian tissue
Human Reproduction, Vol.00, No.0 pp. 1–2, 2010
doi:10.1093/humrep/deq033
 
 A noter que la maman est le deuxième auteur de cette publication
 
 

Stinne Bergholdt avec Aviaja, l’ainée et Lucca, photographiées par Flemming Holm Bergholdt, le papa.

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Grossesse et cancer : plutôt de bonnes nouvelles.

La survenue d’un cancer au cours de la grossesse est un événement peu fréquent. Mais la tendance à avoir des enfants de plus en plus tard justifie qu’on s’intéresse à cette éventualité. Et les nouvelles sont plutôt bonnes.
 
L’âge de la première grossesse ne cesse de reculer dans nos sociétés. En France, l’âge moyen est désormais, selon l’INSEE de 29,8 ans.
 
En Norvège, plus de la moitié des grossesses concernent des femmes entre 30 et 49 ans.
C’est ce qui a conduit une équipe de ce pays à se pencher sur le devenir des femmes enceintes chez lesquelles un cancer a été diagnostiqué.
 
Un événement rare mais non négligeable. Dans cette tranche d’âge les tumeurs les plus fréquemment rencontrées sont des cancers du sein, du col de l’utérus, de l’ovaire, de la thyroide, des mélanomes, des lymphomes et des leucémies.
 
La Norvège est un pays qui possède un registre de tous les cancers diagnostiqués depuis 55 ans.
 
Il possède aussi un registre national des naissances depuis 1967. Il était donc assez simple pour les chercheurs de retrouver tous les cas concomitants de cancers et de grossesse et de pouvoir les comparer à des femmes dont la grossesse n’avait pas été affectée par un tel problème.
 
Ils ont étudié la période 1967-2002 et comparé la survie des femmes ayant eu un cancer découvert lors de la grossesse ou de l’allaitement à celle de femmes non concernées par le cancer.
 
L’analyse a concerné 42511 femmes et les résultats sont plutôt rassurants.
La grossesse ou l’allaitement n’ont eu aucun impact sur l’évolution du cancer en termes de survie.
 
Il y a toutefois un bémol, et de taille.
 
Il concerne les femmes atteintes d’un cancer du sein ou de l’ovaire diagnostiqués au cours de l’allaitement. Le risque de décès était alors double de celui des femmes indemnes de cancer.
 
Ce n’est pas l’hypothèse d’une trop forte imprégnation hormonale que retiennent les auteurs mais plutôt celle d’un retard au diagnostic lié à la difficulté d’interpréter des images radiographiques d’un sein en période de lactation.
 
Mais cette étude comporte aussi une autre très bonne nouvelle qui concerne cette fois les femmes ayant eu un cancer et qui entreprennent une grossesse ensuite.
 
Elles sont peu nombreuses, environ 5 ù de toutes celles ayant eu un cancer et, en fonction du site, les nombres diffèrent. Ainsi seul 1 % des femmes ayant eu un cancer du sein ont eu une grossesse une fois guéries, alors que cette proportion est montée à 21 % pour celles ayant eu un cancer de la thyroïde.
 
Mais ce qui est étonnant c’est qu’il existe un « healthy mother effect », ce qu’on pourrait traduire par un « effet mère saine », une sorte de sélection naturelle qui fait que ces femmes, toutes causes de décès confondues, ont une probabilité de décès deux fois moindre que les autres femmes.
 
En quelque sorte des super-résistantes, des « survivors » comme on les appelle outre-Atlantique.
 
Il est bon de rappeler qu’une étude est en cours en France qui concerne des femmes ayant eu une grossesse après un cancer. On peut lire les détails sur ce blog.
 
Un numéro vert gratuit, le 0800 770 736 est également à la disposition des femmes intéressées par cette étude.
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Stensheim H et al

 

Cause-Specific Survival for Women Diagnosed With Cancer During Pregnancy or Lactation:
J Clin Oncol.2008; 0: JCO.2008.17.4110v1
 
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Infection à CMV : un dépistage systématique des femmes enceintes ne serait pas efficace actuellement.

Le dépistage de l’infection par le cytomégalovirus n’est pas proposé aux femmes enceintes en France. Une association voudrait que cela change. Mais en l’état actuel, ce dépistage n’apporterait rien de plus.

Ce sont deux affections qu’on pourrait qualifier de « jumelles ». La toxoplasmose et l’infection à cytomégalovirus, ou CMV, ont beaucoup de points communs. La moitié de la population rencontre le parasite ou le virus sans trop sans rendre compte et c’est souvent à l’occasion d’examens sanguins qu’on s’aperçoit qu’on a des anticorps, preuve que l’organisme a rencontré et vaincu l’intrus.

Mais il y a au moins un moment de la vie où ces deux infections revêtent un tout autre caractère, c’est la grossesse. Ce n’est pas la femme enceinte qui court un risque, mais l’enfant qu’elle porte. Et le passage du parasite ou du virus sera d’autant plus redoutable qu’il s’effectuera dans les tous premiers mois de la grossesse.

A l’occasion du congrès européen de parasitologie, vous avez pu lire sur ce blog, il y a quelques jours, une information concernant la toxoplasmose pour laquelle existent un dépistage anténatal et même un dépistage dès l’examen prénuptial.

VOIR LE BILLET SUR LA TOXOPLASMOSE

En ce qui concerne le CMV, les choses sont différentes. Le taux de femmes enceintes qui contractent le virus pendant la grossesse est de 1 % de celles qui n’étaient pas protégées, soit environ 4000 cas par an.

L’infection congénitale à CMV est un peu plus fréquente que pour la toxoplasmose, puisque dans un cas sur deux l’enfant sera contaminé alors que pour la toxoplasmose c’est dans un tiers des cas que cela se produira.

Mais, dans 90 % des cas, l’infection à CMV sera sans aucune suite.
Cela veut dire, cependant, que bon an mal an environ 200 enfants naissent avec des séquelles liées à l’infection par le CMV.

Ces séquelles sont souvent auditives, notamment des surdités progressives, mais il y a aussi des atteintes cérébrales pouvant conduire à des infirmités motrices cérébrales, les IMC.

Jumelles mais différentes

La grosse différence avec la toxoplasmose congénitale c’est la possibilité d’action thérapeutique.
Dans le cas de la toxoplasmose, on dispose d’antibiotiques qui peuvent permettre de traiter le fœtus dans le ventre de sa mère, même si les résultats ne sont pas sûrs à cent pour cent.

Pour l’infection à CMV, en l’état des choses actuellement, il n’y a aucun médicament qu’on puisse administrer au fœtus en cas de maladie congénitale.

L’échographie peut, en effet, dépister des anomalies évocatrices de l’infection. On peut voir un foie et une rate trop gros, ce qu’on appelle une hépato splénomégalie, ou une taille trop petite de la tête, une microcéphalie. L’enfant peut aussi présenter un retard de croissance intra-utérin.

Ces signes vont conduire à faire es examens à la recherche de l’infection. Mais les choses se compliquent alors.

Les produits utilisés dans les formes adultes de la maladie, comme le ganciclovir ou le foscarnet ne peuvent être données à la femme enceinte au risque d’induire de graves malformations chez l’enfant.

Des études sont en cours avec des médicaments comme le valaciclovir ou bien des immunoglobulines G renforcées en anticorps anti-CMV, mais aucune de ces études n’est actuellement terminée.

On se trouve donc dans une situation où, contrairement à la toxoplasmose, la pratique du dépistage systématique ne peut conduire à aucune action thérapeutique. Seuls des signes échographiques de gravité peuvent amener à se poser la question d’une interruption médicale de grossesse.

C’est la raison pour laquelle aucun pays au monde ne propose actuellement de dépistage anténatal du CMV, même si des familles ayant vécu la naissance d’enfants atteints militent pour un tel dépistage.

VOIR LE SITE D’ELIANE WACH (et son commentaire du 28/08/08 à la suite du billet sur la toxoplasmose)

En mains propres

Alors, si une femme enceinte n’est pas immunisée naturellement contre le CMV, que peut-elle faire pour se protéger ? Comme pour la toxoplasmose, respecter un certain nombre de règles d’hygiène tout le long de la grossesse.

La règle d’or ce sont les mains propres, des mains qu’il faut savoir laver ou, mieux, désinfecter régulièrement avec les solutions hydro alcooliques qu’on trouve désormais en pharmacie et parapharmacie, ce qu’on surnomme le « savon sans eau ».

Il faut apporter un soin particulier aux relations avec les enfants en très bas âge, en particulier dans le cadre de la vie en collectivité.

Comme je l’ai dit plus haut, heureusement neuf bébés sur dix ayant contracté le virus dans le ventre de leur mère n’en auront aucune séquelle. Mais ils vont continuer à excréter ce virus au moins pendant un an après leur naissance, dans les urines et la salive.

Donc une femme enceinte au contact d’un nourrisson devra se laver les mains avant et après l’avoir changé, ne pas partager une cuiller avec lui par exemple, éviter les « poutous baveux ».

Mais le CMV peut aussi se transmettre par voie sexuelle. Donc si c’est papa qui change le petit ou s’il est amené professionnellement à s’occuper d’enfants en très bas âge, il faut que lui aussi s’astreigne aux mêmes règles d’hygiène concernant le lavage des mains et le non partage des couverts que sa femme, tout le long de la grossesse.

Ces conseils d’hygiène et de prévention sont, d’après plusieurs études, assez efficaces pour prévenir le risque infectieux.

Ce qu’il faut, c’est, qu’à l’instar de la toxoplasmose, les professionnels de la grossesse et en premier lieu les sages-femmes, en parlent aux futures mères.

Une pétition sera déposée au début septembre auprès de la ministre de la santé réclamant un dépistage du CMV chez la femme enceinte.
Quitte à heurter les personnes à l’origine de cette démarche et je leur en demande pardon d’avance, rien, scientifiquement, ne permet de dire qu’un tel dépistage systématique serait efficace et utile tant que des traitements ne seront pas au point.

Il faut donc se battre pour l’information, pour que cette affection soit mieux connue, mieux prévenue en attendant le jour où on pourra enfin la soigner chez le fœtus.

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Toxoplasmose et grossesse : une vigilance de neuf mois

C’est l’un des ennemis les plus redoutables des femmes enceintes malgré une taille ne dépassant pas quelques millièmes de millimètres. Le toxoplasme est un parasite mais aussi une bombe à retardement tant les dégâts qu’ils causent peuvent être tardifs chez l’enfant.

Paris accueille cette fin de semaine les spécialistes européens de parasitologie, une discipline médicale qui s’occupe aussi bien du paludisme que des mycoses ou encore des affections liées aux poux.

Mais l’une des activités quotidiennes d’un laboratoire de parasitologie, c’est de dépister une affection appelée toxoplasmose et dont l’agent responsable est un être unicellulaire long de 3 à 5 microns, c’est-à-dire des millièmes de millimètres, et qui a une forme d’arc, d’où son nom : toxon en grec, c’est l’arc et plasma la forme. (Un petit historique est mis en fin de billet).

Le parasite est excrété dans les selles de certains animaux, le chat en particulier. Le parasite va ensuite être présent dans les sols et sera ingéré par d’autres animaux ou l’être humain à partir d’aliments souillés.

Environ trois cent mille personnes contractent chaque année une toxoplasmose, la plupart sans le savoir. L’infection entraine parfois la survenue d’une fièvre, de ganglions, des douleurs musculaires et surtout une grande fatigue qui peut persister très longtemps.

Des signes assez proches de ceux de la mononucléose infectieuse et les médecins essaient toujours face à un tableau clinique fébrile avec ganglions de savoir s’il s’agit d’une de ces deux affections.

Mais la toxoplasmose n’est pas toujours une affection banale. Lorsqu’elle touche des personnes aux défenses immunitaires effondrées, elle peut être très dangereuse et provoquer des abcès cérébraux par exemple. On l’a constaté maintes fois chez les personnes porteuses du virus VIH avant l’arrivée des trithérapies.

Certaines souches, notamment en Amazonie, peuvent aussi atteindre des sujets sains et en pleine forme et donner de graves atteintes pulmonaires. On l’a constaté par exemple chez des militaires partis faire des stages de survie dans la forêt en Guyane française.

Ces cas sont heureusement peu fréquents et si la toxoplasmose reste un sujet d’actualité c’est que cette parasitose est un danger pour les femmes enceintes ou, plutôt pour l’enfant qu’elle porte.

Chaque année 5 femmes enceintes sur mille contractent le parasie, soit, environ 3500 femmes. Un tiers des femmes transmettent via le placenta la maladie au foetus.La toxoplasmose congénitale, 400 à 1000 cas par an, fait courir des risques sérieux au fœtus et à l’enfant même plusieurs années après la naissance.

Le risque est celui d’atteintes cérébrales, avec des crises convulsives mais surtout celui d’atteintes oculaires. L’atteinte de la rétine, une choriorétinite, peut évoluer lentement vers la cécité, plusieurs années après la naissance.

C’est pour éviter cela que la toxoplasmose fait l’objet d’une surveillance particulière pendant la grossesse. Son dépistage est inclus dans le bilan sanguin de l’examen prénuptial.
Il est répété dès le début de la grossesse. Si la femme a un taux d’anticorps jugé protecteur, cela signifie qu’elle a déjà& rencontré le parasite et qu’elle s’est immunisée contre lui. C’est le cas de 50 % de la population en France, un chiffre qui baisse constamment depuis quelques années.

Pour celle dont l’examen revient négatif, il va falloir observer des règles de vie bien précises au cours des neuf mois de la grossesse.
Cela commence par une prise de sang mensuelle pour rechercher toute trace d’une nouvelle infection, ce que le jargon médical appelle une séroconversion.

Ensuite, il faut adopter certaines mesures d’hygiène strictes et ne pas y déroger.

Commençons par le chat. C’est la source principale de toxoplasme et il faut donc, quand on est enceinte, prendre certaines précautions avec le matou. Eviter si possible de s’occuper de la litière, par exemple, ou alors le faire avec des gants.

On peut caresser le chat, mais ne pas l’embrasser et éviter de se faire griffer par lui. Ne pas lui donner de viande crus manipulée avec les mains, mais de la viande en boite.

Et, impérativement, se laver les mains soigneusement, de préférence avec une solution hydro-alcoolique, après tout contact avec l’animal.

Pour la nourriture, les règles sont là aussi simples mais strictes. Légumes et fruits doivent être soigneusement lavés et toute trace de terre éliminée.

Pour la viande, adieu le bleu le saignant et, bien sûr, le cru. On cuit plus qu’à point.

Il ne faut pas qu’à la coupe, apparaisse un jus rosé.

Prudence toute particulière avec le mouton qui doit être très cuit, pas de gigot rosé. Les ovins abritent le parasite avec une fréquence non négligeable.

Pas de viande cuite au micro-onde, car la cuisson est inégale.
Pas de barbecue sauf à manger des parties très bien cuites et attention aux salaisons.

Ces conseils et recommandations concernent, je le répète, celles qui ne sont pas immunisées contre le toxoplasme.

Evidemment ce n’est pas très amusant, même plutôt contraignant, mais dites-vous que cela ne durera que neuf mois et que le bébé vous en sera reconnaissant.

Et pour vous venger, le jour de la naissance, demandez au père de vous apporter un tartare.

Un petit historique pour le centenaire de la découverte du parasite.

Le parasite responsable de la toxoplasmose a été découvert en 1908 à Tunis et à Sao Paulo.

A la suite d’une épidémie de laboratoire chez un rongeur, le Gondi, Charles Nicolle et L. Manceaux en 1908 à l’Institut Pasteur de Tunis isolèrent un protozoaire de forme arquée. Ils nommèrent donc le parasite Toxoplasma gondii. L’origine grecque du mot vient de toxon (arc) et plasma (forme). Cette découverte sera présentée le 26 octobre 1908 par Laveran, à l’Académie des Sciences de Paris.

A peu près au même moment, A. Splendore trouve ce parasite à la suite de la mort de lapins de laboratoire, à Sao Paulo. La publication de ces résultats se fera le 16 juillet 1908.

L’institut national de veille sanitaire (INVS) a consacré le 8 avril 2008 un numéro du Bulletin épidemiologique hebdomadaire, le BEH, aux infections congénitales.

Deux articles sont consacrés à la toxoplasmose.

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Traitement de la ménopause : il faut rester prudent.

La prise en charge des femmes ayant des troubles à la ménopause connait des péripéties depuis quelques années. En cause le risque accru de cancer du sein lié au traitement. Un risque qu’une étude française récuse. Pourtant.

L’étude s’appelle MISSION. Elle a été publiée le 21 juin 2007 dans la revue « Gynecological Endocrinology) Initiée par la fédération des gynécologues médicaux, cette étude a suivi un peu moins de 5000 femmes pendant deux ans et demi. Les femmes étaient réparties en deux groupes, L’un des groupes recevait un traitement hormonal ou avait arrêté depuis moins de 5 ans. Le groupe contrôle n’avait jamais reçu de substitut hormonal ou avait arrête il y a plus de 5 ans.

Les auteurs de l’étude concluent qu’avec le traitement « à la française », il n’y a pas eu plus de cancers du sein dans le groupe traité que dans le groupe contrôle. Ce traitement « bleu blanc rouge » repose sur l’utilisation d’oestrogènes et de progestatifs synthétiques reproduisant les formes naturelles d’hormones secrétées par les ovaires, le 17-beta oestradiol et le 17 alpha hydroxyprogestérone.

La traduction médiatique de ces résultats a été simple ; sinon simpliste : le traitement hormonal de la ménopause avec les produits utilisés en France ne pose pas de problème.

Une explication particulièrement bienvenue pour l’industrie pharmaceutique qui a vu s’effondrer les ventes des produits du traitement hormonal substitutif, dans une mesure moindre qu’aux Etats-Unis, mais suffisamment pour avoir des craintes sévères.

Il faut dire que le monde de l’industrie pharmaceutique et une partie du monde médical ont pris de plein fouet un véritable cataclysme en juillet 2002.

Une étude portant sur 16600 femmes ménopausées suivies sur un peu plus de 5 ans venait de montrer qu’il existait un risque de cancer du sein plus élevé chez les femmes recevant un traitement hormonal substitutif. Ce risque, évalué à 26 µ n’était cependant pas statistiquement significatif. Mais le public n’en eut cure et les chiffres de vente des traitements plongèrent de plus de 70 µ.

Cette étude, la WHI pour Women’s health initiative, avait été faite avec des hormones d’origine équine, en français tirée de l’urine de jument. Les femmes incluses dans l’étude étaient plutôt en surpoids et sexagénaires.

Ces diverses caractéristiques conduisirent les spécialistes français à réfuter les résultats de l’étude WHI, arguant du fait que la population choisie et les médicaments délivrés posaient de sérieux doutes sur la méthode et les résultats.

Puis vint l’étude britannique baptisée Million Women study et portant en fait sur 1,084110 million de femmes. Un grand nombre de ces femmes avaient recours aux traitements hormonaux du même type que ceux prescrits chez nous. Et, malgré cela, les résultats allaient dans le même sens que pour l’étude WHI. Le traitement substitutif de la ménopause engendre un risque supplémentaire de cancer du sein.

Face à ces résultats, des épidémiologistes et des spécialistes français souhaitaient mettre en place une étude du type de WHI. Mais une telle étude ne pouvait être qu’européenne tant le nombre de femmes à inclure devait être grand pour voir un effet et le financement posait aussi un énorme problème. L’idéal aurait été que les industriels qui fabriquent les hormones acceptassent de financer l’étude en respectant l’indépendance absolue des investigateurs

MISSION est-elle alors l’étude tant attendue. Apparemment non. Et son interprétation « rassurante » n’est pas du tout du goût de l’Agence de sécurité sanitaire des produits de santé, l’Afssaps qui, aujourd’hui même, publie un communiqué en forme de mise au point, voire de mise aux points sur les « i » !

L’Agence conteste à juste titre la faible taille de l’étude, un tiers des patientes seulement par rapport à WHI, nombre totalement insuffisant pour déceler un risque. D’autres lacunes dans la méthodologie de l’étude sont avancées, elles aussi pertinentes. Quant au résultat final, excluant tout risque, il n’est absolument pas statistiquement significatif et traduit une étude pas assez « robuste » » comme disent les spécialistes. On ne peut donc pas considérer cette étude comme définitive et faisant jurisprudence en raison de ses imperfections.

LIRE LE COMMUNIQUE DE L’AFSSAPS

L’Agence de sécurité sanitaire rappelle donc ses recommandations prises en 2006 et qui limitent la prescription du traitement hormonal substitutif aux seules femmes présentant des troubles fonctionnels liés à la ménopause et altérant leur qualité de vie. Ces termes recouvrent l’existence de sueurs nocturnes, d’insomnie de bouffées de chaleur très intenses ou encore de dépression.

Le traitement devra être donné à la dose minimale efficace et pour la durée la plus courte possible. Pas question non plus de laisser ensuite les femmes dans la nature, puisqu’une réévaluation annuelle est nécessaire.

Pour terminer, je vous conseille le livre de ma consoeur Martine Pérez, du Figaro. Martine est gynécologue de formation et a réalisé une longue enquête en 2005 sur ces traitements auxquels on prêtait toutes les vertus. On avait juste oublié que la médecine, comme la science, vit d’expériences et d’hypothèses sans cesse vérifiées ou contestées. Pas de dogmes.

Martine Pérez Ce que les femmes doivent savoir : Traitement Hormonal Substitutif, la fin d’un mythe Robert Laffont – 22 avril 2005

Références de l’étude MISSION : Breast cancer incidence and hormone replacement therapy: results from the MISSION study, prospective phase. Gynecol Endocrinol, 2007 Jul ; 23(7) :391-7

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