C’est l’un des ennemis les plus redoutables des femmes enceintes malgré une taille ne dépassant pas quelques millièmes de millimètres. Le toxoplasme est un parasite mais aussi une bombe à retardement tant les dégâts qu’ils causent peuvent être tardifs chez l’enfant.
Paris accueille cette fin de semaine les spécialistes européens de parasitologie, une discipline médicale qui s’occupe aussi bien du paludisme que des mycoses ou encore des affections liées aux poux.
Mais l’une des activités quotidiennes d’un laboratoire de parasitologie, c’est de dépister une affection appelée toxoplasmose et dont l’agent responsable est un être unicellulaire long de 3 à 5 microns, c’est-à-dire des millièmes de millimètres, et qui a une forme d’arc, d’où son nom : toxon en grec, c’est l’arc et plasma la forme. (Un petit historique est mis en fin de billet).
Le parasite est excrété dans les selles de certains animaux, le chat en particulier. Le parasite va ensuite être présent dans les sols et sera ingéré par d’autres animaux ou l’être humain à partir d’aliments souillés.
Environ trois cent mille personnes contractent chaque année une toxoplasmose, la plupart sans le savoir. L’infection entraine parfois la survenue d’une fièvre, de ganglions, des douleurs musculaires et surtout une grande fatigue qui peut persister très longtemps.
Des signes assez proches de ceux de la mononucléose infectieuse et les médecins essaient toujours face à un tableau clinique fébrile avec ganglions de savoir s’il s’agit d’une de ces deux affections.
Mais la toxoplasmose n’est pas toujours une affection banale. Lorsqu’elle touche des personnes aux défenses immunitaires effondrées, elle peut être très dangereuse et provoquer des abcès cérébraux par exemple. On l’a constaté maintes fois chez les personnes porteuses du virus VIH avant l’arrivée des trithérapies.
Certaines souches, notamment en Amazonie, peuvent aussi atteindre des sujets sains et en pleine forme et donner de graves atteintes pulmonaires. On l’a constaté par exemple chez des militaires partis faire des stages de survie dans la forêt en Guyane française.
Ces cas sont heureusement peu fréquents et si la toxoplasmose reste un sujet d’actualité c’est que cette parasitose est un danger pour les femmes enceintes ou, plutôt pour l’enfant qu’elle porte.
Chaque année 5 femmes enceintes sur mille contractent le parasie, soit, environ 3500 femmes. Un tiers des femmes transmettent via le placenta la maladie au foetus.La toxoplasmose congénitale, 400 à 1000 cas par an, fait courir des risques sérieux au fœtus et à l’enfant même plusieurs années après la naissance.
Le risque est celui d’atteintes cérébrales, avec des crises convulsives mais surtout celui d’atteintes oculaires. L’atteinte de la rétine, une choriorétinite, peut évoluer lentement vers la cécité, plusieurs années après la naissance.
C’est pour éviter cela que la toxoplasmose fait l’objet d’une surveillance particulière pendant la grossesse. Son dépistage est inclus dans le bilan sanguin de l’examen prénuptial.
Il est répété dès le début de la grossesse. Si la femme a un taux d’anticorps jugé protecteur, cela signifie qu’elle a déjà& rencontré le parasite et qu’elle s’est immunisée contre lui. C’est le cas de 50 % de la population en France, un chiffre qui baisse constamment depuis quelques années.
Pour celle dont l’examen revient négatif, il va falloir observer des règles de vie bien précises au cours des neuf mois de la grossesse.
Cela commence par une prise de sang mensuelle pour rechercher toute trace d’une nouvelle infection, ce que le jargon médical appelle une séroconversion.
Ensuite, il faut adopter certaines mesures d’hygiène strictes et ne pas y déroger.
Commençons par le chat. C’est la source principale de toxoplasme et il faut donc, quand on est enceinte, prendre certaines précautions avec le matou. Eviter si possible de s’occuper de la litière, par exemple, ou alors le faire avec des gants.
On peut caresser le chat, mais ne pas l’embrasser et éviter de se faire griffer par lui. Ne pas lui donner de viande crus manipulée avec les mains, mais de la viande en boite.
Et, impérativement, se laver les mains soigneusement, de préférence avec une solution hydro-alcoolique, après tout contact avec l’animal.
Pour la nourriture, les règles sont là aussi simples mais strictes. Légumes et fruits doivent être soigneusement lavés et toute trace de terre éliminée.
Pour la viande, adieu le bleu le saignant et, bien sûr, le cru. On cuit plus qu’à point.
Il ne faut pas qu’à la coupe, apparaisse un jus rosé.
Prudence toute particulière avec le mouton qui doit être très cuit, pas de gigot rosé. Les ovins abritent le parasite avec une fréquence non négligeable.
Pas de viande cuite au micro-onde, car la cuisson est inégale.
Pas de barbecue sauf à manger des parties très bien cuites et attention aux salaisons.
Ces conseils et recommandations concernent, je le répète, celles qui ne sont pas immunisées contre le toxoplasme.
Evidemment ce n’est pas très amusant, même plutôt contraignant, mais dites-vous que cela ne durera que neuf mois et que le bébé vous en sera reconnaissant.
Et pour vous venger, le jour de la naissance, demandez au père de vous apporter un tartare.
Un petit historique pour le centenaire de la découverte du parasite.
Le parasite responsable de la toxoplasmose a été découvert en 1908 à Tunis et à Sao Paulo.
A la suite d’une épidémie de laboratoire chez un rongeur, le Gondi, Charles Nicolle et L. Manceaux en 1908 à l’Institut Pasteur de Tunis isolèrent un protozoaire de forme arquée. Ils nommèrent donc le parasite Toxoplasma gondii. L’origine grecque du mot vient de toxon (arc) et plasma (forme). Cette découverte sera présentée le 26 octobre 1908 par Laveran, à l’Académie des Sciences de Paris.
A peu près au même moment, A. Splendore trouve ce parasite à la suite de la mort de lapins de laboratoire, à Sao Paulo. La publication de ces résultats se fera le 16 juillet 1908.
L’institut national de veille sanitaire (INVS) a consacré le 8 avril 2008 un numéro du Bulletin épidemiologique hebdomadaire, le BEH, aux infections congénitales.
Deux articles sont consacrés à la toxoplasmose.