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VIH/SIDA CROI 2011 : Progrès pour l’hépatite C, doutes sur le XMRV, prudence sur le HIV.

Premier bilan de la conférence sur les rétrovirus qui s’achève ce mercredi à Boston. Quelques progrès, notamment dans la prise en charge de l’hépatite C, des questions sur la prévention de la transmission du VIH par comprimés ou gel et un gros doute sur l’existence du virus XMRV.
 
J’évoquais hier ici les résultats complémentaires de l’étude iPrEX. Cette étude cherche à montrer qu’avec une prise quotidienne de deux molécules réunis en un seul comprimé, le Truvada®, on peut diminuer la transmission du virus VIH entre partenaires homosexuels masculins.
L’analyse finale montre une réduction de 42 % du risque. Cette étude vient après l’étude CAPRISA004, présentée à Vienne l’an dernier. Il s’agissait cette fois d’un gel vaginal, contenant du tenofovir, que les femmes devaient appliquer au maximum 12 heures avant un rapport et 12 heures après ce même rapport.
 
La protection avait été de 39 %, la salle faisant une ‘standing ovation ‘ aux chercheurs. Cet accueil qui peut sembler disproportionné au vu des résultats montre que, si l’attente est grande d’une prévention avant exposition, on est loin du miracle.
 
C’est ce qu’à souligné ce matin Connie Celum, de l’université de Washington à Seattle. Cette experte des essais de prévention a tenu à refroidir quelque peu les enthousiasmes en soulignant que ces deux études soulevaient plus de questions qu’elles n’amènent de réponses.
 
Le point le plus flagrant est la relativement mauvaise adhésion des participants au programme, que ce soit pour l’application du gel ou la prise du comprimé.
 
L’autre point c’est qu’on ne sait pas quelle peut être la concentration de ces produits au niveau local, muqueuses vaginale ou rectale, là où elles sont censées agir. On a constaté, par exemple, que chez les hommes qui avaient respecté à plus de 90 % les prises de Truvada, la protection n’atteignait que 68 %.
Autre inquiétude, que vont devenir les comportements si les sujets à haut risque pensent avoir, faussement, une protection absolue ? Il faudra accompagner ces protocoles de conseils, d’informations et ne pas relâcher la surveillance, notamment en matière de dépistage.
 
Ce qui est certain, c’est que les études continuent. Plusieurs essais sont en cours à travers le monde, visant surtout à protéger les femmes, grâce à des dispositifs plus faciles à utiliser tels des anneaux vaginaux délivrant progressivement les antiviraux pendant de longues semaines.
 
 
 
HEPATITE C: 30 % de guérisons en plus
 
 
Autre virus, celui de l’hépatite C, HVC. Ve virus est souvent à l’origine de coïnfections des sujets HIV+ et cette coïnfection est de mauvais pronostic dans l’évolution des patients ainsi contaminés. Ce virus est capable de provoqué des cirrhoses évoluant parfois vers un cancer du foie.
 
Il n’y a pas de vaccin contre ce virus, au contraire de celui qui cause l’hépatite B. mais il y a une intense recherche de médicaments avec des résultats encourageants dans un certain nombre de cas. Il arrive, en effet, que sous traitement, certains virus HVC disparaissent complètement.
Il y a six types de génotypes de virus HVC. Les génotypes 2 et 3 sont ceux qui répondent le mieux au traitement. Le type 1 est plus difficile à traiter et c’est vers lui que portent les efforts de la recherche.
 
On dispose depuis quelques années d’une bithérapie qui repose sur l’interféron α et sur la ribavirine.
 
Mais deux nouvelles molécules vont arriver incessamment sur le marché, le telaprevir et le boceprevir. Ces produits dont l’usage ne devra pas être galvaudé et qui répondent à des critères de mise en œuvre différents, permettent d’obtenir des réponses virologiques durables chez nombre de patients qui ne répondaient pas au traitement classique.
 
Stephan Zeuzem, de l’université de Francfort, en Allemagne, qui présentait les avancées en matière de traitement, a montré que des dizaines de molécules sont en essai pour prendre en charge cette infection. On estime qu’elle pourrait concerner jusqu’à six cent mille personnes en France actuellement.
 
 XMRV : VRAI VIRUS OU CONTAMINATION
 
 
Troisième ‘vedette’ de la journée, le feuilleton du virus XMRV. Rapide rappel des faits. Ce virus a té identifié dans des cellules de cancer de la prostate et chez des patients atteints du syndrome de fatigue chronique (SFC) aux Etats-Unis en 2009. Immédiatement des espoirs et aussi des marchés sont nés. On a développé des tests et certains patients ont commencé à prendre des antirétroviraux, les mêmes que pour traiter le VIH.
 
Mais plusieurs équipes européennes ont repris des prélèvements sanguins de patients atteints de SFC et de fibromyalgie et aucune de ces équipes n’a retrouvé ce fameux virus. Depuis, des publications contradictoires sortent sans arrêt, les esprits s’échauffent, on parle maintenant d’un autre virus qui ne serait pas le XMRV mais le MLV.
 
A Boston plusieurs sessions ont été consacrées à ce virus et aux controverses qui l’entourent.
La nouveauté c’est que plusieurs équipes ont publié des résultats visant à démontrer que ce ‘virus’ serait, en fait le fruit d’une contamination de laboratoire.
 
Sans entrer dans des détails complexes, ils ont repris les lignées cellulaires de cancer prostatique où il avait été d’abord identifié.
Pour bien comprendre, il faut savoir qu’on greffe sur des souris dites ‘nude’ des tumeurs humaines afin d’obtenir de grandes quantités de cellules cancéreuses. On fait plusieurs passages pour augmenter la ‘récolte’.
 
Une équipe de l’Institut national du cancer américain (NCI) a repris les différentes lignées de cellules de cancer de la prostate où a été trouvé le virus.
Et à leur grand étonnement, les premières lignées ne contiennent aucune trace de ce virus. Ils ont ensuite analysé l’ADN des souris utilisées et ils ont constaté la présence de deux ‘pré-virus’ pre-XMRV1 et pre-XMRV2.
 
Ils estiment donc que c’est la combinaison de ces 2 provirus qui a conduit à la naissance de XMRV. Et ce virus n’apparaît dans les lignées cellulaires qu’après plusieurs passages.
 
Il faut savoir que notre patrimoine génétique, notre ADN, contient au moins 1 % d’ADN d’origine virale. Des virus qui nous ont contaminés au cours du temps et qui ont laissé une empreinte indélébile dans nos cellules.
 
Et les genes de ces ADN viraux s’expriment plus ou moins selon les individus.
Ce qui est certain, c’est qu’en mesurant le XMRV, on ne sait pas bien ce qu’on mesure. La reproductibité des tests est plus ou moins douteuse et on ne peut que se poser des questions quand de grands laboratoires de virologie trouvent des résultats diamétralement opposés. William Switzer, du CDC d’Atlanta, par exemple, n’a pas pu retrouver trace de XMRV chez des patients atteints de SFC
 
Ce qui n’est pas fait pour aider les personnes souffrant de SFC et qui attendent des pistes pour pouvoir soulager leurs symptômes.
 
Référence des présentations :
 
 

Les résumés des présentations sont accessibles sur le site de la CROI, dans la rubrique ‘Program and abstracts’
Aller à ‘Browse program and abstracts’ et ensuite entrer le numéro de l’abstract puis cliquer sur Paper#
 

 

Pour le XMRV les numéros des abstracts sont :91LB et de 215 à 223
 
Les présentations de Connie Celum et Stephan Zeuzem sont en webcast sur le site de la CROI
 
Communiqué de presse sur les résultats intérimaires de l’essai de phase 2 du telaprevir chez les patients VIH+ coinfectés par le VHC.
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VIH/SIDA CROI 2011 :iPrEX, la suite. Un comprimé par jour pour réduire la transmission homosexuelle du virus.

Le risque de contracter le virus VIH lors de rapports homosexuels masculins est statistiquement près de vingt fois plus élevé que lors de rapports hétérosexuels. Réduire ce risque semble possible grâce à la prise ‘préventive’ d’un comprimé combinant deux molécules, comme l’a montré une nouvelle analyse de l’étude iPrEX présentée aujourd’hui à Boston.
 
En novembre 2010, la publication des premiers résultats de l’étude iPrEX avait provoqué un effet certain. Menée sur quatre continents et six pays (USA, Brésil, Pérou, Equateur, Afrique du Sud et Thaïlande) cette étude avait inclus 2499 hommes ayant des rapports homosexuels et également des femmes dites ‘transgenres’, c’est-à-dire nées hommes.
La moitié du groupe a reçu un placebo, l’autre moitié un comprimé de Truvada®, combinaison de tenofovir (TNF) et d’emtricitabine (FTC). Les deux groupes avaient bénéficié de conseils et de visites régulières en clinique. Au terme fixé de l’analyse on a constaté 64 contaminations dans le groupe placebo et 36 dans le groupe traité, soit 28 contaminations évitées.
L’efficacité a été évaluée à 44 %. Les détails de cette première publication peuvent être trouvés sur le blog ICI  
Aujourd’hui, lors de la 18ème session de la conférence sur les rétrovirus, la CROI, les suites de l’étude iPrEX ont été présentées avec, notamment, les données couvrant les trois mois qui ont suivi l’arrêt de la prise du comprimé.
 
Au bout de 144 semaines, donc, les résultats se maintiennent. Les chiffres se maintiennent avec 83 séroconversions dans le groupe placebo et 48 dans le groupe recevant le Truvada. Le nombre de contaminations évitées est de 35 et l’efficacité est évaluée à 42 %, semblable à celle de la première analyse.
 
Cette seconde analyse a permis d’apporter des informations sur divers points. Les effets secondaires tout d’abord, qui ont été peu nombreux et peu sévères. On a constaté un peu plus de diarrhées et de nausées dans le groupe traité.
 
On a constaté également une perte de la densité minérale osseuse chez des sujets séronégatifs pour le VIH. Cette déminéralisation est donc à mettre au compte du médicament et non de l’infection par le virus.
La prise à long terme de ce produit devra donc probablement s’accompagner de conseils d’hygiène de vie et de prise de vitamine D pour éviter les risques de fractures vertébrales et du fémur.
On a aussi noté des pertes de poids et, au plan biologique, des élévations de la créatinine, normalisées à l’arrêt du traitement.
Il n’y a pas eu d’effet bénéfique sur la prévention de la transmission du virus HSV2, virus de l’herpès génital.
 
D’autres leçons ont été tirées aujourd’hui de ces 144 semaines. D’abord en ce qui concerne l’observance de la prise du traitement. Plus les personnes ne recevaient d’informations et d’incitations et plus la protection s’est montrée efficace.
 
Le nombre de partenaires a diminué et l’utilisation des préservatifs a augmenté, comme la demande de dépistage.
Les membres de l’étude ont pu aussi être vaccinés contre l’hépatite B, une coïnfection qui peut être redoutable pour des porteurs du virus VIH.
 
L’étude va continuer mais, désormais, plus de placebo, tous ceux qui le voudront recevront le Truvada.
 
Ce concept de prophylaxie pré-exposition a déjà montré une certaine efficacité chez la femme, sous forme de gels vaginaux.
La prise quotidienne d’un comprimé comprenant deux antirétroviraux semble aussi faisable et bien tolérée.
L’efficacité de 44 % n’est pas, loin s’en faut, une garantie de protection absolue, mais elle permet de diminuer et de ralentir la transmission du virus VIH, notamment dans des populations où la prostitution est le moyen de survivre.
 
Comme le soulignait Robert Grant, principal investigateur de l’étude iPrEX, aujourd’hui encore pour chaque nouvel individu accédant au traitement, il y a deux nouvelles contaminations.
 
 
Références des abstracts reliés à iPrEX :
 
92, 94LB, 05LB, 96LB, 97LB et 1002.
 
Les résumés des présentations sont accessibles sur le site de la CROI, dans la rubrique ‘Program and abstracts’
Aller à ‘Browse program and abstracts’ et ensuite entrer le numéro de l’abstract puis cliquer sur Paper#
 
Les présentations seront accessibles en webcast à partir de 02heures mercredi matin.2 mars 2011
 
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VIH/SIDA CROI 2011 : Des doigts de zinc pour fermer la porte au virus.

Fermer la porte des cellules au nez du virus VIH et l’empêcher ainsi de se reproduire est l’objectif de toutes nouvelles recherches présentées à la conférence sur les rétrovirus de Boston. Des travaux très préliminaires mais, conceptuellement, passionnants.

 
Les cinéphiles connaissent le film ‘Edouard aux mains d’argent’, il faudra peut-être aussi parler un jour des chercheurs aux ‘doigts de zinc’.
Qu’on se rassure, les spécialistes gardent leur intégrité physique mais ils disposent de petits outils biologiques qui pourraient jouer un rôle très important dans la prise en charge des patients porteurs du virus VIH.
 
Pour contaminer les cellules des personnes qu’il infecte, ce virus utilise deux portes d’entrée des globules blancs, situées à la surface de ces cellules.
Porte d’entrée principale, le récepteur CCR5 (R5) qui concerne environ 60 % des virus VIH. Deuxième accès, le récepteur CXCR4 (X4) qui concerne un peu moins de 40 % des virus, le reste étant représenté par des formes mixtes R5X4.
Point de détail non négligeable : ces récepteurs sont présents depuis que nous sommes sur terre dans nos cellules et ont bien d’autres fonctions que de servir d’entrée au VIH. CCR5 est impliqué notamment dans les phénomènes inflammatoires. X4 est présent dans certaines cellules cancéreuses, notamment le cancer du sein.
 
Le récepteur R5 a été très étudié car on s’est aperçu que des personnes pouvaient ne jamais être infectées ou résister très longtemps au virus en fonction du type de récepteur R5 qu’elles avaient. Une mutation sur le gene fabriquant la protéine du récepteur, appelée delta-32, fait que le virus sera totalement bloqué si la mutation touche les 2 copies du gène du porteur, et partiellement freiné si une seule copie du gene est défectueuse.
 
Les chercheurs ont donc décidé que le temps était venu de forcer la main à la nature et de créer en laboratoire des cellules porteuses de récepteurs mutés, donc imperméables au virus VIH.
 
Pour cela, deux équipes américaines ont eu recours au dernier cri de la technologie, les ‘doigts de zinc’. Derrière ce terme se cachent des substances, des enzymes, qui agissent comme des ‘ciseaux’ biologiques et auxquels on peut demander d’aller faire des coupures dans l’ADN à un endroit très précis.
 
Amenées sur place par un adénovirus, le virus du rhume commun, ces doigts de zinc vont aller ‘cisailler’ la zone où se trouve le gène qu’on souhaite inactiver. Une fois la coupure faite, les mécanismes de réparation de l’ADN entrent en jeu, réparent la zone lésée mais en laissant de côté la séquence altérée.
 
C’est donc le principe et, pour le mettre en application, les chercheurs ont procédé en deux temps.
Premier temps, un prélèvement sanguin chez six personnes, traitées contre le VIH et dont la charge virale était indétectable dans le sang.
Dans ce prélèvement, appelé leucophérèse, on a recueilli certains globules blancs, les lymphocytes DC4, les cellules favorites du VIH.
 
On les a mis en culture pour en augmenter la quantité, plusieurs milliards de cellules, qui, ensuite, ont été mises en présence de l’adénovirus. Tel la navette spatiale, ce virus est entré dans les cellules et y a déposé sa ‘charge utile’, les fameux doigts de zinc. Les enzymes ont fait leur travail. On a ainsi produit des lymphocytes CD4 dépourvus de récepteurs CCR5.Le rendement a été d’environ 1/4 de cellules effectivement modifiées.
 
Ces cellules ont été ensuite transfusées aux six patients à raison de 5 à 20 milliards de cellules. Le suivi a duré six mois.
 
Première information, le procédé a été bien toléré, sans gros incident.
Chez 5 des 6 patients, les cellules se sont même reproduites en masse, avec une élévation médiane du nombre de CD4 atteignant 100 par rapport au début de l’étude.
A 90 jours, il restait encore 6 à 7 % de cellules modifiées circulantes et autant dans le tube digestif, en particulier dans la muqueuse rectale.
 
Un résultat bien supérieur à ce que les chercheurs espéraient.
Il s’agit d’une étude très préliminaire, une preuve de concept et en aucun cas, un traitement il faut bien en être conscient.
 
Le chemin va encore être long car il existe, rappelons-le, un autre récepteur. D’ailleurs une autre équipe , de Philadelphie, a réussi le même type de manipulation avec le récepteur X4.
 
L’idéal serait donc d’aboutir à un modèle de cellules sans aucun des deux récepteurs R5 et X4 et d’être sûr qu’elles persisteront dans l’organisme en quantité suffisante.
 
Une étude en cours, avec des patients jamais traités et dont la charge virale reste détectable donnera sans doute des indications sur la durée de la protection.
 
 On pourrait imaginer des transfusions de cellules modifiées de temps en temps. Mais on peut aussi songer à l’utilisation de cellules souches hématopoïétiques, comme dans les greffes de moelle osseuse.
 
Là, le traitement serait infiniment plus lourd, avec la nécessité d’une chimiothérapie pour nettoyer la moelle du patient avant d’y faire entrer les nouvelles cellules modifiées. Une technique non dénuée de risques mais qui peut se justifier face à une maladie qui reste mortelle.
 
Et personne n’évoque pour l’instant le coût, très élevé évidemment. Certainement plus de cent mille euros par personne. Ce qui, une fois encore, rendra la méthode inaccessible à ceux qui en auront le plus besoin !
 
 
Résumés des études
 
La présentation sur le CCR5  
La présentation sur le CXCR4  
 
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VIH/SIDA CROI 2011 : Sous trithérapie, la vie s"allonge mais les cancers sont plus fréquents.

Les traitements actuels de l’infection par le VIH ont un effet étonnant. Vivant plus longtemps, les personnes porteuses du virus développent deux fois plus de cancers que la population générale. Une donnée qu’on ne peut plus négliger.
 
C’est un paradoxe qui ne cesse de troubler les cliniciens qui suivent des patients séropositifs pour le virus VIH (VIH+) et les biologistes. L’existence de cancers chez les personnes porteuses du virus est un phénomène de moins en moins rare et prend des aspects nouveaux. C’est ce qu’a tenu à rappeler aujourd’hui à Boston Ronald Mitsuyasu, de l’université de Californie à Los Angeles, UCLA.
 
La 16ème  conférence sur les rétrovirus, la CROI, a consacré une session à ce phénomène qui pose un certain nombre de problèmes aux équipes médicales.
Cancer et sida n’est pas une découverte pour les spécialistes. Depuis le début de la maladie, on sait qu’il y a des tumeurs associées à l’infection, comme le sarcome de Kaposi, les lymphomes malins non hodgkiniens ou les cancers du col de l’utérus. Mais, à l’exception du dernier cité, ces cancers avaient tendance à diminuer en fréquence. Leur place aura rapidement été comblée avec l’émergence de cancers du poumon, du foie, des lymphomes hodgkiniens, des cancers ‘tête et cou’, principalement du pharynx et du larynx et le cancer de l’anus dont la fréquence ne cesse de croître.
 
En revanche, rien du côté sein et prostate.
 
Comment expliquer cette élévation de tumeurs non liées directement au VIH ? D’abord il y a l’âge des patients qui vivent plus longtemps grâce aux traitements combinés, les multithérapies. Mais il y a aussi un phénomène de vieillissement prématuré lié à la pathologie sous-jacente. Et plusieurs de ces cancers ont une origine virale : col de l’utérus, cancers ORL et cancer anal sont associés au virus HPV, le papillomavirus. Le cancer du foie est favorisé par l’infection des virus des hépatites B et C.
 
Ces virus jouent sans aucun doute un rôle néfaste en bloquant l’action de gènes anti-tumoraux et en favorisant une persistance de l’état inflammatoire.
 
En ce qui concerne le poumon, le rôle du tabac a été avancé car on a constaté une tendance à fumer beaucoup parmi les personnes VIH+. Mais cette hypothèse du tabac n’est pas suffisante pour expliquer la montée en puissance de ce type de tumeur.
 
On s’est inquiété d’un éventuel rôle favorisant des médicaments utilisés contre le virus VIH, mais rien ne permet aujourd’hui de les incriminer.
 
On sait, en revanche, qu’un compte très bas de lymphocytes CD4 est un facteur aggravant quand cette baisse est récente.
 
Les spécialistes plaident donc, surtout chez les sujets les plus âgés, pour une mise sous traitement antirétroviral assez rapide, dès que le taux de CD4 descend, sans trop attendre.
 
Ils estiment aussi qu’il faut que l’information sur ce surcroît de cancers soit bien connu des médecins et des patients afin de faire prendre conscience à tout le monde de la réalité du problème.
Cela entraine une politique de prévention, notamment vis-à-vis du tabac, mais aussi de dépistage pour le col de l’utérus et le canal anal. Ce dernier point est important à noter. Il n’est pas évident, spontanément, d’imaginer un médecin aller examiner les plis de la marge anale de ses patients. Il semble donc utile de signaler à son médecin l’existence de rapports anaux surtout si l’on sait ou si l’on craint d’être VIH+. Les médecins des consultations spécialisées y pensent d’office, les autres pas obligatoirement.
 
Or, ce cancer, pris tardivement, est assez difficile à soigner.
 
La prévention passe aussi par la vaccination, hépatite B et HPV. Actuellement le vaccin HPV n’est fait que chez les adolescentes et les femmes jeunes. Mais aux Etats-Unis, elle est proposée aux hommes ayant des rapports homosexuels. La recrudescence des cancers de la sphère ORL en Occident devrait amener à proposer la vaccination aux garçons également.
 
Le point difficile c’est le traitement et la peur d’interférences et d’effets secondaires lourds à cause de la conjonction chimiothérapie-traitement antirétroviral.
 
Ce ne doit, en aucun cas, être un argument pour ne pas traiter efficacement les patients VIH+ atteints de cancer. On peut combattre les effets secondaires et les cancers chez ces patients répondent aux traitements et aux nouvelles thérapies ciblées, même si le taux de récidives est plus élevé que dans la population générale des patients atteints de cancer.
 

Photo :CROI 2011 Hynes convention center, Boston (DR)

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VIH/SIDA CROI 11: début cette fin de semaine

A partir du dimanche 27 février 2011, Boston accueille une nouvelle édition de la conférence sur les rétrovirus, la CROI. Cette conférence, majoritairement dévolue au virus VIH/SIDA traite aussi du virus de l’hépatite C en raison des co-infections fréquentes.

Comme chaque année, je mettrai sur ce site deux ou trois informations importantes chaque jour depuis Boston..

Si, encore une fois cette année, il n’y ba pas de très grands progrès annoncés, le programme de la conférence fera une large part aux traitements dits de ‘prophylaxie pré-exposition’ ou PReP. Ces méthodes consistent à utiliser sous forme de gels des antiviraux juste avant un rapport sexuel ‘hasardeux’.

Rien de miraculeux mais une innovation très importante pour les femmes des pays pauvres, en particulier.

Rendez-vous donc sur le blog dès cette fin de semaine.

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VIH/SIDA : un traitement préventif testé chez des homosexuels masculins.

Retrouvez le magazine GEOPOLIS sur france2.fr. Le numéro 11 est consacré au VIH/SIDA

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VIH/SIDA : B57, quand le HLA est là, les lymphocytes mettent le hôla.

Sur mille personnes contaminées par le virus VIH, cinq ne développeront peut-être jamais la maladie. Ce mystère vient, en partie, de trouver une explication qui pourrait peut-être un jour permettre de développer des méthodes de traitement plus efficaces.
 
C’est la revue britannique Nature qui, dans son édition du 6 mai 2010 publie l’étude d’un groupe de chercheurs de Boston. Ces chercheurs ont mis à nu une forme d’inégalité entre les personnes infectées, inégalité liée à la présence, dans leur patrimoine génétique d’un certain type de gène, impliqué dans ce qu’on appelle la détermination des groupes tissulaires, les groupes HLA.
 
Ces groupes HLA ont été découverts il y a de longues années grâce notamment à Jean Dausset, récemment disparu et qui a obtenu le prix Nobel en 1980 pour cette découverte. Ce sont ces groupes HLA qui définissent, entre autres, la compatibilité entre deux personnes dans le cadre des dons d’organe.
 
Les gènes du système HLA commandent la synthèse de protéines, des antigènes leucocytaires, qui se retrouvent dans les lymphocytes, cellules de la famille des globules blancs.
 
Ces lymphocytes appartiennent au système de défense de notre organisme sous diverses formes et catégories, comme les lymphocytes CD4 ou CD8 par exemple.
 
Le virus VIH infecte de grandes quantités de lymphocytes CD4, qu’il tue. Ces lymphocytes infectés expriment à leur surface des motifs antigéniques, véritables signaux qui attirent les CD8, cellules chargées de détruire les cellules infectées. Mais, avec le temps, le réservoir de CD8 se réduit comme peau de chagrin et l’infection progresse. Le porteur du virus va alors développer un Sida, c’est-à-dire un syndrome d’immunodéficience acquise.
 
Ce schéma ne se produit pourtant pas chez un très petit nombre de personnes infectées, environ 5 pour mille, ceux qu’on appelle les « contrôleurs d’élite ».
 
C’est en étudiant des membres de cette population particulière que l’équipa américaine a fait une découverte importante. Nombre de ces contrôleurs ont, en effet, des lymphocytes particuliers.
 
Ils ont des lymphocytes CD8 tueurs particulièrement efficaces, en nombre suffisant et surtout capables de bloquer le virus VIH originel et ses formes mutantes dans un même organisme.
 
Et cette particularité ils la doivent à un élément très précis de leur hérédité, Ils possèdent en effet un gène baptisé HLA B57. Ce gène va jouer un rôle très spécial dans la maturation des cellules de défense. Les lymphocytes ont une sorte d’initiation à leur rôle de défense qui se fait dans une glande, le thymus. Ce thymus va involuer et quasiment disparaître dans l’adolescence. Les cellules de défense passent dans le thymus et y sont confrontés à des antigènes, des protéines originaires de l’organisme lui-même. Par la suite, ils diversifieront leur activité en fonction des agressions venues de l’extérieur.
 
On s’aperçoit que moins le nombre d’antigènes « endogènes » est élevé, plus ces lymphocytes vont avoir des capacités de défense élevées et vont être aptes à réagir face à un agresseur et à ses variants.
 
En revanche, si l’initiation s’est faite avec de multiples contacts, la réponse des lymphocytes sera plus faible.
 
Etre porteur du gène HLA b57 entraîne donc de fabriquer des cellules CD8 tueuses particulièrement robustes et efficaces et, surtout, capables d’attaquer le VIH et ses formes mutantes.
 
Un effet qu’on avait déjà constaté, mais avec une puissance moindre, chez des sujets porteurs d’un autre gène, HLA B27.
 
On sait que l’épuisement des réserves de lymphocytes CD8 est un facteur aggravant de l’infection par le VIH et que tous les essais d’immunothérapie, ce qu’on qualifie improprement de « vaccin thérapeutique », tendent à reconstituer ce pool de cellules.
 
On tient donc là une piste potentielle qui peut aider à la mise au point de méthodes d’immunothérapie plus efficaces.
 
Mais cette piste doit être explorée avec prudence car il y a un prix à payer avec cette particularité génétique.
Les porteurs du gène HLA B57, sont plus enclins que la population générale à développer des pathologies auto-immunes, ces maladies au cours desquelles l’organisme attaque ses propres tissus. C’est le cas de pathologies comme le psoriasis, la polyarthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques ou encore la spondylarthrite ankylosante. Dans ce dernier cas, par exemple, on retrouve plus fréquemment chez les patients la présence du gène B27 évoqué plus haut.
 
Avec toutes ces précautions en tète, on peut néanmoins dire que c’est une étape importante dans la compréhension des mécanismes de défense contre le virus VIH qui vient d’être franchie.
Il faut maintenant espérer qu’on pourra en tirer des outils utiles et performants.
 
Référence de l’étude:
 
Andrej Košmrlj et al.
Effects of thymic selection of the T-cell repertoire on HLA class I-associated control of HIV infection
Nature. Published online May 5, 2010. Doi:10.1038/nature08997
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CROI 2010 VIH/SIDA :La PrEP ou comment un gel peut, à l’avance, refroidir les ardeurs du VIH

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