Suivre une chimiothérapie est tout sauf une sinécure. Une fatigue intense, une anémie poussent souvent patients et médecins à recourir à l’érythropoïétine, la fameuse EPO. Mais l’EPO n’est pas un produit anodin, loin s’en faut.

Cela fait déjà un certain temps que des doutes pèsent sur les conséquences d’une utilisation trop intensive et pas toujours nécessaire de l’EPO chez des patients souffrant de cancer. Des craintes nourries par des résultats d’essais cliniques au cours desquels des patients ont répondu de façon moins efficace à des traitements lorsqu’ils recevaient une certaine quantité d’EPO.

L’hypothèse soulevée par les chercheurs est qu’en plus de stimuler la fabrication de globules rouges, l’EPO peut être un facteur favorisant la croissance de cellules tumorales.

Pour essayer de vérifier cette hypothèse, les spécialistes de l’université de Washington à Seattle ont récupéré des fragments de tumeurs prélevées sur des patients dans le passé pour diagnostiquer leur cancer.

Ils ont alors recherché la trace d’une modification de la façon dont les gènes répondaient selon qu’on avait utilisé ou non de l’érythropoïétine.

Ils ont constaté qu’un certain nombre de mécanismes impliqués dans la prolifération des cellules tumorales étaient en quelque sorte « dopés » par les injections d’EPO.

Fait à une petite échelle en raison des techniques extrêmement sophistiquées à mettre en œuvre, ce travail doit être confirmé par des études plus vastes.

Mais d’ores et déjà il montre qu’il faut manier l’EPO avec parcimonie et ne pas vouloir à tout prix atteindre des taux d’hémoglobine élevés.

De même, lorsque cette hémoglobine baisse, il est conseillé de patienter et de ne pas se jeter sur les seringues.

Il faut donc que s’établisse un dialogue entre les patients et les équipes soignantes, que la notion de grande fatigue soit abordée d’emblée et qu’on cherche comment la gérer au mieux au moindre risque.

Ne pas non plus avoir l’œil rivé en permanence sur les chiffres de la prise de sang. On peut vivre avec dix grammes d’hémoglobine, certes pas aussi confortablement qu’avec quatorze grammes, mais cela ne justifie pas de répéter les injections. Mieux vaut parfois savoir recourir aux transfusions sanguines qui évitent de stimuler à outrance certaines cellules peut-être en cours de transformation

Il serait intéressant de voir ce qui va se passer dans les années à venir pour le monde du sport professionnel, pas seulement les cyclistes, qui ont usé et abusé des injections d’EPO.

Ils pourraient bien, hélas, apporter la preuve de ces recherches expérimentales.