Vendre de la peur est plus facile que de produire de la science. Certains « experts médiatiques » l’ont parfaitement compris.
 
J’ai l’air de me répéter et d’entonner en permanence les mêmes antiennes, mais je reste persuadé que jouer sur la peur n’est pas la meilleure façon d’informer les citoyens que nous sommes.
 
Depuis quelques années, pourtant, sur un certain nombre de questions relevant de la santé publique, on a vu, entendu et lu beaucoup de choses, mais rarement des informations documentées scientifiquement.
 
La faute est partagée entre d’un côté les industriels qui veulent passer en force et de l’autre des organisations ou des individus qui jouent la théorie du complot et des forces occultes pour asseoir leurs opinions « On nous cache tout, on ne nous dit rien, » comme le chantait Jacques Dutronc.
 
Et le pauvre quidam placé en sandwich entre ces deux forces a vraiment la sensation d’être le cornichon dudit sandwich !
 
Le plus étonnant dans ce « marketing de la peur » c’est de voir des universitaires se faire une place au soleil sans que personne, leurs pairs y compris cherchent à savoir si leurs dires et leurs assertions reposent sur de la science ou juste sur des affirmations.
 
Quand on développe une hypothèse dans le monde médical et scientifique, on mène des études afin de démontrer ou d’infirmer cette hypothèse.
 
Une fois ce travail achevé, on propose à des revues scientifiques un article documenté décrivant la recherche, les méthodes utilisées et les résultats.
 
Les grandes revues soumettent ces articles à des relecteurs qui font leurs critiques et, quelques mois après l’envoi à la revue, l’article éventuellement amendé peut être publié.
 
Ainsi la communauté scientifique peut en prendre connaissance et des équipes essaient de reproduire l’étude ou, au contraire, de démontrer qu’elle n’est pas solide.
 
Cette règle, communément pratiquée dans le monde entier, est la norme pour faire de la bonne science.
 
Mais certains universitaires ont trouvé mieux que ce procédé long et exigeant. Pour faire valoir leurs travaux, ou leurs hypothèses, voire leur idéologie, ils publient dans la presse grand public ! Ils utilisent les journalistes pour avaliser leurs théories, s’économisant ainsi beaucoup de travail et, en court-circuitant les processus usuels, ils peuvent affirmer tout et n’importe quoi en ne risquant pas de se faire démentir, puisqu’il n’y a aucune trace écrite scientifique de ce qu’ils pourraient avoir fait.
 
Et grâce au comportement grégaire d’une partie de la presse, il suffit d’avoir été une fois dans un quotidien, une radio ou une télévision pour s’assurer ensuite une « tournée » des médias où ces « experts médiatiques » pourront vendre leur produit à l’envi.
 
Et le truc est quasiment imparable, car leur mode de fonctionnement c’est de vendre de la peur, de la catastrophe, d’utiliser des thèmes porteurs jusqu’à la caricature. Et c’est payant quand on voit le nombre de passages télévisés de certains d’entre eux qui n’ont jamais publié les résultats d’études qu’ils ne cessent pourtant de présenter ! Aucun risque ainsi d’être questionnés sérieusement et, au pire, démentis.
 
Tout cela ne fait pas franchement progresser le débat démocratique et citoyen, d’autant que, pour plaire à l’opinion publique, il arrive que les décideurs politiques emboitent le pas de ces « marchands de peur » et prennent des décisions qui désolent une communauté scientifique abasourdie mais bien peu combattive.
 
Je vais encore me répéter, mais je vais encore citer mon confrère le docteur François Rabelais : » Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».