La maladie qui frappe Laurent Fignon déchaine, comme à chaque fois qu’un cycliste est concerné, un flot de spéculations. Il y a, pourtant, des causes bien plus fréquentes que le dopage envisagées dans la survenue d’un cancer du pancréas.
 
La survenue d’un cancer chez les sportifs, en particulier les cyclistes, déclenche immédiatement la même antienne : « c’est le dopage ».
Prenons l’exemple le plus célèbre, celui de Lance Armstrong. Il a été frappé par un cancer du testicule avec une métastase cérébrale.
 
Parmi les facteurs de risque, il y a des antécédents de cryptorchidie, c'est-à-dire l’absence de descente du testicule dans la bourse. Il y a aussi ce qu’on appelle des dysgénésies testiculaires ou des anomalies chromosomiques de type syndrome de Klinefelter.
 
Mais, en aucun cas, on ne retrouve de causes liées à des stimulations hormonales anormales ou un rôle quelconque des corticoïdes, de l’epo ou autres.
 
Le cancer d’Armstrong était donc un cancer « classique » si j’ose dire, une forme très agressive mais identique à celle qui frappe les hommes entre 20 et 40 ans.
 
Le fait que Laurent Fignon soit atteint d’un cancer du pancréas métastatique a, de nouveau, déclenché les mêmes commentaires.
 
Bien évidemment, on ne peut jamais rien exclure totalement en médecine, mais le cancer du pancréas a des causes très mal connues. On sait que le diabète est un facteur favorisant, comme la pancréatite chronique. Mais on n’a pas, en revanche, isolé de facteurs alimentaires de façon très précise.
 
On sait aussi que dans les familles où les femmes sont porteuses d’une mutation BRCA1ou BRCA2, favorisant la survenue de cancers du sein précoces, les autres membres de la famille peuvent avoir un risque plus élevé de cancer du pancréas.
 
Mais le facteur de risque majeur c’est le tabagisme, tout bêtement, dirais-je.
Je ne sais pas combien de cigarettes fume Laurent Fignon. Je ne sais pas si cet éventuel tabagisme a un quelconque rapport avec la survenue de sa maladie.
 
Mais je suis certain que vouloir en faire une séquelle du dopage n’a pas vraiment de fondement avéré.
 
Ce qui importe maintenant, c’est que la chimiothérapie, probablement à base de gemcitabine, puisse aider Laurent Fignon à aller mieux et , surtout, à ne pas souffrir des lésions causées par les métastases.
 
Il n’y a pas de miracle à attendre, et il le sait bien. Mais le combat vaut la peine d’être mené car les molécules nouvelles arrivent sur le marché qui peuvent laisser entrevoir encore des gains appréciables en quantité et qualité de vie.
 
Je garde toujours en mémoire ce « contre la montre » qui a terminé le Tour 1989. Huit secondes d’écart entre Greg et Laurent, perdant magnifique.
 
Laurent Fignon a été un formidable compétiteur..
Je crois qu’il mérite qu’on le respecte et qu’on le soutienne dans un « contre la montre » autrement plus périlleux que celui des Champs-Elysées.