Objectif Londres

Toute cette semaine à partir de 12h58 sur France 3. Objectif Londres. A chaque région, son champion ! Aujourd’hui Vincent Collet, coach de l’équipe de France de basket, Julien Absalon , double champon olympique de VTT, Delphine Ledoux seule sélectionnée en gymnastique rythmique et Tony Estanguet double champion olympique de canoé.

Vous pouvez leur poser vos questions. Nous relayerons a l’antenne les plus pertinentes.

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Happy Hours ? Mon oeil !

Juste devant chez moi. Un homme face contre terre. A genoux. Son chien tenu de sa main tendue au bout d’une laisse rouge. L’animal observe le défilé des passants sur cette rue large des quartiers bourgeois de Paris. Il patiente la tête haute,  n’implore personne du regard. C’est un chien brun au port altier pour qui le temps n’a pas vraiment d’importance. Il attend que son maître enfin se relève.

Une femme inquiète s’approche, se penche vers l’homme puis  recule brusquement d’un pas et poursuit son chemin. Intrigué par cette volte face, je  reste accroché à mon balcon du premier étage comme un passager du métro fasciné par les faits divers.

 Des gamins garent leurs scooters. A leur tour ils se dirigent vers l’homme, intrigués. Le chien  leur fait la fête, debout sur ses pattes arrière. Il pose ses deux grosses paluches sur les épaules du plus grand des gamins . Comme si par cette démonstration d’affection, il tenait à le remercier par avance de l’attention qu’ils portaient à son infortuné compagnon. Les gamins entourent l’homme toujours prostré et renoncent à leur tour.

L’homme est ivre mort. Les minutes s’écoulent, interminables.  Il rassemble enfin  toute son énergie pour se relever . Il réussit à faire deux pas avant que ses jambes ne se dérobent une fois de plus. Seule sa main droite semble encore pouvoir assumer ses devoirs. Serrer la laisse rouge. Empêcher  que son chien ne se décide à se débarrasser de cet importun fardeau au risque de mourir écrasé.

Un homme à la fin arrive. Il hoche la tête, consterné. C’est un familier. Il aide l’homme à se relever, lui hurle  des mots coupants à l’oreille comme si l’autre demeurait sourd à tous ses conseils. » Je ne vais tout de même pas te porter sur mon dos jusqu’à chez toi ! »

Je suis du regard claudiquer ce curieux attelage. Les deux hommes collés l’un à l’autre, le chien à bonne distance, comme s’il tenait à exprimer des réserves sur l’indignité de la scène.

 L’homme naguère à terre ne doit pas avoir plus de 45 ans. Il porte bien le costume et la cravate.

A deux pas de chez moi, sévissent les cafés terrasses. De 17 à 20 heures  fleurissent les « Happy Hours ». Sur une ardoise à l’entrée,  ses mots sont inscrits à la craie. «  Toutes les pintes, tous les cocktails sont à 5 euros. Pendant les Happy Hours, l’établissement ne sert pas de boissons chaudes. » Il n’est pas précisé le tarif des jus de fruits ou des sodas.

Qui en dehors des chiens ou des gérants de débits de boisson peuvent réellement se satisfaire d’une telle dérive ?

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Votez Chouchou !

 

Mardi 1er mai, nous fêterons au Puy en Velay le 30éme anniversaire des 15 kilomètres, l’une des courses sur route les plus populaires de France. Ce jour là, qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil, le centre ville sera investi par tout ce que la Haute Loire et les départements limitrophes comptent comme paires de baskets audacieuses  et de  mollets durcis par l’effort.

Un public nombreux et chaleureux soutiendra  en prime  tout le long d’un parcours réputé sélectif  ce long ruban multicolore,  transpirant  pour la bonne cause. Le plaisir d’être ensemble, le bonheur de partager le même effort,  loin des petites aigreurs du quotidien.

Un homme, comme souvent dans ce type d’entreprise, est à la base de cette réussite exemplaire. Il a su fédérer autour de lui, une équipe soudée et solidaire sans laquelle une telle organisation serait impensable.

Le modèle sportif en France repose, on le sait,  presqu’exclusivement sur le bénévolat. C’est sa richesse et en même temps son talon d’Achille. Quand une bonne volonté s’éteint, une course meurt souvent.

Mais rassurez-vous les 15 bornes du Puy n’ont jamais été aussi vivantes et André Chouvet  le père de l’épreuve n’est pas prêt de raccrocher.

André c’est un sacré personnage. Celui que  tout le monde appelle affectueusement Chouchou, met un point d’honneur à présenter lui-même  le plateau élite sans s’aider de la moindre note. Il connaît par cœur  tous ses champions et leurs palmarès.

Ils ne sont pas légions en Europe, les organisateurs de courses sur route, à pouvoir identifier à coup sûr  un athlète venu du Kenya ou d’Ethiopie. « 

« Ils se ressemblent tous ! » Marmonnent même certains dans leur barbe. J’ai connu une époque, où une épreuve en vogue hivernale réservait sa grille de primes aux seuls athlètes de nationalité  française. Il s’agissait, soit disant, de répondre au souhait d’un public lassé de voir de parfaits inconnus caracoler en tête de course, de venir au secours des nationaux qui incapables de suivre le rythme  devaient financièrement se contenter des miettes.

 

Cette époque semble heureusement révolue. Tout ceux qui arpentent le macadam savent bien que dans la souffrance, la couleur de la peau et le statut social, n’entrent jamais en ligne de compte. Chouchou, son équipe et tout le public du Puy n’ont jamais dérogé à cette équité chronométrique.

Mais ils ont même poussé un peu plus loin leur réflexion. Ils ont mis en exergue  ce que le sport renfermait de plus précieux, cette capacité à rapprocher les peuples et les cultures. Grâce à Chouchou, Derartu Tulu, l’éthiopienne,  la championne olympique de Barcelone sur 10000 mètres, est ainsi  devenue l’ambassadrice de la ville pendant quelques années. 

Grâce à Chouchou encore, Sarah  la camerounaise, maman de 9 enfants, plusieurs fois victorieuse de l’épreuve la plus éprouvante  qu’il soit, l’ascension du Mont Cameroun, a pu pour la première fois de son existence voyager. Sarah a pris l’avion non sans appréhension.

Chouchou rigole encore aujourd’hui  de son témoignage. Lorsque Sarah a éprouvé le besoin de satisfaire un besoin pressant, elle s’est levée brusquement  de son siège. A cet instant précis l’avion est entré dans une zone de turbulences. Sarah s’est  ravisée persuadée qu’elle était d’avoir provoqué ce soubresaut.

Grâce à ce voyage au long cours, Sarah a découvert la Tour Eiffel, la chasse d’eau, et cette ville étrange où la Sainte Vierge  perche plus haut que  le nid d’un oiseau. Sarah a gravi en courant les centaines de marches pour aller la remercier d’avoir attirer sur elle l’attention des hommes blancs, ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent.
Sarah est rentrée au Cameroun avec un peu d’argent, un poste de télévision, et des rires d‘enfants plein la tête. Pendant plusieurs années j’ai conservé le contact  avec elle. Et puis le temps a effacé sa trace. Je suis pourtant persuadé que si je la croise un jour, Sarah n’aura qu’un seul mot à la bouche. Le Puy en Velay.

Si Sarah pouvait voter et si l’on décidait un jour d’organiser l’élection de l’organisateur de courses sur route  le plus humaniste de France, elle glisserait sans hésiter comme moi,  le bulletin «  Chouchou » dans l’urne.

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Les richesses de l’autre.

Ma mère a 83 ans.

Françoise qui habitait seule dans le grand pavillon en face de chez elle, s’est pendu dans son salon  il y a  deux ou trois ans. Je ne souviens plus de la date  de ce grand malheur avec précision. Je n’aborde jamais ce sujet avec ma mère, de peur de raviver sa souffrance,  tant la cicatrice est encore béante en elle.

Ma mère restait l’un des derniers maillons qui retenait Françoise à la vie. Veuve inconsolable, éloignée de ses enfants, Françoise s’enfonçait inéluctablement  dans une dépression sévère.  Les derniers temps, elle sollicitait ma mère quelquefois plus que de raison, pour un oui, pour un non, juste pour se raccrocher à un souffle de vie.

Le matin de sa mort, vers 5 heures, Françoise a appelé ma mère, qui prenait quelques jours de repos au bord de mer,  sur son téléphone portable. Encore endormie, elle n’a pas  eu envie de décrocher. Lorsqu’elle est rentrée chez elle, le lendemain, ma mère a constaté que les volets du pavillon d’en face étaient clos. Françoise ne répondait plus.

Plusieurs mois plus tard, une famille Mauricienne s’est installée dans le pavillon  de Françoise. Un couple et quatre grands enfants. Le voisinage en a été chamboulé. Un tsunami menaçait ce quartier paisible investi par les retraités. Des gens de culture lointaine et inconnue, aux mœurs étranges,  à la peau brune occupaient l’espace libéré par la malheureuse Françoise. Des jeunes, des voitures, des fêtes, du chahut en perspective .Les visages à leur passage se sont fermés, les silhouettes se sont repliées, sur le qui-vive,  derrière les rideaux Vichy des cuisines.

Seule ma mère a perçu dans cette arrivée (Invasion redoutaient certains) un signe de réconfort, une seconde chance. Françoise ne lui adressait-elle pas un signe, la preuve que la vie prend  toujours le pas, qu’il ne faut jamais désespérer ?

Ces étrangers du bout du monde  lui souriaient, lui tendaient la main. Ma mère  fit tout ce qu’elle pouvait pour faciliter leur emménagement. Elle le fit sans efforts   en mémoire de Françoise, pour ses parents originaires d’Oran qui lui avaient inculqué depuis son plus jeune âge le devoir d’hospitalité. Je me souvins alors que sur la  table dressée de mon enfance  il y avait toujours une assiette en plus, dans le cas où un mendiant viendrait frapper à notre porte.
Le dimanche quelquefois ma mère se sent lasse. L’homme est ainsi fait que s’avançant vers la mort, il renonce par bribes à tout ce qui a nourri son existence. Dans ces instants là, ma mère paresse au lit, passe sa journée en robe de chambre sans avoir le courage de s’apprêter.

C’est l’un de ses dimanches gris  que le bruit strident de la  sonnette a troublé son mal être. Il devait être 18 heures. Ma mère inquiète est sortie sur le pas de sa  porte, en peignoir et pantoufles. Se tenaient devant elle, les quatre enfants du voisin, un bouquet de fleurs ou une plante grasse dans les bras. A ma mère interloquée, ils ont souhaité une belle fête des grands-mères. Ils lui ont expliqué que dans la tradition indienne, une personne de cœur fait automatiquement partie de la famille et qu’elle a droit au même respect, aux mêmes attentions que  les parents les plus chers.

Ma mère n’en est toujours pas revenue. Elle se sent moins seule désormais. Elle craint moins  les dimanches. Quelques jours plus tard, les parents sont venus l’inviter au mariage de leur fille cadette prévu pour le 1er septembre. Ils ont parlé d’une grande fête, d’un festival de sons et de  couleurs flamboyantes.

Ma mère très émue a accepté. Les parents avant de s’éclipser lui ont juste confié qu’elle les honorerait  si en plus de sa présence,  ma mère esquissait quelques pas de danse.

Ma mère s‘est d’abord demandé  à combien d’années remontait sa dernière danse. Et puis après les avoir chaleureusement remercié, elle promit qu’en plus de la danse, elle troquerait ce jour là sa vieille robe de chambre contre le plus beau des saris.

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Rafa… Candidat champion ?

Aller et retour dans la journée à Monaco pour cause d’élections présidentielles. Délocalisation de Stade 2 oblige. Le décor réalisé pour les soirées électorales de France 2  est si monumental qu’il sera impossible de le démonter dans l’entre deux tours.

Nous voici donc partis pour trois semaines de transhumances.  Lever aux aurores, coucher à minuit pour inaugurer la série.  L’occasion d’une timide incursion au Monte Carlo Country Club.

Le temps y est comme suspendu, comme dans une cathédrale indifférente aux fracas de la rue. Les courts en terre battue sont aménagés à flanc de rocher. L’atmosphère en ce dimanche ensoleillé est celle du champ de course le jour d’un grand prix de Diane. Dames élégantes aux chapeaux élaborés, hommes bien mis au teint hâlé se pressent à l’ntreé leur carton à la main. Rolex au poignet de rigueur. C’est  le parrain du Masters, la preuve par l’image que le temps ne s’écoule pas avec la même douceur selon l’endroit où l’on se trouve, l’espace dans lequel on respire.

Au restaurant de la presse, les mets sont succulents, l’ambiance légère. Evoquer les élections dans ce sanctuaire du luxe serait presque déplacé. Une faute de savoir vivre. Alors je me tais.

Du haut de mon promontoire, sur la plateforme de télévision aménagée, je regarde Nadal croquer Djokovic. L’espagnol ne lâche rien. Il appuie constamment sur les cicatrices de son adversaire se moquant comme d’une guigne du statut de résident monégasque qui colle à la peau de Djoko. Nole par intermittence honore son statut de numéro 1 mondial. Dans le 2ème set, à l’agonie pourtant, le serbe parvient à debreaker le service de Nadal sur un jeu blanc plein de promesses. C’est l’instant décisif, celui que choisit le Majorquin pour lui rendre la pareille dès le jeu suivant,  sur le service du serbe. La messe est dite. Le match expédié en deux petites manches sèches.

Stade 2  est encore loin. L’horloge fait l’école buissonnière. Nibali s’est échappé dans les faubourgs de Liège un coureur Kazakh lancé à ses trousses. Sur Twitter, les fuites s’intensifient. Radio Londres s’en donne à cœur joie. Rien de toutes ces petites gauloiseries ne filtre pourtant au Monte Carlo Country Club. Pas la moindre rumeur, le moindre bruissement. C’est comme si rien de vraiment important n’existait en dehors de l’enceinte feutrée, éternellement à l’abri de tous les cataclysmes, de tous les tsunamis.

Stade 2 vient de commencer. Le conducteur de l’émission ronronne sereinement. Rugby, Escrime, Lutte. L’émotion de Laura et de Steeve sauvés des eaux à des milliers de kilomètres de Monaco. Lorsque Rafa  vient enfin nous rejoindre sur le plateau, je prends conscience que sa seule présence  comble dans seul coup la sensation de manque que je ressens depuis mon arrivée. Cette dimension humaine  si palpable et réconfortante que seul le  sport véhicule.

Nadal aurait pourtant toutes les raisons de nous snober. Il domine le tennis mondial, vient de conquérir ici son 8ème titre consécutif. Et pourtant non. Nadal  prend bien soin de saluer tout le monde, journalistes et techniciens,  ne montre aucun signe d’impatience lorsque que Lionel Chamoulaud lui explique  qu’il lui faudra patienter un peu avant que l’on ouvre la page tennis. Rafa sourit, s’enquiert auprès de Kader Boudaoud de l’évolution du score du PSG face à Sochaux. Rien ne lui échappe en matière de football. Aguero vient d’ouvrir la marque pour City face à Wolverhampton. Il apprécie en connaisseur. En europeen convaincu, il surfe sur tous les championnats.

Vient le temps de l’interview. Quelques questions convenues avant de passer aux allusions des guignols. Rafa voudrait faire court mais il en est incapable. Les railleries des marionnettes l’ont profondément blessé. Le champion redescendu de son piedestal  évoque des souffrances ordinaires, ces rumeurs de dopage qui minent un athlète quelque soit son rang et son statut.

La confession de l’ogre de la terre battue, touche au cœur. Avant de partir Rafa nous sert gentiment la main. Le rouge des caméras est éteint mais son attitude n’a pas varié d’un iota. Lui, grand supporter du Real paraphe chaleureusement le livre d’or  destiné à Eric Abidal, le latéral du Barca fraîchement greffé du foie.

 J’oublie soudain que je me trouve  hors du monde, quelque part en principauté. Rafa par sa seule présence m’a ramené aux réalités  terriennes. Pour prétendre  être un authentique champion, c’est une évidence, il faut d’abord  savoir être un homme véritable. Tolérant, accessible, humble. Trois qualificatifs  suffisamment rares  de nos jours pour forcer l’admiration.

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