Le fond et la superficie. Le prix réel de l’image.

Personne sans doute au PSG n’avait senti le coup venir. Les contours du titre remporté la veille à Gerland étaient encore flous,  floutés par des images parasites.

L’altercation violente entre la star de l’équipe , Ibrahimovic et le manager général du club Leonardo,  dans le vestiaire,  relativisait le bonheur de ceux qui devant leur poste de télé avaient assisté au sacre.

Drôle de Happy End en vérité ! 19 ans que Paris n’avait pas été à pareille fête et voilà qu’une caméra indiscrète mais autorisée capturait une séquence surréaliste. Fâcheux contre temps attribué officiellement à la rigueur du contrôle antidopage. L’image muette contenait  en elle même,  bien plus que cette seule péripétie. La césure semblait réelle.

Après le coup de sifflet final, , la France du football avait vu les historiques du PSG regroupés dans le rond central. Les expatriés,  eux,   fêtant le titre, ailleurs dans le stade. Chacun de son côté, comme une fracture patente.

L’image, toujours l’image, disséquée, exhibée en boucle, par les diffuseurs gloutons qui abhorrent le vide. Le lendemain on apprit que Leonardo victime d’un malaise avait passé la journée à l’hôpital. Absence d’image pour le coup qui ne fit encore qu’amplifier le malaise.

Il fallait une mettre en place en urgence une  communication digne de l’aura de  Paris,  plus en phase avec les  investissements colossaux consentis par les nouveaux propriétaires.

L’esplanade du Trocadéro avec la Tour Eiffel en arrière plan représentait le lieu idéal pour refermer dignement  le livre d’images.  Voir l’équipe unie brandir sur l’estrade improvisée le trophée sous les hourras des supporters. Voilà une séquence qui aurait  eu de la gueule à l’international !

Magic Paris made in Qatar. Des maillots à vendre à l’export, des marchés à conquérir. Les images feraient le tour du monde et effaceraient sans peine les scories lyonnaises. Les équipes d’Al Jazeera étaient  mobilisées pour relayer le bel ouvrage.

L’affaire était d’importance puisqu’il s’agissait de témoigner du rayonnement d’un richissime état confetti qui a choisi le sport comme vitrine.

Las, rien ne se déroula comme prévu. Des hordes identifiées comme casseurs ou ultras,selon le point de vue duquel on se place, déferlèrent sur les beaux quartiers pour gâcher la fête. Au lieu de liesses fraîchement scénarisées, d’entente cordiale retrouvée, on eut droit à des batailles rangées, à des scènes de guerre civile. Au milieu de la foule déchaînée, des drapeaux et oriflammes, une pancarte «  Liberté pour les Ultras ». Ce matin en corollaire,  ce témoignage anonyme recueilli par France Infos « Le foot on s’en fout ! Avec la bande de Clignancourt, on est venus pour tout casser ! »

Casseurs, Ultras ? Et Ultras quoi d’abord ? Ultras paumés, ultras violents, ultras sans avenir ? Fin 2012 le Qatar tout puissant avait décidé de débloquer 50 millions d’euros pour financer des projets d’investissements dans les banlieues. Depuis ces fonds semble-t-il, ont été gelés.

S’ils veulent conquérir le Paris du football, les qatariens devront faire un détour  par la banlieue. Il leur faudra  dépenser infiniment plus que la masse salariale du PSG. Le salaire d’Ibra ne suffira pas à redonner l’espoir à des gamins qui n’ont que la drogue et la violence pour se faire une place au soleil.

L’effort s’il est consenti,  devra de concert avec des fonds publics, porter prioritairement sur l’éducation des gamins des cités, la seule manière à l’avenir d’éviter de tels débordements. L’image conquérante et victorieuse que veulent colporter de par le monde les dirigeants du Qatar, est à ce prix. C’est le coût d’un travail de fond et non seulement de superficie. Sont-ils prêts à s’engager là ou l’état français est en passe d’échouer ?

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Le printemps moscovite

Pas de soucis, il fait toujours soleil pour la fête de la victoire. C’est ce que la presse étrangère en poste à Moscou prétend en tout cas. Une technologie dernier cri permettrait  aux puissants (A l’instar des chinois pour les JO de Pékin)  de purger le ciel en prévision des festivités à venir. Il est vrai qu’il a plu abondamment  toute la semaine précédente.

Dans l’avion qui m’amenait de Paris, j’ai eu le privilège de voyager  en business class  (Le chef de cabine amateur d’athlétisme m’avait gentiment proposé un sur classement)  en compagnie de la famille M’Vila qui rejoignait Kazan. L’ancien joueur de Rennes,  blessé, n’a pour l’heure pas disputé la moindre rencontre avec sa nouvelle équipe. Il continue en revanche de percevoir ses émoluments.

Seul le football peut générer de tels paradoxes. Gamins des cités en survêtements et pantalons de camouflage militaire, crête réglementaire et diamant incrusté dans le nez, s’interpellant sur trois rangées en classe affaires dans le verlan des banlieues. J’observe à la dérobée Yann, enfant terrible, milieu de terrain prometteur, sélectionné chez les bleus et répudié ensuite pour ses frasques. A l’écouter je comprends le grand désarroi de ceux qui n’ont que la balle au pied pour construire leur existence.

Sitôt l’atterrissage, ce mardi, le contraste est saisissant, comme si l’été s’était invité sans crier gare. Comme partout où les frimas tenaces imposent leur diktat  d’octobre à avril, les corps se sont débarrassés sans délai des scories et oripeaux. Mon chauffeur de taxi conduit en  bras de chemise, l’oreille vissée au téléphone portable, la plupart du temps. Entre deux communications, il écoute NRJ. Le fossé se creuse inexorablement entre ceux qui ont vécu l’URSS et la nouvelle génération  nourrie aux  Mc Do et aux volontés de Poutine.

La commémoration du 8 mai jette un pont précieux pour cimenter la nation écartelée. Ruban de Saint Georges à la boutonnière, la Russie comme un seul homme célèbre la victoire sur le nazisme et ses corollaires, le courage et le sacrifice de ses soldats. Le nationalisme est devenue la marque de fabrique de la Russie nouvelle. Dans un récent sondage, Staline ressort de la consultation comme le personnage historique le plus important de l’histoire du pays. Le dictateur sanguinaire s’est refait une virginité. Il devance Vladimir Poutine himself.

Quant à  Lénine, le père de la révolution d’octobre, il est relégué aux oubliettes. Son culte a fait long feu. Les files d’attente devant son mausolée de la place rouge se raréfient. Les autorités se demandent  même si désormais il ne conviendrait pas d’inhumer dignement sa dépouille pour enfin tourner la page.

Mon chauffeur absorbé par l’intense trafic autoroutier a sûrement d’autres chats à fouetter. A l’approche du centre ville, il ne répond plus au téléphone. Des bouchons  géants et récurrents paralysent très souvent les monumentales artères. (10 files de circulation)  Pour traverser Moscou, capitale de 15 millions d’âmes, aussi vaste que toute  l’Ile de France,  une demi-journée est quelquefois nécessaire .

Aujourd’hui  heureusement, on roule à l’ordinaire. C’est à mon chauffeur de jouer désormais, de montrer à l’étranger  l’étendue de son savoir faire. Pas de limitation de vitesse, pas de règles à proprement parler. C’est au taxi driver qui se montrera le  plus malin le plus habile dans l’art du slalom.  Le blan compatble est particulièrement lourd. 32000 morts par décès chaque année sur les routes. Seule ici prévaut la loi de  la jungle. Tout s’achète à commencer par le permis et les faux témoignages. Les chauffeurs les plus prévoyants embarquent à bord une caméra braquée sur  la route en permanence, au cas où…

Trois petits quarts d’heure plus tard, le chauffeur me dépose, sa mission accomplie,  devant le Novotel de la Novoloboskaya, abusivement dénommé du centre ville. Etablissement légèrement excentré en réalité, situé dans un quartier sans charme mais proposant à deux pas, l’accès à une station de métro desservant les ligne 9 et 5.

Il faut descendre profondément sous terre (50 mètres )  pour découvrir un autre monde, un territoire préservé . Tout y est propre, récuré. Maintenu en l’état d’origine.  Staline souhaitait de la sorte offrir au petit peuple une deuxième ville refuge en cas de bombardement. La légende raconte qu’un autre souterrain creusé encore plus profondément était réservé au tyran et à ses affidés, en cas de danger imminent. Les dictateurs sont  paranos. 

Loin de la lumière du jour, l’empreinte soviétique est toujours intacte. Au  bas des escalators une babouchka impassible surveille les allées et venues des millions d’usagers quotidiens. 7 millions  d’usagers autant que les métros de Paris et Londres réunis. L’agglomération moscovite est très étendue (Plus de 100 km)   et le métro local est le plus fréquenté au monde. C’est sans doute dans les entrailles  de la capitale que le patrimoine de l’URSS triomphante est le mieux conservé.  Hall et quais décorés de mosaïque. Bas reliefs et statues  dessinés et érigés à la gloire des ouvriers, paysans et soldats qui ont sacrifié leur existence pour le bien être du peuple et de ses apparatchiks. Le musée se visite au rythme des incessants et imposants mouvements de foule.

Dîner au Café Pouchkine, opportunément inauguré le 6 juin 1999, le jour du bicentenaire de la naissance de l’écrivain. S’il fait si sombre à l’intérieur, c’est paraît-il pour mieux tromper le visiteur. L’ancienne pharmacie centrale a été affublée de belles boiseries sculptées. A la lumière du jour , on distingue facilement le stuc,  la décoration d’opérette. Priorité au tape à l’œil jusqu’aux rouflaquettes des serveurs  nippés  comme dans Michel Strogoff, le roman de Jules Verne. L’établissement comporte trois étages et les prix de la carte augmentent au fur et à mesure que l’on s’élève poussivement dans l’ascenseur en fer forgé. La cuisine en revanche est de qualité. Impossible d’ignorer le  succulent  bœuf Stroganov accompagné de l’inévitable shot de vodka. Sur la carte des desserts cohabitent le mille- feuilles en forme de bicorne à la gloire de Napoléon et la crème brûlée aux fraises avec sa pyramide de sucre  qui  s’effondre dès que le serveur goguenard y met le feu. L’établissement ne désemplit pas,  ouvert 24 sur 24. Une incroyable réussite née de l’imagination de Gilbert Bécaud et de Pierre Delanoe qui dans son tube universel imaginait Nathalie, la place rouge déserte et un chocolat chaud  consommé dans  l’intimité d’un café qui n’existait pas encore.

Mercredi. Le soleil brille encore sans partage. L’occasion est belle d’aller faire son footing dans le parc Gorki. Direction Oktyabrskaya par la ligne circulaire numéro 5. Devant la bouche monumentale de métro,  une statue géante de Lénine entourée  de bouquets de drapeaux rouge et rouge, blanc, bleu.

Au premier plan, une publicité pour des sous vêtements féminins. Beyonce alanguie et dénudée s’offre au regard du chaland. La statue du grand homme en contrepoint semble minuscule en comparaison avec les besoins individuels qui explosent. Goodbye Lénine ?

Le Parc  Gorki paresse en contrebas d’une artère très fréquentée, le long de la rivière Moskova. Crée dans les années 1920, le parc s’étend sur plus de 100 hectares. L’un des  poumons les plus emblématiques  de Moscou n’a pas résisté à la modernité. Exit le parc d’attraction destiné à divertir et récompenser les masses méritantes et laborieuses. Un investisseur privé a racheté les lieux avec pour comme premier  souci  d’investir dans  un relookage total. Priorité désormais aux signaux émis par l’occident , à l’avènement de la société de loisirs. La cible visée est clairement la classe moyenne moscovite qui représente désormais 20 % de la population et qui émarge à plus de 1000 euros par mois.  Patinoire géante en plein air l’hiver, terrains de Beach Volley  et plage glaces et  transats dès l’apparition des premiers rayons de soleil. Gorki se surprend à défier Central Park.

 

Deux policiers interdisent l’accès à la place Rouge. Ordre du FSO le tout puissant service de sécurité du Kremlin. Nous avons pourtant une autorisation en règle pour tourner aujourd’hui. Hier encore la responsable du service de presse nous assurait que tout était en ordre. Mais cet après midi tout a changé et pas  moyen de discuter. Les ordres sont des ordres. Il serait suicidaire  de tenter de forcer le passage ou de faire un scandale sur la voie publique, d’invoquer ne serait-ce que l’amitié franco russe. Niet niet et niet !

Tout s’écroule soudainement. Comment présenter Moscou en  gommant la Place Rouge, le point zéro, le lieu de toutes les festivités, de tous les symboles ? La préposée de permanence au service de presse après s’être renseignée est désolée. Il y aura peut être vendredi une opportunité, après  les célébrations,  mais enfin elle n’en jurerait plus désormais échaudée par l’incompréhension qui s’installe grandissante.

La Russie si proche et si lointaine à la fois. Cette soumission culturelle  à l’ordre et à la hiérarchie nous désarme. Impensable de se rebeller ni même de s’interroger sur  la raison d’une telle volte face lorsque tout avait été acté au préalable.

Alban le responsable du bureau France Télévisions à Moscou est furieux. Il exige le nom d’un responsable, lui promet de venir en personne dans son bureau  exiger le remboursement sur son propre salaire du coût de mon billet d’avion. Pire encore  s’il ne reçoit pas par écrit des excuses de l’administration compétente, il jure de boycotter les festivités du lendemain, de passer sous silence le discours à la tribune de Poutine. Bref il instaure le rapport de force indispensable à l’ouverture de négociations.

Rien n’est jamais acquis, ni jamais perdu en Russie. La citation de Custine n’a rien perdu de sa  pertinence. La Russie est l’Afrique des blancs. Pour les russes, racistes en grande majorité, ce raccourci s’apparente à une grave insulte. Sur le terrain  c’est une réalité pouirtant , tant la résignation et la corruption font partie intégrante du système.

Le temps s’écoule inexorablement. Même la place du Manège qui jouxte la place Rouge reste interdite au public. Tania notre interprète enrage contre le garde en faction . « C’est une honte ! Et si ma pauvre mère avait traversé toute la ville pour  venir se recueillir ici, que lui auriez-vous rétorqué ? » Rien sans doute qu’un geste sec de la main. Il n’y a rien à espérer de ces visages fermés, de ces uniformes étriqués.

Nous nous replions sur le Bolchoï tout proche lorsqu’un correspondant sans visage nous explique au téléphone  que finalement…  Nous rebroussons chemin.

Finalement rien. Il faut  à chaque check-point patienter de longues minutes. En coulisses vraisemblablement l’employé, tancé par le service de presse,  a importuné un chef qui en a référé à sa hiérarchie  qui elle même cherche à se couvrir le cas où. Tania compatissante nous épargne les pirouettes, les peut-être et puis les fins de non recevoir qui claquent comme un fouet.

Et puis oui en définitive. Les portes s’ouvrent comme par magie.  Comme en Afrique tout finit par se régler pourvu que l’on ait du temps et de l’influence. Le FSO nous adjoint  mécaniquement l’un de ses sbires. Tout est possible à condition de respecter les lignes blanches continues tracées pour le défilé. En aucun cas, il ne nous est permis  de s’approcher des tribunes montées pour l’occasion. Certains journalistes kamikazes  pourraient avoir l’idée saugrenue d’y déposer un engin explosif. La veille des officiels ont déposé des fleurs rouges, dans les stations de métro, sous les plaques commémoratives, en hommage aux victimes des récents attentats, attribués aux  terroristes tchéchènes.

La place rouge s’offre, déserte et nue  comme dans la chanson de Bécaud. Je jubile. C’est un privilège rarissime qui m’est donné de revisiter  égoïstement l’histoire de la grande Russie. L’énigmatique Kremlin, la grande muraille,  le mausolée de Lénine dont l’entrée est dissimulée par la tribune principale et dans laquelle prendront place demain tous les hommes forts du pays. Le Gum, jadis magasin d’état destiné aux étrangers porteurs de devises, aujourd’hui recyclé en centre commercial luxueux. La cathédrale de Basile le Bienheureux enfin et son festival de bulbes polychromes qui auraient inspiré Walt Disney. Le religieux, longtemps réprimé,  revient en force. Des popes ventrus se faufilent, sûrs de leur pouvoir.

Poutine en père la morale a interdit la vente d’alcool le week-end et la prostitution de rue. Les armes sont toujours omniprésentes en revanche aux ceintures des pantalons et l dans les voitures aux verres fumés qui dévalent les artères du centre ville à une vitesse folle.

Le piéton est à peine  toléré,  invité à emprunter les passages souterrains quand ils existent. Quant aux handicapés … Rien n’est fait pour leur faciliter leur autonomie. La ville leur est interdite. Les familles les conservent cloitrés en leur sein comme une tragédie inavouable, une maladie honteuse.

Ce soir nous dînons géorgien. Une cuisine inventive et colorée. Lara, le maître d’hôtel,   a appris le français dans une école hôtelière en Suisse. Elle nous propose un assortiment de spécialités locales , s’inquiète qu’il faille tant de temps pour tourner des séquences. Les plats risquent de refroidir. Chez Jon Jolly, on confectionne à la demande des petits pâtés aux noix et à la betterave,  des bourgeons d’un buisson local accommodés en salade, des friands au porc et au mouton, des brochettes de bœuf et bien sûr le traditionnel Katchapuri, un chausson fourré au fromage sur lequel est déposé un œuf cru. Le tout arrosé d’une limonade à base d’estragon. Le vin que les géorgiens dans des temps très anciens  ont inventé reste frappé d’une interdiction d’importation depuis la guerre avec les russes en 2008.

Adama est sénégalais et Cisse ivoirien. Tous deux ont fui la Côte d’Ivoire pendant  la guerre civile. Les parents de Cisse originaire de la ville d’Odienne dans le nord du pays ont été assassiné. Cisse qui n’a pas encore trente ans évoque cette tragédie avec dans le regard une pudeur mâtinée d’une infinie tristesse. Comme tous les enfants de la guerre qui ont grandi trop vite, il vacille sous le poids d’une destinée trop lourde à contrarier. Pour survivre les deux copains ont  sollicité le concours d’ une filière  sur laquelle ils ne souhaitent pas trop s’étendre.

Les voilà, privés de visa, assignés de fait en résidence à Moscou, marginalisés dans une ville qui ne souffre pas la différence . L’africain ici est perçu par la majorité comme une race intermédiaire  à mi-chemin entre l’homme et l’animal.  Adama et Cisse ont bien tenté de démontrer leurs qualités balle au pied, la seule passerelle digne tolérée entre les races. En vain. Dans le monde du football russe ils n’ont convaincu personne, pas même les petits clubs amateurs qui parfois  octroient des primes de match à leurs recrues étrangères dans les grandes occasions. Et comme il faut bien se nourrir, payer le loyer de la colocation, les deux compères jouent les hommes sandwich à la sortie d’une bouche de métro. 13 heures par jours pour 1000 roubles, soit un peu plus de 20 euros. Le minimum vital pour espérer survivre dans l’une des villes les plus chères d’Europe. Dans leurs habits de carton, ils restent impassibles malgré les insultes et les crachats. Mais le pire soupire Cisse reste l’indifférence, l’impasse dans laquelle nous sommes pris au piège. « A Moscou,  nous ne sommes rien, ni des hommes, ni des chiens ! «  Alors pour tuer le temps, ils chantent et  rêvent de bâtir des châteaux en France et d’Espagne. Je n’ajoute pas un mot. Je ne me sens pas le cœur de détruire leurs chimères.

La Russie réunie autour de son armée a rendez-vous près du métro Teatralsnaya juste devant le théâtre du Bolchoï. On se croirait  revenu  plus d’un demi-siècle en arrière lors de la libération de la ville du joug nazi. L’espace d’une journée, toute la Russie jubile .Elle  tourne résolument le dos aux divisions et la modernité et accorde une large place au souvenir et au respect. Les vétérans aux plastrons couverts de médailles, chaque année moins nombreux, se promènent au bras d’une demoiselle blonde, belle et reconnaissante. Une nièce, une petite  fille ou simplement une inconnue qui estime de la sorte remplir son devoir de mémoire. Les anciens bombent fièrement le torse lorsqu’un photographe approche. Ils fixent l’objectif, les yeux humides, avec dans leur bras une brassée de roses rouges. Entre deux séances photos, ils  témoignent. Ils racontent leur guerre, inventent à chaque récit des exploits inédits que personne dans l’assemblée ne s’aviserait de contester. Les veuves de guerre assises à l’ombre,  sur un banc,  restent, elles,  à l’écart de cette agitation. Le visage fermé, elles acceptent, muettes,  leur triste condition. De leurs héros tombés pour la nation, ne restent que quelques dérisoires breloques qui s’étalent sur leurs genoux serrés. La victoire et l’ordre militaire constituent l’amalgame le plus efficace. Nombreux sont les jeunes qui  s’affichent aujourd’hui  en treillis ou la calot sur le crâne.

Les adorateurs de Staline trouvent naturellement leur place dans cette commémoration. Un portrait du dictateur  dans une main, des slogans offensifs griffonnés  sur un morceau de carton, dans l’autre. Ils recrutent les forces de demain. Les goulags, les exécutions sommaires et systématiques des opposants semblent oubliés. Seuls comptent le pouvoir fort, la poigne de fer dont Poutine a fait son principal cheval de bataille. Un peu plus loin un orchestre joue les standards de l’époque.   Des soldats en uniforme kaki chantent et dansent. Comme le jour de la libération, des jeunes filles invitent à danser les anciens ceux  qui à l’époque ne rêvaient que de les attirer dans un coin un peu plus isolé. L’Union Soviétique n’est pas totalement défunte. Ses fantômes  réinventent un capitalisme original, sauvage,  sans états d’âmes où seul les plus forts et les plus habiles feront fortune. Pour les autres, l’avenir est incertain.  80 % de la population vit avec moins de 1000 euros en poche par mois. Les retraites  sont chiches. Un enseignant retraité ne touche que 160 euros mensuels. Un médecin guère plus.

Sur le pare brise d’un imposant  4×4, un homme reconnaissant à écrit sur une feuille blanche. «  Merci grand père d’avoir remporté la victoire ! «  Une main d’une écriture malhabile a rajouté au dessous. «  Merci de ne pas garer ton engin sur le trottoir pour que je puisse encore circuler ! «

Malgré tout, les deux tiers du pays continue de faire  confiance à Poutine et Medevedev qui sont au pouvoir depuis bientôt 20 ans. Personne ne croit réellement  au miracle ni au cauchemar.  Comme le coup  fumant de Eltsine qui en l’espace d’une seule nuit  avait ruiné les épargnants en dévaluant le rouble de 800 % ! Pourtant le russe n’est pas à l’abri des surprises même des plus improbables. A Helsinki à l’occasion des championnats du monde de Hockey, le sport roi, l’équipe nationale s’est inclinée face à la France. Une première dans l’histoire. Un affront que les russes n’avaient pas subi depuis les guerres napoléoniennes. L’information a été traitée par une brève en fin de journal.

Comme prévu la pluie ne s’est pas invitée au défilé du matin. Poutine le visage grave a serré les mains de tous les généraux avant de regagner sa place en tribunes. Vêtu d’un costume léger, le cou ceint d’une cravate austère, l’homme fort du Kremlin, impassible comme toujours, se laisse pénétrer par la puissance incroyable qui se dégage d’une parade minutieusement orchestrée. Tous les corps d’armée  défilant comme un seul homme, au pas cadencé. Pas une tête qui ne dépasse, pas un seul geste parasite. Et malheur à celui qui se hasarderait à sortir du rang ! Le peuple de toute évidence apprécie cette démonstration de force. Le long des artères plusieurs rangées d’admirateurs, drapeaux et rubans de St Georges déployés. Le spectacle est partout dans leurs yeux. Les chars et les avions. Autant de machines à tuer élevées au rang  d’icônes idolâtrées, d’immondices à la nuit. (Bashung évidemment)

Au club Petrovitch, la vodka coule à flot. Les expatriés sont de sortie. L’endroit situé près du lycée français ne désemplit pas. Ils travaillent à l’ambassade ou dans le secteur privé, sont 6000 environ. Ils parlent très mal le russe,  se regroupent au sein des associations d’accueil, jouent au football, font la fête à l’occasion. Tous louent la qualité de vie en ville. A conditions d’avoir les moyens toutefois. Grâce à Internet, la France n’est pas si loin. L’un se targue même d’avoir glissé dans ses valises son décodeur Canal Sat. «  C’est interdit…mais bon ! » La vodka aidant, les langues se délient. « Moscou est une ville sûre . Il y a des caméras partout. Le mec qui déconne, il en prend pour 15 ans dans un camp de rééducation. Les filles peuvent s’habiller comme bon leur semblent. Rien à voir avec Paris ou le premier bou… te traite de pute. ! » L’insulte raciste a fusé de la bouche de cette mère de famille qui a choisi de suivre son mari qui travaille pour une entreprise de BTP. Ma voisine, guadeloupéenne et femme de gendarme tente de répliquer. « Les viols sont légion aussi en Russie ! «  « Ah oui et qui t’a raconté ces bêtises ? » « Ce sont des russes eux même qui me l’ont affirmé ! » « T’as été vérifier ? Non ? Ben alors… » Des chants nous parviennent depuis la salle principale du restaurant.

Des voix suaves et  graves s’insinuent jusqu’à nous. Quatre soldats en uniforme tout droit sortis des chœurs de l’armée rouge. Face à eux une Annie Cordy russe bat la mesure. Elle sautille sur l’estrade, gesticule, encourage l’assistance à frapper dans ses mains. Le débat tourne court. La bouteille de vodka est à moitié vide. J’ai porté un toast à la tolérance et à l’amitié mais personne n’y a prêté attention. A cru sur un cheval, je traverse  maintenant au galop, les steppes infinies de la grande Russie.  Annie Cordy m’adresse une œillade complice. Elle doit approcher des 80 printemps.

Plus tard dans la soirée un DJ kitsch propose des succès des années 70. L’instigateur de la soirée s’ébroue, le regard noyé dans l’alcool. » Allez Viens on va danser ! Les filles sont belles et bourrées … » Sa femme, le corps alourdi par deux maternités,  en partie dissimulé dans une robe ample  en tissu imprimé, le surveille de près. » Allez viens on rentre ! » L’homme du regard me supplie d’intervenir. «  Mais Patrick peut être ? » J’en ai assez vu. Je viens malgré moi au secours de la dame qui n’aimait pas les arabes. «  Non… Je crois que je vais rentrer moi aussi. » Rideau. J’ai échangé un copain tout neuf  contre quelques heures de sommeil.

Avant de sombrer je me remémore les paroles d’un ambassadeur en poste à Moscou. Avec Poutine, la Russie a réalisé un petit bond en arrière. Ecartelé entre un capitalisme sauvage et les reliquats des grandes heures du communisme, le pays est contraint de faire le grand écart en permanence. Alors à force … »

Près de l’université devait être construite la cité idéale. En 1980 l’URSS qui avait obtenu l’organisation de la grand-messe olympique avait imaginé les choses en grand. Au pied de l’imposante université, où était logée une partie des délégations, un stade olympique futuriste en forme de soucoupe volante pouvant accueillir 80000 personnes.

 Le mariage du sport et de l’intelligence au service de l’amitié des peuples. Un rêve de grandeur et de puissance , brisé net par le boycott de l’occident.  Plus de 30 ans plus tard, la cicatrice  n’est pas totalement  effacée. L’enceinte même quand elle est pleine, sonne creux. Elle héberge l’équipe de football du Spartak,  le club le plus populaire de la capitale. Moscou dans ce domaine concurrence Londres avec quatre autres pensionnaires de première division, le  Locomotiv, le Dynamo, et le CSKA qui se dirige tout droit vers le titre de champion.  Plus qu’ailleurs encore,  le sport est un opium  et la pratique sportive une constante indéfectible de l’éducation. Seul écueil à l’organisation des grands évènements ? La corruption  qui sévit à tous les niveaux de l’administration. Elle alourdit considérablement les factures et met en péril les calendriers.

La Russie dans quelques années sera « The place to be » m’a glissé un expatrié avant que je prenne congé. C’est à la fois l’Europe et en même temps un continent à elle seule .  Le jour est proche où elle ne se contentera plus de produire du gaz et du pétrole.  Tout le monde le sait . C’est ce qui fait sa grande force et inquiète les plus frileux.

Mais l’hiver qui dure six mois est derrière nous et le printemps s’annonce. Mais s’agit-il réellement du printemps ?

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Fuentes, Gaumont… Silence… Les compétitions continuent.

L’information tient en quelques lignes en bas de la  page 16 du journal l’Equipe ce dimanche. Transporté dans un état critique à l’hôpital d’Arras le 23 avril dernier , Philippe Gaumont, victime d’un malaise cardiaque, est toujours plongé dans un coma profond. Le corps médical se déclare même  pessimiste quant aux chances de survie de l’ancien coureur de Cofidis.

Risquer de mourir à 40 ans ! Cet effrayant constat  concerne  la triste destinée d’un athlète de très haut niveau, d’un sportif accompli

Il serait evidemment indécent  d’essayer de tirer de ce drame , d’autres conclusions, de chercher d’autres causes que la fatalité  à ce coeur défaillant .

Il convient néanmoins de rappeler ici que Philippe Gaumont est l’auteur d’un ouvrage au titre sans nuances.  Dans « Prisonnier du dopage » l’ancien vainqueur de Gand Wevelgem en 1997 , décrit l’implacable médicalisation en vigueur dans le monde du  cyclisme. Il témoigne des pratiques de dopage généralisées, de la consommation banalisée de produits à haute toxicité, comme les hormones de croissance, les corticoides, les anabolisants, l’EPO etc… Le tout sous contrôle médical.

Encore une fois c’est l’athlète qui risque de payer l’addition au prix le plus fort. Au prix de sa propre vie.  Et c’est ce qui est à mon sens le plus révoltant.

Tous les autres, tous ceux qui conduisent plus ou moins ouvertement le coursier  vers cette tragique dérive,  demeuront impunis et vraisemblablement en bonne santé.

Cette insupportable hypocrisie n’est pas prête de cesser. L’épilogue récent de l’affaire Puerto prouve combien les précepteurs du dopage ont encore de beaux jours devant eux. Le mardi 30 avril à Madrid , la montagne a accouché d’une souris. Le tribunal pénal de Madrid a condamné le docteur Fuentes à une peine de principe. L’envoyer en prison, parait-il, aurait inciter l’apprenti sorcier à tout balancer.

Les sportifs incriminés par sa fameuse liste peuvent donc dormir tranquille puisque leur anonymat sera préservé. La juge espagnole en charge de l’affaire n’a pas souhaité investiguer davantage. Pire la justice a ordonné la destruction des 200 poches de sang, témoins gênants de ces pratiques de dopage généralisées. Les intérêts , il est vrai, sont colossaux  dans un pays en pleine recession dont la population s’en remet aux miracles réitérés de ses sportifs toutes disciplines confondues, pour espérer encore.

 Stéphane Mandard, le chef du service des sports du journal Le Monde, met même en évidence dans un billet éloquent,  les ramifications qui existent au plus haut niveau de l’état ibérique .

 Le problème dépasse évidemment le simple cadre de l’Espagne. Hommes politiques, clubs, sponsors, organisateurs d’épreuve, diffuseurs, agents, médecins. Tous   peuvent trouver une bonne raison à encourager le dopage, sans bien sûr mettre leur propre existence en péril .

Ceux là ont  tout intérêt à ce que la tragique malaise de Philippe Gaumont, repenti du dopage, soit relégué en bas de page, si possible dans la rubrique fait divers.

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Cœur d’or et tête de dragon

Lady Agnès est née sous le signe du dragon et des convictions assumées. Allergique depuis toujours au sport, ce petit bout de femme brune a enseigné le français pendant près de 20 ans dans une zone d’éducation prioritaire.

Lady Agnès est de ses femmes qui mènent avec une énergie inouïe deux existences à la fois. L’éducation de ses quatre enfants de front avec une profession vécue comme un sacerdoce. Portée par des convictions féministes et progressistes, par la certitude que l’école peut casser les frontières, renverser les déterminismes.

Lady Agnès est désormais une jeune retraitée, qui livre aujourd’hui le plus éprouvant de ses combats. Une tumeur maligne de 8 cm détectée par hasard, déclarée in situ par la faculté, a eu raison d’un premier sein. Ablation pure et simple sans autre dommage collatéral. Moins d’une année plus tard, un autre nodule minuscule et vicieux, a nécessité l’ablation du second sein. Un autre cancer, intrusif, cette fois, au protocole bien plus lourd. Après l’opération, chimiothérapie et rayons, étapes obligées sur le long chemin de la guérison.

Lady Agnès porte sans doute dans ses gènes toutes les raison de céder au désespoir. Sa mère après une résistance acharnée a fini par être emportée par le même crabe. Sa sœur a été touchée à son tour.

Il en faut plus pour terrasser Lady Agnès qui a fait assez facilement le deuil de sa longue chevelure, de sa poitrine. Quand on s’inquiète pour les déformations qui menacent  son image, elle fait remarquer qu’une femme est bien plus que le reflet d’un corps dans un miroir. Elle redresse la tête, assume fièrement ses cheveux coupés ras, sa poitrine rabotée.

« C’est à l’intérieur d’un être que se niche l’essentiel.  » Jure t-elle 

A Rouen, Lady Agnès portée par une détermination farouche a fini par croiser la route des Dragon Ladies. Une expérience originale née en 1996 de l’imagination d’un médecin physiologiste canadien. Le docteur Mc Kenzie a eu l’idée de regrouper des patientes atteintes d’un cancer qui comme point commun avaient toutes subi un curage axillaire. La rééducation du bras duquel on avait ôté la chaîne ganglionnaire exigeait des mouvements semblables à ceux des rameurs. D’où l’idée de les associer dans une embarcation ancestrale, très prisée en Chine. Une barque étroite,  longue de12 mètres couronnée d’une tête de dragon  dans laquelle une vingtaine de rameuses peuvent prendre place.

Grâce aux « Dragon Ladies », Agnès a découvert ce que la pratique sportive avait de meilleur. Le partage, le respect et la tolérance.

Toutes les ladies  se retrouvent les vendredis soirs sur la base nautique de Belbeuf pour ramer ensemble. Elles mettent entre parenthèse  leurs idées noires pour se fondre dans un collectif résolument rose. La maladie n’est pas niée mais traitée avec légèreté et humour et si jamais l’une des Ladies connait un passage à vide, toutes les autres l’entourent et lui portent secours.

Ces retrouvailles comme une alchimie secrète devellopent une force insoupçonnée. De celles qui soulèvent les montagnes et viennent à bout des pathologies les plus insidieuses.

A la mi-mai les ladies normandes ont rendez-vous à Venise avec leurs sœurs « Dragons » accourues du monde entier. A cette occasion, le Grand Canal sera habillé de rose. Le départ de la Vogalonga longue de 32 kilomètres sera donné par un coup de canon, tiré depuis une île située face au Bassin de Saint Marc et au Palais des Doges.

La course, comme chaque année depuis 1975, est ouverte à toutes les embarcations. Ce n’est pas une compétition à proprement parler mais plutôt une osmose athlétique, souffles mêlés, destinée à souder l’esprit d’une équipe réunie dans un challenge commun.

L’essence même du sport en réalité débarrassé de toutes ses contradictions, épargné de toutes ses dérives.

Agnès testera à cette occasion son beau foulard rose si le peu de cheveux qu’il lui reste ne résiste pas à la nouvelle séance de chimio qu’elle commence lundi. Elle l’a essayé vendredi avec ses copines à l’entraînement. Il lui donne un petit air pirate.

Cela tombe bien. Il n’y a qu’à fixer leur regard fier et décidé pour comprendre que les « Dragon ladies » ne sont pas prêts de rendre les armes.

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Ramun

J’ai appris la géographie du sud de la Loire grâce à Roger Couderc. En découvrant les  panneaux  de résultats qui se succédaient le dimanche soir dans Stade 2. Fumel, Lannemezan, Mazamet, Condom, Castelsarrasin, La Voulte, Graulhet, places fortes de l’ovale,  étaient devenues les destinations familières de mes voyages immobiles.

Puis le rugby des clochers s’est peu à peu effacé devant celui des villes, des mécènes et des mercato du bout du monde . Le championnat aux poules nombreuses  a été remplacé par un top 14  unique et aseptisé, celui  des grosses écuries. J’ai regretté avec Pierre Salviac ce glissement de terrain   inéluctable en direction des zones de chalandise , susceptibles d’offrir de meilleurs retours sur investissement, de générer des droits de diffusion plus conséquents.

Je me suis consolé  en constatant que les valeurs fondamentales subsistaient néanmoins dans les discours d’après match. Le respect de l’adversaire, de l’arbitre . La primauté du collectif. L’exemplarité de la sanction lorsqu’une faute est commise. Et son acceptation de bonne grâce  par le joueur fautif.

Mais les cadences infernales et l’obligation de résultat condamnent de plus en plus le rugby à une professionnalisation à outrance. Avec tous les risques de dérives et d’intolérances que cela comporte.  Effectifs de plus en plus étoffés, gabarits de plus en plus impressionnants, stratégies réalistes  de plus en plus affinées .  L’affiche prime désormais  sur toute autre considération et avec elle ses corollaires  la qualification pour la H cup, l’obligation de ne pas descendre. Toulon, Clermont, Toulouse, Racing. Tous rêvent forcément  de devenir  le  petit PSG.

Forcément le jour viendra où il faudra que l’homme qui joue au rugby en assume les conséquences au plan du comportement et de la philosophie.

Dans ce contexte le reportage réalisé pour Stade 2   à St Vincent de Tyrosse par Marie Christelle Maury et Christophe Vignal  prend des allures de contre-pied. Le portait de Ramun , le 16 ème homme de l’équipe qui évolue en Fedérale porte en lui toutes les raisons de rester optimiste. Voilà un garçon lourdement handicapé qui partage le quotidien et l’intimité  de gaillards que la nature a épargné. Ramun grâce à sa passion du rugby et aux regards des autres, s’est peu à peu  accepté comme un homme à part entière.

Dans n’importe quelle autre société Ramun aurait couru le grand risque d’être marginalisé ou pire encore d’être l’objet de sarcasmes et de quolibets. Heureusement à  Tyrosse  le rugby se pratique encore à l’ancienne.  Avec ses codes d’honneur et de solidarité.

Tout le monde là-bas  connait Ramun. On prend le temps de l’écouter, de partager avec lui les derniers echos de l’équipe fanion. Mieux même Ramun est devenu indispensable à la vie du club. Sa présence, son enthousiasme dans le vestaire, sur le bord du terrain, rassurent . Et si un joueur nouvellement intégré ou subitement amnésique prend quelque liberté avec  cette réalité, d’autres promptement se chargent de lui rappeler combien Ramun  est indispensable à l’équilibre du club .   

En l’adoubant de la sorte les joueurs et le staff de Tyrosse rendent hommage à celui duquel n’émane ni méchanceté, ni jalousie, ni violence. Ramun en les considérant étant sa propre famille leur indique simplement  le cap à tenir.

Celui du rugby d’antan, des franches empoignades et des troisièmes mi-temps  fraternelles.

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