Archives de l’auteur : Jean-François Kerckaert

À propos de Jean-François Kerckaert

Rédacteur en chef adjoint à la direction des sports de France télévisions. Né le 18 juin 1963 à Senlis. Débute à F3 Grenoble (1982) puis F3 Reims (1984 à 88) puis F3 IDF (1988 à 92). Au service des sports depuis 92. Cofondateur de Tout le Sport avec Jacques Ségui. 1re couverture du Dakar lors de l'édition 1993. 16e "participation" en cours. 3 éditions Hélico tête de course moto. 10 éditions Hélico tête de course auto. 2 éditions coordination éditoriale.

A LIRE…

Bonjour à tous.

Je vous conseille vivement l’achat du magazine Auto-Hebdo daté de cette semaine.

Henri Suzeau était avec nous tout au long des trois étapes péruvienes. Comme nous, il a vécu ces recos de l’intérieur et son baptême l’a enthousiasmé ! A lire donc…

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It’s never finished !

15heures. Soleil radieux. 25 degrés. Nous sommes sortis de la spéciale Nazca-Pisco et nous retrouvons le ruban de goudron de la Panaméricaine. Direction Nord-Nord-Ouest en direction de Lima, capitale du pays, arrivée du rallye.

Vers le nord

Une centaine de kilomètres de liaison, évidemment sans difficultés mais pas sans curiosités. Exemple avec la traversée de Chincha, ville moyenne de 170 000 habitants, cœur de la culture afro-péruvienne. Ici, circuler avec un véhicule à moteur est un exercice de style, hors de toutes considérations relatives au code de la route. Chacun avant comme il veut, en regardant devant lui et uniquement dans cette direction.  Camions, berlines, 4X4, motos, vélos et taxis-triporteurs, tout ce petit monde avance à sa guise, sans jamais se préoccuper du voisin. Embouteillages, symphonie cacophonique de klaxons, pollution terrible. Chincha est aussi bouché que le périph’ un vendredi soir à 18h mais évoluer dans cette anarchie totalement polluée est beaucoup plus drôle et…sportif.

Après Chincha, la Panam’ se fait autoroute et c’est après le péage que nous retrouvons les immenses plages du Pacifique, bordées de culture maraîchères et fruitières.

Nous sommes à 100km au sud de Lima. Au départ de la dernière spéciale du rallye. Nous avons perdu le soleil en route. Nous venons de faire connaissance avec la Garua, une brume haut-perchée qui voile le soleil de juin à février dans toute la région côtière de la capitale. La lumière est blafarde. La nuit tombe. Pas très gai tout ça. Ajoutez à ce tableau tristounet, un crachin aussi fin que transperçant et vous aurez une très bonne idée de l’ambiance au départ.

Le petit train des recos va vite se réchauffer après 3km : et hop une montée infernale pour aller se percher dans un bloc de dunes sombres et grises comme le ciel. La suite ? Du hors-piste, un sable très mou et humide, presque collant ; bref, une vraie spéciale ! Nous pensions que ces trente derniers kilomètres avaient valeur de symbole, une cerise sur le gâteau de sable que sera ce trajet péruvien… Pas du tout !

Un dernier, gros, pâté de sable

Trente kilomètres oui, mais rien à voir avec l’étape anecdotique du lac rose au nord de Dakar.

« Imagine qu’il n’y ait qu’une minute de retard entre les deux premiers le 15 janvier » me disait Fontenay. « Là celui qui part en premier a du mauvais sang à se faire ». Un écart infime, en effet, n’est pas exclu. Nous pourrions très bien assister à deux duels très serrés en janvier : le classique Coma-Després à moto et l’attendu Peterhansel-Al Attiyah, tous deux désormais au volant du Mini Countryman.

 Dans les deux catégories, les pilotes sont aussi doués les uns que les autres; et s’ils ne sont pas suffisamment départagés avant la dernière spéciale, ces trente kilomètres là sont suffisamment techniques et difficiles pour départager des quasi ex-aequo.

Sableux, jusqu'au bout

En sortant de ce dernier chausse-trappe (30km en deux heures, tout de même), Etienne Lavigne écrivait sur le haillon d’une voiture « It’s never finished », à la lumière de sa lampe frontale. Une dernière inspiration à l’arrivée sportive du rallye venue à lui après cette dernière galère de nuit, tous phares allumés pour s’extirper, c’est le mot, de ce sable côtier.

Parti dos au Pacifique, le tracé péruvienne, finit par une ultime plongée sur l’Océan.
Ceux qui verront la mer, de face, en descendant vers elle le 15 janvier auront bouclé le plus dur des 4 Dakar sud-américains.

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Petit erg, gros efforts

J’avais oublié de vous dire qu’hier soir, en nous réfugiant au creux de dunes nous abritant du vent têtu et froid, David Castera n’avait pu éviter (à la lumière des phares) une plaque de sable très mou…

Conséquence : le départ de notre joli petit bivouac a commencé par une séance de désensablage des plus matinales. Une occasion supplémentaire de se chambrer joyeusement malgré l’humidité et le brouillard qui en auraient déprimé plus d’un…

La bonne humeur, ça s’entretient, même à 5h et demies du mat’.

Pour sa part, Patrick Juillet, le mécano de génie de la bande, avait choisi de s’adonner à la couture métallique. Une petite reprise de rien du tout sur le pont arrière qui fuyait décidément un peu trop à son goût et nous pouvions repartir. 45 minutes après les deux premières voitures.

Garder le sourire, comme une règle de vie

Reprenons le fil de la spéciale Nazca-Pisco.

Repartis du km180 à peu près, les deux voitures de Castera et Fontenay ont attaqué le dernier cordon de l’étape. 10 km à peu prés qui les ont occupés une heure et demie !

Sagement, David Castera nous avait demandé de contourner l’obstacle. C’était bien vu, car le récit d’Etienne Lavigne enthousiaste à la sortie des dunes disait bien la rudesse des ergs péruviens : « C’était génial. Difficile, mais génial. Au début, il a fallu qu’on marche devant les voitures pour trouver les passes entre les dunes. Sans cette humilité, on était sûr de s’y mettre ; et pas qu’une fois. Et puis derrière, tu verras pendant la course, on retrouve des dunes plus rondes qu’on prend en surf, c’est vraiment top. »"Petit", mais "costaud"

En recos la prudence est de mise. Mieux vaut aller à pied, parfois, plutôt que de s’ensabler, tout le temps. D’autant qu’à ce stade de notre progression,  la fatigue pèse de tout son poids. Tout coup de pelle ou de sangle évité est plus que bon à prendre…

Mais en course, par définition, chacun veut aller plus vite que les p’tits copains.

Gare donc à ne pas sous estimer l’obstacle. Il ne faudra surtout pas présumer de son coup de volant, de son talent ou de la puissance de son véhicule à ce stade (presqu’ultime) du rallye.

« La mécanique a de la mémoire » dit toujours le sage René Metge. A 60km à vol d’oiseau de Pisco, il faudra avoir l’adage en tête. A la veille de l’arrivée, moteurs, embrayages et transmissions auront vieilli de dix ans en quinze jours ; celui qui en aura meilleure conscience se sortira d’autant mieux de ce cordon copieux.

Des airs de Mauritanie

Notre dernier pique-nique aura lieu dans décor-encore une fois- enchanteur.

Adossés à une dune géante nous nous sommes régalés d’une salade de pâte préparée par Michel Rivat, notre pilote-cuisinier.

Puis nous avons plongé vers Pisco à travers d’autres champs de dunes majestueuses, mais cette fois-ci peu piègeuses.

                                                                                                           Avant de rejoindre Lima, la caravane du rallye dormira dans la plaine à une vingtaine de kilomètres de Pisco, juste à l’arrivée de la spéciale.

Nous, nous avons poursuivi notre route vers la capitale.

Et cela, je vous le raconte demain.

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Plein les yeux

 On dit de la nuit qu’elle est réparatrice et qu’elle porte conseil. Nous avons vérifié les deux adages. Tout d’abord,  nous avions besoin de sommeil, nous l’avons pris. De 22h à 4h30.

Bivouac dans les dunes

 Après bien des palabres, David Castera et Etienne Lavigne ont fait un choix de bon sens : « squeezer » la fin de la traversée plein fer du dernier cordon et s’en extraire via une vallée dunaire. Pour autant, les concurrents ne finiront pas l’étape Arequipa-Nazca en roue libre. Croyez-nous cette sortie plus évidente, n’en sera pas plus simple pour autant. Rendez-vous en janvier…Passons donc à la suite.

Un bref pit-stop à Nazca pour faire le plein des véhicules, remplir les coffres de vivres et d’eau ; et nous revoici au bord de la Panaméricaine, épine dorsale de la partie péruvienne du rallye,  pas bien loin du pueblo de Santa Cruz.

Départ au cap128 pour les initiés, vers l’océan pour les béotiens. 3km d’échauffement et zou dans un premier cordon. 2oom  derrière Fontenay et zou ensablés ! Jusqu’au bas des portières. Quelques vaines tentatives d’extraction en solo et nous appelons Patrick à la radio. Il s’ensable à son tour en venant à notre secours, finit par nous sortir d’un coup de sangle et nous repartons…pour nous « tanker », ensemble cette fois !

"Posés"(glossaire de rallye-raid)

Face à cette situation, une seule solution : s’imposer une heure de musculation dans l’exercice particulier au rallye-raid : le pelletage. Les deux voitures étant scotchées, chaque équipage doit dégager au mieux son véhicule de son piège de sable, redémarrer en douceur, en espérant. Juste en espérant. Nous nous en sommes sortis, suant et soufflant mais très très soulagés !

Je ne vous cacherai pas que lorsque nous entendîmes Castera à la radio : « Vous pouvez contourner le cordon par la droite et vous nous retrouverez après », nous fûmes allégés d’une certaine crispation…

Journée de grisaille

Le point de jonction fut une très jolie oasis posée au milieu de rien. Alimentée par l’eau généreuse d’un des rares rios actifs de la région. Pique-nique frisquet sous les nuages et dans un vent glacial. La météo n’a pas joué le jeu aujourd’hui. Ciel couvert en permanence, froid, humidité et même brouillard pendant une heure.

Dommage, d’autant que les paysages traversés nous ont épatés par leur diversité.

Jugez plutôt : erg de sable blanc, plaine serpentant paresseusement au milieu de dunes cathédrales, descente en pente douce vers le Pacifique, puis escalade d’une montagne de sable comparée à laquelle la dune du Pilat n’est plus qu’un frêle tas de sable. « Depuis sa base, jusqu’à son sommet, on a roulé 2km800 » Jean-Pierre Fontenay n’en revenait pas.

Barcanes sur la route de Pisco

Et ce n’est pas fini, après une piste de sable sur le plateau qui nous a rappelé l’étape Nema-Nema de l’édition 2007 en Mauritanie, retour en bas, sur la plage, cette fois-ci pour un feu d’artifice géologique : sur 2km de large, du sable vieux-rose, des dunettes grises, ocres, du sable noir au sol et des langues de sable blanc à flanc de falaise.                               Pas de commentaires dans les voitures.                               Seulement le silence recueilli l’admiration.

S’il fait soleil en janvier ce sera tout simplement extraordinaire.

150km parcourus aujourd’hui, il en reste 120 pour terminer l’étape 13 qui nous mène à Pisco. Cette spéciale ne sera peut-être pas la plus difficile du rallye mais sûrement la plus belle. Et méfiez- vous, concurrents qui me lisez, les étapes de fin d’épreuve jouent souvent de mauvais tours aux rescapés, car la fatigue est là et pèse lourd après 13 jours de course.

Le long du Pacifique

                                                                                                                         

Crête de dunes...sournoise

Poussés par le vent décidément trop fort et trop froid, nous avons dévié du parcours à la nuit tombée pour nous réfugier au creux d’un massif de dunettes.

La pleine lune et les étoiles sont voilées par de longs nuages. Nous fermons les yeux sur les paysages merveilleux qui se sont offerts à nous.

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Le sable pour compagnon de route

  Lever 4 heures. Au départ de la spéciale à 5 heures trente. La fatigue s’accumule mais le moral ne baisse pas. Pour gagner du temps, donc de l’efficacité, le ptit déj’ est servi au bord de la Panaméricaine, entre Pacifique et désert. Café expresso, s’il vous plaît, la machine est installée sur une caisse à l’arrière d’une voiture. Deux Pannetone sont découpés sur la ridelle d’une autre voiture. Il fait un peu brumeux, 11 degrés seulement. Fin du café-gateau à 6 heures .                            La journée s’annonce copieuse.Au programme 237 km de Tacana (petit village au départ de la spéciale) à Nazca, célèbre pour ses pétroglyphes, dont le mystère reste à ce jour intact.

 Après avoir abandonné l’idée du tracé initial (voir article d’hier), David Castera nous a dévoilé son plan B : faire décrire un fer à cheval de 40km à la caravane du rallye avant d’attaquer un véritable petit erg le long de la Panam’.

Cette première difficulté d’une quinzaine de km va se transformer en premier calvaire : 18 secondes après être entré dans le cordon, Fontenay se « pose ». Imité dans la même minute par Castera, 200 mètres devant lui. A nous de les suivre : même beaucoup plus méfiants, il nous suffira de 3 minutes pour être stoppés net.

« C’est vrai qu’on dirait un peu certains endroits qu’on trouve en Tunisie. Mais là, franchement, c’est bien plus mal rangé ». Jean-Pierre Fontenay a toujours le sens de la formule. Sa déclaration, sybilline mais imagée résume parfaitement le combat mené contre ce tronçon de sable, vaincu en… une heure trente.

 Après les pâtés de sable : la plage. Au sortir des dunes, notre convoi fonce plein ouest et atterrit au bord des vagues du pacifique. A droite toute, 30 km de plaisir pur. A peine quelques ondulations et un sable un peu collant à signaler. Rien de bien méchant. David Castera ne peut s’empêcher de faire des gerbes d’eau sous le regard  indifférent de quelques pêcheurs rencontrés tous les 2 ou 3 km. Dans les radios installées à bord, tous ne peuvent s’empêcher d’évoquer les temps révolus des arrivées au Sénégal et de la traditionnelle arrivée sur la plage longeant le lac rose.

La plus grande différence étant, finalement, que dans l’hémisphère sud, les vagues sont à gauche des portières.

 La suite de l’étape 12 est un  peu plus classique : une série de plateaux sablonneux, roulants, hors piste ; choses déjà vues, dans l’Atacama notamment, mais qui ici ont valeur de transition vers d’autres dunes.

 Km 180. La pente se fait plus marquée. Le sol passe du gris brun à l’ocre puis à un jaune orangé plus marqué encore par la lumière du soleil déclinant. Nous voici dans un cordon, des vallées, des montées, des descentes de sable intégral où tout va nous arriver.

                                                   Enlisement partiel, ensablement total, croisement de pont, les quatre roues qui tournent dans le vide au sommet d’une crête, et même (en dessert, si je puis dire) le déjantage !

 Je ne compte plus le nombre de fois où l’un a dû sortir la sangle pour extraire l’autre de sa trappe.

 Chaque pilote a été happé, parfois englouti au creux d’une cuvette, dans une montée et même sur un à-plat espéré comme refuge.

Le parfait manuel des galères dans les dunes déroulé pendant deux heures comme un road book qui s’envolerait dans la brise du Pacifique tout proche.

 Soyons précis : 2 h30 pour 20km de franchissement pur. Des dunes un peu plus lisibles que celle de ce matin mais toujours ce sable sournois, tantôt porteur tantôt engloutissant. Quasi impossible à apprivoiser.

Au point même qu’il nous a invités à dormir sur lui.

Ce soir le campement est à 7km de l’arrivée. Une heure de bataille encore, peut-être plus.

Alors Castera a pris la sage décision de stopper ici. A 1500m d’altitude. Tête dans les étoiles et lit de sable… Enviez-nous. Nous sommes heureux d’être fatigués.

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Le sens de la demesure

« Hé les gars, ça vous embêterait de partir devant avec Patrick demain ? On a tracé le début de la spéciale sur Google Earth et je voudrais savoir si ça passe ou si on doit faire autre chose. Et puis comme ça on gagnera du temps ».

Pense-tu que ça nous enquiquine ! A sa demande, David Castera a reçu un oui enthousiaste. Nous partirons en éclaireurs dans l’étape 12 avec Michel, notre pilote, pour épauler Patrick Juillet et Pablo (l’argentin de l’équipe des recos). Pendant ce temps, Castera-Lavigne et Fontenay-Dubois en finiront avec la pénible étape Arica-Arequipa et le casse-tête des derniers kilomètres dédiés aux motos.

360 km de liaison plus tard, nous voici sur le bas-côté de la Panamericana, quelque part au nord de Chala. Le Pacifique est en contrebas, et lorsque nous nous retournons c’est une dune- montagne qui se dresse devant nous. Imaginez un massif de 10km de large, s’enfonçant de 20km vers les contreforts de la cordillère des Andes. Nous avons les roues au niveau de la mer, le tas de sable culmine à…1200mètres ! Imposant me semble l’adjectif le plus adapté.

La « mission » que nous avons acceptée consiste à suivre la ligne tracée grossièrement à partir de Google Earth sur notre gps. Un grand cercle à décrire au cœur du géant de sable avant de filer vers Nazca à 250km au nord-ouest.

C’est, si l’on peut dire, le sommet de ce cercle sur la carte qui pose question à Castera. Il ne sait pas si la cohorte du Dakar pourra monter vers le massif. Nous devons donc rouler dans le sens inverse de la spéciale, grimper les dunes à l’envers et redescendre à l’opposé, afin de vérifier que les concurrents pourront monter ce que nous avons descendu… Vous suivez toujours ? Peu importe. Nous partons à l’abordage. La montée par ce versant est déjà infernale. Sable porteur, puis soudain très mou. Pentes d’une raideur aux limites du faisable. Bref, de gros efforts pour les mécaniques qui tiennent finalement et nous amènent au cœur de cet étrange cratère de sable à 1000m d’altitude, proposant une aire de jeu de 5km de diamètre.

Patrick s’essaye à escalader une de ses parois faite de dunes cassées…Peine perdue. Pourtant, le franc-comtois est très, très doué sur le sable. Après réflexion, échange de point de vue à l’examen du track, nous trouvons la solution en passant un peu plus à l’ouest. La grimpette est rude et les moteurs chauffent, aux limites du surrégime, en vitesses courtes. On a l’impression d’entendre les mécaniques essoufflées au sommet. Ce que nous venons d’escalader, les concurrents pourront donc le descendre. Vous suivez toujours ? Peu importe. Car la démesure arrive, à la fois prévisible et surprenante. Que la suite (notre descente sur flanc de la montagne) soit difficile à réussir en sens inverse était probable, qu’elle soit rigoureusement impossible nous a totalement surpris.

Comment imaginer des toboggans de sable aussi pentus que la face de Bellevarde ou que le début de Kitzbuhel ?

Allez vous balader au sud de Jaqui, minuscule pueblo péruvien ; et vous verrez cette inimaginable splendeur est une réalité. Nous avons descendu cette réalité. Pentes vertigineuses, négociées sur des œufs, en regardant de mini avalanches de sable se former devant nos roues. Puis, plus bas, un champ de pierre incliné, en dévers, a bien failli pièger Patrick qui se faisait un devoir de nous ouvrir cette drôle de voie. Coincé dans un lit de torrent asséché et sournoisement étroit. Deux roues qui tournent dans le vide, les ponts aux limites de se croiser ; la catastrophe évitée de justesse, quoi. Un coup de sangle + une heure de jardinage plus tard nous étions de retour à notre-premier depuis le début des recos- hotel.

Le sourire de David Castera a apaisé notre déception de n’avoir pas de trouvé de solution pour vaincre le géant de sable.

« Vous inquiétez pas, j’ai un plan B, les gars. N’empêche, ça m’aurait bien plu qu’on puisse passer là ».

Nous y sommes passés. Et c’est une vraie petite fierté que de l’avoir fait, même pour rien.

Pendant ce temps,  400km derrière nous, l’autre équipe bâtissait un pont éphémère au dessus d’un fossé pour que les motos puissent aller au bout de leur spéciale.

Croyez-nous, mesdames-messieurs les concurrents, on s’en donne du mal pour vous…

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Histoire de hors piste

                                                                          L’info du jour, c’est que nous sommes en retard !

La première étape péruvienne ne veut pas nous laisser tranquilles. Après un bivouac frisquet et très très humide, nous avons quitté notre campement près de La Joya par 7 degrés, avec la bonne intention d’en finir avec la deuxième partie de la spéciale de l’étape Arica-Arequipa. Le terrain et la trace dessinée par les deux passages de pré-reconnaissances ont considérablement ralenti la cadence imaginée.

Dès 7 heures ce matin dans une brume pâle, quelques dunes blanches ont freiné le petit train du convoi des recos. Un quart d’heure par ci, dix minutes par là, ce sera le rythme de la journée : de petites pertes de temps pour venir à bout de passages plus ou moins difficiles. Des aléas d’autant plus compliqués à anticiper que le tracé du jour s’effectue majoritairement hors piste ;  l’autre pan de notre mur à problèmes.

Le hors-piste, c’est tout un art : on donne un cap aux concurrents pour rallier un point et, à ce point ils trouvent un autre cap à suivre pour changer de direction, etc… Un tracé hors piste se conçoit donc sous forme de longues lignes droites sur la carte, axes que l’on suit plus ou moins scrupuleusement ou pas, selon que le relief et l’état de la piste vous l’autorisent.

Un tracé hors-piste sur un gps se matérialise de la même façon que sur une carte. Des droites qui s’enchaînent avec un changement d’angle pour chaque changement de cap. Les équipes péruviennes mandatées par les organisateurs pour le tracé provisoire ne sont pas familières de cette matérialisation du hors piste. Nous avons donc suivi un « track » (dénomination de la ligne qui indique la voie sur nos gps) qui zigzaguait au plus près des obstacles au lieu de les contourner largement à grands coups de lignes droites, donc.

Par exemple, à la sortie d’une plaine, il fut question de contourner une oasis et surtout des champs de culture, encore désertiques mais en attente d’une fertilisation par l’eau amenée prochainement par canaux. Cet imprévu, long et large de quelques km nous occupa une heure et demie. Ce fut beaucoup de temps passé pour joindre deux points distants d’à peine 10km mais ce fut du temps passé à faire en sorte que le rallye passe bien au large. Le désert est bien assez grand.

C’est toute l’utilité de cette troisième et définitive phase de reconnaissances : David Castera et Etienne Lavigne valident le tracé, l’aménagent si besoin, le réduisent ou l’étirent si nécessaire. Ca fait, parfois, beaucoup de boulot en plus pour Jean-Pierre Fontenay. Il a passé sa journée à revenir en arrière pour repartir d’un meilleur pied, sur un meilleur cap. Ca fait autant de boulot en plus pour Jacky Dubois, son co-pilote. Il a passé la sienne à effacer des notes pour en ré-écrire d’autres, puis effacer encore et écrire toujours. Du temps passé à rédiger un road-book cohérent et précis.

Sur cette étape, les motos poursuivront leur route au-delà de la ligne d’arrivée des voitures.                                                                                                                                                     Voilà, aussi, pourquoi nous sommes en retard :

Cette fin de spéciale moto est trop rude aux yeux de David Castera, ancien motard de rallye raid, mieux placé que quiconque pour présumer de la fatigue des troupes à ce point du rallye.

En fin de journée, les voitures de Castera et Fontenay ont quadrillé la fin du tracé autour du petit village de Vitor pour trouver de nouvelles passes vers Camana, point final de l’étape moto. Le tracé initial est musclé. Trop. Alors ils y passeront le temps qu’il faudra mais ils réussiront à adoucir les 50 derniers km des motos. Demain matin deux voitures vont ratisser les alentours pour adoucir la fin d’étape des motards. Cela fera une demi-journée de retard sur l’ordre de marche ; mais là encore ça vaut le coup.

Deux autres voitures (la notre et celle de Patrick Juillet) partirons à l’assaut de la douzième étape. En route vers Nazca. Vers les grandes dunes péruviennes.

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Deja…Splendide

Deuxieme journee. Nous sommes toujours dans l’etape 11. km80.

Depart au lever du jour, 4h30 pour le reveil, 5h30 pour le preñier coup de demarreur ! L’emploi du temps est simplissime : nous roulons du lever au coucher du soleil. Des que visibilite n`est plus suffisante nous stoppons et dormons la ou nous sommes.

Reveil donc au milieu du desert et nous reprenons la piste dans les memes conditions : sur un lit de fesh-fesh. 30km suivent, de petits canyons en vallees. Il fait nuageux a 20 km des cotes. Le pacifique nous envoie sa brume : la camanchaca qui voile  le soleil jusque 7 heures, puis les decors enfin eclaires par l’astre venere des Incas passent du beau au merveilleux : champs de dunettes, vegetation desertique, plateaux de sable infinis et au bout de cette traversee  la majeste de dunes gigantesques atteignant 200m de haut. Tout cela nous l’avons franchi ce matin. Non sans peine.

La partie d’herbe a chameau et les dunes n’etait large « que » 10 km. Il a fallu une heure et demie au convoi pour se sortir de ce si joli piege. Crevaison, ensablement, pelletage, sanglage. Tout le glossaire penible du rallye raid y est passe ce matin. Mais, deja, nous avons vecu quelques moments magiques de beaute et de nouveaute. Car les decors peruviens sont vraiment differents de ce que nous avons rencontres lors des quatre editions sud-americaines du Dakar. La taille des dunes, leur disposition, la verdure qui les entoure et la decouverte d’oasis au detour d’unepiste rocailleuse surplombant une immense vallee. Tout ici est nouveau en matiere de paysage mais aussi de difficulte pour les pilotes.

J’ecris ces lignes depuis un cybercafe dans le petit village de chen chen a la sortie de la premiere partie de la speciale. pardonnez donc l’absence d’accents… Mon clavier est hispanique !

Il est 15heures, nous repartons. Et dire que cette premiere etape peruvienne est un ton en dessous des deux suivantes….

Venez me lire regulierement. J’alimenterai ce blog aussi souvent que possible, mais il est question d’etre loin de tout, souvent. Alors patience, cela en vaudra la peine, vous verrez !

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80km…deja !

 12 heures d’avion, une nuit de transit à Lima, un vol matinal vers Tacna ; nous voici au point de départ de la partie péruvienne des reconnaissances du Dakar 2012.

En janvier, les concurrents ne feront que traverser Tacna lors de l’étape qui les mènera d’Arica (Chili) à Arequipa (Pérou). Pour des raisons de logistique, c’est à Tacna que nous avons rejoint en compagnie d’Etienne Lavigne, directeur du Dakar, l’ensemble de l’équipe des recos dirigée par David Castera, directeur de course.

Après une matinée consacrée à diverses formalités administratives, à l’achat de nourriture pour trois jours et aux pleins de carburant (700 litres répartis dans quatre voitures), le vrai voyage a commencé.

Précisément à 50km au nord de Tacna. Dos au Pacifique. Face au désert.

L’Océan et le sable seront les deux éléments de notre périple. Car la philosophie du tracé péruvien est d’emmener les concurrents vers Lima en serpentant dans les massifs sablonneux au pied des Andes, en plongeant régulièrement sur les plages infinies de la côte sud péruvienne.

De cette première après-midi, deux sensations apéritives :

Tout d’abord le très agréable plaisir de retrouver une bande d’amis qui font l’équipe des recos. Voilà quatre ans que, chaque année, avec Régis Mathé nous sommes conviés à vivre cette expérience et c’est un petit bonheur chaque fois renouvelé. L’impression d’avoir quitté Jacky, Jean-Pierre, Patrick, Pablo,  ou Michel comme si c’était la veille au soir.

Oui nous sommes rôdés, tous, à l’exercice particulier de cette vie en commun où la mauvaise humeur ne peut avoir de place. Il s’agit de rouler du lever au coucher du soleil sur des terrains difficiles, d’installer le campement, de dormir dans un confort très relatif et de repartir sans agacement, ni état d’âme. J’aurai l’occasion de revenir plus en détail sur l’expérience humaine assez unique que sont les recos.

Sur la piste, nous avons déjà constaté que la fin du rallye sera difficile. Aujourd’hui, il nous a fallu trois heures pour parcourir 80km. Dans ce tout début de ce qui sera la onzième étape du rallye : une piste rapide, des passages trialisants extrèmement rocailleux et des vallées gorgées de fesh-fesh (ou gualda, c’est selon le continent) cette poussière de sable qui rend poussif le plus survitaminé des 4X4. Nous n’en sommes qu’au début, mais nous le savons déjà : le Pérou sera le « money-time » du Dakar 2012.

Premier bivouac sous les étoiles a quelques km du minuscule village d’Ite. Nous dormons sur le fesh-fesh. C’est…confortable.

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Bonjour à tous! Recos j-5 !

Coucher de soleil entre San Juan et San Rafael

Pour la quatrième année consécutive, nous participerons à une partie des reconnaissances du Dakar.

L’édition 2011 de ces « recos » nous conduira sur les pistes péruviennes que le rallye empruntera pour la première fois en janvier 2012. Notre périple commencera mardi 4 octobre par un vol vers Lima, la capitale du Pérou. Nous rejoindrons ensuite-toujours par avion- Tacna pour y retrouver David Castera et son équipe, et prendre la route immédiatement vers Arequipa…

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